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la sienne !. C'était là faire déjà une partie du chemin qui
conduit à lexplication de B. Weiss.
Meyer, d’abord partisan de l'opinion de Griesbach, a passé dès 1853 à celle d'Ewald: Luc dépend de Matthieu, dont Marc, quoique le plus ancien des trois, peut dépendre aussi à quelques égards, par le fait que le premier évangile s’est formé graduellement en Palestine et doit avoir ainsi conservé bien des éléments très anciens et originaux que Marc a recueillis plus tard. Reuss, tout en admettant la priorité de Marc, croyait également avoir constaté que le commencement et la fin de cet évangile étaient des extraits tirés de Luc et de Matthieu.
Ce sont des observations de ce genre qui ont conduit B. Weiss au système qu'il a développé d’abord dans plusieurs articles des Jahrbuücher fur deutsche Theologie (1864), puis dans ses deux grands écrits: Das Marcusevangelium und seine synoptischen Parallelen (1872), et Das Matthœusevangelium und seine Lucus-Parallelen (1876), enfin dans son /ntroduction au N. T.? Tandis que Holtzmann admettait le Proto-Marc comme source (narrative) commune des trois synoptiques et les Logia comme source (didactique) de Matthieu et de Luc, Weiss admet comme source commune (narrative et didactique) des trois les Logia et comme source (narrative) de Luc et Matthieu notre Marc lui-même. La source principale des récits synoptiques n’est point un Proto-Marc qui n’a jamais existé, ni
1 Dans son Apostolisches Zeitalter (1886), Weizsäcker lui-même recule devant l’idée d’une même source employée par Matthieu et Luc pour les discours de Jésus et admet deux recueils différents, composés pour répondre aux besoins de l’Eglise et employés l’un par Matthieu, l’autre par Luc. La rédaction dont s’est servi Matthieu est la plus ancienne, car elle se rapporte uniquement à des sujets qui intéressaient directement la vie de la primitive Eglise.
2 Lehrbuch der Einl. in das N.T., 1886.
même notre Marc, mais le Matthieu apostolique ou l’ouvrage appelé Logia par Papias. Get écrit, en effet, ne contenait pas rien que des discours: un ouvrage composé uniquement de discours, sans éléments narratifs, ne saurait se concevoir ; les paroles de Jésus ont dû être rattachées aux circonstances qui y avaient donné lieu. Le Matthieu primitif renfermait donc beaucoup de traits de la vie de Jésus et fut appelé « Logia » a potiori parte. De cet écrit sont provenus non seulement les discours de Jésus communs à Matthieu et Luc, mais tous les traits qui se trouvent dans ces deux écrits et manquent à Marc!, et enfin beaucoup d’autres faits et discours qui se trouvent aujourd’hui dans Mare, mais qui y ont évidemment le caractère d’un emprunt. En dérivant tous ces matériaux des Logia, Weiss non seulement rend l'hypothèse d’un Proto- Marc superflue, mais il attribue à Marc, malgré l'originalité que lui assure la conservation des récits de Pierre, une position très inférieure à celle que lui assignaient les critiques qui y voyaient la source historique principale des deux autres. On a toujours été frappé, selon Weiss, d’un certain mélange de traits originaux et de traits secondaires dans cet évangile. Les premiers proviennent sans doute des récits de Pierre ; les seconds, du fait que Marc, tout en usant, lui aussi, de la « source apostolique » (Logia), l'a
reproduite moins exactement et moins complétement que
ne lont fait Matthieu et Luc, dont les coincidences, aussi bien que les infériorités de Mare, s'expliquent par ce fait même. De là la double impression que produit Marc et les positions opposées qui lui ont été successive-
1 Ces morceaux communs à Luc et à Matthieu ne se trouvant pas dans Marc, leur source commune, il fallait, à moins d'admettre un Marc antérieur où ils se trouvaient, les assigner à l’autre source, les Logia, et attribuer à celle-ci un contenu historique.
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ment assignées: il est, en effet, à la fois original et dépendant; dépendant par räpport au Matthieu apostolique, mais source pour le Matthieu canonique; voilà pourquoi, par rapport au premier évangile, 1l fait tantôt l'effet d’être l'original, tantôt d’être la reproduction.
Le Matthieu apostolique ‘est donc la grande source où Matthieu et Luc ont puisé la majeure partie de leurs matériaux, et que Mare a aussi subsidiairement employée. Mais Luc nous a transmis les paroles de Jésus dans leur séparation primitive, tandis que Matthieu a formé les grandes compositions que nous connaissons. Mare, d'autre part, au moyen des récits de Pierre, a fourni l’ordre et l’arrangement progressif que nous trouvons dans Luc et dans le Matthieu canonique. La source apostolique débutait par le mimistère de Jean-Baptiste (Matth. IT, 1) et s’arrêtait à l’entrée de l’histoire de la Passion, où le récit de Luc différe trop de celui des deux autres pour qu'il ait puisé à la même source que ceux-ci. Outre les Logia et Marc, Luc doit avoir eu une troisième source, un écrit embrassant toute la vie du Sauveur et renfermant les nombreux traits, discours et paraboles que le troisième évangile a en propre. C’est de cette source que-Weiss fait dériver aussi le récit de la Passion chez Luc.
Dans ses deux écrits sur Marc et sur Matthieu, Weiss a appliqué sa théorie jusque dans les moindres détails au texte de nos synoptiques ; c’est peut-être le travail le plus considérable qui ait été fait sur cette matière.
