‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 96 sur 110 · TL CRAN · texte numérisé non relu

TL CRAN

dont il n’y a pas trace chez Marc. Îl invente !, ou bien il puise à une autre source, laquelle n’a pu renfermer uniquement cette parole et devait contenir le récil entier dont celle-ci fait partie; la similitude de ce qui la précède et la suit chez Me. ne prouve donc pas que le récit de Mt. soit tiré de ce dernier. Dans la parole qui termine cette scène (XVI, 28), il est évident que ce n’est pas Mt. qui a transformé la parole de Me. : «Il y en a ci qui ne goûteront pas la mort, qu'ils n aient vu le royaume de Dieu venant avec puissance » (IX, 1), en celle-ci: Q... jusqu'à ce qu'ils avent vu le Fils de l’homme venant dans son règne. » S'il y a dépendance d’un des textes par rapport à l’autre, c’est certainement l'inverse qui a eu leu. — Matthieu seul caractérise le riche qui vient interroger Jésus (XIX, 16 et suiv.), comme un Jeune homme (veavioxos) ; d’où le sait-il, s’il copie Marc, qui n’en dit mot ? La réponse de Jésus est chez Mt. (d’après les meilleurs documents) : «Pourquoi m'interroges-tu sur le bien ? » chez Mc. : « Pourquoi m’appelles-tu bon ?» (X, 18). Les mots : « Si Lu veux être parfait, » manquent dans Mc. ; en échange, le touchant détail : « Et Jésus, l'ayant contemplé, l’aima » (Me.), est omis par Mt. — Que l’on compare les différences entre les deux textes dans l’entretien sur le divorce (Mt. XIX, 3 et suiv. ; Mc. X, 2 et suiv.) et celles, très considérables, que présentent la parabole des vignerons el la parole de Jésus relative au Fils de David qui est en même temps son Seigneur (Mt. XXII, 41-43; Mc.

1 Ce qui paraît tout simple à Wrede (p.161), tandis que d’autres. (B. Weiss, H. Holtëmann, Resch, Aussercanon. Paralleltexte, 1, p. 186 et suiv., Wernle, etc.) se bornent à déclarer tout ou partie de ces versets (17-19) une adjonction de Matthieu cu une interpolation postérieure, et il doit en être ainsi, en effet, si Marc est la source où puise Matthieu. Contre ce point de vue, voir le beau passage de Bolliger (Markus, p. 86-87).

XIE, 39. 36). — Comment Mt. se permet-il de formuler la question des disciples XX[V, 3 tout autrement que Mec. ? S'il y a dépendance ici, comme XVI, 28, ce doit être du côlé de Marc. — Il est impossible que Matthieu ait tiré de Marc l'unique parole qu’il rapporte de Jésus erucifié : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! pourquoi... ? » dont la forme diffère sensiblement de celle de Marc (voir note p. 734, n° 19).

Il peut arriver, sans doute, qu’un écrivain, citant de mémoire, reproduise d’une manière peu exacte des paroles que néanmoins il vénère. C’est souvent le cas des Pères lorsqu'ils citent le N. T., et des auteurs de ce dernier quand ils citent l'Ancien. On n'avait pas alors les facilités d'aujourd'hui pour recourir au texte original. Mais qu'un historien modifie arbitrairement des discours — et des discours d’un maitre tel que Jésus — dont il a le texte sous les yeux, c’est un procédé qu’on ne saurait imputer à un homme sérieux. Aussi les critiques qui admettent l'emploi de Mare par Matthieu supposent-ils en général qu'il n’en avait pas en mains le texte et ne l’employait que de mémoire !, Mais si sa mémoire était si peu fidèle dans certains cas, comment pouvait-elle dans d’autres lui rappeler des paragraphes entiers qu’il reproduit littéralement ? — On dira qu’à côté de sa source principale, Marc, il avait d'autres sources qu'il lui préférait parfois. Cela donnerait une mince idée de l'autorité qu’il attribuait à son modèle. Comment d'ailleurs ces sources différentes se trouveraient-elles avoir le même style que celui de sa source principale et le sien propre ?

