‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 28 sur 110 · RÉCITS DE L'ENFANCE · texte numérisé non relu

RÉCITS DE L'ENFANCE

Cette première partie comprend trois morceaux : 1° la sénéalocie de Jésus (1, 2-17); 2° le fait de sa naissance (v. 18-25) ; 30 quelques circonstances des premiers temps de sa vie par lesquelles 1l a été signalé comme le Messie promis (Il, 1-23).

A. La généalogie (1, 1-17).

En raison du lien étroit qui vient d’être signalé (v. 1) entre l’apparition de Jésus et celle de ses deux grands ancêtres, il n’est pas étonnant que le récit commence par une généalogie destinée à constater la réalité de ce lien providentiel.

Il est certain que l’auteur de ce document généalogique en a tiré les deux premières parties des généalogies de l'Ancien Testament. La troisième, portant sur les générations entre le retour de l'exil et Joseph, père adoptif de Jésus, à peut-être été empruntée aux tableaux publics

(Onuésuu déiro:), dont parle l'historien Josèphe au commencement de son autobiographie, et d’où il dit avoir tiré la sienne propre ; ou bien l’auteur aurait-il eu en sa possession quelque document de famille? En tout cas il n’a pas tiré de son imagination ces 12 noms, ce qui serait un jeu indigne d’un écrivain sérieux.

À l'égard de ce document, observons :

19 Que la forme des noms propres est le plus souvent urée des LXX, non de lhébreu : ainsi Pharès (Matthieu et LXX) pour Pérets (hébr.); Naasson pour Nachson (hébr.), Zara pour Zérach, etc.

2 L'auteur s’écarte de la forme des généalogies hébraiques par le fait singulier que quatre fois des noms de femmes sont introduits par lui dans la liste généalogique (Thamar, v. 3; Raab et Ruth, v. 5; et Bathséba, cette dernière mentionnée comme femme d’Urie (v. 6), de mamère à rappeler expressément son adultère). On peut expliquer de plusieurs manières la mention exceptionnelle de ces quatre femmes. Trois d’entre elles, Thamar, Raab et Bathséba, ayant eu une vie entachée d'impureté, on pourrait supposer que leur mention est destinée à faire pressentir le caractère de compassion miséricordieuse de l’œuvre du Messie ; mais la quatrième? D'autre part, Raab la Cananéenne et Ruth la Moabite, étant étrangères au peuple hébreu, on pourrait admettre qu’elles sont mentionnées comme ayant préludé à l'entrée des paiens dans le règne de Dieu; elles seraient nommées comme types de l’universalisme futur. Mais cette explication ne convient pas aux deux autres femmes. Il vaut mieux supposer peutêtre que la mention exceptionnelle de ces quatre femmes dans la généalogie du Messie est en rapport avec le rôle parliculier de la femme dans le fait de sa naissance.

30 L'auteur à divisé la généalogie en trois périodes de

même durée, mesurées chacune par quatorze générations. Scandant en quelque sorte l’histoire de la royauté israélite jusqu’à la naissance du Messie, il compte la première phase d’Abrahan à David, c’est la préparation de la royauté ; la seconde, de David à la captivité, est le temps de sa réalisation typique, mais aussi de sa déchéance ; la troisième, enfin, est le temps de sa disparition momentanée, mais qui fraie la voie à sa réapparition réelle et définitive. Yest là le rythme ingénieux sous lequel l’auteur contemple tout le cours de l’histoire théocratique; 1l en résulte évidemment que l'heure du relèvement du trône de David a maintenant sonné. Îl est bien vrai que, pour arriver à une telle symétrie, 1l est obligé de retrancher quatre noms de la liste des rois de Juda et de compter à double le roi qui fut emmené captif à Babylone et sous lequel eut lieu le retour de l’exil. Mais deux ou trois générations importent peu dans une histoire qui comprend plus de deux mille ans, et cette intuition, en grand, du cours des choses n’en reste pas moins frappante et approximativement exacte. 4° Cependant ce récit tout entier parait reposer sur une contradiction : d’un côté, en effet, la filation davidique de Joseph n’a d'importance qu’autant qu’il a été le père réel de Jésus. Et d’autre part, tout le morceau suivant, en attribuant à Jésus une naissance excepuonnelle, sans le concours d’un père humain, semble démentr cette filiation si soigneusement démontrée. Les adversaires de la naissance miraculeuse ont profité de cette contradiction pour nier le fait, C’est ce que faisait déjà Cérinthe, et l’on peut aussi constater une tendance semblable dans la traduction syriaque des évangiles, récemment découverte au couvent du Sinaï par Mme Lewis. Au v. 16 cette traduction lit en effet au lieu des mots : € Joseph, le mari de Marie, de laquelle est né Jésus, » les mots suivants : « Joseph, auquel la

vierse Marie enfanta Jésus »; puis au v. 24, au lieu de : « Elle enfantera un fils », elle « ’enfantera » un fils; enfin au v. 25: « Et elle lui enfanta un fils qu’il appela Jésus. » Évidemment le traducteur, n’osant ouvertement changer le texte, l’a modifié de manière à supprimer la naissance surnaturelle. Mais tout le reste du récit, les anxiétés de Joseph, l’intervention de l’ange et la citation d'Ésaie, condamne ces changements manifestement intenionnels. Quant à la contradiction apparente signalée plus haut, elle se résout par le fait que, d’un côté, Jésus, pour pouvoir être reconnu par le peuple et ses chefs comme le Messie, devait nécessairement être envisagé comme descendant de David, opinion qui régna en effet, et que d’autre part, comme le prouve le récit évangélique, le mystère de sa naissance miraculeuse ne pouvait être publié avant un temps plus avancé, où la foi en lui serait déjà fondée. Jusqu'alors celui qui était tenu pour son père devait être reconnu comme issu de la famille royale. Autrement la foi en lui eût élé rendue presque impossible au peuple juif Le fait même de l'adoption de Jésus par Joseph ne pouvait conférer au premier la qualité de fils de David qu’à la condition que le second possédât lui-même cette qualité.

