‹ Introduction au dogme catholique Tome 2Chapitre 81 sur 91 · PS. CXYIII · texte numérisé non relu

PS. CXYIII

pie, pour lui reprocher ses vices, lui annoncer, au nom de Dieu, fleaux et miseres; s ilslui promettent des prosperites, c est a la condition qu il les meritera par sa piete. Toujours incorruptibles, quelquefois pauvres et persecutes, ils ne craignent ni la f ureur des rois, ni la rage insensee des miserables qu ils ont maudits au nom de Jehovah. Leurs oracles sont une chaine dont le premier anneau est attache a la creation du monde et qui, se prolongeant de la dans toute 1 etendue des siecles, embrasse et unit entre eux les anciens et les nouveaux. Ils precedent 1 origine de la nation, se lient a son histoire, la suivent dans ses progres, dans ses succes, dans ses revers, dans ses diverses revolutions, et jusque dans sa destruction. G est une unite de vues, de principes, de doctrine, entre des hommes qui, semes de loin en loin dans un intervalle de quatre mille ans, d Adam a Jean-Baptiste, se concertent avec une justesse parfaite pour annoncer le meme evenement, en faire naitre Tattente, en soutenir Pesperance; c est un ordre entier de religion fonde sur ses prophetes, sur ce qu ils prescrivent ou interdisent, sur ce qu ils rapportent ou promettent, sur ce qu ils rvelent ou figurent; c est la legislation civile et religieuse, dogmatique, morale, cremonielle, liee par les propheties, et, par leur moyen, ne faisant qu un

seul corps; c est la destine temporelle et spirituelle de la nation, m616eeontinuellementetcomme incorpore aux prophties; c est toute la vie des patriarches, toute la conduite des Juifs, toute Tadministration de leur republique, constamment dirig6es et rglees par les propheties : elles sont, dans rconomie hebraique, le motif de tout, le lien de tout, 1 explication de tout *, et, s elevant au-dessus de la vie et des destinies de la nation qui les porte, elles marchent, comme une arm6e discipline, vers la fin la plus magnifique qui se puisse imaginer : la consommation de tous les mondes en Dieu, en passant par le renouvellement, la regeneration de 1 humanite. Tout nous y revele une providence attentive, une intention ferme, et une volonte in flexible autant que bonne qui les dirige et les con duit a la solennelle closion du plus grand des 6vnements.

Quelle difference! d un c6t6, toutes les petitesses et les miseres d un metier hypocrite; de 1 autre, toute la noblesse d un ministdre divin. Gependant, Mes sieurs, dans le fatras des oracles paiens, quelquesuns se sont accomplis ci la lettre ou a peu pres; d ou venaient-Hs? Au siecle dernier, Van Dale et Fonte-

1. De la Luzerne, Dissertation sar les Proph6ties, ch. n, art. 1, n 5.

CONSTATAT10N D ORIGINE 313

nelle ont pretendu que tout, dans la divination, 6tait du aux artifices des prtres. Tr6pieds sacrs, peaux de serpents, couronnes de lauriers, fouets et vases d airain, grottes profondes, vapeurs sombres, lueurs blafardes, signes cabalistiques, vofttes sonores, autant d appareils destines & seduire les nalfs et a tromper les sots. Mais, appuy sur le tSmoignage des Peres, le savant j6suite Baltus a refute Pontenelle, et prouv6 que, parmi les oracles pa iens, il y en avait dont le diable tait Fauteur. Son argumentation fut si forte, qu apr^s avoir lu son ouvrage Pontenelle s 6cria joyeusement : Le diable a gagne sa cause.

Le diable! Eh bien! c est cela; nous tenons le coupable : Habemus confitentem reum. Qui nous dit, en effet, que les proph6ties clir^tiennes ne soient pas Toeuvre du demon? Messieurs, depuis longtemps les actions du mauvais esprit ont baisse dans Topinion des pretendus savants, qui veulent tout ramener aux lois de la nature. Ge serait peut-etre ici le lieu d invoquer les traditions, et de prouver Fexistence et la force des anges r6volt6s, a qui Dieu fait sentir ternellement les rigueurs de sa main vengeresse; \mais, parce qu ils manifestent plus communement leur pouvoir par des oeuvres prestigieuses, je reserve cette question, et me propose de la trailer lorsque nous paiierons du discernement des miracles, Rai-

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sonnons aujourd hui sur Fhypothese qui vient d etre nonc6e : Le demon ne serait-il point Fauteur des prophties chretiennes?

