‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 69 sur 110 · SP · texte numérisé non relu

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montagne jusqu’à un plateau situé sur la pente. Des multitudes accourues de toutes parts des contrées environnantes, atlirées surtout par ses guérisons, forment autour de lui et de ses disciples les rangs serrés d’une foule immense. Les classes pauvres et souffrantes fournissent naturellement les plus forts contingents de l’assemblée; Jésus s’en rend compte. Aussi est-ce à ces indigents, à ces affamés, à ces affligés qu’il adresse la bonne nouvelle, la promesse du Royaume divin qu'il vient fonder sur la terre. Luc, qui raconte la scène telle qu’il la prend sur le fait, emploie ces termes par lesquels Jésus caractérise ses auditeurs /pauvres, affligés, affamés) dans le sens

Jittéral. Matthieu, qui écrit à un point de vue didactique

plutôt qu'historique, y ajoute des délerminations qui leur donnent un sens moral. Ce sens spirituel s'attache tout naturellement pour Luc aux personnes déterminées que Jésus a sous les yeux. Il en est de même des malédic-

tions qui suivent et que Lue n’a certainement pas ajou-

tées de son chef; elles se rapportent, non aux riches et . aux heureux en général, mais aux personnages déterminés

qui avaient alors cette position en Israël, tels que Jésus

les connaissait, ces chefs du peuple auxquels Jacques s’a-

dresse d’une manière toute semblable dans son épitre

(V, 1 et suiv.).

Quant à la marche du discours, Maithieu, écrivant en première ligne pour des Juifs, consigne spécialement la critique faite par Jésus de la justice pharisaïque, à laquelle il avait opposé la sainteté réelle du cœur; c’est la spiritualité évangélique substituée au formalisme Juif. Lue, qui écrit pour des païens chez qui la loi et le pharisaisme élaient choses presque inconnues, obéit dans son exposé àu ne tendance purement positive. Des sept antithèses dans lesquelles Jésus avait développé le con-

traste entre la fausse et la vraie justice, Luc dégage et fait ressortir uniquement la loi de amour, dans laquelle Jé-

sus avait résumé la sainteté réelle et par laquelle l’homme

s'élève à la ressemblance de Dieu (VI, 36). C'est là la loi qui répond aux besoins de la conscience naturelle de tout homme sincère. C’est celle qui fait le sujet principal du discours dans Luc : 1° Jésus décrit les manifestations pratiques de ce principe nouveau (VI, 27-36); 2° il en donne brièvement la formule la plus simple (v. 41); 3° il

indique le caractère propre de la charité, telle qu'il len-

tend, en particulier le désintéressement qui la distingue des sentiments naturels analogues (v. 32-552); 40 il en propose le suprême modèle et la source, la charité du Très-

Haut (v. 35 et36) ; 5°enfin, dans cet amour parfait, il mon-

tre le principe de tout enseignement religieux et de tout jugement vraiment salutaire ; par là, Jésus a installé, en la personne de ses vrais disciples, un ministère nouveau destiné à remplacer sur la terre celui des rabbins et des

. pharisiens qui, animés d’un esprit d'orgueil et de juge-

ment, tout en se perdant eux-mêmes, conduisent leurs disciples à une pérdition semblable à la leur (v. 37-45). Il'est inconcevable qu’en général on ait si mal compris

la petite parabole v. 39 et 40, où l’on n'a vu autre chose

qu’une importation maladroite de Luc, destiluée de tout rapport avec ce qui précède et ce qui suit!. N’est-il pourtant pas manifeste que c’est ici une réflexion générale, parfaitement propre à mettre dans tout son Jour ce qui vient d’être dit sur les jugements sans charité (VI, 37)?

L'image d’un aveugle conduisant un autre aveugle né s’ap-

plique-t-elle pas exactement à la prétention de celui qui

1 Meyer, Weizsæcher, Weiss, elc., font du verset 39 le commence- 1%

ment d'une nouvelle partie du dscbuts: Bleek, Holt:ëmann jugent qu'il y a solution de continuité avec ce qui précède.

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