B. La naissance miraculeuse (1, 18-95).

10 Il faut remarquer qu'à proprement parler le fait même n’est pas raconté; il est lacitement supposé par les premiers mots de IE, 2. Ge qui importe au narrateur, c’est moins le côté historique du fait que sa valeur religieuse. Îci est la différence entre la narration de Matthieu et celle de Luc. Cest ce qui ressort aussi de l'expression : «€ la naissance du Christ » (EH, 18), au lieu de : «la naissance de Jésus. »

2 Le récit de l'annonce de cette naissance est présenté

uniquement au point de vue de ce qui s’est passé pour Joseph, et non pour Marie; autre différence avec Luc. Il y a ici deux traditions provenant de côtés différents. 3° On a prétendu que lidée de la naissance surnaturelle de Jésus était due à la prophétie d’Ésaïe rappelée V. 23. Mais les détails relatifs à la conduite de Joseph ne se rattachent à rien dans cette prophétie; c’est donc plutôt le fait lui-même qui a attiré l’attention sur la prophétie. 4° Dès le commencement du second siècle, on constate l'effort de maintenir la virginité de Marie; ainsi dans le Protévangile de Jacques, tandis que Matth. 1, 25 montre combien le premier évangile est encore étranger à cette tendance.

9’ Il n’y a pas, comme nous lPavons vu, à s’étonner de la différence des généalogies dans Matthieu et dans Luc. D'un côté Jésus ne pouvait être reconnu comme Messie qu'à la condition d’être envisagé comme fils d’un descendant de David; c’est là ce que constate la généalogie de Joseph (Matthieu). Et en même temps, pour que cette apparence ne fût pas mensonoëère, la filiation davidique de Jésus ne pouvait être réelle que si elle était une vérité en même temps du côté de Marie, par laquelle seule le sang de David coulait réellement dans ses veines. Dans ces conditions une double généalogie était nécessaire, l’une provisoire, valable aux yeux des contemporains immédiats «de Jésus, l’autre réelle et définitive pour la foi de l’Eghse, lorsque le mystère de cette naissance exceptionnelle pourrat être dévoilé.

C. Quelques signes messianiques dans le cours de l'enfance (H, 1-23).

Les quatre faits énumérés dans ce qui suit ne sont nullement un récit suivi de l’enfance. L'auteur n'est point préoccupé de raconter l’histoire de cette période, mais

uniquement de faire ressortir le caractère messianique de quelques-uns des faits qui Pont signalée. C’est là la difiérence essentielle entre le récit de Matthieu et celui de Euc(eh: F'et (1).

19 L’adoration des Mages (I, 1-12).

Le nom de Bethléem n'avait point encore été mentionné ; c’est ici seulement que ce lieu de la naissance de Jésus est nommé, à l’occasion de l’arrivée des Mages et en raison de la prophétie de Michée (V, 1) et du rôle qu’elle joua à cette occasion. {ilgenfeld: fait ressortir, sans doute avec raison, l'importance de tout ce récit comme prélude, d’un côté, de la disposition à la foi dans le monde païen, et, de l’autre, de l’incrédulité et de la haine qui se développeront dans le peuple juif. Ce premier fait est ainsi comme le prélude de toute l’histoire du Méssie.

90 La fuite en Égypte (11, 18-15).

Elle est relevée également en rapport avec la prophétie d'Osée (XI, 1). On en a conclu que c'était là une circonstance fictive imaginée. à l’occasion de ce texte du prophète. Cela est peu vraisemblable, car il a fallu soit substituer la forme mon fils, à celle de ses fils (de Jacob) dans les LXX, soit détourner d’une manière forcée sur l'enfant Jésus le sens de l’hébreu mon fils (Jacob). Ge n’est donc pas le texte d'Osée qui à pu faire penser à une fuite de Jésus en fgypte; c’est le fait bien connu de cette fuite qui à fail penser à la parole du prophète.

3° Le massacre des enfants (Il, 16-18).

Même observation que pour la citalion précédente. La prophétie de Jérémie (XXXI, 15) n’a pu donner lieu à l’idée du massacre des enfants de Bethléem. Ce crime, qui avait fait sensation, a rappelé à l’auteur une parole du prophète qui présentait avec lui une analogie éloignée.

4o L'établissement à Nazareth (II, 19-25).

Les efforts des interprètes pour expliquer ce passage ne me paraissent pas avoir réussi. Le nazir de Gen. XLIX, 26, que cite Hilgenfeld, ne convient point, puisque «nazir » (distingué) renferme une notion d’élévation, et que le mot Nazaréen en renferme, au contraire, une d’abaissement. Le mot netser (rejeton), Es. XI, 1, ne conduit qu’à des explications compliquées et peu naturelles. Je pense que le nom de Nazaréen, tout comme celui de Galiléen donné à Jésus par ses contemporains (Matth. XXVI, 71; Act. XXIV, 5), a été un terme de mépris, une espèce de sobriquet qui correspondait aux nombreux passages annonçant les humiliations du Messie et qui avaient aux yeux des chrétiens une valeur prophétique.

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