. Kloslermann, dans son écrit paru en 1876 !, a soutenu la thèse que Marc doit avoir eu sous les yeux notre Matthieu ou un Matthieu peu différent du nôtre, rédaction de la tradition orale primitive ; il l’a retravaillé en y
1 Das Marcusevangelium nach seinem Quellenwerth für die evangel. Geschichte.
insérant des notes provenant des récits de Pierre. Luc a composé son évangile au moyen des deux précédents d’abord, puis aussi d’autres sources orales ou écrites. Renan, dans l'introduction à sa Vie de Jésus (1863) et dans les Évangiles (1877), admet comme premier écrit évangélique un ouvrage syro-chaldaïque sorti du sein des congrégations Judéo-chrétiennes qui s'étaient retirées à lorient du Jourdain avant la ruine de Jérusalem et qui avaient à leur tête les frères de Jésus. Cet évangile est demeuré jusqu’au Ve siècle, de plus en plus remanié et transformé, parmi les Nazaréens. Il contenait surtout les enseignements du Seigneur ; Matthieu est celui de nos évangiles qui s’en rapproche le plus. Cest de cet évangile batanéen primitif que sont tirés les discours du Seigneur conservés dans le premier évangile, et que Luc a aussi reproduits. Marc, le premier, écrivit un évangile en langue grecque. Ayant accompagné Pierre à Rome, il y rédigea, après le martyre de celui-ci, son petit écrit, «premier noyau des évangiles grecs.» Rien n'empêche que le témoin oculaire dont Marc reproduit les récits ne soit l’apôtre lui-même, et il n’y a d’ailleurs aucune raison de croire que son récit fût sensiblement différent de notre Marc canonique. Marc à été, quant aux faits, la source où ont puisé les deux autres. Le rédacteur de Matthieu travaillait également sur l’évangile hébreu (Logia). Luc a employé Marc et un évangile hébreu, mais non un recueil des discours où déjà les grandes masses dont on constate l’insertion dans notre Matthieu fussent constituées. Il n’a pas connu notre Matthieu, car il serait, dans ce cas, incompréhensible qu’il eût constamment brisé les grands discours que nous donne celui-ci. Renan fait aussi remarquer que Luc n’a pas les détails que Matthieu ajoute à Marc, et que, dans les passages que Marc n’a pas, Luc
présente une recension différente de celle de Matthieu. Du reste, Luc plongeait encore en plein dans la tradition. Keim, dans sa Geschichte Jesu von Nazara (t. 1, 1867), s'est opposé énergiquement à la priorité de Marc, comme aussi à l’emploi de Matthieu par Luc. Il pense que, peu avant la ruine de Jérusalem, fut construit, avec les matériaux déjà existants (généalogies, apocalypses, rédactions de discours et de récits de la vie de Jésus), l'édifice bien lié du premier évangile. Papias n’a point opposé à un Matthieu ne contenant que des discours un Matthieu contenant discours et histoire; 1l distingue simplement un Matthieu hébreu d’un Matthieu grec. La principale source de Luc a élé un grand évangile de caractère judéo-chrétien et ébionile; les textes des discours de Jésus sont trop différents pour qu’il les ait tirés de Matthieu. Il a puisé, en outre, à des sources pauliniennes et samaritaines. Marc dépend de Matthieu et de Luc, comme l'ont bien vu Griesbach et Baur, mais il a aussi usé de la tradition orale !. : Grau? pense que la source première de la littérature évangélique a été le trésor des souvenirs de l’église de Jérusalem, que Pierre a principalement contribué à formuler oralement. Matthieu, pour conserver intactes les paroles de Jésus, composa le recueil des Discours, qu’il retravailla plus tard en grec en le combinant avec la tradition formulée par Pierre: ce fut là notre Matthieu canonique, dont se servit Marc pour composer, à l’aide aussi des prédications de Pierre, son évangile destiné aux
1 Dans son dernier écrit, Aus dem Urchristenthum, 1878, Keim va plus loin et déclare qu’à la suite de ses nouvelles études des fragments de Papias et des discours de Matthieu, il ne s'oppose plus aussi absolument à la théorie des deux sources, l’une pour les discours, l’autre pour les faits. |
? Entwickelungsgeschichte des neutest. Schriftthums, 1871.
paiens. Luc emploie les Discours de Matthieu et notre Marc, en y faisant entrer ses traditions pauliniennes. Nôsgen a publié, de 1876 à 1880, dans les Sfudien
und Kritiken!, plusieurs articles sur l’évangile de Lue,
qu'il croit avoir été composé pour affermir Théophile
contre les enseignements judaïsants particulièrement ré-
pandus et actifs en Syrie, où habitait ce seigneur. Luc en a puisé le contenu dans la tradition apostolique, entre autres auprès de Jacques, le frère du Seigneur, et de Jean, parfois aussi dans les Logia araméens de Matthieu. Marc
a suivi, pour l’ordre des faits, Luc dans la première,
Matthieu dans la dernière partie de son écrit, dont il puise d’ailleurs le contenu dans les récits de Pierre. Le Matthieu canonique n’est point une traduction, — la langue prouve une conception originairement grecque, — mais un remaniement des Logia par Matthieu lui-même, au moyen de la tradition orale.
