‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 85 sur 110 · LA COMPOSITION. — DOUBLE RÉDACTION · texte numérisé non relu

LA COMPOSITION. — DOUBLE RÉDACTION

lequel il avait laissé courir sa plume, 1l Paurait revisé avec soin, soit pour le fond, soit pour la forme, en en châtiant le style et en en retranchant bien des détails qui lui paraissalent maintenant superflus. Ce qui prouve bien, comme l’observe Zahn, que les nombreux détails qui distinguent le groupe particulier de documents dont nous venons de parler appartiennent réellement à l’auteur lui-même, c’est qu’ils ne sont ni assez importants pour avoir été interpolés

postérieurement, ni d’un contenu qui ait pu en aucune

facon en motiver le retranchement; ainsi, par exemple, les deux passages déjà cités plus haut : XI, 28 : « Comme nous étions rassemblés, 1l y eut une grande allégresse, » et XXE, 16 : « Ceux-ci nous conduisirent chez ceux chez qui nous devions loger, et étant arrivés dans un certain village, nous logeâmes chez Mnason, Cypriote, ancien disciple. » Ajoutons encore ce détail curieux; XIT, 10 : « Et étant sortis, ils (l’ange et Pierre) descendirent les sept degrés et s’avancèrent dans la rue. » Comp. aussi IX, 8, où Saul prie ses compagnons de le relever de terre. De pareils détails abondent dans le texte particulier que Blass appelle lédition romaine et qu'il désigne par la lettre 6. On comprend sans peine, vu le peu d'importance de ces détails, que Luc, après les avoir laissés se glisser dans une première rédaction, les ait retranchés dans une révision postérieure.

Blass suppose que, lorsque Luc envoya à Théophile la rédaction corrigée qu’il appelle «, ou édition d’Antioche, la première (8) demeura à Rome et que de là elle se répandit en Occident, où elle servit de base à l’ancienne traduction latine (l’Z{ala}, tellement qu’on en retrouve aussi les traces chez quelques Pères latins (Irénée et Cyprien), tandis que la rédaction plus soignée, qui avait été envoyée à Antioche,

se répandait dans les églises d'Orient, telle que nous la INT. AU N. T. 11 — 42

trouvons encore dans les anciens Mss. alexandrins et qu'elle est demeurée dans notre texte reçu.

Jusqu'ici, il nous paraît qu’on ne peut qu’adhérer à l’hypothèse de Blass ; mais ce critique a eu l'idée, qu'il faut peut-être appeler malheureuse, d'appliquer une hypothèse analogue au Ie évangile. Il suppose que Luc a composé cet écrit en Palestine, pendant la captivité de Paul à Césarée, et qu’arrivé à Rome, avec lapôtre, 1l a retravaillé ce premier Jet, de sorte qu’il y aurait iei une relation inverse entre la composition de l’évangile et celle des Actes, la première rédaction des Actes ayant été faite en Occident, puis s'étant répandue plutôt en Orient; lévangile, au contraire, ayant été rédigé d’abord en Orient, puis publié en Occident. Mais, autant cette combinaison

ade vraisemblance à l’égard des Actes, autantelle en paraît dénuée à l'égard de l’évangile; car les variantes dans les documents divers du texte de celui-ci n’ont nullement le caractère constant et marqué que présentent les différences des deux textes dés Actes ; puis rien ne distingue assez complètement la nature des variantes que présente le texte du [Ie évangile du genre de celles des trois autres pour faire supposer une origine toute différente des unes et des autres.

Nous renvoyons les lecteurs aux deux petits écrits dans lesquels Blass a non seulement exposé lui-même sa théorie, mais encore publié le texte de l’évangile et des Actes d’après la forme qu’il appelle romaine.

F. Le lieu de la composition.

Il est impossible de trouver dans l’évangile lui-même

1 Evangelium secundum Lucam, secundum formam quæ videtur Romanam, edidit Fridericus Blass, Lipsiæ 1897.

Acta apostolorum secundum formam quæ videtur Romanam, edidit Fridericus Blass, Lipsiæ 1896.

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