En considérant l’ensemble des faits, on est conduit à admettre que le récit de notre premier évangéliste, qui est

1 Voir les déclarations concordantes de Reuss, Réville, Ritschl, Holtiëmann, Weiss, Simons, etc.

évidemment d’un jet, est le produit de sa propre indivi-

dualité, nourrie de tous les renseignements qu’il avait pu

se procurer. Cela peut s'appliquer même aux parties tirées des Logia, si lui-même est le traducteur de cet écrit araméen qu'il a inséré dans le sien.

9. Les citations de l'Ancien Testament. — Des dix-neuf citations communes à Matthieu et à Marc, seize appartiennent dans les deux écrits aux discours ou entretiens de Jésus, une chez Mt. au discours de Jésus sur Jean-Baptiste (XI, 10) et chez Mc. au préambule narratif (1, 2), et une à ce même préambule chez Mc. (I, 3), tandis que chez Mt. (HE, 38) elle fait partie de la série des citations servant à sa démonstration prophétique. Une enfin se trouve dans la bouche de la foule au jour des Rameaux. Nous résumons en note l’étude de détail de ces citations dans les textes comparés des deux évangiles f.

1 Citations de l'A. T. communes à Matthieu et Marc :

A. Mt. IL. 3 ; Me. I, 3, Citation d’Es. XL, 3 (le précurseur), identique chez les deux, quoique différant du texte des LXX : avrod (ses sentiers, ceux du Messie), au lieu de roù eo nu&v (de notré Dieu) des LXX, qui est conforme à l’hébreu. Ce passage, que Luc et Jean emploient aussi, était sans doute souvent cité pour légitimer l'œuvre du précurseur, avec une légère modification des derniers mots pour les appliquer à la personne du Messie.

2. Mt. XI, 10 ; Me. I, 2 — Mal. III, 1. Mc. omet à la fin le £urooo- Üév oov (devant toi) de Mt. On serait donc porté à envisager les deux citations comme indépendantes, si elles n'étaient liées par trois différences communes d’avec l'hébr. et les EXX: chez ceux-ci les mots zoo roocuirou mov (oou), devant ma (ta) face, appartiennent à la dernière proposition, chez Mt. et Mc. à la première : l'hébreu

préparera, rendu dans les LXX par éxmBlëberar (surveillera), l’est -

chez les évang. par xatacxeudoet (disposera) : enfin, dans hébr. et LXX, Jéhova parle à la re personne (devant ma face) ; les évang. mettent la 2e (devant ta face, devant toi). Ce dernier changement s’explique par le fait que ce passage était, comme le dit Weizsäcker, un de ceux dont on faisait habituellement usage dans la « démonstration messianique » ; l’application du passage à Jésus rendait nécessaire le

TEMUME

Ot

De cette étude il résulte que, sur dix-neuf citations, douze (n°5 3, 4, 7, 8, 9, 11, 13, 14, 15, 16, 17, 19), — dont sept (n°5 5, 7, 9, 13, 15, 17, 19) où le texte de Mt. se

changement de personne : dans l'A. T. Jéhova parle en s’identifiant avec. le Messie, dans le N. T. il parle au Messie. Comp. n°0 4. Quant à la substitution de xaracxevatev au terme plus rare éxtféreodar, elle se fit sans doute spontanément dans l’usage habituel de ce texte. En tout cas, si l’un des deux évangélistes dépend de l’autre, ce n’est pas Mt. qui à inséré dans un discours de Jésus le passage cité par Me., mais plutôt Mec. qui a employé dans son préambule le passage cité dans Mt. par Jésus lui-même. |

3. Mt. XIIL, 14. 15 ; Mc. IV, 12 — Es. VI, 9. 10, très abrégé dans Mc.. tout au long dans Mt. Différence plus importante : dans Mc., l’idée de but (ivx, afin que), dans Mt. et dans Esaïe la forme négative uarote (de peur que). La citation est donc tirée par Mt. d’Esaïe, non de Mc. :

4. Mt. XV, 4; Me. VII, 10 — Ex. XX, 12 (5e commandement). Mt. retranche le sou après ratéoa x. untépa (ton père et fa mère), que Mc. lit avec hébr. et LXX.

5. Mt. XV, 4 ; Mc. VII, 10. Les deux évang. substituent Oavdrw reheutétu (qu'il meure de mort) à favétw Tekeutioer (il mourra de mort) des LXX (Ex. XXI, 17). Cet adage de droit était sans doute généralement cité sous la forme des évangélistes.