On voit que l’idée de la tradition orale est loin d’être oubliée, bien qu’elle ne joue dans ces diverses constructions qu’un rôle secondaire. C’est à ce moyen d'explication qu’à la suite de diverses théories, successivement préférées, Hase est revenu à la fin de sa carrière ?. Après avoir critiqué les autres solutions, il ajoute: « Nous sommes ainsi poussés à une troisième manière de voir : un évangile primitif non écrit, résultant non d’un accord réfléchi, mais
spontanément produit. Voilà le mode qui répond à l'esprit
de cette époque d’enthousiasme où l’on célébrait chaque jour le souvenir du Seigneur. Représentons-nous une famille vivant du souvenir d’un aïeul illustre. Quelquesuns de ceux qui l’ont connu personnellement sont encore là: ils retracent à la génération nouvelle ses glorieux
1 Voir aussi le Xurzgefasster Kommentar zum N. T., I, 1886. 2 Dans sa Geschichte Jesu, 1876.
exploits et lui rappellent ses paroles pleines de sagesse. Chaque fois ces récits sont écoutés avec un nouveau plaisir. [nsensiblement ils s’arrondissent et prennent une forme arrêtée qui s'étend jusqu'aux tournures mêmes de la phrase. L'Église apostolique palestinienne était une pareille famille.! » Hase fait remarquer que le récit oral conserve rarement la vraie succession des faits, et qu’ainsi s'expliquent les interversions si fréquentes des événements dans l’histoire synoptique. Il envisage Marc comme lécrit dans lequel le type évangélique primordial s’est le plus exactement conservé, lors même qu'il est en fait postérieur à la forme originaire de Matthieu.
Dans un écrit plein de fines et frappantes observations dont on n’a peut-être pas assez lenu compte ?, Welzel réfute avec sagacité les solutions en cours et adhère à lexplication par la tradition orale, mais en la présentant sous une forme assez étrange. Il suppose l’apôtre Matthieu donnant en langue grecque, à Jérusalem, un enseignement sur la vie de Jésus aux évangélistes hellénistes qui partaient pour visiter les églises et en fonder de nouvelies. Les auditeurs rédigeaient eux-mêmes ce cours : ce furent là les écrits de ces roldot, de ces nombreux rédacteurs dont parle Luc (I, 4). Marc rédigea avec beaucoup d’exactitude, notant avec soin les détails, conservant surtout les faits, qui l’intéressaient plus que les discours. Les notes de l’auteur de notre premier évangile furent plus complètes que celles de Marc, mais 1l ne commença à les rédiger que depuis XIV, 15, point à partir duquel les deux évangiles marchent parallèlement. Jusque-là 1l s’était fié à sa mémoire. Luc n’a pas écrit du tout; il a recueilli les leçons uniquement de mémoire ; 1l en a même manqué
1 Ibid, p. 23. |
2 Die synoptischen Evangelien, 1883.
quelques-unes, ce qui explique la grande lacune entre IX, 17 et 18. Mais, à côté de ce cours, le premier et le troisième évangile ont encore usé d’autres sources secondaires. | | L'hypothèse de la tradition orale n’a heureusement pas besoin de revêtir une forme aussi matérielle pour donner la solution du problème. C’est à ce mode d'explication que se rattachent encore Westcott! et Le Camus ?. | Un écrit qui à Joué un rôle assez important dans la critique actuelle est celui de Simons : Hat der drilte Evangelist den kanonischen Maithœus benutzt ? (1880). Deux points paraissent à l’auteur des résultats acquis: la priorité de Marc par rapport aux deux autres synoptiques et la dépendance de ceux-e1 par rapport à lui ; puis l’existence d’une seconde source, le recueil des Discours, qu’il supposé avoir renfermé non seulement des discours, mais aussi subsidiairement des faits. Sur cette base il entreprend de démontrer que, si Matthieu a pu n'avoir que ces deux sources, Luc au contraire doit avoir en outre connu et employé Matthieu lui-même. Le Proto-Mare de Holtzmann, qui devait expliquer les éléments communs à Matthieu et Luc qui manquent à Marc, devient ainsi inutile ; Luc a tiré ces éléments directement de Matthieu ou des Logia, au moyen desquels il a même pu rectifier Matthieu, lorsque celui-ci avait reproduit les Logia incomplêtement ou inexactement. Simons peut enfin se passer de la dépendance de Marc à l’égard des Logia, qu'affirmait Weiss et qui compliquait son hypothèse, puisque, Luc dépendant directement de Matthieu, les éléments qui lui sont communs avec ce dernier s'expliquent aisément, en dehors de Marc, par l'influence que Matthieu a exercée sur
‘ Introduction to the study of the Gospels, 1860 ; 7e éd., 1882. 2 Vie de N. S, Jésus-Christ, 1883 ; 6e éd., 4901.
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lui. Il ne faudrait pas se figurer toutefois que Luc, dans son travail, ait perpéluellement sauté d'un document à l’autre, de Marc à Matthieu, ce qui serait incompatible avec l'unité de son écrit. Simons admet un emploi des sources par Luc non de visu, mais de mémoire, comme celui des écrivains du N. T. citant les LXX. Reste à savoir si la simple réminiscence de documents antérieurement lus ou entrevus peut suffire à expliquer la teneur identique de tant de textes synopliques.
L’écrit de Simons a produit un effet considérable. Hollzmann, déjà ébranlé dans sa foi au Proto-Marc par la difficulté de se représenter clairement un tel écrit, v a renoncé tout à fait! pour y substituer l’emploi de Matthieu par Luc, démontré par Simons. Mangold aussi?, sans renoncer au Proto-Marc, s’est déclaré convaincu de la dépendance de Luc par rapport à Matthieu. De même Wendt et Paul Ewald, dont nous parlerons plus bas.
