III. ficHELLE CHRONOLOGIQUE DE LA LITERATURE
PROPHETIQUE. La litterature prophetique a eu, comme le soleil, son aurore, son midi et son declin. Elle s eleve avec Jonas, Osee et Amos; apres avoir brille du plus vif clat dans Tage de perfection, elle tombe en decadence, mais non sans jeter encore de magnifiques lueurs. Ses derniers reflets dans Jeremie, Baruch, fizechiel et Daniel sont dignesdes plus grandes beautes d lsa ie, de Michee et de Nahum.
On peut facilement diviser ses periodes et etablir l 6chelle chronologique suivante :
Premier dge de la literature prophe tique.
Jonas 830800
Osee 805 725
Epoque de transition.
Amos 773.700
Perfection.
Joel 770700
Isaie 758 720?
Abdias? 794? - 776?
Mick6e 750 ?
Nahum 720 690
Habacuc 680 660
Epoque de transition.
Sophonie 640630
Decadence.
JSremie C27 586
Baruch. 583 ?
z6chiel 595 ?
Daniel . 606 536
Agg6e 521 ?
Zacharie 518 513
Malachie 450 ?
IV. DES ECOLES PROPHETIQUES. * II est question plus d une fois, dans 1 Ecriture, des ecoles prophetiques. On croit qu elies commencerent au temps de Samuel. Le premier livre des Rois parle,
diverses reprises, de la troupe sacree des proph^tes r^unis pour chanter les louanges du Seigneur.
(I Reg., cap. x, v. 5, 10; cap. ix, v. 20.) Quo! qu il en soil de ces commencements, il est certain que les ecoles prophetiques existaient du temps d Elie et qu elles avaient une regie et une vie commune. Le chap, ii du quatrieme livre des Rois nous apprend que les prophetes habitaient Bethel et Jericho. Ailleurs, nous les voyons entourer des temoignages de leur veneration Elie et filisee, qui probablement exergaient sur eux une autorite analogue a celle des superieurs de communaute. Us etaient maries, pour la plupart, comme Tindique ce texte : Mulier qucedamde uxoribus prophetarum. (IV Reg., cap. iv, v. I.) D ou Ton doit conciure qu ils n habitaient pas tons le meme toit, mais que les families avaient des habi tations separees qui formaient une sorte de petite ville. Quand filisee retourna a Galgala, les fils des prophetes, est-il dit, habitaient devant lui : Eliseus reversus est in Galgala... et filii prophetarum habitabant coram eo. (IV Reg., cap. iv, v. 38.) Or, Galgala 6tait une petite ville, form^e, comrne on le croit, par les habitations des prophetes. filis6e etait le sup6rieur de la pieuse communaute. Ge fut pour la nourrir, pendant une famine, qu il multiplia miraculeusement, par sa benediction, vingt pains d orge et une mesure de froment nouveau que lui apportait un homme de Bethsaide. (IV Reg., cap. iv, v. 4244.) La communaute s etant multiplied, les fils des pro phetes dirent a Elisee : Le lieu que nous habitons est trop etroit pour nous; allons jusqu au Jourdain, et que chacun emporte de la fort les materiaux n^cessaires pour construire de nouvelles habitations. filis<e leur dit : Allez. Mais un des enfants reprit : Ne viendras-tu pas, toi, avec tes serviteurs? Et Elisee repon-
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dit : J irai; et il alia avec eux. (IV Reg., cap. vi ? v. 1-4.) Ge texte est un veritable monument. II nous apprend que les prophetes vivaient en commun, sous la conduite d un suprieur auquel ils obeissaient.
La communaut6 se rassemblait a certains jours et certaines heures, pour chanter les louanges de Dieu .
Les vieillards instruisaient les jeunes gens, les jeunes gens les enfants. (Voyez quatorzieme confe rence.) La musique instrumental et vocale, la com position des hymnes saints, Petude de Fbistoire, des dogmes, des c6rmonies, faisaient partie du pro gramme de 1 education, et tous s efforgaient de pratiquer la loi dans sa plus haute perfection.
