TITRES DES ÉVANGILES
de trouver le xarx appliqué directement à Pauteur même de l'écrit. Ainsi dans ces expressions : à x” ‘Hocdorov iorooix (Diodore), à xara Mwdséx mevrareuyos (Épipbane) ; et surtout : Mabbaioc oup? raw obc TÔ «ar adToy euxyyéluov (Matthieu ayant mis par écrit l’évangèle selon lui) (Eusèbe, H. ÆE. WE, 24). Plusieurs modernes, Credner, Volkmar, sou- Uennent néanmoins aujourd'hui encore cette explication de Faustus. Reuss faisait de même (dans la Gesch. d. N. Fchen Schr., $ 177) en alléguant surtout l’expression : l'Évangile selon les douze apôtres, qui ne peut désigner l’auteur qu’au point de vue moral. Mais l'évidence même de ce sens dans ce cas empêche qu’on ne le cite comme exemple pour l'emploi de xarx avec un nom d'auteur au singulier. Reuss lui-même a renoncé plus tard à ce sens (Hast. évangél., p. T4).
On a aussi essayé d'expliquer le xarx comme traduction du Lamed aucloris dans les titres des Psaumes; mais Îles LXX ont rendu cette forme hébraïque non par xaTa, Mais par le simple datif: to Aavid, T& Aodp, rois vioic Kooé. Enfin remarquons que l'emploi du xarx dans les formules sayyéhov xaf ‘EBoæiouc, xar” Aiyurtious, qu’on a également alléqué, ne peut rien prouver parce que c’est ici le xarx servant à l’indication du lieu, comme dans l’expression Tav 400” ou&s ricrw (Éph. I, 15), ou dans les locutions classiques xah” ‘EAASdA, xaTa Au6v, xaTX TOM, elc.
D'après l'ordre des écrits du N.T. le plus généralement admis, les évangiles sont en tête. Cetarrangement ne provient
pas de l’idée qu'ils aient été composés avant les autres livres du Canon, — telle n’était certainement pas l’opinion des Pères, — mais simplement de l’importance fondamentale qu’a la personne de Jésus-Christ dans la religion dont le N. T. est le document. ’Atapyà rüv macüv oaçüv Ta ebayyéhux, disait Origène; et Paul, après avoir appelé les apôtres le fondement de l’Église, ajoutait aussitôt : « Jésus- Christ étant la pierre de l'angle, » en quelque sorte le point d'appui des deux côtés de l’assise fondamentale de l'édifice (Éph. 11, 20). Les évangiles forment la base naturelle du N.T., comme l’Apocalypse en est devenue naturellement le couronnement. Il n’y a que quelques exceptions sans valeur à cette première place donnée aux évangiles.
Quelques minuscules les placent après les Actes et les .
épiîtres ; d’autres à la suite des Actes et des épitres catholiques seulement; d’autres même à la suite de PApocalypse. La seule exception de quelque importance apparente est celle de Chrysostome qui suit cet ordre dans la Synopsis : ép. de Paul, évangiles, Actes et épitres catholiques. Il me paraît évident que, travaillant en exégète, il a tenu à conserver dans cette énumération l’ordre historique de la composition de ces écrits et qu'on ne peut
tirer de là aucune conclusion sur le Canon de son église.
L'ordre des évangiles entre eux offre des différences plus compliquées. Îl se présente sous neuf formes. L'ordre qui est de beaucoup le plus généralement admis, et cela dès les temps les plus anciens jusqu’à nos jours, est le suivant:
10 Matthieu, Marc, Luc, Jean. — Get ordre se trouve dans: le Fragment de Muratori (170), chez Irénée (180), Origène (du moins d’après Eusèbe, H. Æ. VI, 25), Grégoire de Naziance, Athanase, dans les catalogues des conciles de Laodicée (vers 363) et de Carthage (397 et 419), dans
ORDRE DES ÉVANGILÉS. | 199 les plus anciens majuscules grecs B 8 À C (IVe et Ve siècles), chez Augustin, beaucoup d’autres Pères et enfin Jérôme, qui l’a introduit dans la Vulgate, d’où il a passé dans nos traductions modernes et même dans les éditions grecques du N. T. Cet ordre a-t-1l été déterminé, comme paraît le dire Origéne et comme le pense Tischendorf, par la date que lon attribuait à la composition de ces quatre écrits? Mais l’ordre historique, comme nous venons de le voir, n’a point présidé à l’arrangement général des livres du Canon; il est également étranger à l’arrangement des épîtres de Paul; enfin il est différent de celui qu’indiquait la tradition des anciens presbytres rapportée par Clément d'Alexandrie, d’après laquelle la composition de Matthieu et de Luc aurait précédé celle de Marc. Je pense que cet ordre si ancien et si constant a été dicté par des raisons de nature plus pratique. Si Matthieu est presque partout en tête, c’est qu’on y a vu la transition naturelle de l'Ancien Testament au Nouveau, et qu'il forme ainsi l’ouverture normale de ce dernier. Une fois Matthieu placé en tête, Marc et Luc le suivaient naturellement, comme ayant en général la même marche, appartenant pour la forme à un genre tout semblable et étant en quelque sorte ses deux compléments. Jean, qui forme un genre à part, se trouvait ainsi rejeté à la fin; il devenait en même temps le pendant apostolique du premier évangile. On peut dire que Matthieu représentait le degré qui devait conduire les Juifs du sol de l’ancienne révélation à l'étage supérieur de la nouvelle, étage que Marc et Luc élargissaient de manière à y faire entrer les paiens, Jean formant un degré plus élevé encore et comme la terrasse découverte, d’où le regard embrasse tout l’horizon terrestre et céleste. Ou bien, si cette explication paraît
recherchée, l’on peut dire plus simplement, avec un écri- INT. AU N,T. II — 9
vain du IXe siècle, Druthmar, cité par Credner : « En tête, un apôtre; à la fin, l’autre apôtre; entre deux, ceux qui doivent tirer d’eux leur autorité » (p. 395).
Les variations qu’a subies cet ordre portent principalement sur la place donnée à Jean, puis secondairement sur la position respective de Luc et de Marc. Jean passe de la quatrième place soit à la troisième, soit à ia seconde, soit même à la première. Quant à Luc et Marc, Luc est souvent placé le premier des deux, sans doute comme le plus considérable ; mais parfois aussi le second, peut-être pour le rapprocher des Actes.
Entre les ordres qui diffèrent du précédent, nous plaçons en premier celui qui s’en rapproche le plus en ce que Jean y occupe aussi la quatrième place; Luc est seulement ici placé avant Marc.
20 Matthieu, Luc, Marc, Jean. — Get ordre ne se trouve que chez Ambrosiaster (le diacre romain Hilaire, au IVe siècle), le commentateur des épitres de saint Paul.
Dans l’ordre suivant, le troisième rang est assigné à Jean :
30 Matthieu, Marc, Jean, Luc. — Chaque apôtre est ainsi accompagné d’un aide apostolique. Cet ordre se trouve dans ce passage (exceptionnel) d'Origène {Hom. T in Lucam) : Matthæus quippe et Marcus et Johannes et Lucas scripserunt evangelia; puis dans le manuscrit de la traduction syriaque (450-480) publiée par Cureton ; enfin,à l’autre bout de l’Église, dans le catalogue africain (360) publié par Mommsen et dans la version latine du Commentaire de Théophile.
Jean occupe la seconde place dans les deux arrangements suivants par lesquels on a sans doute eu à cœur de placer en tête les écrits des deux apôtres, en conservant à Matthieu la première place.