Dans un travail intitulé : Dre apostolische Spruchsammlung, Beyschlag revient au Proto-Marc, comme à la source narrative principale, et revendique pour cet écrit la place que Weiss avait cherché à donner au recueil des Loyia. D'accord avec Weiffenbach *, il admet même deux : Proto-Mares : celui qui a servi de source commune à nos synoptiques était déjà lui-même le remaniement de notes antérieures, rédigées par Marc d’après les récits de Pierre ; ces notes, simples descriptions de faits isolés, reçurent en Palestine l’ordre historique qui leur manquait, et c’est sous cette forme plus complète qu’elles ont servi de source à nos deux grands synoptiques et à notre Marc
1 Theol. Litteraturzeitung, 1881, n°0 8.
2 Einl. in das N. T., de Bleek-Mangold, 4e éd., 1886, p. 246. 3 Dans les Séudien und Kritiken, 1881.
4 Das Papias-Fragment, 1874.
lui-même. Ce dernier fut rédigé à Rome, en vue des chré-
liens païens de cêtte ville.
Dans la IXme partie de son grand ouvrage sur le Nou-
veau Testament, parue après sa mort !, Hofmann admet
que Luc a écrit à Rome, tirant parti de ses propres renseignements, mais aussi de divers écrits (E, 1), entre autres de Marc; il aurait également connu Matthieu. Quant à Marc, il a eu connaissance de Matthieu en Palestine, avant de se rendre à Rome.
Jacobsen, dans un petit écrit paru en 1883 ?, admet comme source première le noyau de l’écrit de Marc, provenant de Pierre, qu’il oppose à notre Marc, tout chargé d’interpolations. Matthieu s’est servi de ce Marc primitif, en y ajoutant beaucoup de paroles du Seigneur empruntées au recueil des Discours. Luc à employé, non les Logia, mais notre Matthieu et notre Marc, qu’il suit alternativement. C’est, selon Jacobsen, une preuve de l’action de Dieu dans l’histoire, que, grâce à ces deux écrits primitifs, les traces authentiques de l’activité de Jésus ne se
soient jamais effacées, et que nous puissions encore au-
jourd’hui nous replonger dans l’esprit de celle époque déci- Sive. |
D’après Stockmeyer 3, Matthieu n’est qu’un Marc agrandi au moyén des Logia dont l’auteur insère de temps en temps un morceau dans le cadre de Marc. Luc à également employé Marc, dont il possédait un exemplaire incomplet (la grande lacune de Luc) ; 1l a employé en outre les Logia, qu’il a reproduits assez intacts, et de plus un évangile de couleur ébionite, émanant de l'Eglise primitive.
1 Die heil. Schrift N. T., IXte Abth. : Zusammenfassende Untersuchung, publiée par Volck, 1881. |
2 Untersuchungen über die synoptischen Evangelien.
& Theol. Zeitschrift aus der Schweiz, 1884.
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Dans son livre À hastorical Introduction to the books of the N. T.1, Salmon combat l'explication par la tradition orale et soutient un système particulier, d’après lequel un Marc primitif aurait servi à la composition de Luc et de Matthieu, et ceux-ci à leur tour auraient été employés par le rédacteur de notre Marc canonique.
Wendi ? admet également les deux sources. Les auteurs de notre premier et de notre troisième évangile ont eu un même dessein, celui de les réunir en les complétant par de nouveaux renseignements, dans un tableau unique du ministère de Jésus. Marc n’a point à sa base un Proto-Mare (contre Holtzmann) et il ne peut avoir connu les Logia (contre Weiss) ; comment en eût-il omis la majeure partie, même ce qui serait si bien rentré dans son but ? Il a tiré la plus grande partie de ses matériaux des récits apostoliques oralement transmis, mais qui avaient déjà reçu dans la tradition une forme arrêtée. Les sources de Marc sont donc absolument en dehors des documents que nous possédons. Le recueil des Discours de Jésus provient d’un témoin ; il nous est parvenu par lintermédiaire de deux recensions différentes, l’une suivie par Matthieu, l’autre par Luc. En rapprochant ces deux évangiles, nous pouvons reconstruire approximativement l'écrit primitif ?. Wendt dérive des Logia la plus grande partie du contenu propre de Luc et de ce qu’il a de commun avec Matthieu, tandis que Weiss admettait pour lui une troisième source.
Paul Ewald * à émis une idée originale : c’est que le problème synoptique ne peut être résolu qu’en tenant
1 1885 ; 4e éd., 1889.
2 Die Lehre Jesu, 1, 1886.
3 Comme Wendt a en effet cherché lui-même à le faire. #* Das Hauptproblem der Evangelienfrage, 1890.
compte du quatrième évangile. Où doit, en effet, se trouver la vraie tradition apostolique sur la vie de Jésus, si ce n'est dans le récit émanant directement de l’apôtre Jean ? La narration synoptique, qui en diffère si sensiblement, ne peul donc prétendre être la vraie tradition de l’église de Jérusalem. Mais comment, en ce cas, expliquer l’origine du type synoptique, opposé en tant de points au type johannique ? Il doit s’être formé en dehors du grand courant de la tradition palestinienne, représenté par Jean. Si, en effet, pour ceux qui admettent comme P. Ewald lui-même l’authenticité du 1Ve évangile, la tradition synoptique ne peut être centrale, il faut donc qu’elle soit d’origine purement locale, et jusqu’à un certain point personnelle. Voici la solution proposée de ce phénomène. Pierre s'était habitué à retracer surtout les incidents du ministère gaïléen, et par suite ces souvenirs remplirent naturellement les récits de Marc, qui reproduisent l’évangélisation de Pierre. C’est en Italie que cette influence personnelle de Pierre se fit surtout sentir, et c’est dans ce pays que nous devons chercher l’origine de nos synoptiques et les lecteurs auxquels ils furent primitivement destinés. L'auteur de Matthieu employa, à côté de Mare, la collection des Discours de l’apôtre de ce nom, qu'il y incorpora presque tout entière, dans le but didactique de présenter sous toutes ses faces la notion du royaume de Dieu. Outre ces deux documents employés par Matthieu, Luc en a employé un troisième, qui lui a fourni la matière de cette grande partie intermédiaire à laquelle on donne ordinairement pour source une édition des Logia différente de celle dont s’est servi Matthieu. — Cette hypothèse étrange peut en tout cas servir à faire serrer de plus près le problème synoptique, en relation avec la tradition orale d’une part, avec la narration johannique de l’autre.
