‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 17 sur 110 · CITATIONS, DE 100 A 150. — VALENTIN. ARISTIDE. T · texte numérisé non relu

CITATIONS, DE 100 A 150. — VALENTIN. ARISTIDE. T

second, Héracléon, écrivit, probablement vers 1601, premiers commentaires sur les évangiles de Jean et de Luc, ce qui prouve limportance qu'on altachait à ces écrits dans l’école de Valentin.

Nous sommes arrivés à la fin de la premiére moitié du second siècle. Elle est marquée par un écrit d’une certaine importance, l’Apologie du philosophe athénien Aristide. On croyait précédemment, sur la foi d'Eusèbe (IV, 3), qu’elle avait été remise à l’empereur Adrien (117-138). Des découvertes récentes conduisent à une date un peu plus avancée (140-145), au temps du règne d’Antonin. Aristide démontre à l’empereur l’absurdité de toutes les formes de l’idolâtrie paienne ; 1l fait ressortir également le caractère imparfait et extérieur du culte juif et oppose à ces religions imparfaites l'Évangile, dont il dit qu’il a été prêché récemment chez eux (les paiens), en ajoutant « qu'ils en éprouveront eux-mêmes la force, s’êls le lisent. » Dans le texte grec de cet écrit se trouve ici (c. 15) l’expression de evæyyexuxn &yix ypxon. Au c. 16 il invite son lecteur impérial à contrôler tout ce qu'il affirme, au moyen des écrits dont il parle, qui lui prouveront qu'il ne lui a rien dit qu'il n’y ait lu lui-même (rats ypapais Toy Xo16riavoy dada ebonses odèv É£o Ts Ghnbeioc ue héyewv); — €. 17 : il dit de plus qu’il se trouve chez les chrétiens, dans d’autres écrits, des paroles « qui sont trop difficiles pour qu’il puisse les dire ou qu’un homme puisse les répéter. » On a eu l’idée de rapporter ces mots aux écrits

1 Volkmar a placé Héracléon après Irénée {selon lui. entre 200 et 220) par la raison qu'il ne serait pas nommé par ce Père. C’est une erreur de fait: Irénée dit II, 4 : « Les Éons de Ptolémée et d’'Héracléon et de ceux qui partagent leurs opinions. » Héracléon, appelé l’intime de Valentin, a sans doute écrit peu avant ou après son départ de Rome, vers 460.

d’Aristide lui-même. Mais comment parlerait-il ainsi à l’empereur de ses propres ouvrages? Aristide a commencé son écrit par un résumé des principaux faits de l’histoire évangélique, la venue de Jésus du ciel, sa naissance d’une vierge israélite, sa révélation comme Fils de Dieu dans la nalure humaine, sa prédication de la parole qui donne la vie, le choix des douze apôtres, sa crucifixion par les clous dont les Juifs l’ont percé, sa résurrection et son retour au ciel par lPAscension, l’envoi des apôtres dans tout le monde et l’effet puissant produit par leur prédication jusqu'à ce Jour, à savoir l’illumination du monde. C’est évidemment là le résumé de l’histoire évangélique, tel que nous le ferions d’après nos quatre évangiles. Il est donc vraisemblable que ces écrits des chrétiens auxquels Aristide renvoie l’empereur pour contrôler la vérité de son récit, n'étaient autres que nos évangiles réunis en un tout. Quant aux autres écrits plus difficiles à comprendre, qu'il mentionne à côté de ceux-là, je ne puis douter, quant à mot, qu'il n'entende par là les épitres, en particuler celles de Paul, auxquelles Ignace avait déjà fait une claire allusion et dont la seconde de Pierre parle d’une manière assez semblable.

Nous pouvons maintenant résumer le résultat de cette course rapide à travers les cinquante premières années du second siècle, et cela à l'égard de chacun de nos évangiles.

Nous avions déjà constaté à la fin du premier siècle la présence et l'emploi de Matthieu à Rome (Clément) et en Égypte (Barnabas). D’après Clément d'Alexandrie, il aurait été porté jusque dans les Indes (l'Arabie méridionale), dès l'âge apostolique, par l’apôtre Barthélemy. Puis il est clairement cité dans la Didaché, chez Ignace, Papias, etc.

