‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 95 sur 110 · V-X ; retraite avec les disciples, X et XI, etc.). Mais le · texte numérisé non relu

V-X ; retraite avec les disciples, X et XI, etc.). Mais le

mode d'exécution de ce plan naturel n’est pas du tout le même chez Matthieu et chez Marc. Celui-ci nous présente, avons-nous vu !, cinq excursions de Jésus partant toutes de Capernaüm et y revenant, ayant pour théâtre d'abord les environs de cette ville, à l’ouest et à l’est, puis, lorsque Jésus sent le besoin de se retirer à l'écart avec ses disciples, se dirigeant beaucoup plus loin, au nord-ouest (Tyr et Sidon) et au nord (CGésarée de Philippe) ; le voyage à Jérusalem apparait comme le plus lointain et le dernier de ces voyages d’évangélisation.

1 Voir p. 353-355.

Ge type du ministère de Jésus est absolument différent de celui de Matthieu. Ici, après que l’évangéliste a introduit Jésus sur le théâtre de son activité, est rapporté son premier grand discours (sermon sur la montagne) ; suit un recueil de miracles et d'actes de pouvoir messianique qui aboutit à un second discours (l'instruction donnée aux apôtres au moment de leur première mission) ; après quoi est placé un recueil d'enseignements qui se terminent par les sept paraboles du royaume. Dès ce moment, le récit de Matthieu devient parallèle à celui de Mare : la suite des faits — voyages au nord-ouest et au nord, retour à Capernaüm, voyage par la Pérée à Jérusalem — ne comporte plus des variations comme celles qui se remarquent dans la série des scènes du ministère galiléen, pour lesquelles on ne peut guêre se représenter deux types de narration plus différents que ceux de Matthieu et de Marc.

2. Les malériaux. — La ressemblance est presque. de l’identité : la quasi-totalité de Marc se retrouve dans Matthieu. Les traits suivants font exception : guérison du démoniaque de Capernaüm (Marc !, 21-28), parabole de épi (IV, 26-29) !, guérisons du sourd-muet (VII, 32-37) et de l’aveugle de Bethsaïda (VIII, 22-26), l’exorciste qui n’est pas au nombre des disciples (IX, 38-40), l’aumône de la veuve (XII, 41-44), le jeune homme qui s’enfuit de Gethsémané (XIV, 51-59).

Du fait que, hormis ces quelques traits, Mare se retrouve tout entier dans Matthieu, ne doit-on pas conclure que l’auteur de ce dernier a eu Marc pour source principale ? Est-il vraisemblable que, parmi les nombreux miracles de Jésus, deux auteurs aient, indépendamment l’un de lPautre, fait, ou à peu près, le même choix ? — La

1 Que Weiss prétend en vain retrouver dans celle de l’ivraie,

conclusion, qui paraît s'imposer, n’est toutefois pas absolument forcée. On se rappelle ce que dit Luc des premiers écrits évangéliques, composés d’après les témoins apostoliques qui ont raconté «les choses accomplies parmi nous » (1, 1. 2). Le choix des apôtres, dans leurs récits, dut se porter de préférence et tout naturellement sur certains faits, certains miracles particulièrement saillants, appartenant aux diverses catégories que présentait l’activité de Jésus. Sans doute, ceux qui rédigèrent ces récits pouvaient y ajouter à leur gré les faits dont ils avaient eu connaissance par d’autres témoins. Mais de ce que nos évangélistes se rencontrent en général dans le

choix des faits racontés, on ne doit pas nécessairement

conclure à un rapport de dépendance littéraire entre eux; cette rencontre peut s’expliquer par les circonstances que nous venons de rappeler.

3. L’arrangement des matériaux. — La dépendance d’un de nos écrits par rapport à l’autre semble en revanche péremptoirement prouvée par les séries de récits qui se retrouvent identiquement les mêmes dans les deux évangiles ; ce ne saurait être là l’œuvre du hasard. En voici quelques exemples :

Ministère de Jean-Baptiste, baptême de Jésus, tentation (Matth. [EE, 4-IV, 14: Marc, 4-14); — guérison du paralytique, vocation de Matthieu, entretien sur le jeûne (Mt. IX, 1-17 ; Mc. Il, 1-29) ; — deux scènes sabbatiques (Mt. XIE, 1-44 ; Me. Il, 23-IIL, 6) ; — réponse de Jésus à l’accusation des pharisiens et visite de sa famille (Mt. XI, 29-50 ; Mc. IN, 20-35) ; — enfin, suite absolument semblable des faits dans la dernière partie du ministère galiléen (Mt. XIV-XVIIT ; Me. VI, 14-IX) !. Dès le départ de

1 Cet ordre se retrouve aussi dans Luc, à partir de l'entretien de Césarée de Philippe et jusqu’au dernier retour à Capernaüm (IX, 13-50).

Galilée, les deux récits restent parallèles jusqu’à la résurrection.