Cest ici le lieu de mentionner un travail intéressant, publié en 1891 par Feine. Ce critique avait précédemment déjà traité la question synoptique au point de vue des deux sources ! : il avait admis que la source narrative des trois -synopliques a été reproduite plus exactement, sous sa forme primitive, par Matthieu que par Marc, et que la source didactique est arrivée aux mains de Luc considérablement remaniée dans un sens ébionite. Dans son récent écrit?, il poursuit cette voie en démontrant l'emploi par Luc d’une source judéo-chrétienne, très hostile au judaïsme légal et persécuteur : l'esprit en était assez semblable à celui de lépitre de Jacques et même de celle de Jean ; ce qui prouverait l’existence à Jérusalem, dès l’origine de l’Église, d’un christianisme de tendance universaliste et antipharisaique, et justifierait Luc du reproche d’avoir de luimême altéré l’histoire, soit dans l’évangile, soit dans les Actes. À côté de cet évangile primitif, employé aussi par Matthieu et Marc, Luc se serait servi des Logia et de Marc, mais il n'aurait pas connu Matthieu, ni celui-ci Marc. ;
À peu près au même moment, nous voyons se produire des essais dans une direction toute différente. A. Resch, dans ses deux ouvrages : Agrapha (1889) et Ausserkanonische Paralleltexlte zu den Evangelien (1893-1897) 3, a recueilli un grand nombre de paroles non canoniques, attribuées à Christ par les Pères et les évangiles apocryphes. Resch en compte 74 qu’il considère comme authen-
1! Jahrb. fur protest. Theol., 1885-1888.
. ? Eine vorhkanonische Ueberlieferung des Lucas, 1891.
3 Publiés dans les Texte und Untersuchungen de Gebhardt et Harnack. — Voir aussi le travail de Resch intitulé: «Ta Aôyia ’In505,5 dans les Theologische Studien, B. Weiss dargebracht. 1897.
rÉ de a? - vor DOME, 7 AC OR OR TN COUPE TTC PES L = « 2 dE AMC TT AP AMEN TEE | Dion * - LS Eu Lan rs PA ÿ * s È CCE PA s ï 2 À L S , « Y b S
tiques !. Ces paroles prouveraient, selon lui, l’existence d’un évangile primitif dans lequel auraient puisé non seu-
lement nos synoptiques, mais Paul et d’autres auteurs du
Nouveau Testament, puis enfin les Pères. Cet écrit ren-
fermait, à côté des paroles, beaucoup de matières histo-
riques ; en première ligne, les éléments communs à. Matthieu et Luc. I débutait par le ministère de Jean-
Baptiste et se terminait par le récit de lAscension et le
catalogue des apôtres (Act. I). Resch a essayé ? d’en re-
produire la teneur dans la langue originale, — d’après
lui, l’hébreu, — de façon à montrer comment les divergences de nos textes évangéliques s'expliquent par des
traductions différentes d’un même original. L'ouvrage . imaginé par Resch aurait porté le titre de Diberé Jéschua
(« histoires » de Jésus), rendu un peu improprement en
grec par « Logia. » C’est l'écrit de Matthieu dont a parlé
Papias. Les récits de l'enfance n’y figuraient pas. Resch admet, comme source des premiers chapitres de Luc et de
Matthieu, un « Evangile de l'enfance » hébreu, dont il a également reconstitué le texte ?.
J.-H. Ropes * a fait une critique serrée des Agrapha et du système que Resch a construit sur cette base. IL à montré qu’une douzaine à peu prés d’ « agrapha » peuvent être considérés comme historiques, et combien est insoutenable l’idée d’un évangile primiuif qui aurait subsisté et joui d’une très grande diffusion longtemps
‘ Il en a enregistré en outre 103, qu’il envisage lui-même comme apocryphes.
2 Dans son ouvrage Die Logia Jesu, 1898. — On sait que Wendt avait tenté une reconstruction du texte grec des Logia (Lehre Jesu, I, 1886). ;
3 Das Kindheïtsevangelium nach Lucas und Matthœus (Paralleltexte, N), 1897.
4 Die Sprüche Jesu (Texte und Untersuch., XIV, 2), 1896.
“HISTOIRE DE LA DISCUSSION. TA après l’époque des apôtres (puisque les Pères s’en servent), et dont cependant personne n’aurait Jamais entendu parler. D’autre part, un orientaliste d’une compétence reconnue, G. Dalman!, a prouvé d’une façon convaincante qu'il ne saurait être question d'un évangile primitif hébreu et que les discours du Seigneur ne peuvent avoir élé transmis oralement et rédigés ? que dans la langue parlée par Jésus et les apôtres et comprise des Juifs, c’est-à-dire l’araméen.