Murc n’est cité que plus tard, vers 120, par Papias, sans doute parce que l’on s’occupait des enseignements du Sei-

gneur, plus que des faits. Le soin que met Papias à raconter son origine, prouve l'intérêt qu’on attachait à ce livre jusqu’en Asie Mineure, au temps où vivaient encore des contemporains de Jésus.

Luc paraît avoir été employé à Rome par Clément dès la fin du premier siècle. [l est employé en Syrie par l’auteur de la Didaché et un peu plus tard par Ignace. L’usage qu’en à fait Marcion prouve sa propagation générale dans les églises de la première moitié du second siècle.

L’évangile de Jean a laissé son empreinte dans plusieurs passages de la Didaché et des lettres d’Ignace. Il était vraisemblablement à Alexandrie entre les mains de Basilide, et certaimement un peu plus tard à Rome dans celles de Valentin.

A côté de ces quatre écrits évangéliques dont nous croyons avoir reconnu l'existence et l'emploi dés la fin du premier siècle et la première moitié du second, dans les diverses contrées de l'Église, depuis la Syrie, à travers l'Égypte et l'Asie Mineure, jusqu’en Italie, et cela non seulement chez les Pères, mais aussi chez les chefs des grands partis hétérodoxes, — à côté, dis-je, de ces quatre évangiles, nous ne trouvons pas à la même époque, parmi les nombreux évangiles mentionnés p. 6-8, un seul écrit qui puisse, même de loin, être mis de pair avec eux, soit quant au nombre des citations, soit pour l'étendue du domaine dans lequel ils paraissent avoir été répandus, soit pour l’usage public qui en était fait, tandis que les deux passages de Justin cités p. 46 et 48 ont, d’un côté, prouvé immense propagation du christianisme avant 150, et, de l’autre, montré que dans les églises visitées par ce Pêére les Mémoires apostoliques (nos évangiles; voir plus loin) étaient lus dans le culte du dimanche à légal des écrits de PAST,

L’éerit le plus connu que l’on pourrait nous opposer, serait l’évangile dit des Hébreux, composé, en langue araméenne, probablement peu après la guerre de-Barcochébas, entre 139 et 150 (voir Zahn, Gesch. d. Kan., 1. I,p.129). It nous est surtout connu par Jérôme, qui l'avait trouvé dans la

communauté judéo-chrétienne de Béroé (aujourd’hui Alep}

et avait constaté sa grande ressemblance avec notre premier

évangile, tellement qu'il le prit au premier moment pour

l’original apostolique de celui-ci. La différence entre l’évangile araméen et le Matthieu grec était pourtant assez grande

pour que Jérôme ne crût pas inutile de faire une traduction.

grecque ct latine du premier. On peut conclure de là que lévangile trouvé par lui était une adaptation de notre Matthieu aux idées et aux besoins de certaines communaulés Judéo-chrétiennes de Syrie. On ne peut donc l’envisager comme un évangile indépendant à placer au même rang que nos évangiles canoniques ; d'autant plus que le domaine dans lequel :l ‘était reçu et employé était fort restreint, ne s’élendant pas même, d’après Eusébe, à la totalité des églises judéo-chrétiennes. On dit parfois cet écrit cité déjà par Papias et même par Ignace ; ce sont deux erreurs. Eusèbe a simplement déclaré que le récit de la femme adultère, que citait Papias, se trouvait ausse dans l’évangile des Hébreux. Quant au terme d’esprot incorporel (Jouuéviov céuarov, Smyrn., c. 3), il est on ne peut plus douteux qu’Ignace l'ait tré de l’évangile des Hébreux (voir p. 59-56). Le premier auteur à nous connu, qui lait décidément cité, est Hégésippe, qui séjournait à Rome entre 157 et 168. Ce Père était probablement d’origine juive et avait connu cet écrit en Orient. Eusèbe dit de lui (IV, 22) qu’il « cite certaines choses de l’évangile des Hébreux, et même aussi du syriaque et en propre langue hébraïque. » Mais il ne dit point qu’il n’admit que cet évangile-là. L’évan-

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