Mais, en regard de ces constatations, il faut noter les interversions non moins frappantes qui viennent contrebalancer les séries identiques. Le cycle Mt. IX, 1-17, qui chez Mc. est placé au retour de la première exeursion de Jésus aux environs de Capernaüm, est placé par Mt. beaucoup plus tard, après l’excursion à Gadara, que Mc. ne raconte qu’au ch. V, et il y est intercalé dans un autre cycle, qui se retrouve chez Marc et Luc (tempête, Gadara, fille de Jairus). La guérison du lépreux qui, d’après Marc (1, 40-45), appartient à la première excursion, n’a lieu d’après Matthieu qu’à la suite du sermon sur la montagne; celle de la belle-mère de Pierre, que Mc. (1, 29-51) attribue au premier sabbat du ministère de Jésus, se trouve chez Mt. après le sermon sur la montagne et les faits qui suivirent (lépreux, serviteur du centenier). Le cycle important de l’apaisement de la tempête et du démoniaque de Gadara, fixé très exactement par Mc. (IV, 35-V, 20) au soir du jour des paraboles, est placé par Matthieu beaucoup plus tôt, peu après le sermon sur la montagne (VITE, 23-34), ainsi longtemps avant la journée des paraboles (ch. XII). Les deux scènes sabbatiques qui, dans Marc, sont placées après la vocation de Lévi (Il, 13-22) et avant celle des Douze (II, 7-19), le sont dans Matthieu après l'envoi des Douze (ch. X) et avant le discours apologétique (XII, 22 et suiv.).

Ces différences fréquentes dans l’arrangement non seulement des récits, mais des séries de récits, prouvent que la formation des séries identiques doit avoir une autre origine que l’emploi du procédé de copie. Les séries semblables peuvent provenir soit de l’enchaînement réel des faits (par ex. les cycles : Jean-Baptiste, baptême, tenta-

ton ; paralylique, vocation de Lévi, jeûne ; tempête, Gadara, fille de Jaïrus), soit de l’analogie des sujets (scè-

nes sabbatiques ; soupcons d’Hérode, meurtre de Jean-

Baptiste !). Reuss a cherché à expliquer les interversions par la différence de plan entre les deux écrits, Weiss par la position saillante donnée au sermon sur la montagne à l’entrée de l’écrit de Matthieu. Mais on ne peut poursuivre l'application de ces idées dans le détail sans tomber dans des subtilités. Réville, avec d’autres, rattache ces perturbations à linsertion par Matthieu des grands discours des Logia dans le cadre de Marc. Si cette explication était fondée, le récit des faits dans Matthieu devrait reprendre chaque fois d’après l’ordre de Marc au point où il a été interrompu par lintercalation d’un morceau des Logia, Or, il n’en est rien. Le sermon sur la montagne suit dans Matthieu le tableau de l’affluence formée autour de Jésus au début de son activité, tableau qui correspond à celui qu’on trouve dans Marc à une époque plus tardive, au moment de l’élection des Douze (II, 7-19). Dés le verset suivant (HE, 20), le récit de Marc devrait donc coïncider avec Mt. VII, 1 (après le sermon sur la montagne). Mais

Mt. a ici les guérisons du lépreux et du serviteur du cen-

tenier, Marc le discours apologétique et la visite des pa-

rents de Jésus. — Le discours d'instruction aux Douze (Mt. X) a dans le cadre de Marc une place bien marquée par le petit discours parallèle VI, 7 et suiv. Mais ce qui précède et suit dans les deux évangiles diffère entièrement ; avant : dans Mt., Jaïrus (avec les guérisons de deux aveugles et d’un muet qui manquent dans Mc.) ; dans Me.,

visite à Nazareth (placée beaucoup plus tard par Mt.);

après : dans Mt., députation de Jean-Baptiste, scènes sab-

! Mt. XIV, 1-12: Me. VI. 14-29.

SYSTÈME DE LA DÉPENDANCE MUTUELLE. 729 batiques, discours apologétique ; dans Mc., soupçons d'Hérode, meurtre de Jean-Baptiste, multiplication des pains, — Le troisième discours (paraboles du royaume, Mt. XIII) a sa place exactement correspondante dans Me. IV, où se retrouvent la parabole du semeur et l'entretien de Jésus avec les disciples sur ce mode d'enseignement. Ce qui précède dans les deux écrits concorde (visite des parents de Jésus), mais ce qui suit diffère totalement : dans Mt., visite à Nazareth, meurtre du précurseur, multiplication des pains ; dans Mc., apaisement de la tempête, Gadara. — Les deux autres discours tirés des Logia : (Mt. XVIIT et XXIV-XXV) ont une situation tellement déterminée par la suite des événements qu'il ne peut plus y avoir ici d'autre différence que celle des discours euxmêmes, qui est assez notable (comp. surtout Alt. XVI, 1-85 et Mc. IX, 33-50). L'identité de situation ne saurait infirmer la conclusion qui résulte avec évidence des divergences relevées pour les autres discours. Que si lon alléguait, pour rendre compte de celles-ci, la différence qui a pu exister entre un Marc primitif et le Marc canonique, on ne gagnerait rien, puisque, abstraction faite de quelques légers changements, l’un doit avoir été en général la reproduction de Pautre.