Presque en même temps que Resch et mdépendamment de lui, le professeur anglais Marshall était arrivé à l’idée ? que les différences de nos textes doivent s’expliquer par des manières différentes de rendre un original qui a préexisté à nos synoptiques ; mais cet original aurait été araméen #. La forme même de l'écriture araméenne facilitait, selon lui, des confusions et des différences de traduction. Malgré l’habilelé déployée par Marshall dans les exemples qu’il a fournis, Dalman juge son travail peu solide et ne se déclare pas convaincu de l'existence d’un original araméen du texte évangélique. Les hébraismes et araméismes qu'on y rencontre en si grand nombre, proviennent à son avis du grec fortement hébraïsant et araméisant de l’époque, dont les LXX nous offrent un exemple. Les sources immédiates’ de nos évangiles étaient rédigées en grec.
Ce dernier point de vue est celui de la grande majorité des critiques actuels ; ils s’en tiennent, en général, à la
1 Die Worte Jesu, 1, 1898.
2 À supposer qu’une rédaction sémitique ait précédé les rédactions grecques.
3 Développée dans une série d'articles de l'Expositor (1891-1893).
* Wellhausen et Nestle (Philologica sacra, 1896) ont aussi tenté de démontrer un original araméen à la base de nos textes.
théorie qui voit dans Matthieu et Luc la combinaison de deux sources principales : Mare, pour les parties narrati- -ves ; les Logia de Matthieu, pour les enseignements qu'ils ont en commun. Celte hypothèse des deux sources fait, avec bien des variations de détail, le fond de la plupart des travaux publiés ces dernières années. On la trouvera exposée très complètement dans les récents ouvrages de H. Hollzèmann!, Julicher?, Wernle#, plus sommairement dans. ceux de F. Barth # et de O. Holizmann * ; en français, elle a été développée par J. Bovon$, A. RévilleT, et résumée dans le Commentaire du Nouveau Testament de Bonnet &. |
Le point de vue de H. Holtzmann a déjà été indiqué.
Julicher expose, avec une admirable clarté, les différents éléments du problème. Mais il ne s'attache pas à développer un système complet. Il admet comme sources principales Marc et les Logia, qui étaient un recueil de Discours sans éléments historiques. Matthieu et Luc emploient ces deux sources indépendamment l’un de l’autre. Ils ont d’ailleurs en outre chacun ses sources particuliéres. Au nombre des sources de Luc, il ne faut pas placer le Matthieu canonique et il n’est pas probable que Mare se soit servi des Logia. | :
… Wernle reconnaît dans Marc, base commune de Matthieu et de Luc, la transcription du récit d’un témoin
1 Einl.in das N.T., 3e éd., 1892 ; Hand-Commentar zum N.T., I, 1, 3e éd., 1904. :
2 Einl. in das N. T., 3°-ke éd., 1901:
3 Die synoptische Frage, 1899.
4 Die Hauptprobleme des Lebens Jesu, 1899 ; 2e éd., 1903.
5 Leben Jesu, 1901.
5 Théologie du N. T., I, 1893.
1 Jésus de Nazareth, TI, 1897.
8 Tome I, 2e éd.. revue par A. Schræder, 1895.
oculaire (Pierre). Le recueil des Discours a subi plusieurs remaniements successifs el revêtu des formes diverses avant d'entrer comme partie intégrante dans les deux évangiles de Luc et de Matthieu. On s’explique ainsi les différences des’ deux rédactions. Marc et les Logia puisent parallèlement et d'une façon indépendante dans Ja tradition orale, qui suffit parfaitement à expliquer les coïncidences dans le texte des paroles entre le second évangile et les deux autres. Marc à pu, il est vrai, connaitre les Logia, plus anciens que lui; mais il ne les a pas employés. On ne doit admettre chez lui de source écrite que pour le chap. XII : la « petite apocalypse » datant d'avant l’an 70 (lévangile a été rédigé plus tard), et qui se retrouve dans Matth. XXIV. Luc use, au début et à la fin de son récit, et dans d’autres morceaux encore, d’une troisième source ; Matthieu a eu aussi ses sources propres, orales ou écrites.
Selon F. Barth, Marc est la source, remarquablement exacte et pittoresque, des deux autres pour les faits ; ül est dépendant des Logia pour les discours. C'est chez Matthieu que ceux-ci sont le mieux reproduits dans leur teneur primitive, mais c’est Luc qui nous les a conservés dans l’ordre historique où ils se présentaient dans la source. Barth juge superflue l'hypothèse d'un Proto-Marc et re- Jette expressément la supposition de Simons, d’après laquelle Luc aurait connu Matthieu, qui est d’ailleurs le dernier en date de nos trois synoptiques.
O. Holtzmann reconnaît la grande valeur historique et l’ordre excellent de Mare, qui est naturellement à la base des narrations de Matthieu et de Luc. Pour les discours, il a utilisé la source employée par les deux autres, lesquels ne sauraient — les textes étant trop différents — avoir puisé ces discours l’un chez l’autre ; cependant Luc
a probablement connu et subsidiairement utilisé Matthieu. D’après Bovon, Matthieu, au moment de quitter l’église palestinienne, rédigea dans la langue de ses concitoyens un recueil des discours de Jésus, en y ajoutant quelques parties narratives. Parmi les traductions grecques qui circulèrent de cet écrit, se distingua notre Matthieu canonique, pour la rédaction duquel l’auteur anonyme utilisa aussi des traditions orales et même certains fragments détachés, actuellement incorporés dans l’évangile de Marc. Quant à ce dernier, son auteur, compagnon de Pierre, commença par noter ses souvenirs de la prédication de l'apôtre, puis mit lui-même au net cette première ébauche, et, à l’aide d’autres sources, composa enfin notre évangile canonique. [l n’a point suivi Matthieu, ni ne lui a servi de source. Il-en est de même de Luc, qui n’a connu ni Marc, ni Matthieu, et n’a été utilisé non plus ni par l’un, ni par l’autre. Les ressemblances entre les trois s’expliquent par l’usage commun des Logia de Matthieu, des souvenirs de Pierre consignés dans les narrations fragmentaires de Marc, et des recueils d’anecdotes et d’eriseignements dont parle Luc dans son préambule.
