‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 53 sur 110 · SEA · texte numérisé non relu

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ment chez lui, dans les récits cités plus haut, ce que Renan appelle : « Les vives arêtes du souvenir personnel. » Îl y a donc plutôt ici des réminiscences qui ont coincidé, à moins que Mare, qui avait certainement connu Jean à Jérusalem, n’eût appris de sa bouche ces petits détails. Des coincidences non moins remarquables se trouvent aussi assez souvent entre les narrations de Luc et celles de Jean; comp., par exemple, le récit de la visite de Jésus chez Marthe et Marie (Luc X) avec celui de la résurrection de Lazare (Jean XI). Or ici encore tout peut s'expliquer par des communications personnelles, sans avoir recours à une reproduction de textes plus ou moins littérale. Que si l’on croyait ne pas pouvoir se passer de ce moyen, ce serait en tout cas à Jean qu'il faudrait attribuer l’emploi de Marc, non l'inverse; car Jean est certamement postérieur à Marc.

B. Au point de vue littéraire.

Si le récit de Marc diffère de celui de Matthieu pour le mode de narration, il en diffère encore plus, si possible, par le siyle. Sans doute, sous cette différence apparait constamment un fond commun dû, d’un côté, à l’identité des faits racontés et, de l’autre, à la forme sous laquelle ils avaient été reproduits dès le commencement par les premiers narrateurs. Mais, tandis que le style de Matthieu est toujours sobre, précis, calme et ferme, comme celui d’un Montesquieu (si j'ose faire une telle comparaison), le caractère particulier de celui de Marc est un abandon naïf, un laisser-aller sans prétention et même négligé, tel que celui d’un homme illettré racontant avec une émotion communicative, non sans quelque prohxité et emphase, un fait saillant dont il à été témoin et qui est devenu l'événement décisif de sa vie. Renan caractérise ainsi la

forme de cet écrit: « Une sorte de réalisme qui rend le trait pesant et dur... » Mais il ajoute : « La netteté, la précision de détail, originalité, le pittoresque, la vie de ce premier récit ne furent pas dans la suite égalés..… La forte impression laissée par Jésus s’y retrouve tout entière. On ly voit réellement vivant et agissant... Tout est pris sur le vif ; on sent qu’on ést en présence de souvenirs » (Les Evangiles, p. 116 et 118).

On ne saurait mieux définir le caractère général du style de cet écrit. Essayons d’en indiquer les traits plus particuliers : les uns sont des qualités ; les autres, des défauts, littérairement parlant !.

1. Nous remarquons d’abord la vivacité des tournures : l'emploi fréquent du présent historique servant à fixer la situation et suivi des aoristes qui développent la scène; le brusque passage, par un simple 671, du récit de l’auteur lui-même au discours des interlocuteurs ; la succession rapide des scènes liées par le simple xat et très souvent par xat ebb0s (ou ebéwc).

2. L’abondance des termes énergiques et pittoresques, la plupart entièrement propres à Marc : obpavot cyiKéuevor [, 10 ; duouBrrer [, 16 ; éxriocechou VII, 37; X, 26 ; orapacoeuv |, 26 ; IX, 20 ; éxbaXeuwv Tivt |, 19. 43 ; émninrew Twi I, 10: xarecbiew vas oùxius XII, 40; meoBhérector 11, 5.34: 1X, 8 ; X, 23: XI, 11 ; meprocwc, X 926 XV, 14 énrepicows XIV, 81 ; dnepneptooüs éxrAnocecbar VII, 37.

3. L'énergie du style de Mare le fait parfois tomber dans la prolixité ou les répétitions. Ainsi dans les passages Ï, 82.00. 42; Il, 19; XII, 28:; ANT, 19, non qu’une certaine nuance ne distingue pourtant, même dans ces caslà, les termes en apparence synonymes.

1 Voir pour la caractéristique plus complète du style de Marc l'excellent travail de Holtzmann, Synopt. Evang., p. 280-292.

4. Marc trahit fréquemment une prédilection pour les diminutifs (mhorotov, Guydrotov, xpohouov, xuvéptov, audio).

5. Doubles négations : XI, 14; XIV, 95; XV, 5 ; verbes doublés de leurs propres substantifs : owveïv oovi ; Bhacqnuiav B\xsonuev.