6. Mt. XV, 8. 9: Mc. VIL, 6. 7. Citation identique d’Es. XXIX, 13, sauf que Mc. lit oùtos 6 Aude, Mt. avec les LXX 6 Axos oùroc. Différence bien faible pour établir Pindépendance des deux auteurs, en face du fait que leur texte à tous deux fusionne les deux premières propos. d’Esaïe et diffère à quelques autres égards de celui du prophète. Il faut admettre ou que la forme des évang. provient de Jésus lui-même et s’est traditionnellement transmise, ou que l’un des deux évangélistes dépend de l'autre.

7. Mt. XIX, 4. 5; Mc. X, 6-8 (mariage). Le texte de Mt. est plus conforme à celui des LXX (Gen. I, 27; I, 24), sauf qu'il substitue Évexa à Evexey et lit xoAAn0moeTa: t au lieu de xzposxoAn0moerau tps tv. Mc. conserve les deux «droù (après zatépa et untépa) que retranche Mt., mais d’ailleurs il abrège ; il supprime les mots: s’attachera à sa femme. Mt. cite donc directement d’après LXX (comp. no 3).

8. Mt. XIX, 7; Mc. X, 4 — Deut. XXIV, 1 (lettre de divorce). Mt. substitue ypdbo (écrire) au Ôoùva (donner) de Mc. et des LXX. 9. Mt. XIX, 18. 19 ; Mc. X,19 — Ex. XX, 12-16 ; Deut. V, 16-20 ;

rapproche davantage de celui de l’A.T. que le texte de Me., — paraissent établir l'indépendance mutuelle des deux textes; une (n°12) n'autorise aucune conclusion, parce que les

Lév. XIX, 18 (les commandements). Mt. et Mc. placent tous deux le $e commandement après les autres. Mc. substitue le conjonctif (un vovebons, etc.) au futur (où vovetoses, etc.) de Mt. et des LXX ; il place, d’après la leçon la plus probable, l’adultère avant le

meurtre, et ajoute après le faux témoignage un un axostepdons (éu ne

dépouilleras point) qui ñe se trouve nulle part ailleurs ; enfin il omet la seconde partie du sommaire, qui se trouve dans Mt. L'indépendance de la citation de Mt. est incontestable.

10. Mt. XXI,9,; Me, XI, 9. 10 — Ps. CXVIIL, 25. 26. Les deux évang. ont hosanna d’après l’hébr. et y ajoutent la seconde fois : « dans les lieux très-hauts. » Tous deux donnent la phrase : Béni soit celui.…., d'après les LXX. Mais Mt. ajoute au premier hosanna : «au fils de David, » tandis que Mc. ajoute au v. 40 : « Béni soit le règne... de David notre père. » Mt. pourrait avoir abrégé le texte de Mc.

11. Mt. XXI, 13 ; Mc. XI, 47. Citation d’Es. LVL, 7 et Jér. VI, 11. La réunion de ces de paroles doit remonter à Jésus lui-même. Différence notable : Mt. retranche les mots räot roïs Eüvest (pour toutes les nations), que Mc. a conservés des LXX. Ce n’est assurément pas par antipathie pour les Gentils que l’auteur du Ier évangile les a omis. Voudrait-il être plus juif qu’Esaïe lui-même ? Comp. XXI, 43 ; XXIV, 14: XX VIIL, 49. La citation de Mt. est donc indépendante de celle de Mc., ce que confirme la différence de temps (Mt. : roueïxe, Mc. : renotmuate).

12. Mt. XXI, 42 ; Mc. XIE, 10. 41 — Ps. CXVIIE, 22. 23, cité dans les deux évang. on n au texte des LXX.

43. Mt. XXII, 24; Me. XII, 419. Loi du lévirat (Deut. XX V, 5. 6),

citée sous deux formes très différentes et qui s’éloignent aussi bien de l’hébr. que des LXX. Cependant Mt. se rapproche davantage de l’hébreu, par l’emploi du terme technique éxryaufBpsberv qui sert à rendre jabbem dans Gen. XXX VIE, 8.

14. Mt. XXII, 32 ; Me. XIE, 26 — Ex. IN, 6 (le Dieu des vivants).

Mc. omet le etui que lisent Mt. et LXX. La citation d'une parole si

connue a sans doute été faite de mémoire.

