Completum : à lire soit completo, soit completos numero
37. Ce paragraphe est à peu près indéchiffrable. Le fameux gnostique Valentin était égyptien; peut-être d’Arsinoé, ville voisine du lac Moœris. Zahn propose donc de lire soù Ôs "Apouvosïtou toù xal Oüxdevrivou (« de l’Arsinoïte, soit Valentin »); les deux noms ne désigneraient ainsi qu’une même personne. On a conjecturé aussi les deux noms de Bardesane et de Marcion. |
38. Mitiadis ; nom peu lisible. Æarnack a conjecturé Tatiant ; il s'agirait du Diatessaron ; cette tentative n’a pas eu de succès. [l y a eu un écrivain Miltiade (Eus. V, 17); mais il ne paraît pas avoir été hétérodoxe et la lettre 7 qui manque dans la première syllabe rend ce rapprochement invraisemblable. [l s'agirait plutôt, selon Zahn, de quelque collaborateur inconnu de Valentin. Nolte a conjecturé, au lieu de ve! Mitiadis, comme texte grec: à tüv met’ aèroù (ou de ceux qui sont avec lui).
39. Credner a proposé de lire quin etiam, comme grada- . tion aggravante, passant de l’hérésie comme enseignement, à l'hérésie sous la forme de l’adoration : des psaumes nouveaux
substitués aux psaumes bibliques! Il est en effet souvent parlé des psaumes de Valentin.
HO. Conscripserunt. Si l’on ne change pas Marcioni en Marciani (la branche valentinienne dont Marcus était le chef), le sujet de ce verbe serait Valentin et Mitiades qui auraient ensemble composé ce livre nouveau de psaumes pour Marcion, ce qui n’a pas de sens. Zahn propose de lire axp&y au lieu de Marcioni, en donnant à ce mot le sens de longueur, qu'il a parfois, appliqué aux rouleaux des écrits anciens. Il lit : ofruvec no véev Dauüv BlBhov Laxpèv cuveyedbavro (qui ont même composé un grand livre de psaumes nouveaux).
LA. Le sens est peut-être, en sous-entendant à la fin le verbe rejicimus où reprobamus : Nous condamnons tout ensemble (una, du même coup) Basilide et le fondateur asiatique des Cataphrygiens (Montan), c'est-à-dire l’Africain et l’Asiate, le spéculatif et le mystique, si différents qu'ils soient entr’eux.
Qu’a voulu l’auteur de cet écrit? Il me paraît qu’il s’est donné pour tâche, en réponse à la ‘question adressée à son église (probablement celle de Rome), de distinguer, dans toute la foule des écrits chrétiens ou semi-chrétiens qui circulaient alors, les trois classes suivantes : 1° les écrits qui doivent être lus dans le culte de l’Église avec une foi entière, comme étant au-dessus de toute discussion : ce sont les quatre évangiles, les Actes, treize épîtres de Paul, trois épitres appartenant au groupe des épîtres catholiques et l’'Apocalypse de Jean; 2 ceux qui doivent être absolument rejetés : plusieurs épîtres apocryphes de Paul, dont deux sont nommément désignées, et l’Apocalypse de Pierre (au moins d’après le sentiment de plusieurs), puis tous les écrits des hérésiarques dont plusieurs sont nom-
més, précisément ceux que nous avons vus figurer entre
! Consulter particulièrement sur tout ce Fragment la monographie de Hesse, das Muratorische Fragment, 1873; Westcott, On the Canon, p. 211-220 et 521-538, et Zahn, Gesch. des Kan., t. I, p. 1-143.
les années 100 et 150; 3° certains livres qui, quoique orthodoxes de contenu et devant être lus privément par les fidèles, ne doivent pas être admis à la lecture publique dans les assemblées de l’Éolise. L'exemple donné de cette troisième classe est le Pasteur d'Hermas, livre très considéré en Occident. Pourquoi l’auteur lexclut-il de la lecture publique? Parce que celui qui l’a composé n’appartient ni au nombre des prophètes, ni au cercle des apôtres. On voit que ce critère s’accorde avec celui que constatait Justin, quand il parlait uniquement des Mémoires des apôtres et des écrits des prophètes, comme livres employés dans la lecture publique.
