CITATIONS, DE 100-150. — UNE PAROLE D'EUSÈBE
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Nous avons maintenant à rechercher les faits qui peuvent nous éclairer sur la présence et l'emploi de ces quatre écrits, soit isolés, soit réunis, depuis le commencement jusque vers le milieu du second siècle, soit entre le règne de Trajan et l’époque de Justin Martyr.
Le premier indice que nous rencontrons, se trouve dans un passage d’Eusèbe /H. E. IN, 37), où il parle d’un puissant travail missionnaire qui S’accomplit au temps de Trajan, et dans lequel il attribue un rôle à nos évangiles. Voici ce passage :
La plupart des disciples d’alors, saisis dans leur âme par la parole divine d’un ardent amour de la sagesse, commencèrent par accomplir l’ordre du Seigneur en distribuant leurs biens aux pauvres; puis, s'exilant de leur patrie, ils accomplissaient l’œuvre d’évangélistes, sans autre ambition que celle d’annoncer Christ à ceux qui n’avaient pas encore entendu la parole de la foi et de leur transmettre le livre des dirins évangiles (rhv rov delwv sduyyeMov raoadDOVLL YEADAV). -
En un sens cette œuvre était la continuation du travail missionnaire apostolique qui n'avait point cessé dans l'Église, comme on peut le voir par 8 Jean, v. 7 : «Car ils sont sortis pour son nom, ne recevant rien des Gentils. » Ceux dont parlait ainsi Jean étaient sans doute les mêmes personnes que la Didaché désigne par le titre d'apôtres (XI, 3). Si elle leur interdit de rester plus de deux jours dans le même endroit, il s’agit évidemment, non du lieu où ils exerceront leur mission, mais des églises par lesquelles
ils devront passer pour s’y rendre. D’autre part on ne peut méconnaitre que le passage d’Eusèbe caractérise un fait nouveau et extraordinaire : « La plupart des disciples d'alors, dit-il, suisis dans leur äme d’un amour ardent de la sagesse (ooodeootépe othocogius Epurt TAnTréLevo) par la parole divine.» Peut-être deux faits importants, la mort du dernier des apôtres et la fin de la centaine d'années écoulée depuis la venue de J.-C., contribuérentils à imprimer aux croyants un élan nouveau pour l’œuvre missionnaire à laquelle l’Église était appelée. De pareils mouvements se sont reproduits bien des fois dans l’histoire de l’Église.
On connaît en particulier le puissant réveil missionnaire qui se produisit dans l’église morave en 1728. « Comme on célébrait à Herrnhut une fête chrétienne, au milieu des chants, des prières et des allocutions, l'Esprit de Christ saisit tous les cœurs et leur communiqua une puissante et nouvelle impulsion à faire avec Dieu quelque acte de valeur. » Alors commença dans cette église le travail missionnaire qui n’a pas cessé jusqu’à cette heure et qui des Antilles (1732) a passé successivement au Groënland, aux Indiens de l’Amérique du Nord, à la Guyane, à la Cafrerie, au Labrador, à la côte des Mosquitos, à l'Australie, et enfin récemment à l'Alaska, sur le détroit de Behring !. Comme ce travail missionnaire a duré dans cette petite église depuis plus d’un siècle et demi, il en fut de même de l’œuvre commencée au temps de Trajan, à laquelle Eusèbe rattache encore la mission de Pantène, en Inde (Arabie ?), vers la fin du Ie siècle (V, 10). Voici comment cet historien raconte (HI, 37) l’œuvre de ces évangélistes : « Après avoir posé en divers endroits les fondements de la foi et établi des
1 Voir l’intéressant ouvrage Les Missions moraves, par E.-A. Senft.