‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 8 sur 110 · LECTURE PUBLIQUE D'ÉCRITS CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

LECTURE PUBLIQUE D'ÉCRITS CHRÉTIENS

ainsi vers 1201. Je crois que le besoin de lectures évangéliques ajoutées à celles de l'Ancien Testament, qui, selon Reuss lui-même, avaient eu lieu dès le commencement, dut se faire sentir beaucoup plus tôt. Quand Matthieu dit XXIV, 15, en parlant de l’ordre de Jésus à l’église judéochrétienne de fuir de Palestine à un moment donné : « Que celui qui lit fasse attention (6 avaywocxmvy vogito), » il est possible, sans doute, qu’il s'agisse d’un lecteur lisant privément; mais combien de lecteurs pouvaient posséder en propre un tel ouvrage ? Chaque communauté avait bien plutôt un exemplaire commun, et c’est pourquoi 1l me parait plus naturel de voir dans ce. terme : celur qua lit, le lecteur public que l’auteur exhorte à souligner cet avertissement important par sa manière de l’accentuer en le lisant à l’assemblée. Il en est de même du parallele Marc XII, 14. Comme nous venons de le voir, Jean aussi s'adresse directement à l’Église comme telle. 11 lui arrive même d'interrompre dans ce but son récit, attendant évidemment que ce qu’il écrit sera lu et relu par ceux à qui il s'adresse ainsi. Mais il est un autre passage plus décisif, si possible, c’est Apoc. I, 3 : « Heureux celui qui ht (0 dvaytvocxwy) ét ceux qui écoutent (oi auobovrec) les paroles de cette prophétie. » L'opposition entre le singulier celui qui lit et le pluriel ceux qua écoutent, ne permet de penser qu'à une lecture publique, et ces deux verbes au présent s'appliquent naturellement à une leciure répélée et périodique. Ainsi done Reuss, qui date l’Apocalypse de l’an 68, se trouve en contradiction manifeste avec sa propre affirmation que je viens de citer. Pour moi, qui place la composition de Apocalypse au temps de Domitien, à la fin du Ier siècle, je crois pouvoir conclure

1 Histoire du Canon, p. 19.

de cette parole qu’à ce moment-là, vers la fin de la vie de Jean, il y avait déjà lecture publique de ceux d’entre les écrits apostoliques que possédaient les églises, à côté de celle de l'Ancien Testament.

Une prompte dissémination des écrits apostoliques a dù résulter du besoin toujours plus pressant des églises de posséder ces moyens seuls assurés d’édification. Ainsi l’une des églises d'Italie venait à entendre par l’un de ses mem-. bres, qui avait visité celle de Rome, qu’on y lisait dans le culte un évangile composé par Marc, compagnon de Pierre, et aussitôt cette église se mettait en communication avec celle de Rome pour en obtenir un exemplaire. Tertullien, qui vivait encore tout prés du moment où s’accomplissait entre les églises cette communication, l’a décrite de cette manière, en s'adressant à Marcion, qui prétendait n'admettre que l’évangile de Luce (Adv. Marc. IV, 5): « La même autorité des églises apostoliques [qui patronne Luc|, oarantit également les autres évangiles que nous possédons « per illas et secundum illas,» c’est-à-dire par elles et selon elles, ce qui signifie : par les copies de l’original déposé dans leurs archives, copies qu’elles font elles-mêmes confectionner pour les autres églises ; et selon elles, en ce sens qu’elles ont soin que ces copies soient exactement conformes à l'original apostolique.

Nous avons vu que le mode de publication de nos évanciles, tel que nous l’avons indiqué plus haut, écarte tout soupçon de fraude; le mode de propagation que nous venons de décrire, sans exclure toute possibilité d’altération du texte, ne permet pas de s'attendre à des changements graves et atteignant le fond même de l'histoire et de l’enseignement de Jésus.

Si l’on tient compte des relations incessantes et multipliées qui existaient entre les églises des différentes con-

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