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Ce morceau renferme trois faits : le ministère de Jean- Baptiste, le baptême de Jésus et sa tentation.
A. Le ministère de Jean (UK, 1-19) devait, en éveillant dans le peuple le sentiment de sa déchéance morale et par là le besoin de pardon et de relèvement, le préparer à accueillir favorablement le salut que Dieu lui envoyait. Il fallait pour cela que le désir de la délivrance spirituelle se substituât dans le cœur d'Israël aux espérances de grandeur politique qui se rattachaient à l'attente du Messie (comp. Luc 1, 77).
1° L'expression singulière : Dans ces jours-là (v. À), n’embrasse pas moins de trente années. L'auteur se préoccupe moins du côté chronologique des faits que de leur
valeur religieuse.
INT. AU N. T. 11 — Il
20 Le nom de Jean-Baptiste, employé ici sans explication aucune, suppose des lecteurs déjà instruits de l’existence et de l’office de ce personnage. |
30 La citation d'Ésaie XL, 3 (v. 3) constate de nouveau le caractère messianique et divin de celui qui va succéder à Jean.
40 Le discours que l’auteur met dans la bouche de Jean paraît être plutôt le sommaire général de sa prédication, que la reproduction d’une de ses allocutions particulières. Jean fait pressentir le triage que la venue du Messie operera dans la masse du peuple juif; mais ce jugement est présenté, comme dans VA. T., sous la forme d’un acte extérieur et subit. Cependant le caractère moral de ce triage préparatoire est fortement rappelé (IL, 9-12). Jean fait pressentir l’imminence et la gravité de cette crise messianique, en la décrivant d’après la prophétie Mal. If, 2. 3, qui servait en même temps de base à sa propre mission (HE, 4 ; IV, 5).
B. Le baptême (NH, 13-17).
Jésus reçoit par la communication de l’Esprit les dons, c’est-à-dire la lumière et les forces qui lui sont nécessaires pour opérer dans l’humanité la fondation du Royaume de Dieu. C'est ici son installation solennelle dans le ministère messianique. Deux traits distinguent le récit de Matthieu de ceux des deux autres synoptiques :
1° L'entretien entre Jésus et Jean, qui précède l'acte du baptême, et dont Marc et Luc ne parlent pas. Il faut se rappeler que Jean et Jésus ne se connaissaient point encore personnellement (Jean [, 31 et 33), le premier ayant vécu, Jusqu'à son apparition en Israël, dans les déserts. Mais nous savons par Matth. If, 6 et Marc 1, 5 que ceux qui demandaient le baptême faisaient avant tout auprés de
Jean une confession de péché. Que dut être celle de Jésus? Il n'avait pas de péché propre à raconter. Il dut exposer le péché du monde qui pesait sur son cœur et qu'il commençait déjà alors à faire sien. On comprend ainsi “comment, plus tard, Jean put désigner Jésus à deux de ses disciples comme : € L’Agneau de Dieu qui porte le péché du monde, » et l’on peut s’expliquer aussi par là son exclamation immédiate: « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi ! »
90 L’allocution divine est adressée, dans Matthieu, non à Jésus, mais à Jean-Baptiste : « C’est ici... (oùrds éoruw) celui en qui... (év w...); » et non pas, comme dans Luc et aussi dans Mare : « Tu'es… (où si...) ; en toi. (&v 6o...). » Jean, appelé de Dieu à rendre officiellement témoignage de la mission divine de Jésus, devait en recevoir, aussi directement et personnellement que Jésus lui-même, la révélation divine. Cette révélation eut lieu simultanément, au moment du baptême, dans la conscience de l’un et de l’autre. Le récit de Matthieu paraît provenir d’une tradition émanant du Précurseur lui-même.
CG. La tentation (IN, 1-11).
Il semble qu’une fois revêtu des forces divines et conscient de son union filiale avec Dieu, Jésus n’eût plus qu’à commencer immédiatement son œuvre auprès du monde. Mais son humanité n’est pas une pure apparence. Comme un simple homme, il doit être initié non seulement à la beauté sainte de l’œuvre qu’il accomplira {le cel ouvert), mais encore aux formes du mal qu’il rencontrera et aux ruses diverses par fesquelles son grand adversaire cherchera à le détourner de la vraie voie messianique. Ce second côté de sa préparation s’est réalisé par la tentation, lutte dans laquelle il a remporté une victoire préalable sur toutes les séduc-
tions particulières qui devaient se rencontrer plus tard à chaque pas sur sa route. Le récit de Matthieu diffère de celui de Luc en ce que la tentation relative à la souverai-. nelé messianique universelle, qui dans celui-ci est la seconde, est chez Matthieu la troisième et forme le point culminant de l’épreuve. Get ordre est si conforme au caractère messianique général du premier évangile que l’on peut se sentir disposé par là à préférer celui de Luc.