‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 58 sur 110 · Un souvenir de Marc lui-même · texte numérisé non relu

Un souvenir de Marc lui-même

4. Peut-être quelques souvenirs de l’apôtre Jean oralement communiqués à Marc.

Je ne puis, d’après ce que nous avons vu jusqu'ici, compter Matthieu parmi les sources de Marc ; car 1° Le plan de Marc, du moins tel que je l’ai compris et exposé

! L'opinion de Calvin ressort indirectement de sa déclaration dans l’Argument de l'explication de Harmonie évangélique (qu’il n’avance nullement sans la justifier, comme le prétend Zahn, II, p.495) : « Pour moi, je crois que Marc n’a jamais lu le livre de Matthieu... et autant en voudrais-je dire de Luc, »

plus haut, n’a rien de commun avec celui de Matthieu quant à la marche du ministère galiléen. Le récit de Marc présente une série d’excursions partant loutes de Capernaüm et y revenant, et en même temps s'étendant eraduellement de manière à embrasser des districts toujours plus éloignés et à atteindre enfin les extrémités septentrionales de la Terre-Sainte. Le point de vue d’un tel récit est purement historique, tandis que Matthieu divise systématiquement la même matière (à la suite du sermon de la montagne) et la répartit en deux groupes distincts : les actes de souvefaineté et les paroles de révélation messianiques. On ne saurait imaginer un contraste plus complet que celui de ces deux modes de narration ; contraste d’où résultent les interversions si nombreuses que l’on remarque dans l’ordre des récits particuliers. 2° La différence de slyle entre les deux écrits est plus frappante encore; on allèoue sans doute certains membres de phrase littéralement semblables, fait qui ne peut, dit-on, s'expliquer naturellement que par l'emploi que lun des auteurs a fait de l'écrit de l’autre. Mais si certains mots d'une phrase sont identiques dans les deux récits, ils sont continuellement précédés et suivis d’autres membres de phrase qui diffèrent complètement. On explique ce phénomène en disant que chacun a tenu à ne pas copier l’autre servilement ; que chacun a voulu raconter aussi en quelque manière de son propre chef. Mais sur cette voie comment Marc serait-il arrivé à ce style si constamment simple et égal à lui-même, à ce style « d’un jet », comme dit Renan ? On devrait dans ce cas s'attendre au contraire à une incessante bigarrure. Marc à son caractère propre qu'il conserve d’un bout à l’autre, tout comme Matthieu a le sien. Un mélange de ces deux manières si différentes serait aussi choquant que le serait pour les veux la super-

posilion de morceaux de toile appliqués sur un tissu de laine.

Et que serait-ce si, aux membres de phrase empruntés par Marc à l'écrit de Matthieu, venaient encore s’en ajouter d’autres tirés de lécrit de Luc! Cest bien alors que la bigarrure serait complête, comme si, avec ces morceaux de toile de fil appliqués sur le vêtement de laine en étaient entremêlés d’autres provenant d’un tissu de soie.

Le style si naturel de l’écrit de Marc devient dans ces hypothèses absolument inexplicable.

Les traditions patristiques.

J'ai cru devoir commencer par l'étude du livre lui-même, comme offrant seule une base solide à linvestigaltion scientifique, et réserver pour la fin l'examen des rapports patristiques dans lesquels il est souvent difficile de distinguer l'historique de l'imaginaire. Ces anciens témoignages doivent cependant être consultés avec soin, car ils offrent un moyen important de contrôler et souvent aussi de préciser et de compléter les résultats de l’étude interne.

Le sentiment de l'Eglise primitive à l’égard de l’auteur du second évangile s’est exprimé et fixé pour toujours dans le titre Selon Marc, sous lequel cet écrit a été introduit dans le recueil des quatre évangiles formé vers la fin du premier ou au commencement du second siècle (voir p. 38 à 42). Si ce titre était le produit d’une simple supposition, on eût choisi un nom plus illustre, celui d’un apôtre, par exemple, ou du moins d’un disciple plus 1rréprochable. |

La trace la plus ancienne de son emploi se trouve sans doute dans l’épître de Clément de Rome (XV, 2). dont l’auteur, qui écrit vers l’an 95, cite un passage d’Esaie (XXIX, 15) que Jésus appliquait aux Pharisiens (Marc VIT, 6 et Matth. XV, 8). Duquel de ces deux écrits la citation est-elle tirée ? Elle paraît plutôt l’être du second évangile que du premiér, comme le dit une note dans l’édition de Harnack et Gebhardt : Propius accedit scriptor ad Marcum (VIT, 6), undè verba eum sumpsisse verisimilhmum videtur.