J avoue sans peine que 1 esprit malm en sait plus long que nous. Son crime et son malheur n ont poin d6truit sagrande et lumineuse nature. II est ange en core, et precede, dans les hierarchies des esprits, Intelligence humaine; il voit les choses dans un ensemble qui lui permet d en savoir, mieux que nous, les relations; enfin, il connait les principes, plus universellement et plus parlaitement que nous ne les connaissons nous-memes, et y decouvre un plus grand nombre de conclusions *. Les pensees de nos coeurs n echappent pas tout a fait a sa p6n6tration. Elles peuvent etre vues dans leurs effets, dit Tangelique Docteur : c est ainsi qu elles se manifestent a nos semblables; mais plus 1 effet se cache, plus il faut de subtilite pour le decouvrir. Les changements qui s operent sourdement dans les fonctions de notre organisme et le mouvement de notre vie peuvent devenir, pour qui sait voir, les indices revelateurs des agitations de notre ame. L homme de Tart, en mesurant sous ses doigts habiles les ondulations du fleuve qui porte la vie dans nos arteres, ne

1. Rerum causas et universalius et perfectius cognoscunt. (Summ. Theol., i part., qusest. 57, art. iv, c.)

CONSTATATION D ORIGINK 315

connalt-il pas 1 etat de certaines affections dont notre &me est le sanctuaire? Combien plus les anges, et meme les demons, qui ne laissent ehapper aucune des secousses et immutations secretes de notre corps l . L ange des tenures, instruit, par ces signes occultes, de nos dispositions et de nos habitu des, prepare de loin tout un systeme de circonstances, d occasions et de pieges, qui doivent influer sur les decisions de notre liberty. II en r6sulte pour lui la faculte de nous reveler a Tavance ce que nous ne pouvons pas dduire nous-memes, par la force conjecturale qui nous est propre. G est une consequence ncessaire de la perfection meme de sa nature. II est evident, dit saint Thomas, qu une intelligence d un ordre superieur peut connaitre des choses qui sont eloignees de la connaissance d un esprit inf erieur. Or, il y a, selon Tordre de la nature, au-dessus de rintelligence humaine, non seulement Tintelligence supreme de Dieu, mais encore Intelligence des bons et des mauvais anges. Ges derniers peuvent done nous reveler les choses qu ils connaissent natu-

1. Cogitatio cordis potest cognosci in suo effeetu... et tanto subtilius quanto effectus hujusmodi fuerit magis occultus... cognoscitur etiam per immutationem, et etiam rnedici aliquas affectiones per pulsum cognoscere possunt, et multo magis angeli, et etiam daemones, quanto subtilius hujusmodi immutationem occultas corporales perpendunt. (Summ. TAt o/., 1, p., qusest. 57, art. iv, c.)

rellement et qui se tiennent hors de notre portSe *. En un mot, les demons peuvent proph6tiser. Us peuvent prophetiser naturellement, si Ton compare leur perfection a la n6tre, mais mieux encore si Dieu ajoute, a leur puissance originelle, une puissance permissive qui etende leur rayon visuel au deli de ses propres limites. *

Cependant, Messieurs, nous n avons rien a craindre de ces deux puissances pour nos propheties. La pre miere, bien que suprieure & la n6tre, est faillible comme elle. Le demon se trompe dans ses deduc tions et ses conjectures, surtout quand il op&re sur des principes mobiles. II voit nos dispositions et nos habitudes, il prepare de loin des influences funestes qui pSseront sur nos decisions; mais il n est pas le maitre de notre libertS. Nous le sentons, nous en avons au dedans de nous-mmes Timmortel temoignage : & chaque instant, cette faculty glorieuse peut lui donner un dementi. G est ce qui fait que tan d oracles, prononces sous Pinvocation du mauvais

1. Manifestum est autem quod intellectus superioris ordinis aliqua cognoscere potest quae sunt remota a cognitione inteliectus inferioris. Supra intellectual autem humanun) est non solum intellectus divinus, sed etiam intellectus an* gelorum bonorum et malorum, secundum naturae ordinem. Et ideo quaedam cognoscunt daemones etiam sua natural! cognitione, quae possunt hominibus revelare. (Suwm. 2. 2. part., quaest. 172 art. v, c.)

esprit et les provocations de son mysterieux pouvoir, n ont jamais rejoint FevSnement qu ils anrion- $aient. Eussent-ils etc vrais, Messieurs, ils prouveraient que le dmon opere infailliblement sur des causes presentes, mais non pas que sa force prophtique s 6tende aux causes absentes. Or, c est le propre de nos oracles sacrs, comme vous avez pu vous en convaincre, de preceder les 6v<5nements et leurs causes; d annoncer des choses si Sloignees, qu on ne peut les voir que dans Celui qui embrasse tons les temps. Rapprochez de 1 ensemble des proph6ties m^ssianiques ce principe de saint Thomas : Non omnia quae aguntur per to turn tempus sunt angelo prxtentia : Les choses qui remplissent tous les temps ne sont pas presentes aux esprits ang61iques, et vous serez promptement Mifies sur la valeur de cette hypothese : Le diable ne serait-il pas Tauteur des propheties?

