‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 68 sur 110 · scène mystérieuse que par le récit de Jésus lui-même, il · texte numérisé non relu

scène mystérieuse que par le récit de Jésus lui-même, il

est clair également que Jésus n’a pu la leur communiquer qu’en l’enveloppant de certaines formes symboliques sans le secours desquelles il n'aurait pu réussir à leur en donner une idée.

Et maintenant la porte est ouverte et le chemin tracé. Jésus sort du désert avec Dieu comme seul allié, avec le prince de ce monde comme adversaire déclaré. Doublement consacré par l’onction d'En haut et par celte vic-

toire initiale, Q il s’avance, comme dit Xeim, au devant

de Phumanité qui lattend. »

LE MINISTÈRE GALILÉEN ï (IV, A4-IX, 90.)

Luc ne rattache pas, comme Matthieu et Marc, le retour de Jésus en Galilée'et le commencement de son ministère public -à l’emprisonnement de Jean-Baptiste. Cet empri- sonnement a été mentionné en passant (III, 19-20), mais seulement par anticipation. (est la relation du retour de Jésus avec son baptême que fait particulièrement ressortir Luce (IV, 1): « Jésus, plein du Sant-Esprit, revint... » Et (v. 14): « Jésus revint en Galilée dans la puissance de l'Esprit. » |

Le tableau suivant de l’activité galiléenne de Jésus est celui d’un développement progressif qui, après des dé-

buts modestes, suit son cours sans interruption jusqu’au moment où Jésus, envisageant comme terminée cette première partie de son œuvre, quitte la Galilée pour se rendre à Jérusalem. Son travail en Galilée s’accomplit à la fois sur trois lignes parallèles liées entre elles : 10 1l erandit tout ensemble en extension et en intensité; 20 il se dégage de l’ancien état de choses par une rupture graduelle ; 3° la société nouvelle reçoit peu à. peu la nouvelle organisation qui lui convient. Chacun de ces trois aspects ressort plus ou moins distinctement dans le cours du récit. Cest sur la troisième ligne que nous trouvons les points les plus saillants, propres à bien marquer la gradation de l’œuvre. Nous sommes ainsi conduits à la division suivante des récits galiléens :

sue

A. Premier groupe : Jusqu'à l'appel des premiers disci- ples (IV, 14-44). |

À la suite du retour en Galilée, Luc montre Jésus préchant dans toute cette province par la puissance de l'Esprit; il enseigne dans les synagooues, et sa renommée commence à se répandre; il est honoré par tous. Il y a une exception cependant à ce glorieux accueil; c’est le rejet dont il est l’objet à Nazareth, où en un jour de sabbat il prêche dans la synagogue. On pense généralement que cette scène ne peut avoir appartenu à ces tout premiers temps et que Luc la placée ici comme une sorte de prélude de l’insuccès final du ministère de Jésus en Israël, On allègue en preuve de cette opinion le v. 23, où Jésus met dans la bouche de ses compatriotes un reproche qui suppose certains miracles qu’il aurait déjà opérés à Capernaüm. Mais si Luc avait réellement déplacé imtentionnellement celte visile, il aurait par là contrevenu dès le premier pas au dessein qu’il avait annoncé, d'écrire avec ordre (xabef%e). Il n’y a aucune raison de penser que dans le cours des prédications en Galilée, mentionnées auparavant, qui avaient excité une si grande attention et rendu déjà son nom célèbre, Jésus n'eût pas visité une ville aussi importante que Capernaüm et opéré là quelques guérisons dont le bruit s’était répandu jusqu’à Nazareth. Les habitants du leu oùil avait résidé pendant toute sa Jeunesse paraissent avoir élé jaloux de ce qu’il n’eût pas commencé chez eux à accomplir des œuvres extraordinaires. Mais ce ne fut qu’à la fin de sa visite que cette jalousie se changea en haine à l’ouie des menaces sévères de Jésus. On objecte encore la visite qu'il fit à Nazareth d’après les deux autres synopliques, qui parait n'avoir eu heu que plus tard et faire double emploi avec celle de Luc. Mais, après avoir fait un premier essai auprès de ses compatriotes,