6. Les hébraismes ne sont pas assez nombreux pour faire supposer que cet écrit soit la traduction d’un orioinal sémitique. Il y en a pourtant quelques-uns, mais qui paraissent provenir simplement du langage populaire palestinien ou de la lecture de la traduction des LXX, soit dans le culte publie, soit dans l'usage privé, de la part d’un écrivain qui n'avait point été en contact avec le grec classique ; ainsi la liaison ordinaire des morceaux par le simple xxt; parfois même cette particule servant à marquer l’apodose. On trouve aussi la simple juxtaposition de deux verbes finis (éyévero .…. %Aev) ; une seule fois la liaison par dé ; des formes telles que celles-ci : d6o do, TOAGUAL TOATIAL, GUUTOGUX cuuTÜoL4; le pronom démonstraüf faisant double emploi avec le pronom relatif comme où … æüron (1,7); ns … arc (VII, 25) ; l'expression eivar &v pour désigner l’état physique ou moral.

. C’est à cette catégorie que nous croyons pouvoir rattacher les nombreux passages où Marc cite les paroles du Seigneur dans leur teneur originale (araméenne) ; par exemple, Ephphata (ouvre-toi), dans la guérison du sourdmuet ; Thalita Koumi (petite-fille, lève-toi), dans la résurrection de la fille de Jaïrus ; Abba, Père, dans la prière de Gethsémané ; Eloi, Eloi, lema sabachtani, sur la croix !. Ces citations des paroles de Jésus dans la langue originale ne sont pas de la part de Marc un simple

1 Matthieu reproduit aussi ces mots en araméen ; mais ce fait, exceptionnel chez lui, est ici nécessaire pour expliquer le malentendu des soldats auquel ce cri donne lieu : « Il appelle Elie. »

« procédé littéraire »; elles proviennent du besoin de couleur locale qui se fait sentir dans tout son récit.

7. L’abondance des latinismes a toujours frappé dans l’écrit de Marc. Depuis les conquêtes d'Alexandre le grec était devenu la langue la plus répandue en Orient et même en Occident, et depuis les conquêtes romaines le latin avait généralement déteint sur le grec usuel. Aussi trouvons-nous dans tous nos évangiles quelques termes latinisants. Dans Matthieu xododvrne, #ñv50c, ox ob, Aeyéev ; ce dernier terme aussi dans Luc ; dans Luc et Jean, rearéprov, Onvéotov. Mais ce phénomène est beaucoup plus fréquent encore chez Marc, Nous trouvons chez lui, et chez lui seul, les termes omexovhdrwo, VI, 27 ; xevruotov, XV, 39.44 (Matthieu dit éxatovrapyoc, Luc éxarovréoync) ; Cécrnc, VII, 4 (sextarius, mesure romaine de liquides) ; cyärtuws Eyew, in extremis esse, V, 25 ; To ixavov rurñouu, salisfucere XV, 15; peut-être aussi oariouaotr kawbavew, XIV, 65. Cette plus grande fréquence d’expressions latines semble indiquer que cet ouvrage a été écrit soit dans Île cours, soit au sortir d’un séjour dans un milieu latin.

8. Un assez grand nombre d'irrégularités grammaticales et de négligences de style, comp. : Il, 26 ; IV, 22. 26-31 :;:VE, 59 VI MAO UIX AS EXI:92 APS 97 XIV, 60, elc.

9. Je dois enfin renidte attentif à une forme étrange, absolument propre à Marc, dont le principal échantillon se trouve V, 25 et suiv. Je veux parler d’uneaccumulation de participes successifs — 1l n’y en a pas moins de sept dans le passage cité — destinés à expliquer toutes les circonstances qui ont décidé la femme malade d’une perte de sang à la démarche hardie à laquelle elle finit par avoir recours, l’attouchement du vêtement de Jésus

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GOT... und èv HpeXnDetox ...…. eg To yeipov. éXDobox axousaca .… éAocæ.. et enfin, à la suite de cette accumulation d’efforts vains, douloureux et ruineux, l'acte final qui en résulte : nÿxro, elle toucha. Cette forme, lourde, gauche même, si l’on veut, est loin dans sa naïveté d’être sans charme ; on croit voir une masse qui, grossissant peu à peu, reste un certain temps suspendue, se détache enfin et tombe de son propre poids. Le v. 33 du même chapitre offre un second exemple du même genre, quoique moins saillant.

Somme toute, malgré quelques imperfections littéraires, et peut-être même en partie à cause d'elles, l'écrit de Marc, grâce à sa vivacité d’allure, grâce à l’énergie de ses termes pittoresques et plastiques, grâce à la succession rapide des scènes dans lesquelles Jésus apparaît à chaque fois comme « le maitre de la situation », ainsi que dit bien Jülicher, grâce à l’heureux mélange des .choses dites et des choses faites (n Aexévra à Toayhévre, selon l'expression de Papias), grâce enfin au ton du récit toujours parfaitement naturel en plein milieu surnaturel, l'ouvrage. de Marc exerce un charme tout particulier sur le lecteur, enchaîne son attention du commencement à la fin et lui laisse l'impression exprimée par le jugement de Renan cité plus haut : celle de la pure et vivante réalité.

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