Il me parait que nous trouvons dans cette classification les symptômes d’un mouvement de réaction significatif. On avait commencé par lire publiquement dans le culte, à côté de l'Ancien Testament, ce que chaque église possédait d’écrits apostoliques. Nos lecteurs se rappellent ce que nous avons dit plus haut de la destination des évanpiles de Matthieu, de Marc, de Jean et de celle du livre de l’Apoealypse à être lus dans les assemblées de culte. Mais on avail bientôt ajouté à ces écrits apostoliques, en vue d’une édification plus variée et plus actuelle, des écrits chrétiens respectables, tels que l’épitre de Clément, à Corinthe et sans doute à Rome, la Didaché, en Syrie, l’épitre dite de Barnabas, à Alexandrie, l’Apocalypse dite de Pierre, dans les églises de Palestine, le Pasteur d'Hermas, dans celles d'Occident, etc. Puis, comme il arrive, la porte ainsi entrebaillée s'était toujours plus largement ouverte. À ces écrits, non apostoliques d’origine, étaient venus se joindre dans bien des églises d’autres écrits édifiants, tels que des lettres reçues d’autres églises, des récits de martyres et bientôt des narrations intéressantes, plus ou moins fictives el même bhérétiques, qui menaçaient d’infecter
l’Église. Le danger de cet envahissement ne put manquer d’être enfin vivement senti. Une réaction dut se produire. L’abandon du principe primitif purement 2nsinchif amena, par ses conséquences fâcheuses, un retour réfléchi à ce même principe. Nous avons trouvé les premiers indices de ce fait, quant aux évangiles, dans la sévère délimitation tracée par les écrits de Justin et, plus nettement encore, dans le titre de Pouvrage de Tatien. Mais chez ces deux écrivains la réaction ne paraît encore que sous une forme purement pratique. Dans le Fragment de Muratori, elle se présente avec le caractère d’un principe réfléchi et conscient de lui-même, celui de l'origine apostolique directe ou indirecte : ne doit être admis à la lecture publique au sein de l’Église aucun écrit qui n'appartienne au recueil prophétique où qui ne procède de l'apostolat, fût-il d’ailleurs, comme le Pasteur d'Hermas, d’une réelle utilité. On a objecté comme une inconséquence à ce principe (voir surtout Jülicher) l'admission des évangiles de Marc et de Luc et celle de l’épiître de Jude. Ces trois hommes en effet n'étaient pas apôtres au sens propre du mot. Mais 1l faut se rappeler que la position faite aux Douze par leur relation intime et journalière avec Jésus pendant sa vie terrestre, avait cessé avec sa présence visible, puis bientôt, plus positivement encore, par l’appel de Paul à l’apostolat. Autour de celui-ci s'était peu à peu formé un nouveau cercle apostolique consacré au travail dans le monde païen ; et l’Église trouvait dans la communauté de vie de ces collaborateurs avec les hommes apostoliques la conviction que leurs écrits ne pouvaient qu'être la fidèle reproduction de la prédication des apôtres eux-mêmes. Mais il est clair que l'extension de cette participation secondaire à l’apostolat ne pouvait dépasser le cercle restreint de ceux qui avaient vécu et travaillé avec les Douze et avec Paul. C’est sur ce
fait que repose la différence si profonde qu’établit l’auteur du Fragment entre les écrits de Marc, Luc et Jude, et celui d'Hermas, et l’on comprend bien à ce point de vue la raison pour laquelle est si exactement indiquée l’époque de la composition du Pasteur; car c’est précisément cette date qui exclut ce livre de l’admission dans le recueil sacré. Au reste, le besoin qu'éprouvent plusieurs Pères de faire de Marc l'écrit de Pierre, et de Luc celui de Paul, montre bien avec quelle force continua à agir dans l’Église le principe de l’origine apostolique. La seule inconséquence réelle que l’on puisse reprocher à l’auteur du Fragment est la mention du livre de la Sagesse (si le texte n’est pas corrompu); on ne peut réellement rendre bien compte de ce fait, même si le livre était attribué par l’auteur à Philon, considéré par lui comme prophète. Mais il y a en tous cas une grande exagération à dire, comme le fait Jülicher (p.310), que, « d’après le Fragment de Muratori, le seul principe de l’Église, dans la formation du Canon, a été l'absence de tout principe. » Le Fragment de Muratori signale certainement une phase importante dans l’histoire du Canon. Cette phase est celle de la limitation et de l’exclusion, succédant à celle de l'accroissement et de l’adjonction. Et c’est bien ainsi, me paraît-il, que s’est produit le fait important de la canonisation, ou de la consécration toute spéciale d’un certain nombre d’écrits et en particulier de nos évangiles. La formation du recueil était un fait dès longtemps accompli quand la canonisation a eu lieu; et celle-ci a consisté bien moins dans l'admission de ces quatre écrits que dans l'exclusion des autres semblables de toute parité avec eux.
Nous sommes arrivés à Jrénée, qui clôt cette première période de la formation du recueil évangélique. Ce Père est l’un des derniers porteurs des souvenirs personnels