‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 94 sur 110 · RASE · texte numérisé non relu

RASE

HISTOIRE DE LA DISCUSSION. 721 mémoire, et il émet lopinion que Jésus, qui n'a pas écrit, a dù assurer la conservation de sa parole en l’inculquant de la même manière à ses disciples, comme ceux-ci à leur tour ont dù, dans leur enseignement oral, veiller à maintenir intact dans l’Église ce dépôt qui était son plus précieux trésor. Îl montre que les différences de fond et de forme entre nos évangiles s’expliquent le mieux par les variations naturelles de la tradition orale, et combien est artificiel et inconciliable avec la candeur et la simplicité de leurs auteurs le système d’après lequel ils se seraient mutuellement copiés, extraits, corrigés, remaniés, de la façon la moins respectueuse et la plus arbitraire. — Get écrit, plein d'observations justes, développe, avec plus de sobriélé qu’on ne l'a fait parfois, le point de vue que nous soutenons nous-même, et mérile en tout cas l'attention.

Malgré la longueur du cortège qui vient de défiler sous nos yeux, le lecteur ne peut se faire qu’une faible idée de l’immense somme de travail qui, depuis plus d’un siècle, a été dépensée à chercher la solution du problème que la relation de nos synoptiques offre à la théologie. Nous sommes loin d’avoir mentionné tous les auteurs, et, pour ceux mêmes que nous avons nommés, nous avons souvent résumé en quelques lignes de gros volumes. Jamais sans doute question historique et scientifique n’a suscité autant d'efforts. Quelle que soit d’ailleurs la valeur des résultats obtenus, 1l y a là un hommage singulier rendu non pas tant aux ouvrages dont il s’agit qu’à la grandeur de celui dont seuls ils nous ont conservé l’authentique souvenir. | |

Cette laborieuse investigation a-t-elle abouti à quelque résultat un peu certain ? C’est à peine si on peut l’affir-

mer. Nous venons de voir l'hypothèse des deux sources, considérée pendant un temps par beaucoup comme une solution définitive, subir le sort de celle d’Eichhorn, qui durant une vingtaine d’années avait paru elle aussi être le dernier mot de la discussion : son plus éminent défenseur l’a, peut-on dire, abandonnée pour adhérer, depuis l’écrit de Simons, à celle de emploi direct de Marc par Matthieu et de Matthieu et Marc par Luc. Enfin, voici que reparaît, sous diverses formes, l'hypothèse de l’évangile araméen primitif, qui nous ramène au point de départ de ce travail, à la conception de Lessing.

Serons-nous, après cette expérience, assez hardi pour

rouvrir la discussion ? Il le faut bien, d'autant plus que cette expérience elle-même semble prouver que l’on a, en général, fait fausse route et que la solution la plus simple est aussi celle à laquelle on devra, tôt ou tard, s’arrêter.

Nous ne saurions reprendre et examiner un à un tous les systèmes si divers que nous venons d'exposer. La seule méthode possible consiste à discuter la valeur intrinsèque des matériaux avec lesquels 1ls sont construits. Nous examinerons successivement les trois modes d'explication auxquels ces divers systèmes peuvent se ramener : |

40 L’emploi direct des évangiles l’un par l’autre ;

20 L'emploi de sources écrites communes ;

3° L'emploi d’une source commune de nature purement orale (la tradition apostolique).

Je ne me cache pas que les apparences sont en faveur d’une relation de dépendance réciproque ou d’origine littéraire commune en quelque façon. L'identité du plan cénéral des trois évangiles, les séries de récits absolument pareilles, les morceaux coïincidant jusque dans les détails de la forme, favorisent cette manière de voir, parais-

PNR, da à» ae

sent même lui donner le caractère de l’évidence. Cependant, ne nous laissons pas séduire par les apparences. Examinons de près, et jugeons. |

[Il

Le système de la dépendance mutuelle !.

Neuf possibilités se présentent ici; car chacun des trois évangiles peut avoir été composé sous l’influence de l’un des deux autres ou de tous les deux, ce qui fournit trois combinaisons possibles. pour chacun.

[. Matthieu a-t-il été composé au moyen de Marc, de Luc, ou de lous les deux ? |

À. De Marc ?

C’est ce qu’admettent Storr, Weisse, Wilke, Thiersch, Volkmar, Ewald, Ritschl, Weiss, Slockmeyer, Wendi, Paul Ewald, Simons, Holtzmann (aujourd’hur), Zahn, Soltau, Wernle, etc. ; ainsi des écrivains des écoles les plus diverses. On fait valoir la ressemblance dans le plan des deux écrits, dans le choix et l’arrangement des matériaux, dans le texte des récits et des discours, entre autres dans

1 Pour l’étude des rapports entre les évangiles, on se servira avec profit des éditions synoptiques {voir p. 138), telles que les Synopses de de Wette et Lücke (1818.:1842) et de Tischendorf (1854. 1878), et surtout les travaux plus modernes : le Synopticon de Rushbrooke (1880), À Synopsis of the Gospels de Wright (1896), Die synoptischen Parallelen de Veit (1897), Synopse der drei ersten Evangelien de Huck (1892 ; 2e éd., 1898). Cette dernière est basée sur l’arrangement du Hand-Commentar de Holtzmann et offre un moyen d’étude commode. — La Concordance des évangiles synoptiques de E. Morel et G. Chastand (Lausanne, 1904) rendra de bons services aux lecteurs qui ne peuvent recourir au texte grec.

celui des citations de l'Ancien Testament, là même où il :

n’est conforme n1 à l’hébreu, ni aux LXX, enfin quelques parlicularités du récit.

Reprenons ces divers points. |

1. Le plan. — Dans l’un comme dans l’autre évangile, à . une phase de grand succès populaire de l’enseignement de Jésus en Galilée, succède une période d’hostilité marquée et croissante de la part des pharisiens, amenant un triage nécessaire entre les éléments contraires et la retraite de Jésus avec ses disciples pour les préparer à sa mort; le récit se clôt par le voyage à Jérusalem et la Passion.

Mais, à y regarder de près, la succession de ces phases, pareille dans les deux évangiles, reproduit simplement le cours de l’histoire plutôt qu'elle ne constitue le plan, l'économie interne des deux ouvrages. Un récit fidèle du ministère de Jésus, quel qu'il fût d’ailleurs, ne pouvait

suivre une marche différente. Ce qui le prouve bien,

c'est que, malgré d'importantes divergences, ces mêmes phases se retrouvent également chez Luce et même chez Jean (premiers succés, ch. I-IV ; hosüulité croissante,

Page 1