15. Mt. XXII, 37-39 ; Mc. XII, 29-31 — Deut. VI, 5 ; Lév. XIX, 18. Les deux évang. substituent dans la ire partie du sommaire xa«pôla

au 1e" terme des LXX, Gravora, qui est le 3e chez Mt. et Mc. Mais Mt: s

a év (dans), qui répond mieux à l’hébr., devant les termes cœur, âme,

= yNOT SM ET Res

deux textes, identiques entre eux, le sont en même temps

avec les LXX ; cinq ou six enfin, au plus (nes 1, 2, 5, 6, 10, 18), semblent établir l'emploi par un des deux évan-

etc., Mc. & (de), comme LXX. De plus, Mc. ajoute un 4e terme, toyÿs (force), qui répond au 3e des LXX et de l’hébr. (vas, meod), et il fait précéder le sommaire de ces mots : « Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur » (comme dans le Deut.). Indépendance manifeste des deux textes. Si l’un dépendait de l’autre, ce serait d’ailleurs Mc., qui aurait introduit d’après Mi. un nouveau terme, manquant dans l’A. T., xaoôta (voir Zahn, Eint., Il, p. 318).

16. Mt. XXII, 44; Mc. XII, 36 — Ps. CX, 1. Mt. substitue üroxdro (sous) à brorodtov (marchepied) de Mc. (leçon la mieux appuyée) et des LXX, ce qui semble indiquer deux rédactions indépendantes.

47. Mt. XXIV, 45 ; Mc. XIII, 14 — Dan. IX, 26. 27 ; XII, 41. Les deux évang. ont fôüéluyua tÿs épnuwosws d’après LXX ; mais Mt. v ajoute £v dzw &ylw (d’après &yrov des LXX), tandis que Mc. a 6xov où dei, qui s’écarte davantage de l'A. T. De plus, Mt. renvoie expressément au prophète Daniel, mention qui manque dans Mc. Il parait donc évident que Mt. ne tire pas sa citation de Mc., mais directement des LXX.

18. Mt XXVI, 34 ; Mc. XIV, 27. Citation de Zach. XIIF, 7, pareille dans les deux évang.. sauf que Mt. ajoute à tà xpoBata les mots zñs rotuvne(« les brebis du troupeau ») et met le tout après àtacxopr:50nsovrat. Le texte des évang. diffère et de l’hébr. et des LXX. Au lieu de l’hébr. : « [Epée|, frappe le berger, » et des LXX : « Frappez les bergers, » il met ces paroles dans la bouche de Dieu : «Je frapperai le berger. » C'est sans doute sous cette forme que Jésus les avait citées ; elle a pu lui être inspirée par le sentiment profond de la causalité divine à l’œuvre dans sa destinée. Si l’on n'admet pas cette explication, il sera difficile de ne pas reconnaître l'influence d’un des textes sur l’autre: reste à savoir lequel des deux est l’original.

19, Mt. XX VII, 46 ; Mc. XV, 34. Parole de Jésus crucifié, empruntée à Ps. XXII, 4 {Mon Dieu, mon Dieu !.….). Mc. reproduit la forme originale araméenne : Eloï, Eloï, et en donne la traduction au nominatif : 6 Gegs pou, 6 0ecs pou, tandis que Mt. dit avec les LXX et l’hébr. : Eli, Eli, et traduit par le vocatif: 0eé pou, 0e£ mou. Mt. lit keud, qu’il rend avec les LXX par ivart! (pourquoi), tandis que Mc. lit probablement Xaud et traduit ets ti (ex vue de quoi). L'une des deux formes ne peut être provenue de l’autre.

gélistes du texte de l’autre. Mais ce mode d’explication, s’il était fondé, devrait pouvoir s’appliquer à un beaucoup plus grand nombre de cas, ce que ne permettent pas les différences constatées dans la majorité d’entre eux.