Réville s'oppose aussi nettement à l'idée que l’un quel-
conque des évangélistes ait connu l’œuvre des deux autres ou de l’un des deux autres. Il admet comme sources com-
munes pour les trois un Proto-Marc peu différent de notre.
Marc, et pour Luc et Matthieu les Logia (primitivement rédigés en araméen) de l’apôtre de ce nom; Luc a en outre ulilisé une troisième source que l’on retrouve dans la partie ch. IX, 51-XVIIT, 14 et probablement dans les récits de la Passion et de la Résurrection.
L'assurance avec laquelle les partisans de la théorie des deux sources la présentent volontiers comme définiui-
Vu FT
vement acquise, ne doit pas donner le change sur le véritable état des choses. L'accord est loin d’être complet entre eux, et de grandes divergences subsistent encore sur
des points importants. Voici les principaux : :
1. Marc a-t-1l employé la source apostolique, les Logia, comme le soutient entre autres B. Weiss ?
Tilius, dans un travail d’une excessive sagacité {, a prétendu donner de cette thèse une démonstration décisive, en mettant en lumière le fonds considérable d’enseignements communs à Marc et aux Logia, les éléments nombreux de la langue — entre autres maints termes rares — qui se retrouvent dans les deux écrits, et toute une série de faits qui tendraient à prouver que Marc, en bien des cas, loin d’être la source des passages parallèles des deux autres, dépend lui-même d’une autre source qui ne peut être que les Logia. D'où il suivrait qu’en définitive ce n’est pas Marc, ce sont les Logia qui sont la source principale et primaire de nos synoptiques (comme dans le point de vue de B. Weiss). | Mais cette thèse de l'emploi des Logia par Marc est fortement contestée par d’autres critiques. Beyschlag n'a cessé de se prononcer énergiquement contre elle ; il est allé jusqu’à la traiter d’absurde?. La rédaction araméenne des Logia est selon lui source commune de Luc et Matthieu seulement, qui les ont, chacun de son côté, traduits « comme ils ont pu, » — d’où les différences. Wernle, de même, conteste tout emploi des Logia par Marc et observe qu’admettre cet emploi équivaut à réduire à rien le rôle de la tradition pétrinique dans la composi-
1 Das Verhältniss der Herrnworte im Markusevang. zu den Logia des Matthœus, dans les Theol. Studien, B. Weiss dargebracht, 14897. |
2 Studien und Kritiken, 1898.
tion du second évangile!. ‘Soltau, dans des écrits que nous mentionnerons tout à l’heure, se prononce dans le même sens.
2. Est-ce notre Marc canonique lui-même, ou un Proto-Marc, qui à servi de source à Matthieu et à Luc ? L'hypothèse du Proto-Marc, abandonnée par son auteur (H. Holtzmann) et jugée inutile par la plupart des modernes ?, est actuellement remise en honneur par plusieurs
criliques, Feine, par exemple ; c’est le cas aussi de deux
auteurs qui ont fait récemment de l’évangile de Marc — considéré généralement comme représentant le roc solide de la réalité historique — l’objet d’études très ingénieuses el très radicales. Wrede 3 croit reconnaître dans cet évangile la trace de remaniements nombreux qui ont précédé la rédaction dans laquelle il nous est parvenu : notre Marc a derrière lui toute une histoire ; ce sont les points de vue dogmatiques de l’époque postapostolique qui s'y reflètent, et les faits ne sont le plus souvent pour l’auteur que l’enveloppe des idées. La valeur historique de cet écrit est donc à peu près nulle. Il repose d’ailleurs tout entier sur une donnée qui n’a rien d’historique : la thèse de la messianité de Jésus, qui n'a été dans la réalité affirmée qu'à la suite de sa résurrection, est ici reportée dans la vie même du Seigneur, mais sous la forme d’une doctrine secrète — et pourtant
1 Wernle contredit aussi les assertions de Titius relatives à la langue de Marc, dans laquelle il ne trouve pas d'éléments assez caractéristiques pour établir la dépendance de Marc par rapport aux Logia. Rien d’ailleurs de plus arbitraire que les conclusions que l’on tre d'observations de ce genre : on en sera frappé une fois de plus en lisant le travail de Titius.
2? Beyschlag a continué à la soutenir avec vigueur, en dernier lieu dans la 4e édition de sa Vie de Jesus (1901-1902).
3 Das Messiasgeheimniss in den Evangelien, 1901.
attestée — que Jésus défend constamment de proclamer !.
J. Weiss? juge exagéré le scepticisme de Wrede à l’égard de l’historicité du récit de Marc. L’auteur de cet évangileÿ, rédigé en 64-66, est un disciple à la fois de Pierre — dont il recueille les souvenirs, auxquels se sont ajoutées d’autres traditions de provenance assez diverse — et de Paul, dont il subit visiblement l’influence. Weiss est partisan d’un Proto-Marc plus court que le Marc canonique #.