4. La similitude des textes. — La teneur des textes est souvent si semblable dans les deux écrits, qu'elle ne parait pas pouvoir être accidentelle : l’un des textes doit avoir été copié sur l’autre. Il suffit d'ouvrir une Synopse pour constater le fait à chaque page ; que l’on compare, par exemple, ME. II, 4-6 avec Mc. 1, 5-6 ; — IV, 18-22 avec Mc. I, 16-20 : — IX, 5-6 avec Me. IE, 9-11: —IX, 14-15 avec Mc. If, 18-20; — XII, 3-9 avec Mc. IV, 2-9; — XVII, 1-8 avec Mc. IX, 2-8: — XX, 24-98 avec Mc. X, 41-45, etc.

En faisant cette comparaison, on ne pourra toutefois manquer d'observer que, dans tous ces passages, la similitude est fréquemment troublée par de légères variations d'expression ou de construction qui, si on les suppose volontaires, ne peuvent guère s'expliquer que par un caprice de l’auteur ou le désir de se donner une apparence d'originalité. Mais les variations, dans bien des cas, ne sont point indifférentes ; elles atteignent le fond même du discours ou du fait raconté. Le récit du baptême est introduit par deux préambules tout à fait différents (Mt. IV, 45-15; Me. [, 9); la parole divine y revêt chez Mt. la forme de la 3° personne (C’est ici...) au lieu de la 2e chez Mc. (Tu es..….), en sorte que chez le premier elle est adressée à Jean-Baptiste au lieu de l'être à Jésus. Dans le

récit de la tentation, Mc. ne parle pas du jeûne de Jésus,

mais d’une tentation de quarante jours ; Mt. raconte un jeûne de quarante jours et de quarante nuits et ne con-

nait que la tentation finale. Dans la guérison du paraly- :

tique, les mots: voyant leur foi, sont motivés chez Mt. par le simple fait de la venue du malade et de ses porteurs (IX, 2), chez Mec. par la hardiesse et la persévérance dont ils font preuve en ouvrant le toit pour amener le malade devant Jésus. D'après Mt., la fille de Jairus était

déjà morte quand celui-ci aborda Jésus ; Mc. fait dire au

père que sa fille est à l'extrémité, et plus tard seulement les serviteurs viennent annoncer la mort, ce qui provoque la parole d'encouragement de Jésus au père. Chez Me., les gens de Nazareth appellent Jésus «le charpentier » (VE, 3), chez Mt. (XII, 55) « le fils du charpentier, » différence qui n’est point'insignifiante. Dans la scène de Gadara, Mc. parle d’un seul démoniaque, Mt. de deux. La . demande des fils de Zébédée est présentée d’après Mt. par leur mère, dont il n’est pas parlé dans Mc. A Jéricho,

Jésus guérit deux aveugles chez Mt., un seul chez Mc. L’expulsion des vendeurs à lieu selon Mt. le Jour même de l’entrée de Jésus à Jérusalem, selon Marc le lendemain. Dans le reniement de Pierre, Mt., malgré le dés (deux fois], répété par deux fois chez Me., réduit les deux chants du coq à un seul et parle d’une autre servante là où Mc. parle évidemment de la même (XIV, 66. 69).

Dans tous ces cas, auxquels 1] serait facile d’en ajouter d’autres, 1l faut avouer que Matthieu, si Marc était sa source, agirait comme nul historien consciencieux ne le ferait. On le sentira plus vivement encore, si l’on compare la manière dont l’un et l’autre rapportent les mémes paroles de Jésus. Citons quelques exemples seulement, dont un certain nombre ne sont significatifs que par leur insignifiance même. A ces derniers appartiennent les différences du texte de la parabole du semeur. Mc. emploie le singulier là où Mt. met le pluriel (XIE, 4-7) ; il a par deux fois la gradation ascendante (IV, 8. 20) là où Mt. a la descendante (XIII, 8. 93). Changements puérils, si l’un copie l’autre. — Nous avons relevé (p. 672) la contradiction plus grave des deux textes dans l’instruction aux disciples (Mt. X, 10 ; Mc. VI, 8). Comp. également la différence dans la teneur des paroles sur le blasphème du Saint-Esprit et dans l’énumération des péchés qui sortent du cœur naturel de l’homme (Mit. NH 915939: XV,:19-Mc:HT-28 295 V1 21:22): ;Que penser de l’auteur du [ef évangile, s’il eût ainsi transformé de son chef les paroles du Maïitre, jusqu’à leur faire dire parfois le contraire de ce que disait Marc, son modèle! A Césarée de Philippe, Matthieu met dans la bouche de Pierre une réponse différente de celle que lui attribue Marc ; puis il ajoute une parole de Jésus fort honorable pour Pierre,

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