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breuses, des oppositions même, qui se sont produites quand 1l s’est agi de l'appliquer.
Hilgenfeld 1, tout en faisant de l’évangile des Hébreux et de son remaniement en langue grecque, dans notre Matthieu canonique, la source des deux autres, assigne à Marc la première place entre ces deux derniers ; 1l en fait le représentant d’un judéo-christianisme modéré, tel que devait être celui de l’apôtre Pierre, favorable à l'admission des païens, tandis que Luc, usant d’autres sources, pousse la transformation de l’évangile primitif jusqu’à en faire le manifeste du paulinisme complet ?.
K.-R. Kôstlin * commence, continue et finit par Mare. Le Marc dont parle Papias, les Logia, représentant un judéo-christianisme modéré, et un troisième écrit, déerivant les scènes les plus remarquables de la vie de Jésus (tentation, transfiguration, etc.), ont fourni les matériaux de Matthieu. D'autre part, le Mare primitif a été retravaillé en un évanoile de Pierre, dans lequel sont entrés les Logia de Matthieu, augmentés de suppléments jJudéens. Luc a combiné ces divers écrits, en y ajoutant des matériaux venant du sud de la Palestine. Notre Marc canonique,
1 Das Marcusevangelium, 1850; Die Evangelien nach ihrer Entstehung und geschichtl. Bedeutung, 1854; Eïinleitung in das NET 870.
2Un point de vue analogue est représenté par G. d'Eichthal : Les Évangiles, 1831. Selon lui, Marc a déjudaïsé, pour l’accommoder aux besoins des lecteurs païens, un évangile primitif auquel il a enlevé ses éléments particularistes, qu'a conservés l’auteur de notre Matthieu. Luc a suivi les deux autres ; dans ses deux parties historiques (I-IX, 50 et XVII, 15 à la fin), il suit principalement Marc, tout en le corrigeant parfois d'après Matthieu, et avec des omissions que le critique renonce à expliquer; quant à la partie dogmatique (comme d’Eichthal appelle le récit de voyage IX, 51-XVIIE, 14), c'est une composition réfléchie de Luc sur différents points de doctrine qu’il avait trouvés posés dans l’évangile de Matthieu.
3 Ursprung und Composition der synoptischen Evangelien, 1853.
enfin, est un produit du Marc primitif, remanié au moyen de Matthieu et de Luc. Nos évangélistes ne sont donc pas des créateurs, mais des compilateurs.
Il en est autrement chez Volkmar!, qui, après avoir victorieusement combattu, contre le chef de l’école, l'identification de notre Luc avec l’évangile de Marcion, renvoie le Proto-Marc et les Logia de Matthieu au domaine de la fable. Pour lui, comme pour B. Bauer, notre Marc canonique, épopée géniale el création spontanée de son auteur, est la base de la littérature synoptique. Marc est paulinien. Son évangile est la réponse au manifeste judéo-chrétien : l’Apocalypse de Jean. À ce Marc paulinien fut opposé un Matthieu très judaïsant, auquel Luc opposa à son tour son évangile, pour réaftirmer et renforcer le paulinisme modéré de Marc. Notre Matthieu, remaniement de Mare et de Luc dû à la plume d’un chrétien palestinien hbéral, qui se propose de concilier ces oppositions, est le résultat final de cette lutte. Ainsi Matthieu, qui formait le point de départ chez Baur, devient chez Volkmar le dernier terme du mouvement, tandis que Marc, qui était absolument neutre et dépendant des deux autres chez le maître, devient chez le disciple leur source commune, et une source décidément paulinienne.