Le rapport patristique le plus ancien et le plus détaillé nous a été transmis par Papias, qui écrivait vers 120-195 ; ce rapport a été conservé par Eusèbe (H. E. III, 39, 15). Papias déclare qu'il le tient de la bouche du presbytre Jean, disciple (personnel) du Seigneur, et par conséquent très rapproché du cercle apostolique (voir p.27 et 62). Papias a, dans la préface de son livre intitulé Explications des discours du Seigneur, publié ce témoignage qui lui avait été communiqué privément. Ce fait suffit pour prouver combien l’évangile de Marc était déjà connu et répandu dans les églises d’Asie Mineure au moment où écrivait ce Père. Autrement, il ne lui aurait pas paru si intéressant de faire connaître de tels détails. Il serait imutile de répéter la traduction de ce fragment, donnée plus haut (p. 62); mais je crois nécessaire d’en reproduire ici la teneur originale f.

Irénée appelle Papias « l'auditeur de Jean (lapôtre) et

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l'ami de Polycarpe » (Haer. NV, 33, 14). Nous avons vu qu'Eusèbe conteste à tort cette assertion et quel motif a faussé tous ses jugements dans cette question (p. 29 et 27).

Je ne pense pas que la totalité du passage de Papias cité en note appartienne au lémoignage du presbytre Jean; ce témoignage me paraît ne pas dépasser les mots : & Les choses soit dites, soit faites par le Christ. » Tout ce qui suit renferme des réflexions de Papias luimême sur ce témoignage. Ge qui le prouve, comme l'ont bien vu Tholuck, Bleek, etc., ce sont les mots : comme je le disais (65 égnv), par lesquels Papias rappelle une parole précédente de son propre livre, relative à la vie de Marc.

Ici se présentent quelques questions; et d’abord celle de savoir comment il faut expliquer le jugement du presbytre Jean, confirmé par Papias lui-même, sur le manque d'ordre dans le récit de Marc. Quel point de comparaison pouvaient avoir ces deux Pères pour porter ce jugement sur le second évangile ? Quelques-uns, comme Salmon, ont supposé qu’ils comparaient Marc avec Lue qui affirme avoir écrit selon l’ordre réel des faits (xae£ñ%c). Ewald, Riggenbach, Renan, Lightfoot estiment que leur point de comparaison était plutôt l’évangile de Jean. D’autres supposent qu’ils ne pensaient point à un autre récit, mais à l’ordre réel des faits, que le vieux presbytre connaissait pour en avoir été témoin lui-même. Pour moi, je tiens, avec le plus grand nombre des critiques actuels, que Jean et Papias ne pouvaient guère penser qu’à l’ordre des paroles et des faits, tel qu’ils le trouvaient dans l'écrit de Matthieu. Nous avons vu qu'ils racontaient aussi l’origine de cet écrit ; c’est donc à lui qu’il est le plus naturel de penser. De he l'expression : mais non pas par ordre (06 pévror raée), par Raugile le presbytre Jean caractérise

le procédé de Marc qui a réuni dans sa narration « et les choses dites et les choses faites par Christ, » paraît bien faire contraste avec ce qu'il dit du procédé de Matthieu qui avail consisté à composer un recueil de discours (oyiov cévraËw). On avait remarqué sans doute dans les églises la mamière toute différente dont les paroles du Seigneur étaient rapportées dans ces deux évangiles : dans l'un, les grands discours qui en formaient le trait saillant ; dans l'autre, plutôt des paroles isolées, rattachées à quelques circonstances particulières ; et l’on se demandait à laquelle de ces deux formes 1l fallait donner la préférence. Le presbytre, qui avait peut-être assisté au sermon sur la montagne et à quelques autres grands enseionements de Jésus, ne les retrouvant pas dans Marc, donnait la préférence à Matthieu. Il en devait être de même de Papias qui, en face des hérésies naissantes, voulait donner une explication orthodoxe de ces grands discours du Seigneur omis par Marc. Mais leur appréciation ne lie nullement la nôtre et nous restons libres, si nous le trouvons bon, de préférer, historiquement parlant, l’ordre de Marc, qui, à tous égards, nous paraît plus simple et moins dicté par la réflexion.