6. Quelques particularités. — Ritschl et Wendi ont essayé de prouver la dépendance de Matthieu à l’égard de

Marc en montrant que le premier, quoique calqué sur le

plan du second, renferme un certain nombre de traits secondaires incompatibles avec ce plan — provenant par conséquent d’une autre source — et prouvant que ce plan est emprunté par lui à Marc. Ainsi les passages où Jésus est proclamé par ceux qui Pentourent Fils de Dieu (XIV,

33) ou Fils de David (IX, 27; XII, 23; XV, 22), c’est-à-

dire Messie, à une époque où, d’après le plan général clairement exécuté par Marc, Jésus ne s'était pas encore déclaré tel. Jusqu’à la scène de Césarée de Philippe, 1l n’a

cessé de voiler sa dignité messianique : Pierre la confesse

à ce moment-là pour la première fois, ensuite d’une illumination divine dont Jésus le félicite (Mt. XVI, 16. 17). — Mais n’y a-t-1l pas une grande différence entre la conviction calme, réfléchie, triomphante qu’exprime Pierre dans cette occasion solennelle, et l’exclamation arrachée par la surprise aux témoins de l’apaisement de la tempête (XIV, 33) ou le titre de Fils de David dont se permettaient de saluer Jésus ceux qui désiraient obtemir de lui une grâce miraculeuse (IX, 27; XV, 22)? L’évangile de Jean (VIT, 127 26. FE 40-45 ; x, 24) montre combien l'opinion était phriagés à son sujet, — les uns le tenant pour le

| Nous disons : « semblent établir, » et non « établissent, » parce qu'une autre explication du rapport des textes est possible et que plusieurs de ces cas (n0s 2, 6, 18) présentent des différences malai-

sées à expliquer dans l'hypothèse de l'emploi d’un des évangiles par

l’autre.

Messie, d’autres pour un prophète, d’autres encore pour un imposteur, — Jésus lui-même se gardant de lâcher le grand mot, mais se rendant témoignage de telle sorte que ce mot se formât de lui-même dans le cœur des auditeurs croyants, dont plusieurs en effet ne se gênaient pas de l’articuler. Aurait-1l dû non seulement se taire, comme il le fait, mais imposer silence, ainsi que le voudrait Wendl, à ces premières manifestations spontanées d’une foi naissante, laquelle, d’ailleurs, n’étail point encore en état de se propager par le témoignage et avait besoin, comme la foi des apôtres (Jean 1, 42-50), de mûrir au travers de l'épreuve, avant de pouvoir s’affirmer à l’instar de celle des disciples disant par la bouche de Pierre (dans l'entretien parallèle de la scène de Césarée de Philippe): « Nous avons cru et nous avons connu ! » (Jean VI, 69).

Ritschl et Wendt en appellent à l’interdiction intimée dans Marc aux démoniaques de proclamer la messianité de Jésus. Mais Jésus avait un motif spécial de repousser cet hommage impur, qui n’aurait pu que confirmer l’accusation lancée contre lui d’être le complice de Béelzébul. — Ils alléguent aussi la défense faite par lui aux malades de divulguer leur guérison, et observent que cette défense, qui a du sens chez Marc, où il s’agit de guérisons opérées dans un cercle intime (I, 44; V, 43; VIL, 36; VII, 26), n’en a plus chez Matthieu, où 1l s’agit de guérisons opérées en public: voir VII, 4 (le lépreux guéri au milieu de la foule !); XII, 15. 16 (nombreuses guérisons accomplies en présence de grandes multitudes). — Mais, d’abord, la défense en question n’a aucun rapport direct avec la messianité de Jésus : elle a pour but d’atténuer le bruit de ses miracles, dont l'effet était de grossir sans cesse les

1 Voir aussi Æoltzmann, dans Hand-Comm., I, l, 3e édit. p. 8-9.

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foules qui l’entouraient. C’est ce que Matthieu fait entendre, lorsqu’à l’occasion de la défense XI, 15. 16, il allègue la prophétie d’Ésaïe, décrivant l’activité humble et paisible du Messie. La défense répondait donc à son but, même quand il s'agissait de miracles faits en public. !