Holsten ? consomme l’évolution graduellement opérée dans les idées de l’école : la conception primitive de Pierre et des douze, c’est-à-dire le judéo-christianisme simple et naif, non encore opposé au paulinisme, est ici représentée par un évangile antérieur à notre Matthieu, qu’on pour-
1 Der Ursprung unserer Evangelien, 1866 ; Die Evangelien oder Marcus und die Synopsis, 1870,
2 Die drei ursprünglichen noch ungeschriebenen Evangelien, 1883; Die synopt. Evangelien nach der Form ihres Inhalts, 1886.
rait appeler l’évangile de Pierre. À mesure que Paul tire les conséquences pratiques de ce point de vue naivement universaliste, l’opposition se dessine dans l’église de Jérusalem, où l'influence de Jacques devient prépondérante, et, à la suite du conflit de Pierre et de Paul à Antioche, la guerre est déclarée entre les deux points de vue. L’évangile primitif est remanié dans un sens décidément antipaulinien, peut-être sous l'influence des Logia de Matthieu : ainsi nait notre Matthieu canonique. En opposition à celui-ci est alors composé notre Marc, le plus tendancieux de nos synoptiques par son paulinisme tranché et l’élimination de tous les éléments judaïques de Matthieu : il devait prouver que le point de vue de Paul avait été celui de Jésus lui-même. Toutes les différences entre Matthieu et Marc sont dues à des transformations intentionnelles des textes de Matthieu, faites dans ce but bien arrêté. Luc enfin écrit pour raffermir l'Eglise ébranlée par ce conflit entre les évangiles. A cette fin, il donne au contenu de Marc, d’après de nouveaux documents, l’arrangement qui lui manquait et 1l y introduit les éléments judéo-chrétiens de Matthieu, éliminés par Marc. Ainsi Luc, l'adversaire fougueux des douze chez Baur, se trouve être l’uniomiste chez Holsten, tandis que Marc, lécrivain sans couleur chez Baur, devient ici le paulinien tranché dont Luc adoucit le point de vue. L’école de Baur, après avoir, si l’on peut ainsi dire, parcouru toutes les longitudes, aboutit à tous égards aux antipodes de son point de départ, mais, il faut le reconnaître, en s’appuyant toujours sur la même .prémisse : l’antagonisme prétendu entre Paul et les douze. Cette étonnante évolution est propre à montrer ce que vaut en réalité la prémisse et avec quel arbitraire est apprécié dans cette école l'esprit de nos évangiles. La phase tubingienne représente certainement une déviation
du cours normal de la discussion ; elle n’a toutefois point été inutile, car elle a énergiquement poussé à l’étude plus approfondie de nos documents évangéliques.
Le développement que nous avons à considérer mainte-
nant est dominé avant tout par les noms de Raitschl, Holtzmann, Weizsäcker, B. Weiss et Simons.
Dès 1848, H. Ewald consacre ses Jahrbücher der biblischen Wissenschaft surtout à combattre l’école de Tubingue, soit en ce qui touche les synoptiques, soit en ce qui concerne Jean. Deux écrits évangéliques ont, selon lui, précédé tous les autres: le recueil des discours de Matthieu et un écrit en langue grecque de l’évangéliste Philippe, qui retraçait quelques traits de la vie du Seioneur. Ce dernier écrit a passé dans l’évangile de Marc, dans lequel le premier a aussi été utilisé. Marc et les Logia, et de plus un autre écrit relatant certains moments de la vie de Jésus (par exemple la tentation), ont servi de source à notre Matthieu canonique. Enfin, au moyen des précédents et de trois nouveaux écrits, a été composé Lue, auquel aboutit tout ce travail. Nous ne nous arrêterons pas à la construction plus compliquée encore de Scholten 1, qui parle non seulement d’un Proto- et d’un Deutéro-Mare, mais encore d’un Proto-, d’un Deutéro- et d’un Trito- Matthieu. Mais il faut relever spécialement le travail capital de Rilschl, dans les Theologische Jahrbücher de 1851. Ce savant défendit la thèse de la priorité de Marc par de tout nouveaux arguments, tirés de la comparaison entre les récits synoptiques, qui frappèrent vivement l'opinion ?.