L'hypothèse du Proto-Marc a été combattue récemment par Hawkins 5, qui a cherché à établir, par l'examen le plus minutieux de la langue des. évangiles, que c’est bien notre Marc, et non un ouvrage différent de celui-ci, que Luc et Matthieu ont eu sous les yeux ; par Soltau 6, qui déclare cette hypothèse insoutenable parce qu’on ne peut concevoir le Proto-Marc ni comme beaucoup plus court, ni comme beaucoup plus étendu que le Mare actuel, ni par conséquent comme réellement différent de ce dernier: par Wernle, enfin, qui prononce que l'hypothèse du Proto-Marc doit disparaitre désormais de la question synoptique.
3. Luc a-t-il employé Matthieu, comme l'ont admis Simons et, à sa suite, Holtzmann ? Ou peut-être Matthieu aurait-il employé Luc ?
1 Baldensperger, dans une remarquable critique du livre de Wrede (Theol. Litteraturzeitung, 1902, n0 14), a montré que la contradiction que cet auteur attribue à Marc existe bien plus encore dans son propre point de vue, O. Holtzmann a pris la défense de la crédibilité historique de Marc (Das Messiasbewusstsein Jesu und seine neueste Bestreitung, 1902).
2 Das älteste Evangelium, 1903.
3 Qui ne saurait guère, selon J. Weiss, être le Jean-Marc indiqué par la tradition.
# Il en est de même de O. Schmiedel, dans son petit écrit : Die Hauptprobleme der Leben Jesu Forschung, 1902.
$ Horæ synopticæ, 1899.
6 Unsere Evangelien, 1901.
Ces questions sont résolues négativement par un grand nombre de critiques, qui font valoir entre autres les énormes différences entre les récits de lenfance et ceux de la Passion et de la Résurrection dans les deux évangiles. Comment admettre d’ailleurs que lun des deux évangélistes, travaillant sur le texte de l’autre, eût négligé tant de précieux éléments du récit de son devancier ? Aussi Beyschlag n'hésite-t-1l pas à déclarer que l’un des résultats les plus certains de la critique, c’est que Matthieu et Luce ne se sont pas connus mutuellement !..
4. La question des rapports de Luc et de Matthieu à donné heu à l’hypothèse d'un Proto-Matthieu, développée surtout par Sollau ?. Il ne s’agit pas du Proto-Matthieu tel qu’on l’a conçu généralement depuis Schleiermacher et qui n’est qu'un recueil de discours, mais d’une première édition de l’évangile complet : cette première rédaction doit servir à expliquer les cas nombreux où les textes de Matthieu et de Luc coïncident, tout en différant de celui de Marc. Ces coïncidences supposent en effet une
1 La question des sources de Luc est une de celles qui sont loin d’être entièrement élucidées. Les uns admettent qu’il a eu en mains les Logia déjà rédigés en grec et sous la même forme qu’a connue Matthieu ; d’autres pensent que la teneur si différente des discours dans les deux évangiles implique nécessairement que les Logia sont parvenus aux deux évangélistes, soit en araméen, soit en grec, sous deux formes très différentes. Selon Feine, Soltau et d’autres, Luc ne les a utilisés que sous une forme assez éloignée du texte primitif, remaniée dans un sens ébionite (« l’évangile des pauvres, des péagers, des pécheurs et des samaritains »). Plusieurs enfin nient que Luc se soit servi des Logia. — Les uns admettent pour Luc, outre les deux sources connues, une troisième grande source écrite, tandis que d’autres pensent qu’il a puisé les éléments qui lui sont propres dans la tradition et ses renseignements particuliers.
2 Eine Lücke der Evangelienforschung, 1899; Die Entstehung des ersten Evangeliums, dans la Zeitschrift für neutest. Wissenschaft, 1900.
source commune autre que Marc: cette source est le Proto-Matthieu, que Luc a utilisé de mémoire. A lappui de lhypothèse, on cherche à démontrer dans notre Matthieu la trace de deux auteurs différents, d’un premier et d’un second rédacteur : l’un, universaliste, antipharisaique et non dogmatique, citant avec les Logia PA. T. d’après les LXX ; l’autre, imbu de la dogmatique pharisaique et préoccupé de démontrer dans l’histoire évangélique laccomplissement de PA. T., qu'il cite d’après le texte hébreu‘. Outre les nombreuses citations qu'il a ajoutées au Proto-Matthieu, on lui doit un certain nombre de traits et de récits d’un caractère manifestement légendaire.
Sous une forme un peu différente, Zahn ? parle aussi d’un Matthieu primitif. Le premier écrit évangélique qui ait paru est l’ouvrage de lapôtre Matthieu, rédigé en araméen. Marc s’en est servi en le combinant avec les souvenirs de Pierre. Luce emploie Marc ; il y joint le riche produit de ses propres informations et puise aussi à des sources écrites. Notre Matthieu grec, enfin, est une traduction du Matthieu primitif, mais le traducteur a utilisé pour son travail le texte de Marc, qui se trouve ainsi être (comme chez B. Weiss) dans un double rapport avec Matthieu : dépendant du Matthieu araméen et source pour le Matthieu canonique. — Zahn est aujourd’hui presque seul à soutenir que le premier évangile canonique est une traduction. On lui reconnaît généralement le caractère d’une composition grecque originale.
9. La priorité de Marc passe auprès de beaucoup pour absolument indiscutable. Elle à été cependant mise ré-
1 Voir sur ce sujet le mémoire de E.Massebieau, £Zxamen des citations de l'A. T, dans l’évang. selon St. Matthieu, 1885. 2 Einl. in das N. T.,t. II, 1899; 2e éd., 4900.
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