‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 27 sur 110 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'Évangile selon saint Matthieu.

Nous indiquerons ici les titres de :

1° Quelques ouvrages d'Introduction au N. T.: Hilgenfeld, 1875; Bleek-Mangold, 1886, 4e éd.; H. Holtzmann, 1886, 2e éd.: B. Weiss, 1889, 2% éd.: G. Salmon, 1889, 4° éd.: Reuss, Gesch.d. N. Tthen Schriften, 1887, 6e éd., et La Bible, 1874, t. [, p. 3-112; Schaff, History of the Christ. Church, 1882, I, 612-627; Nôüsgen, Gesch. d. christl. Offenbarung, 1891-1893: Zahn, Gesch. d, N. Then Kanons, 1888-1899; Weizsæcker, Das apostolische Zeitalter, 1886; Jülicher,

… Einleitung, 1894; À. Harnack, Das N. T. um das Jahr 200, 1889, et Die altchristl. Literatur, 1897, t. [, p. 651-700.

2° Quelques ouvrages spéciaux sur les Synoptiques : H. Holtzmann, Die synopt. Evang., 1863; Weïizsæcker, Untersuchungen über die evang. Geschichte, 1864; Sabatier, Essai sur les sources de la vie de Jésus, 1866; B. Weiss, Das Markusevang. und seine synopt. Parallelen, 1872, et Das Matthäusevang. und seine Lukas-Parallelen, 1876; Volkmar, Marcus und die Synopsis, 1878 ; Westcott, An Introduct. to the Study of the Gospels, 1881, 6€ éd.; G. Meyer, La Question synoptique, 1878; Wetzel, Die synopt. Evang., 1882; Renan, Les Évangiles, 1877; Paul Ewald, Das Hauptproblem d. Evangelienfrage, ete., 1890 ; Gloag, Introd. tho the synopt. Gospels, 1895; Rœhrich, La composition des quatre évangiles, 1897; Holtzmann, Æandcommentar zum N. T.,t.1, 1892, 2e éd.

30 Quelques ouvrages critiques sur Matthieu : Sieffert, Ueber

den Ursprung des ersten canon. Evang., 1832; À. Réville, INT: (AUDN. Te I1— 10

Études critiques sur l’évang. selon saint Matihieu, 1862 : J. Morison, 1870; Bonnet, Le N. T., 1880, 2 éd. par A.

Schrœæder, 1895; Lutteroth, Essai d’interprét. de l’évangile selon saint Matthieu, 1876; Keil, Das Ev. Matthoæi, 1877.

Le nom de Synopliques, donné aux trois premiers évanoiles, a été introduit dans la science par Griesbach. Dérivé du mot grec cuvodic, vue d'ensemble, ce terme les caractérise, en opposition à l’évangile de Jean, comme trois narrations assez semblables dans leur marche générale et même souvent dans leurs détails, pour pouvoir être alionées parallèlement, embrassées ainsi d’un seul coups d'œil et comparées facilement.

On a souvent publié les trois récits sous cette forme parallèle. L’un des plus anciens ouvrages de ce genre et qui en est encore, à ce qu’il me paraît, le mieux organisé, est la Synopsis de de Welte et Lücke (Berlin, 1818). Pour le ministère galiléen, en particulier, ces auteurs ont pris soin de répéter trois fois les textes, en plaçant successivement, comme base, celui de chacun des trois synoptiques avec accompagnement parallèle de celui des deux autres. Les Synopses qui ont suivi, sont celles de Tischendorf, 1848, 4 éd.; de Rœdiger; d'Anger, 1868; de Schulze, 1884; de Sevin, 1886; elles ne présentent pas le même avantage que la première. Malheureusement le texte de celte ancienne synopse se trouve un peu arriéré, en raison des grands progrès qu’a faits dès lors la critique du texte. L'ouvrage qui aujourd’hui peut être envisagé comme le plus remarquable et qui peut même être qualifié de maonifique est le Synoplicon de Rushbrooke (1880). Pour l’usage pratique, l’ouvrage de Huck, Synopse der drei erst. ÆEvang., 1899, et celui de Veit, Die synopt. Parallelen, 1897, peuvent être recommandés.— Quant aux citations patristiques, Je recommande surtout l'ouvrage de Charteris,

Canonicity, 1880. Ce livre, qui repose sur celui de Ærrchhofer, lui est supérieur à plusieurs égards.