CONTENU ET PLAN. 193 Jésus peut fort bien en avoir fait un second, lorsque déjà son œuvre plus avancée lui laissait espérer un meilleur accueil. L’issue de ces deux visites à Nazareth dans nos synoptiques forme un contraste si complet qu'on ne peut les identifier sans un vraitour de force. D’un côté, une tentative violente de se défaire de la personne de Jésus en le jetant dans un précipice; de l'autre, un paisible départ précédé de quelques guérisons. On avouera que s’il s'agissait d’un seul et même fait, d’un côté ou de l’autre ce ne serait plus de l’histoire, mais de l'invention. N’estil pas plus naturel d'admettre que, dans ce cas comme dans d’autres où se sont passés deux faits analogues, la tradition a aisément pu méler certains traits de l’un au récit de l’autre, ainsi à l'égard de la parole des habitants de Nazareth? Un exemple semblable se trouve également, à ce qu'il me paraît, dans les comptes-rendus de la parabole des talents (Matth. XXV) et de celle des marcs (Luc XIX), en ce qui concerne ja réponse du serviteur négligeut à l’appel du maitre.

Après cette scène, Jésus, dans Luc, quitte Nazareth et va s'établir à Capernaüm (comp. Marc 1, 21 et Matth. IV, 43, puis aussi Jean IF, 12, où nous lisons qu’il fut accompagné des siens dans ce changement de domicile). Par sa position sur l’une des grandes voies de communication du pays, cette ville était plus propre que Nazareth à devenir le centre de l’activité publique que Jésus avait en vue. En raison de cette émigration, Matthieu appelle Capernaüm sa ville (IX, 1). Cest là que commence proprement son ministère, par la guérison d’un possédé dans la synagogue, guérison qui, par ses circonstances extraordinaires, produit une sensation immense dans la ville el dans toute la contrée. Dans la soirée de ce sabbat ont lieu de nombreuses guérisons ; Jésus passe ensuile cette première nuit chez

Pierre ; puis, dès le lendemain, 1l commence à parcourir les localités d’alentour t.

B. Deuxième groupe : De la vocation des premiers disciples jusqu’à l'élection des douze apôtres (N, 1-VI, 41).

Au retour de cette première excursion, Jésus accomplit un premier acte marquant dans son travail messianique. Il appelle quatre jeunes gens, qu’il avait connus précédemment en Judée (Jean [), à quitter définitivement leurs familles et leur métier de pêcheurs pour l'accompagner dans ses courses d’évangélisation. Get acte ne se comprend bien que par le récit du quatrième évangile. Cette mesure extraordinaire suppose en effet une relation antérieure entre Jésus et ces quatre Jeunes gens. Marc place leur appel un peu plus tôt, dans le cours de la première tournée d’évangélisation, avant l’arrivée de Jésus à Capernaüm. Son récit est sans doute plus exact sur ce point, car les quatre disciples entrent déjà avec Jésus à Capernaüm et la scène de leur vocation se place plutôt avant qu'après la première nuit que Jésus passa chez Pierre. Luc présente dans ce récit un détail important, omis par Marc et Matthieu; c’est la pêche miraculeuse, par laquelle Jésus grave dans le cœur de ces jeunes pêcheurs le . souvenir de ce jour décisif dans leur existence et leur fait. pressentir lPimportance et les succès futurs de leur nouvelle carrière. Plusieurs identifient cette pêche miraculeuse avec celle que raconte Jean (ch. XXI). Mais tous les détails différent : la situation est complètement autre; l'effet produit par le miracle également. Qu’a de commun le cri de surprise et d’effroi que pousse Pierre dans Luc :

‘! IV, 44%, la leçon «les synagogues de Judée » ne peut se défendre qu'en donnant à ce nom le sens général d’après lequel il comprend parfois toute la Terre-Sainte. |

« Seigneur, retire-toi de moi! » avec l’empressement de ce même disciple se jetant à l’eau pour rejoindre plus promptement Jésus sur le rivage ? La contradiction serait vraiment trop flagrante.