Une autre question est celle de savoir comment on peut accorder l’ordre du récit de Marc, selon nous bien préférable à celui de Matthieu, avec le mode de composition que Papias attribue au second évangile dans les réflexions dont il fait suivre le rapport du presbytre. Il semblerait, d’après ce que raconte Papias, qu’un récit ainsi composé ne pouvait être qu’un agrégat de notes détachées, absolument différent du récit si bien suivi et gradué que présente l’évangile de Marc, et c’est en effet de ce contraste qu'est née l’hypothèse d’un Proto-Mare. Mais, comme le fait bien remarquer Wetzel, quand on publie un ouvrage, on

ne le publie pas sous la forme rudimentaire de la réunion accidentelle des matériaux recueillis en vue de sa composilion ; On à soin d’en faire un tout bien ordonné avant de le livrer à la publicité. C’est là sans doute ce qu’a fait Marc avec les notes qu'il avait recueillies en entendant les récits de Pierre. Rien n’empêche done d'admettre que le Marc canonique, tel que nous le possédons, ne soit le fruit d’un travail de coordination qui a suivi celui dont parle Papias. On voit que sous ce rapport l'hypothèse du Proto- Marc manque de base suffisante.

Outre le morceau XVI, 9-20 de Marc, que parait avoir cité plusieurs fois Justin (ainsi Apol. [, 45), ce Père avait certainement en vue le passage Marc V, 3, lorsque, Dual. ch. 88, 1l appelle Jésus le charpentier (6 réxruv), fabriquant de ses mains des outils aratoires, et non, comme Île dit Matthieu XIV, 55, le fils du charpentier (6 rod réxrovos vios). Il cite très certainement aussi le second évangile quand il mentionne (Dial. ch. 106) un fait qui n’est rapporté que dans Marc (II, 17), le surnom de Boanerges, fils du tonnerre, donné aux fils de Zébédée : « Comme il est raconté, dit-il, dans ses Mémoires » (év roîtç amouvnwoveuuaci x roÿ). Le pronom «ro est aujourd’hui rapporté à Pierre (non à Christ) à peu près par tous les critiques, car le nom de l’apôtre précède immédiatement. Nous constatons par là que le nom de Pierre, comme auteur réel du second évangile, était parfois, déjà au temps de Justin, substitué, dans le langage ordinaire, à celui du disciple qui lui avait servi d'interprète.

Ni Papias, ni Justin ne nous ont rien appris de ce que l'on pensait, à l’époque où ils écrivaient, sur le lieu et sur le moment où avait été composé notre évangile. [rénée et Clément comblent en partie cette lacune.

Nous avons cité tout au long (p. 11) le passage d’/rénée

sur la composition et la publication des quatre évangiles (Haer. IH, 1, 1). Nous avons fait voir, p. 12 et 13, la faute de ceux qui, comme Reuss, imputent à ce Père une grossière erreur dans la manière dont il s’exprime sur le rapport de ce fait avec le moment de la prédication de Pierre et de Paul à Rome. Irénée voulait parler de la fondation de l'Eglise en général par la prédication de ces deux apôtres, non de la fondation de l’église de Rome en particulier. Cest à la première moitié de l’an 64 que nous reporte Pexpression dont il se sert; car c’est alors seulement, immédiatement avant la persécution de Néron, où Pierre périt dans l'été ou l’automne de cette année, que cet apôtre peut avoir séjourné à Rome, et cela probablement peu après la libération de Paul et son départ pour l'Espagne. « Après leur sortie (#60d0v), dit Irénée, Marc écrivit les choses prêchées par Pierre. » J’ai déjà dit que pour Pierre cette sortie fut certainement le martyre, et pour Paul probablement le départ de Rome pour l'Espagne. C'était là en tout cas le souvenir encore vivant dans la tradition romaine au moment où fut composé, après le milieu du second siècle, le Fragment de Muratori.

