CITATIONS, DE 400-150. — UNE PAROLE D'EUSÈBE
pasteurs, auxquels ils confiaient le soin des âmes qui avaient été gagnées, 1ls partaient de nouveau pour d’autres contrées et nations avec la grâce et la coopération de Dieu. de sorte qu’à la première audition, des foules recevaient avec empressement le culte du Créateur de toutes choses.» Le style de ce passage, a-t-on dit, est celui d’Eusèbe ; il n’a donc pas tiré cela d’une de ses sources; mais iln’en est pas moins certain qu'il n’a pas tiré ce récit de son imagination, lors même qu’il a pu le reproduire à sa manière. [l connaissait une quantité d’écrits dont il cite des fragments et que nous n’avons plus, et c’est certainement de l’un d’eux qu’il avait tiré la connaissance de ce grand élan missionnaire qui avait eu heu dès le commencement du [Ie siècle. Du reste l’histoire prouve suffisamment la réalité du fait. Quand Pline, gouverneur de Bithynie, écrit à Trajan, entre 109 et 112 fÆpast. X, 97), que « beaucoup de gens de tout âge, de tout rang, des deux sexes, ont déjà élé et seront encore appelés en justice. En effet, la contagion de cette superstition (le christianisme) ne s’est pas seulement répandue dans les villes, mais aussi dans les villages et dans les campagnes; cependant il paraît possible d’arrêter le mal et d'y remédier. Du moins il est certain que Les temples déjà presque abandonnés recommencent à être fréquentés, que les sacrifices solennels longtemps négligés reprennent, et qu’on recommence à vendre ci et là (passim) la viande des victimes qui ne trouvait plus que de très rares acheteurs (rarissimus emptor), » — il est impossible de méconnaître la puissance du travail auquel l’Église venait de se livrer au sein de l'Empire; et nous n'avons aucune raison de croire que ce tableau ne s’appliquât qu’à la province de Pline. Car un peu plus tard, à la suite du voyage que Justin avait fait de Naplouse, sa patrie, jusqu'à Rome, entre 120 et 440, il
décrivait ainsi ses impressions {Dal c. 117) : &IL n°y a absolument pas une race d'homme, soit d’entre les Barbares, soit d’entre les Grecs, ou quelque nom qu'on lui donne, soit des Scythes, soit de ceux qu'on appelle Nomades parce qu'ils vivent avec leurs troupeaux dans des tentes, du sein de laquelle ne montent des vœux et des actions de grâces au Père et créateur de tous, par le nom de Jésus crucifié. » Accordons la possibilité de quelque exagération ; un immense travail d’évangélisation s’était en tout cas opéré durant les 20 ou 30 années qui séparent Trajan de Justin, et il ne s'était pas opéré Lout seul. Les évangélistes d’Eusèbe n’élaient pas des fantômes de son imagi-. nation ; ils avaient bien travaillé ! Saint Paul avait traversé les mêmes contrées, sans doute, mais en se bornant à allumer le flambeau de l'Évangile dans les villes capitales, Antioche, Éphèse, Thessalonique, Corinthe, Rome. De vastes espaces vides séparaient ces points lumineux. C’étaient ces campagnes intermédiaires que les évangélistes, dont nous parle Eusébe, avaient évangélisées. Une autre preuve douloureusement éloquente de l'efficacité de leur travail se trouve dans la terrible persécution, par laquelle le paganisme, grièvement blessé, prit sa revanche dans la seconde partie de ce siècle, sous Marc-Auréle, comme dans le siècle précédent 1l avait répondu par les persécutions de Néron et de Domitien aux puissants succès de la prédication apostolique.
Mais le trait le plus intéressant de ce récit d’Eusébe, pour le sujet qui nous occupe, ce sont les derniers mots qui parlent de la communicalion des divins évangiles à ces nouvelles églises par les missionnaires qui les avaient fondées. Encore aujourd’hui, l’un des premiers soins des missionnaires, lorsqu'ils ont appris la langue d’un peuple paien et que par leur prédication ils ont fondé une église,