Nous avons traité dans le ch. [er, p. 128 à 152, de l'ordre des évangiles dans le Canon. L'ordre évidemment le plus ancien, qui est aussi le plus généralement reçu, nous à paru en même lemps le plus rationnel. C'est celui que nous suivrons dans l’étude des trois synoptiques.

L’apôtre Matthieu.

Notre premier évangile est placé en tête du recueil évangélique et de tout le N. T., comme formant la transi-

tion des écrits de l’ancienne alliance à ceux de la nouvelle.

A lui s'applique tout particulérement le mot de saint Augustin : «€ Le Nouveau Testament caché dans l'Ancien; l'Ancien dévoilé dans le Nouveau. » | L'auteur auquel la tradition unanime de l'Église primitive l’attribue, lapôtre Matthieu, est l’un d’entre les Douze qui sont restés à l'arrière-plan durant la vie terrestre du Sauveur. Îl n’est nommé que deux fois dans l’évangile qui porte son nom, dans le récit de sa vocation (IX, 9) et dans la liste des apôtres (X, 3). Son nom ne parait que trois fois dans les autres écrits du N. T., et cela unique-

nent dans les listes apostoliques (Mare IT, 48; Luc VI, 15:

Act. 1, 13). Malgré ce rôle si effacé, Matthieu s’est trouve être l’un des deux apôtres qui ont exercé la plus grande influence sur le développement de l’œuvre du Christ dans le monde jusqu’à nos jours.

Son nom est écrit de deux manières dans les documents grecs. Les plus anciens Mss. (KBD) l’écrivent avec deux 4

(Mabaios); cette forme à été conservée dans beaucoup d'éditions modernes (£achmann, Tischendorf, Tregelles, Westcott et Hort, etc.). Mais la forme Marüaios se trouve dans les Mss. majuscules plus récents (CEKL, elc.); elle a été adoptée par Griesbach, et elle se lit en général dans les éditions du texte reçu. Gette différence orthographique n’est pas tout à fait sans importance. Si on lit ce nom avec deux 06, il provient évidemment de l’hébreu, car on trouve dans l'A. T. les noms Maththan (don) et Maththanja (don de Jéhova). Ce dernier, abrégé en Maththija, est rendu parfois en grec sous la forme Mais (Act. I, 23. 26). Mais il peut avoir été reproduit aussi. avec la terminaison œioç. [| y a beaucoup d’exemples de celte forme. Hilgenfeld (Ernl. p. 453) cite en particulier Jehoudi. Kenaani, rendus dans le N. T. sous les formes ‘loudatos et Xavavaïoc. Keil cite aussi Zabdi, rendu 3 Esdr. IX, 21 par Zæfdaïos. L'exemple de ce genre le plus conforme au cas actuel est celui du nom hébreu Chalphai (Alphée), qui se trouve rendu en grec sous les deux formes KAwrxäç et ’Añoatos. Si c'est bien là l’étymologie du nom de Matthieu, on doit en conclure à l’origine juive de cet apôtre. Il n’en serait pas tout à fait de même si l’on accéplait la forme Marbaios, comme sont disposés à le faire Blass (Grammatik d. N. Then Griechisch, 1896, $ HE, 41) et Schmiedel (Grammatik des N. Téher Sprachidioms, 8° éd. de Winer). Selon le premier, si je le comprends bien, la vraie forme grecque serait +ô, et la leçon 99 proviendrait d’une assimilation du + par le 6 suivant, comme dans Bæxyos devenu Bayyos, ‘Athic devenu ’Abôie, Sarow devenu Yxpp0. Je penserais plutôt avec Curtius (Grundzüge der griechischen Etymologie, p. 418) que orthographe primitive a bien été celle des deux 6, mais que, comme la langue grecque cherche toujours à

adoucir, les deux aspirées consécutives ont paru trop dures, ce qui a amené le changement de la première en une sourde (tenuis). Dans ce cas la forme Mabôzios serait plus conforme à l’étymologie et la forme Marbaios à la prononciation, ce qui s'accorde bien avec l’origine vraisemblablement hébraïque du nom et de la personne de l’apôtre, ainsi qu'avec les caractères de tout son écrit !. — Deux autres étymologies également tirées de l’hébreu ont été proposées; l’une par £wald, qui verrait dans ce nom la reproduction du nom Amitthaï (Jonas Ï, 1), l’autre par Grimm, qui le fait venir de Matthim, pluriel du singulier inusité Math (ui). Ce nom signifierait dans le premier cas, le fidèle; dans le second, le weril; mais ces suppositions n’ont pas eu de succés.