Les 6coles prophetiques conserverent la religion et le culte du vrai Dieu au milieu du schisme. Le peuple se rendait a ces ecoles entre les epoques des sacrifices, et les instructions des hommes de Dieu, jointes & leur exemple, ranimaient sa ferveur. Quand la Sunamite eut perdu le fils qu elle avail obtenu par un miracle, elle dit a son mari : Donne-moi un serviteur et une anesse, que j ailie vite trouver Thomme de Dieu, je reviendrai bient6t. Mais son mari lui dit : Pourquoi vas-tu vers lui ? Ii n y a aujourd hui ni calendes ni sabbat. Et elle repondit : J irai tout de m6me. (IV Reg., cap. iv, v. 22 et 23 )
La reponse du mari : II n y a aujourd hui ni calendes ni sabbat, permet de croire qu au com mencement de chaque mois, et tous les samedis, le peuple se rendait aux ecoles prophetiques, pour prier et entendre de pieuses instructions. Presider au culte prive que Ton rendait a Dieu en dehors du temple et des solennites 16gales, interpreter la loi,
NOTICES, 6CLAIRCISSEMENTS, ETC. 361
dormer des conseils de perfection morale et religieuse, prScher la grandeur de Dieu, sa justice, ses bienfaits, rappeler ses promesses : telles etaient les fonctions des prophetes des 6coles. Us Staient a la fois th6ologiens, directeurs, missionnaires et herauts de 1 avenir.
Ne furent-ils point les maitres des sages qui honorerent le paganisme par leurs maximes? Gela n est point improbable. (Voyez quatorzieme conference.) I/age des patriarches de la philosophic grecque cor respond chronologiquement avec 1 age d fizechiel, qui reunit autour de lui, sur la terre d exil, les de bris des ecoles prophetiques. Une opinion fort celebre, et defendue par des personnages illustres, attribue a fizechiel Peducation philosophique de Pythagore. Un assez grand nombre de raisons donnent une valeur tres probable a ce sentiment.
1 Les Grecs les plus sinceres conviennent que 1 histoire de Pythagore leur est tres peu connue, qu il a voyage en Asie et y a puis6 ses doctrines.
2 Alexandre Polyhystor, dans son livre des Symboles pythagoricienS) cit6 par Clement d Alexandrie, affirme que Pythagore avait puise sa doctrine chez Zaratus ou Zoroastre 1 Assyrien ; Porphyre parle de la meme maniere en sa Vie de Pythagore; le mme sentiment se trouve exprime dans un crit de Plu- 1 tarque sur la generation de Tame, selon le Timfo. L Ane d or, ouvrage d Apulee (II e livre), est tres affirmatif sur ce point. Or, on disait positivement, dans Tantiquite, que Zaratus ou Zoroastre etait le Juif Ezechiel, et Huet nous donne de cette assertion des preuves plausibles.
II faut convenir, toutefois, que Clement d Alexan-
drieest fortobscursurce sujet; mais saint Ambroise confirme Fopinion des savants hommes que nous venons de nommer, avec une force toute particuliere, danssa lettre a Iren6e. Nous savons fort bien, dit-il, d ofr Pythagore a tir6 sa doctrine; car il etait enfant de Jacob, selon la croyance commune,, et c est a l 6cole de sa nation qu il est devenu lui-meme un maitre tellement c&ebre, qu ori le regarde comme le plus grand philosophe qui ait jamais existe.
3 Ge temoignage de saint Ambroise estl echo d une croyance commune, et doit, aux yeux de tout homme raisojmable, Jeter une vive lumiere sur la question.
4 Les synchronismes de ces deux grands hommes sont parfaitement d accord. fizechiel, qui prophetisait dans toute sa vigueur en 595, devait &tre un -vieux docteur quand le jeune Pythagore, qui etait ne environ en Tan 600, parcourait Je monde
5 Jamais, mieux que Pythagore, 61eve ne portale cachet de son maitre. Bayle 1 avoue lui-meme ; car, comme Ezechiel, le philosophe grec est obscur et mysterieux.
6 De plus, la vraie doctrine de Pythagore (car il faut savoir la degager des fables et des excentricites qu y ont ajoutees ses disciples) est empreinte d un caractere de purete religieuse qui le rend suprieur A Socrate lui-meme : c est le temoignage de 1 historien Josephe. Or, cette philosophie^si souvent chretienne, au milieu d un peuple tout paien, pouvaitelle avoir pris naissance autre part qu aux sources memes de la revelation?