1 Das älteste Evangelium, 1869 ; Das paulinische Evangelium, 1881. à |
+ Ainsi, par exemple, Luc IV, 23 ne s'explique que par un autre |
ordre des récits que celui de Luc même, ordre qui ne peut être que
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L'ouvrage le plus important de cette période de la discussion est celui de Æ. Holtzmann : Die synoptischen Evangelien (1863), qui développe de la manière la plus approfondie et la plus conséquente lhypothèse des deux sources, le Proto-Marc et les Logia : le premier (A), source commune des éléments narratifs de nos trois synoptiques ; le second (A), source de Matthieu et de Luc pour les discours de Jésus. L’analysé détaillée des trois synoptiques permet à l’auteur de renvoyer chacun des récits, chacune des paroles à l’une ou l’autre des deux sources et de déterminer ainsi exactement l’origine et les caractères littéraires et théologiques de celles-ci. Tandis que chez Reuss le Proto-Marc était beaucoup plus bref que notre écrit canonique! et devait avoir été complété plus tard, d'après Holtzmann, au contraire, comme d'après Réville, le Proto-Marc devait contenir plusieurs morceaux qui ne se trouvent plus dans notre Marc actuel, amsi le sermon sur la montagne, la guérison du serviteur du centenier, etc., qui doivent remonter à une source commune.
Peu après parut l'ouvrage de Wesëzsäcker : Untersuchungen über die evangel. Geschichte, ihre Quellen und den Gang îhrer Entwickelung (1864). La donnée fondamentale est la même que chez Holtzmann et Reuss. Mais,
celui de Marc ; IV, 39 suppose l’appel antérieur des disciples, comme dans Marc ; l’omission dans Luc de tout ce qui sépare les deux multiplications des pains s'explique par le fait que dans Pesprit de Luc. employant de mémoire le récit de Marc, les deux faits semblables se sont confondus. — Le résultat auquel il est arrivé a été développé comme suit par Ritschl dans son cours oral de 1865 : Matthieu a eu pour sources : 10 notre Marc ; 2° une rédaction (A) des discours de Matthieu ; 30 d’autres sources à nous inconnues. Luc a également employé Marc, puis une rédaction (B) des Logia, enfin notre Matthieu actuel. Mais l'emploi des écrits antérieurs n’aurait eu lieu que de mémoire. PAIE 1 Il ne renfermait que Marc I, 21-VI, 48 et VIII, 27-XHIE, 37.
comme Reuss et Hollzmann ne se faisaient pas la même idée de la première des deux sources, Weizsäcker et Holtzmann différent dans la conception de la seconde. Le recueil des Logia doit servir à expliquer l’origine des enseignements de Jésus renfermés dans Matthieu et Luc. Mais comment déduire d’une même source deux formes aussi différentes : d’un côté, les grands corps de discours que nous trouvons dans Matthieu ; de l’autre, cette foule d'enseignements particuliers que nous lisons dans Luc, surtout dans la partie intermédiaire, le récit de voyage IX, 51-XVIIT, 14, où se retrouve une très grande part du contenu des discours de Matthieu ? Reuss se tirait de la difficulté en supposant deux éditions différentes des Logia, employées l’une par Matthieu, l'autre par Luc. Mais comment le même ouvrage a-t-il pu revêtir deux formes aussi hétérogènes ? IT faut plutôt admettre, selon Holtzmann, que Luc a conservé la forme originaire des Logia, tandis que celle que nous présente le premier évangile est l’œuvre de l’auteur de ce dernier. Weizsäcker, au contraire, croit retrouver la forme primitive des Logia dans Matthieu et pense que c’est Luc qui a désagrégé les grands corps de discours et donné aux enseignements de Jésus la forme d’entretiens particuliers, en rapport avec les circanstances ecclésiastiques et sociales du temps postérieur où il écrivait, 1l les a, dans ce but, pourvus de préambules, le plus souvent de son invention, propres à les motiver. À la différence de Holtzmann également, Weizsäcker attribue aux Logia certains traits communs à Luc et à Matthieu, qui ne se trouvent pas dans Marc et que Holtzmann supposait avoir existé dans le Proto-Mare ; il fait ainsi des Logia une source non seulement didactique, mais aussi jusqu’à un certain point narrative, qui gagne par là en importance à mesure que le Proto-Marc perd de