Une autre question plus oporhnlee est soulevée par les récits parallèles de Luc et de Marc qui, tout en racontant à peu près dans les mêmes termes la vocation d’un péager à Capernaüm, le nomment tous deux Lévi. Clément d'Alexandrie {Strom. IV, 9, 73) rapporte que le valentinien Héracléon envisageait ce Lévi comme un personnage différent de l’apôtre Matthieu, le premier n'étant qu’un péaser quelconque devenu chrétien. Cette distinction a été admise par beaucoup de critiques modernes, Grotius, Néander, Sieffert, Hilgenfeld, Reuss, ete. Clément lui-même paraît partager cette opinion; car parmi les apôtres qui n’ont pas subi le martyre, il nomme Matthieu, Philippe, Thomas, Lévi (à moins que ce dernier nom ne désigne Lebbée). Origène également; car il signale comme ayant été péagers Matthieu et Lévi (Contra Cels. 1, 62). Selon Siefjert, la tradition aurait appliqué à l’apôtre Matthieu les

1 J’exprime ici mes remerciements à MM. J. Lecoultre et G. Attin-

ger,. professeurs à Neuchâtel, pour les renseignements qu'ils ont bien voulu me procurer sur Ce sujet.

circonstances qui avaient signalé l'appel du péager Lévi. Mais si l’explication qui statue deux personnages différents n’est pas impossible, elle est très invraisemblable. Car : 1° Les trois récits ont une parfaite similitude de fond et de forme, sauf le nom du péager. 2° Dans les trois récits cet appel est placé à la suite du même miracle, la guérison du paralytique. 3e Dans tous les trois il est suivi également d’un seul et même récit, celui du banquet offert, par le nouvel appelé, à Jésus, aux apôtres et à ses amis, les péagers du lieu, avec les mêmes entretiens à la suite du repas (le jeûne, l’'Époux ôté, les vêtements vieux et neuf, le vin nouveau et les vieilles outres). Il s’agit donc bien dans les trois récits d’un seul et même fait ; et il faut admettre que le nom de Matthieu fut un surnom donné à ce péager par Jésus lui-même au moment de sa vocation. En le surnommant don de Dieu, Jésus aurait signalé le prix qu'il altachait à cette soudaine adhésion si promptement obtenue; comp. de nombreux exemples de doubles noms (Simon =— Pierre; Lebbée — Thaddée: Thomas — Didyme : Joseph — Barnabas ; Jude — Barsabas). Seulement il me parait qu’il n’est pas nécessaire de rapporter le mot eyiuevoy fnommé, Matth. IX, 9) au moment où eut lieu l'appel du péager; l’auteur peut désigner ainsi l’apôtre d'après le nom sous lequel il était connu dans l’Église au moment où il écrivait (comp. l'emploi de ce participe Matth. 1,16; X, 2; XXVII, 17,22; Éph. Il, 11): «l’homme connu sous le nom de »

On a admis souvent que cet appel de Matthieu était une vocation à l’apostolal. Je ne le pense pas. L’apos- Lolat, comme tel, n’a existé que plus tard. Jésus linvitait seulement, en ce moment, à l'accompagner habituellement comme l’un de ses familiers, comme son disciple permanent; c'était une permission quil lui donnait de

prendre place dans le cercle privilégié dans lequel il choisit plus tard ses apôtres. Un scrupule de délicatesse a sans doute engagé Marc et Luc à ne pas rappeler expressément le passé de l'apôtre qui avait quelque chose de dégradant ; ils ont préféré le voiler en reprenant son nom primitif, généralement oublié !. Matthieu, au contraire, ne craignait pas, dans son évangélisation, d'afficher à la gloire de la grâce de son Maître sa profession de péager (IX, 9), etse désignait franchement par son nom en disant: 2v)pwmov Mabbatov Aeyéuevov, el Mabbaïos 6 telvns (X, 3).