Rien ne prouve d’ailleurs, d’après le récit de Marc, que la

guérison du lépreux ait eu lieu dans une maison; on ne peut le conclure sûrement des termes éé@æev et é£e106v (v. 43. 45).? Le texte dit simplement: « Un lépreux vint à lui.» La résurrection de la fille de Jaïrus, quoique opérée dans une chambre, n’en est pas moins publique, puisque la maison était pleine de monde quand Jésus y entra. Marc

1 Zahn (das Evang. des Matthœus ausgelegt, 1903, p. 333 et suiv.) montre fort bien que le but de Jésus n’a pu être de tenir ses miracles secrets ou d’empêcher les malades qu’il guérissait de raconter leur guérison à leurs proches. Son vrai but, qu’il atteignait même si, souvent, on lui désobéissait, ressort de Mt. XII, 17-21 : il voulait montrer son aversion pour toute réclame tapageuse et combien il tenait peu à grossir le nombre de ceux qui ne venaient chercher auprès de lui que des secours matériels (Marc [, 45). — Selon Weiss (Markus u. Lukas. Meyer, 9e éd., 1901, p. 29), suivi par Bolliger (Markus, der Bearbeiter des Matthœus-Evang., p. 39), c'est Matthieu qui a conservé la teneur primitive du récit, bien loin de l'avoir altérée. comme le veulent les critiques ci-dessus ; chez lui (VITE, 4), la défense signifie : « Garde-toi de te proclamer pur avant que ta guérison ait été légalement constatée, » et c’est Marc qui l'a transformée en l'interdiction de faire du bruit autour de ses miracles. — Comp. encore les judicieuses remarques de O0. Holtzmann contre Wrede, qui fait état, en faveur de sa thèse (voir p. 716-717),

du secret dont Jésus semble d’après Marc vouloir entourer ses mi-

racles. Ces défenses ont un tout autre but, dit Holtzmann, et même lorsqu'il s’agit de cas aussi éclatants que celui de la fille de saïrus, la différence est grande, selon que les assistants les publient à grand fracas ou non. « Si on ne peut pas cacher l'enfant, Jésus n’en désire pas moins que les circonstances spéciales du fait restent ignorées du publie. » (Zeitschr. firr neutest. Wissenschaft, 1901, p. 269.)

2 Zahn, ouvr. cité, p. 29. S'il s’agit d’un local fermé. ce sera d’ailleurs plutôt la synagogue { Weiss), c’est-à-dire un lieu public.

se serait donc contredit lui-même, s’il eùt donné à cette défense la portée que lui attribuent ces savants.

Reuss allègue dans le récit de Matthieu une autre contradiction qui s'explique par l’usage qu’il fait de Marc. Ce dernier note à plusieurs reprises l’incapacité intellectuelle et morale des disciples (IV, 43. 40-41 ; VI, 52; VII, 18; VIII, 17. 18; IX, 6, etc.), tandis que Matthieu les appelle « le sel de la terre, la lumière du monde » (V, 15. 14) et reconnait qu'ils ont déjà et sont aptes à recevoir davantage (XIII, 11. 12). Cependant Matthieu lui-même constate aussi leur faiblesse (XV, 16; XVI, 8. 9): c’est là chez lui une contradiction, qu’explique précisément l'influence du récit de Marc. — Au lieu de prêter à Matthieu une pareille inconséquence, n'est-il pas plus naturel de penser que si, par leur foi en Jésus, les disciples étaient déjà les porteurs du principe qui devait éclairer et purifier le monde, ils ne le possédaient encore que bien incomplètement et, par leur manque d'intelligence spirituelle, jetaient souvent Jésus dans l’étonnement? Où est la contradiction ? Ce phénomène ne se reproduit-il pas tous les Jours, même chez les croyants les plus avancés? Au reste, Marc qualifie aussi les disciples comme ceux à qui #| es! donné de connaître les mystères du royaume, ceux qui ont et par conséquent recevront (IV, 11. 24. 95). À supposer enfin que l'auteur de Matthieu ait réellement altéré l’histoire, fidèlement retracée par Marc, est-il plus vraisemblable qu'il lait fait ayant sous les yeux le texte de ce dernier, — qu'il reproduisait parfois si servilement, — ou qu’il l'ait fait inconsciemment et en l'absence de ce modèle ?

Un dernier fait, qu’allèguent presque tous les critiques actuels en faveur de l’emploi de Marc par Matthieu, ce sont les doublets que nous rencontrons dans ce dernier évangile. Des textes comme Mt. V, 29 et suiv.; XVIIL 8

et suiv., proviennent évidemment de deux sources différentes. Si l’un est tiré des Logia, 1l faut assigner au second une autre source qui, selon la critique, ne peut être que Marc. — Ce fait ne prouve pas aussi péremptoirement qu'il le semble la dépendance de Matthieu par rapport à Marc. Mais nous réservons ce que nous avons à dire à cet égard pour le moment où nous devrons revenir sur la question générale des doublets dans Matthieu et. Luc, à propos de l’hypothèse des deux sources.