Invoquerez-vous la puissance permissive? Mais, si etendue que soit cette puissance, elle a pour limite infranchissable 1 harmonie du plan divin et la surete du gouvernement providentiel. Si Dieu accordait au demon le pouvoir de construire Pedifice propMtique, dont vous avez admire les vastes propor tions et la sublime harmonie, il abdiquerait entre las mains de son ennemi, et le genie du desordra

deviendrait maitre du temps, de Fespace, de 1 humanit^ de Tordre universel. Gherchez quelque part une plus colossale absurd! t6; oubien, alors,au nom de Dieu, de sa providence, de sa gloire, de sa perfec tion, de son existence meme, donnez-nous un signe qui nous rv61e la presence de 1 esprit maudit dans nos oracles, et nous preserve de leur irresistible se duction. Ce signe, oiiest-il?Sont-ce les protestations de l incredulit? Ges voix ^parses, qu etouffe la pro fession de foi de dix-huit si&eles, sont-elles done la voix de Dieu, nous conjurant de lui demeurer fideles envers et contre toute une serie de prodiges? Non 7 Messieurs, non. Que Fincredulite ait piti de nous; par tout ce qu il y a de plus sacre au monde, la vrite et le bonheur du genre humain, nous la prions, a deux genoux, de nous donner un signe divin qui nous demontre que nous sommes le jouet d une epouvantable illusion. A d^faut de ce signe, nous nierons, jusqu a la fin des siecles, que nos propheties puissent etre 1 ceuvre du demon. Nous le nierons d autant mieux que 1 objet supreme des oracles messianiques, la theophanie par excellence, avec ses circonstances et ses rSsultats, est, de tous les signes, le plus contraire a Tintervention diabolique. Satan ne conspire ni ne combat contre lui-meme; comment supposer qu il ait prpar6 la venue de Gelui dont la loi

sainte devait detruire son empire et le chasser de tous les coeurs? Partout ou Jesus-Christ regne, son sceptre adorable ecrase la tte de 1 ange rebelle.

II est done impossible, Messieurs, de trouver dans; les enfers, non plus que dans la nature, Torigine des propheties dont nous invoquons la force demonstra tive. Tl faut remonter, a travers toutes les lumires creees, jusqu a la lumiere incree, jusqu au Voyant de i eternite. (Test lui qui nous a rev616 Pavenir : done, nos propheties sont veritables; et, puisque toute proph6tie veritable prouve invinciblement la divinite d une religion , done notre religion est divine. Comprenez maintenant, et soyez instruits : Nunc intelligite, erudimini. Dieu a parle, parlabouche de ceux qui, unissant les oracles a la predication d une religion, demandent Tassentiment de votre raison et la soumission de votre volonte. Dieu a parle, par la bouche de ceux qui ont prophetise les dogmes admirables que Tfiglise propose a notre croyance. Dieu a parle, par la bouche de ceux qui vous montrent la felicite 6ternelle, au terme d une vie laborieuse et meritante, et qui vous offrent, comme garant de cette supreme promesse, tout un ensemble de predictions, dont vous voyez et dont vous 6tes vous-memes 1 accomplissement. Dieu a parle ; ne vous rSvoltez pas contre cette conclusion, le bon sens vous

320 FORCE DEMONSTRATIVE DES PROPIIl mES

Timpose; vous ne pouvez le trahir sans vous couvrir de honte. Dieu a parle par ses prophetes ; aimeriezvous mieux qu il vous eut fait entendre directement sa voix? Vous seriez plus honores peut-tre; mais vousn auriez pasune preuve plus convaincante de la vrit. Saint Pierre fut temoin du miracle de la trans figuration et du temoignage que Dieu rendit a son Fils; cependant, aprs avoir rappele au monde catholi* que cette circonstance glorieuse de sa vie il ajoute : Nous avons une plus forte preuve; c est le t6moignage prophetique : Habemus firmiorem sermonem propheticum. Gomme s il eut dit : J aurais pu etre le jouet d une illusion ; mais les oracles soutiennent mon infirmit^ et me prouvent que la voix tombe du ciel 6tait bien celle de Dieu. Prenez-y garde, void la clarte qui brille en un lieu tenebreux, jusqu a ce que le jour arrive, et que Fastre divin se leve dans vos coeurs j ; c est-a-dire, Messieurs, que les propheties illuminent votre raison et dissipent ses doutes, pour la preparer aux irradiations victorieuses de la griice, afin que vous puissiez dire, non plus en

l.Hanc vocem nos audivimus de coelo allatam, quum essemus cum ipso in monte sancto. Et habemus iirmiorem pro pheticum sermonem , cui bene facitis attendentes quasi lucernae lucenti in caliginoso loco, donee dies elucescat, et lucifer oriatur in cordibus vestris. (II. Epist. S. Petr,, cap. r, V. 18, 19.)

hommes convaincus, mais en Chretiens fideles : Credo : Je crois.

Gependant, une dernire prophetic demeure suspendue : c est celle de vos destinies 6ternelles. Mais, je vous en prie, n attendez pas I ev&iement, car, alors,

toute foi sera vaine. Les demons croient et tremblent : Tremunt et contremiscunt. Tel sera votre sort, si vous n embrassez pas, d6s aujourd hui, Tobjet divin des oracles. Voulez-vous 6tre prts a la vision bienheureuse qui consommera toutes les propheties? Croyez au temoignage des propheties, et au lieu de - blasphemer, avec les anges rebelles, ce que vous ne

pourrez plus nier, vous chanterez, mles aux hie rarchies celestes, l 6ternel Alleluia f

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