Le caractère de Matthieu doit avoir été ferme et décidé; c'est ce que fait ressortir le récit de Luc : « Et abandonnant tout, 11 se leva et le suivit. » On comprend ainsi peutêtre pourquoi Jésus lPavait associé au scrupuleux et sceptique Thomas, qui forrnait avec lui la quatrième paire d'apôtres?.

Immédiatement l'appel de Jésus accepté, Matthieu ac-

1 Qu'on se rappelle comment l’auteur de l’épitre dite de Barnabas tire de la vocation de Matthieu la preuve que Jésus est venu appeler des, pécheurs, plus pécheurs encore que tous les autres pécheurs (Gréo râcav uaptiay avoumwtépouc). ;

2 Resch, dans les Aussercanonische Paralleltexte zu den Evangelien (Matth., Mare, 2tes Heft, 1894) a émis l’opinion de l'identité de l'apôtre Matthieu avec Nathanaël (Jean [, 44 et suiv.) ; et en effet le récit de Jean est certainement celui de l'appel d'un futur apôtre (v. 51 et 52); comp. Jean XXI, 4. Or le nom de Nathanaël ne se lit dans aucune des listes apostoliques et doit par conséquent se retrouver dans celui de l’un des Douze; et, comme les noms de Nathanaël et de Matthieu ont absolument le même sens (Matthieu : don de Jah [abréviation de Jahvé|, et Nathanaël : Dieu |El] & donné ; comp. les noms de Théodore et Dosithée), on comprend ce qui a engagé Resch à voir en eux une seule et même personne. Cependant celle opinion ne me parait pas soutenable. La scène de la vocation de Nathanaël (Jean Î) n’a rien de commun avec celle de la vocation de Matthieu (Matth. IX, 9), ni pour le lieu, ni pour le temps, ni pour le mode. La première appartient au premier voyage de retour de Judée en Galilée; l’autre se passe à Capernaüm, et par conséquent un certain temps après ce

complit son premier acte missionnaire. Il offre à Jésus: dans sa maison un repas auquel il invite ses anciens collègues, les péagers du lieu, sans doute afin de les mettre en relation avec son nouveau Maître. C’est là le seul sens possible du récit de Luc (V, 29). Cest aussi certainement celui du récit de Marc (Il, 15), où la reprise expresse du nom de Jésus, à la suite des mots dans sa maison, force à rapporter le pronom aroù /sa) à Matthieu, et non à Jésus. Dans Matthieu (IX, 10) Meyer-Weiss rapporte les mots dans sa muison à la maison de Jésus lui-même. Mais pourquoi statuer 1c1 une différence avec les autres synoptiques”? Jésus avait-il donc une demeure à lui, où il pût offrir un banquet? Ce jour de fête, où Matthieu fit son entrée dans le royaume divin, fut, comme lobserve Schaff, celui de son adieu au monde et à ses occupations terrestres. | De Après l'élection des Douze, que le premier évangile n’a pas racontée, — nous ignorons pourquoi, — Matthieu appartint au second des trois groupes de quatre dont

retour en Galilée, lorsque déjà Jésus avait transporté son domicile de Nazareth à Capernaüm (Matth. IV, 43) et qu’il était en pleine activité. Puis, Nathanaël fait des objections: Matthieu au contraire obéit au premier appel. Ajoutons que les deux inexactitudes, la confusion des deux premiers retours en Galilée et l’omission du long séjour en-Judée qui les à séparés (Matth. IV, 12; comp. Jean LT, 22-24), s'expliquent plus difficilement si Matthieu était présent au premier retour que s’il n’a été appelé que plus tard. Je pense done plutôt avec la plupart des interprètes que Natbanaël doit être identifié avec Barthélemi (fils de Tholmaï), nom patronymique qui suppose chez celui qui le portait un autre nom personnel. Ce dernier nom est celui qu’emploie Jean (ch. I et XXI) comme celui sous lequel il avait d'abord connu Nathanaël, puis continué à le désigner familièrement, tandis que celui de Barthélemi était le nom par lequel on le désignait comme apôtre, ainsi qu'on le voit dans les listes apostoliques et dans le récit d’Eusèbe sur Pantène où il parait sous ce nom en tant qw’apôtre de l’Arabie méridionale (proprement des Indes). Comp. Eus , A. £, V, 10, 3.