7 Rien n est admirable comme les rapports qui existent entre les reglemenls de Tecole pythagoricienne etceuxde Tecole des prophetes. La meditation
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ait enseigne la metempsycose telle qu elle a ete exposee par ses disciples? Gar il y a miile manieres de ("entendre. Un auteur assez recent (dans le Journal de fAcademie des inscriptions, tome XXII, Edition in-12, le 23aoiit 1738) nous assure qu une obscurite mysterieuse couvre encore les plans et les travaux de Pythagore, et qu 1 il est tr&s difficile de distinguer sa doctrine de celle de ses disciples. M. de La Nause pretend qu on ne trouvera pas une seule ligne ou Pythagore enseigne la metempsyeose; c est Herodote qui en parle le premier, et de maniere a ne faire voir aucunement qu elle vient de Pythagore.
Enfin, Aristote et Sextus Empiricus, certainement plus comp^tents que les modernes, attribuent la metempsyeose a l^cole pythagoricienne, mais nullement au fondateur de cette 6cole.
Devant la faiblesse de toutes ces objections et les raisons graves qui appuientla premiere opinion, un homme raisonnable peut juger de sa probability.
si souvent r6petee, la sobrite dans les repas, le vtement particulier, 1 amour de la musique qui preludait aux actions les plus simples de la vie, la communaute, toutes ces choses, en un mot, si inouies dans TOccident d alors, semblent avoir 6te copiees sur la plus celebre des coles d Orient, l 6cole des prophetes de Juda.
A toutes ces raisons, qui bien certainement ne manquent pas (Tune certaine force, qu oppose-t-on?
D abord, que les synchronismes ne sauraient s accorder. Mais Cornelius h Lapide, qui le premier a formu!6 cette objection, suivait une fausse chrono logic, en vertu de laquelle, en effet, fizechiel aurait dft avoir pres de deux cents ans, ci l poque des voyages de Pythagore. Dejades recherches consciencieuses avaient fait gagner quarante ans, ce qui rapprochait les deux sages; mais des monuments authentiques et plus rScemment decouverts ont mis Meismer a m6me de fixer, dans son histoire des com mencements de la Gr6ce, la veritable chronologie de Pythagore; cette chronologie rend possibles les rapports que nous avons indiques plus haut.
La seconde objection consiste opposer Torigine grecque de Pythagore 1 origine juive que plusieurs savants auteurs lui attribuent. II etait de Samos, diton : comment pouvait-il ^tre n6 Juif, et par conse quent avoir puis6 sa doctrine chez les Juifs ?
Remarquons bien que cette objection se bifurque en deux assertions : la premiere, que Pythagore est ne a Samos, et que, par consequent, il ne pouvait pas etre Juif; la seconde, que Pythagore, Grec d origine, ne pouvait avoir puisS son 6tonnante sagesse aux sources judaiques.
364 LES PRCV11&TES
Nous repondrons d abord que, d aprfes les travaux de la science moderne, la premiere assertion devient presque puerile, puisqu il est prouv6 qu apres la mine de Jerusalem un grand nombrede Juifs se disperserent en diffrentes parties du monde; nous ne voyons pas comment les parents de Pythagore n auraient pu se refugier dans une des lies de la Grece, puisque J6rmie et une multitude de Juifs ont pu se refugier en Egypte. Mais, a supposer que Pythagore ftlt d origine grecque, la seconde assertion n aurait pas pour cela plus de valeur; car un jeune Grec, amoureux de la science et voyageant pour s instruire, aurait bien pu s arreter a Babylone, et, frapp6 de la hauteur des penses d Ezchiel, se degotiter des absurdits philosophiques de sa patrie, pour s attacher a la doctrine que Dieu mettait en la bouche de son proph&te.
La troisieme objection semblerait avoir plus de force, quoique, cependant, on puisse facilement la resoudre : c est celle de la metempsycose.
Nous repondrons, en premier lieu, qu il n est pas 6tonnant qu un Juif hell^niste, fils d emigr^s, ait m61e, comme le fit plus tardle Juif Philon, quelques fables purement humaines & une doctrine pure.
En second lieu, il est prouv6 que les idees metempsycologiques taient fort rSpandues chez les Juifs, qui les accordaient tant bien que mal avec les dogmes reve!6s; car pourquoi, par exemple, auraient-ils demandea saint Jean et au Sauveur s ils etaient Elie, en supposant qu ils n eussent pas cru que Tame de ce prophete ptit transmigrer? Elie n ^tait pas mort, ils ne pouvaient supposer une resurrection.
En troisieme lieu, est-il bien vrai que Pythagore