En même temps que cette tradition d’Irénée indique le moment de la composition, elle en désigne indirectement le lieu; celui-ci, en effet, d’après le contexte, ne peut, dans la pensée de ce Père, avoir été que Rome. La notion de sortie pour les deux apôtres ne peut se rapporter qu’à l'endroit qui vient d’être désigné comme celui de leur travail.

Une autre déclaration intéressante d'Irénée se trouve - Baer. IH, 11, 7. Là 1l nous apprend que, comme toutes les grandes sectes, dans l’Église de son temps, s'attachaient chacune de préférence à l’un de nos quatre évangiles, les Cérinthiens avaient jeté leur choix sur Marc : « Ceux, dit-il,

qui séparent Jésus et le Christ et qui pensent que celui-ci est demeuré impassible, tandis que Jésus souffrait, emploient l’évangile selon Marc.» C'était sans doute l’omission des récits de la naissance et de l'enfance de Jésus qui était le motif de cette préférence ; car cette absence s’accordait plus facilement avec leur docétisme systématique.

De Clément d’Al. nous possédons trois rapports sur la composition de Marc, tirés du livre des Hypolyposes. Deux nous ont été conservés par Eusèbe (4. Æ. IF, 19 et VE, 14, 6); le troisième est ré d’un fragment de la traduction latine de cet écrit, se rapportant au passage de 1 Pier. V, 13: « Marc, mon fils, vous salue. » Dans le premier était rapporté ce qui suit : « Lorsque Pierre eut abattu Simon le magicien par l'éclat de sa parole, ses auditeurs furent tellement éblouis par cette pieuse lumière qu'il ne leur suffit pas d’avoir entendu une fois de leurs oreilles et reçu la prédication de la parole non écrite, mais qu'ils prièrent instamment Marc, celui dont l’évangile porte le nom et qui accompagnait Pierre, de leur laisser par écrit le moyen de se rappeler linstruction qui leur avait été donnée par la parole, et qu'ils ne lui accordérent point de repos qu’il n'eût accompli cette œuvre; c'est ainsi qu'ils furent la cause de la composition de léerit selon Marc. On dit, ajoute Eusèbe, que lapôtre, ayant appris par la révélation de l'Esprit ce qui s'était fait, se réjouit de l’empressement de ces gens, et confirma l'écrit de Marc pour servir à l’usage des églises. Voilà ce qu'expose Clément dans le VIe livre des Hypotyposes, et Papias, évêque de Hiérapolis, rend le même témoignage. » — I. E. NI, 14,6, Eusébe s’exprime ainsi: « Dans le même ouvrage Clément expose le témoignage des presbytres qui se sont succédé dès le commencement, sur l’ordre des évangiles. Ils disaient que ceux d’entre les évangiles qui contiennent les généalogies

ont été écrits les premiers, et que, quant à celui de Mare, voici comment la chose s’est passée : Comme Pierre préchait publiquement la parole à Rome et par la puissance de l'Esprit annonçait l'Evangile, ses nombreux auditeurs priérent Marc qui lPavait accompagné de loin [ou depuis longtemps] (rogéwbey) et qui se souvenait des choses qu’il avait dites, de les consigner par écrit, et quand il aurait composé lévangile de le leur remettre; ce que Pierre ayant appris, 1l ne s’opposa point à la chose, nr non plus ne l’encouragea f. »

Dans un autre passage de ce même livre, passage que nous ne possédons qu’en traduction latine, Clément raconte ainsi le même fait: € Comme Pierre prêchait publiquement l'Évangile à Rome en présence d’un certain nombre de chevaliers césariens (coram quibusdam cæsareanis equitibus), et qu’il rapportait de nombreuses déclarations du Christ, Marc, dis-je, fut sollicité par eux, afin qu’ils pussent graver dans leur mémoire les choses qui avaient été dites, de rédiger l’évangile appelé selon Marc, d’après les choses que disait Pierre. » Les chevaliers césariens dont parle Clément étaient, d’après plusieurs passages d'Epictête et de Dion Gassius, des officiers attachés au

service de la maison de l’empereur, qui avaient été éle-

vés au rang de chevaliers. Cette parole de Clément rappelle l’expression de Paul (Philip. IV, 22) : « Ceux de la maison de César vous saluent. » (Voir Zahn, p. 214.) Sur le fond des choses les traditions rapportées par Clément s’accordent avec celles d’Irénée : composition de lévangile de Marc à Rome au moment du séjour de Pierre dans cette ville (par conséquent au commencement de Pan 64)