Suit dans Luc la guérison du lépreux, que Marc avait placée dans le cours de la première excursion (1, 40), et que Matthieu raconte seulement après le sermon sur la montagne (VIIF, 1). Puis viennent la guérison du paralytique, la vocation du péager Lévi, et le récit du banquet et des entretiens qui suivirent. L'ordre est le même dans Mare. Mais Luc ajoute ici une courte parole de Jésus, bien remarquable, destinée à excuser la répugnance des vieux praticiens du système légal pour la spiritualité pure qui distinguait si profondément son œuvre de la leur (V, 39). Les deux scènes sabbatiques suivantes sont réunies aussi dans les deux autres synoptiques et placées par Marc dans le même contexte; mais le récit de Luc se distingue par un trait particulier, le nom étrange et obscur de second-premier, qu'il donne au premier des deux sabbats.

Luc (VI, 11) fait observer, comme Marc (IE, 6), les pre- miers symptômes de haine qui se manifestent dès ce moment chez les adversaires de Jésus et les progrès de la rupture .qui s’opêre entre son œuvre et l’ancien ordre de choses. C’est à cette tension croissante que répond Pacte significatif de la nomination des Douze, ce progrès bien marqué dans l’organisation nouvelle. -

G. Troisième groupe : Depuis la nomination des Douze jusqu’à leur premier envoi (VI, 19-VIIE, 56).

Le dernier verset du groupe précédent (VI, 11) nous ’avait fait connaitre l’état d’exaspération auquel étaient arrivés déjà en ce moment les adversaires de Jésus; leur colère allait jusqu’à la rage et même jusqu’à la démence

496 © L'ÉVANGILE DE SAINT LUC. | (ävoua), dit Lue. I était impossible que Jésus ne se fût pas aperçu de cet état de choses ; et c’est assurément là ce qui motive les deux faits importants et décisifs que Luc va raconter : l'institution du collège des douze apôtres et le discours sur la montagne; le premier, comme germe de la société future; le second, comme proclamation de son vrai caractère et acte initial de rupture avec la société ancienne.

L'élection des Douze est en quelque sorte l'installation des douze chefs du nouveau peuple de Dieu qui va surgir à la voix de Jésus, de même que les douze tribus d'Israël élaient issues jadis des douze fils de Jacob. Luce décrit cette élection avec une solennilé toute spéciale. Jésus se retire dans une contrée montagneuse ; 11 y passe la nuit dans la solitude et dans une prière intense. Luc emploie en racontant ce moment des expressions très particulières qui font ressortir avec force la gravité de l'acte accompli. Le terme de duavuxreoeie, rare dans le grec classique, est unique dans le N. T.; il en est de même de lPexpression év 7à rpaceuyñ Toù Üeod (dans la prière de Dieu). Jésus est profondément préoccupé du choix qu'il va faire dans la

multitude des disciples qui laccompagnent ; 1ls passent. tous devant ses yeux, dans cette nuit solennelle, et Dieu,

répondant à sa prière, lui désigne en quelque sorte ceux

qu'il doit choisir. Au matin il accomplit l'élection et donne

le titre spécial d’apôtres (envoyés) aux douze disciples qui en sont l’objet. Il suffit de ce tableau, tracé par Luc avec tant de soin (comp. l’omission de toute la scène chez Matthieu et le récit très abrégé qu’en fait Mare I, 13 et 14), pour juger de la valeur de Paceusation parfois élevée contre l’impartialité de Luc à l'égard des Douze. : Entouré de ces douze élus et de ses autres disciples, beaucoup plus nombreux, Jésus descend du sommet de la

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