se composait le collège apostolique, et dont il formait avec Thomas la première paire. D’après Clément d’Alex. {Paedag. 1, 16), il aurait pratiqué un genre de vie ascétique, s’abstenant des boissons fermentées et de toute nourriture animale. C’est le même genre de vie qu'Hégésippe attribue à Jacques, le frère de Jésus, et que saint Paul mentionne chez certains chrétiens juifs de l’église de Rome qu'il appelle les faibles (ch. XIV). Sans se ranger de leur côté, Papôtre protège leur liberté; c’est ce qu’il aurait fait assurément à l'égard de ces deux hommes. Comme le premier évangile rappelle expressément le principe de Jésus, d’après lequel ce n’est pas ce qui entre dans l’homme qui souille Phomme (Matth. XV, 16 et suiv.), on ne saurail voir dans cette pratique une preuve d'esprit légal. On a voulu y trouver aussi une trace d’essénisme. Mais l’essénisme comportait bien d’autres pratiques et abstinences qui avaient dans ce système un caractère religieux, obligaloire, et qui n'auraient pas été compatibles avec la vie apostolique. On peut penser que ces deux hommes agissaient en cela comme le font nos végétariens actuels. On attribue parfois à Matthieu la mention d’une parole prétendue de Jésus : « Si le voisin d’un élu pêche, l'élu à péché; car s’il se fût conduit comme le prescrit la Parole, son voisin eût été rempli d’un tel respect pour sa vie qu’il aurait été conduit à ne pas pécher. » Mais elle provenait d’un livre extra-canonique, les Tradilions de l’apôtre Matthias (Clément, Strom. VIL, 13, 82, éd. Klotz). Nous retrouvons dans celle parole le caractère recherché et alambiqué de presque toutes celles que les écrits extracanoniques prêtent à Jésus.

: Dans l'ouvrage intitulé la Prédicution de Pierre (voir ch. [, p. 76 et 77) il était dit que Matthieu était resté en Palestine encore douze ans après l’Ascension, ce qui con-

duirait à Pan 42. Ce qui est certain, c’est qu’en 59 Paul ne trouva plus aucun apôtre à Jérusalem (Act. XXI, 17 et suiv.). Harnack, dans sa Chronologie, essaie même de | prouver que la dispersion des apôtres en général eut lieu dès l'an 42, mais d’après des données peu solides, à ce : qu’il me paraît!. D'après £usèbe (H. E. II, 24, 6) ce serait à l’occasion de son départ que Matthieu aurait composé son évangile araméen pour dédommager ses concitoyens de Palestine de son éloignement.

Où se rendit alors Matthieu? En Éthiopie, selon l'historien Socrate (19, 2) ; d’après d’autres, chez les Parthes ou en Macédoine ou en Inde. Des légendes nostérieures le représentent préchant avec André chez les Anthropophages, probablement les peuples à demi-barbares habitant les contrées voisines de la mer Noire {Lipsius, Die apocryphen Apostelgeschichten, etc., 1883, [, p. 28, 545 et 598).

Le martyrologe romain fixe le martyre de Matthieu au 21 septembre ; l’Eglise grecque le célèbre le 16 novembre {Credner, Einl., $ 35). Mais Clément [Strom. IN, 9, 73), voulant prouver qu’on peut êlre sauvé sans avoir été mar- Lyr, cite les noms de Walthieu, Philippe, Thomas, Lévi (Lebbée ?). |

Contenu et plan de l'évangile,

La marche du récit est toute naturelle; lhistoire est divisée en sept parties : 10 les récits de l’enfance (ch. I et (D) ; 2° l'avènement messianique (ch. I-[V, 11); 3° le mi-

1 D’après Kerygma Petri, Acta Petri, Pistis-Sophia el autres sources extra-Canoniques. |

nistère galiléen (ch. IV, 12-XVIII, 35); 4° le voyage de Galilée à Jérusalem (ch. XIX, 1-XX, 34); 5° le ministère à Jérusalem (ch. XXI, 1-XXV, 46), 60 la Passion (ch. XXVI et XXVIL) ; 7° la Résurrection (ch. XX VIH).

Le premier verset de l’évangile en indique le sujet et en caractérise nettement l'esprit. Jésus y est présenté, d'abord, comme descendant de David et héritier de sa royauté, puis comme celui qui doit réaliser le salut promis à Abraham et à sa postérité pour toutes les familles de la terre. Le fruit mûr du particularisme théocratique va devenir la semence de l’universalisme qui en a été le but dès le comniencement.

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