! Tel est, me parait-il, le seul sens possible de cette phrase un peu embarrassée, que l’on applique souvent à tort à la remise même de l’évangile une fois composé,

et à la demande des Romains gagnés à lEvangile par la prédication de Paul, puis de Pierre. Mais elles différent par quelques détails : d’après [rénée, Marc ne composa son livre qu'après la mort de Pierre (pas nécessairement après celle de Paul, comme Zahn interprète son témoignage) landis que d’après Clément la chose se passe du vivant de lapôtre. Bien plus, d’après l’un des passages de Clément, Pierre s’abstient de toute participation à cette

œuvre ; d’après l’autre, averti du fait par une révélation,

il s’en réjouit et appuie de son autorité celle du livre. Eufin d’après l’un des passages, la’ tradition des anciens presbytres d'Egypte plaçait 1 composition de Marc après celle de Matthieu et de Luc, tandis qu’Irénée, par le rang qu'il lui assigne dans son rapport, paraît Ja placer plutôt avant celle de Luc. Ces contradictions entre Irénée el Clément peuvent cependant s’atténuer et même se résoudre.

Marc peut avoir commencé à rassembler les matériaux de son œuvre dés le temps de la vie de Pierre et ne l'avoir achevée et publiée qu'après sa mort. Clément d’ailleurs, on le voit, n’est pas d'accord avec lui-même quant au rôle qu’il attribue à Pierre, tantôt neutre, tantôt approbateur. Eusébe aussi n’est pas non plus exact dans son compterendu. Avant tout, son caractère oratoire le rend suspect; puis il à évidemment tort-de parler de la confirmation des paroles de Clément par le témoignage de Papias; car celui-ci est beaucoup plus simple et ne dit pas un mot d’une révélation accordée à Pierre et d’un témoignage rendu par lui à l'écrit de Marc. Quant à la composition de Marc après celle de Matthieu et de Luce, selon les presbytres dont parle Clément, [rénée ne dit expressément rien qui y soit contraire; il Juxtapose simplement la composition de nos quatre évangiles, en caractérisant les

sources différentes des trois premiers; mais il ne prononce un adverbe de temps fensuate, émewra) qu’en parlant de Jean. Quant aux trois premiers, il est aisé de comprendre que des opinions différentes eussent cours touchant la date de leur composition respective.

Malgré les différences secondaires que l’on constate entre ces témoignages, la tradilion des Pères les plus anciens : Papias, Irénée, Clément d’AL, s'accorde sur les points suivants : les récits de Pierre, source principale du second évangile ; la composition de cet écrit par Marc à Rome, et cela un peu avant ou après le martyre de Pierre.

Les traditions suivantes ne font que répéter, en les amplifiant ou en les précisant plus où moins arbitrairement, les rapports précédents.

Tertullien, dans son écrit Contre Marcion (AN, 5), s’exprime ainsi : « L’évangile qu'a publié Marc est affirmé être de Pierre, dont Marc fut l'interprète. » Ge témoignage ne dépasse pas au fond ce que nous avons lu chez Justin.

Origène, dans le célèbre passage sur le Canon, cité par Eusêbe (VI, 95, 5), s'exprime ainsi : «€ secondement l’évangile selon Marc, qu’il a composé selon que Pierre le dirigeail (os Hétoos donynoato adt® 1). »

Eusèbe, Epiphane et Jérôme ajoutent un nouveau trait à ce qui avait été dit avant eux au sujet de Marc.

Dans sa Chronique (sur Claude), Eusèbe dit : « L’apôtre Pierre, après avoir fondé l’église d’Antioche, part pour Rome où il prêche l'Évangile et demeure pendant vingtcinq ans comme évêque de cette ville ; lévangéliste Mare, son interprète, annonce Christ en Egypte et à Alexandrie. » Dans H. ÆE. If, 16, Eusèbe dit : (On raconte que

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