Aucune des raisons alléguées en faveur de l’hypothèse de l’emploi de Marc par Matthieu ne nous a paru assez décisive pour contrebalancer les raisons en sens contraire : la différence du plan, les interversions dans la succession des morceaux et les différences dans le texte des récits et surtout des paroles de Jésus. Deux raisons encore nous paraissent militer décidément contre cette thèse :

1° Les omissions de Matthieu. Je ne parle pas de cette foule de petits traits frappants, pleins de couleur locale, qui distinguent les récits de Marc et manquent dans ceux de Matthieu, — leur retranchement pourrait s'expliquer par la tournure d’esprit ou le goût littéraire de l’auteur, — ni même de l'absence de certains miracles, comme la guérison du possédé de Capernaüm (dont l’omission peut Lenir à la marche très différente du récit des premiérs temps du ministère de Jésus dans les deux évangiles) ?, ou celles du sourd-muet et de l’aveugle de Beth-

1 Wernle en compte huit, dont il donne la liste, avec les raisons, la plupart très peu satisfaisantes, qui selon lui les expliquent (Synopt. Frage, p. 125 et 126).

2 Wernle explique cette omission par une fort mauvaise raison : l'insertion par Matthieu, en cet endroit, du discours de la montagne ; le miracle ne convenait plus, dans la situation nouvelle ainsi créée. Mais cette insertion ne lui a pas fait négliger la guérison du lépreux. qui a lieu pendant le retour à Capernaüm (Marc E, 40 ; IL, 4), ni celle

SYSTÈME DE LA DÉPENDANCE MUTUELLE. 743 saida, Mare VIL, 32-37; VIII, 22-26 (dont Reuss explique omission par l’usage que Jésus fait, d’après Marc, de moyens matériels qui répugnaient à Matthieu, et Wernle par le fait que Matthieu a déjà raconté, IX, 27-54, deux miracles qui sont l’équivalent de ceux qu'il omet 1c1). Mais comment expliquer l’omission du récit de la pite de la veuve, placé chez Marc entre deux morceaux qui se suivent aussi dans Matthieu ? Le prolongement, chez ce dernier, du discours contre les scribes, dont Marc n’a que le commencement, lui a fait perdre de vue, dira-t-on, ie petit récit de la veuve qui suit immédiatement!. Mais alors quel degré d’étourderie ne prête-t-on pas à l’évangéliste! — Une autre omission très instructive est celle de la parole Marc Il, 27: «Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, » dans la scène correspondante de Matthieu (XII, 1-8). Moines serait-il en cela guidé par un préjugé légal? Mais il aurait dû retrancher aussi les mots suivants : « Le Fils de l’homme est maître même du sabbat?. » Et élèvera-t-on le même soupçon contre Luc, qui fait le même retranchement ? Le ch. XV de Matthieu ne sape pas moins que Marc (ch. VII) tout le lévitisme par la base. Évidemment donc le récit de Matth. XIT est puisé à une autre source que le I[° évangile; ce qui n'empêche

de la belle-mère de Pierre, qui dans Marc se rattache étroitement à la visite à la synagogue.

1 Cela revient à peu près à ce que dit Wernle (p. 126). que dans Marc ce récit se rattache à la parole contre les scribes, qui «dévorent les maisons des veuves; » dans Matthieu, après le long discours et la terrible prophétie qui le termine (XXII, fin), l’occasion de cette petite anecdote est perdue.

2 À entendre O. Holtzëmann (Leben Jesu, p. 19), Matthieu aurait retranché la première de ces deux paroles parce qu’elle contredisait la Genèse, qui dit (II, 2. 3) que Dieu a institué le sabbat pour lui-même (et non pour l’homme). Comme si l'A. T. ne relevait pas déjà le but philanthropique du sabbat (Deut. V, 13)!

pas que l’on n’y trouve aussi de ces ressemblances littérales qui sont aux yeux de la critique la preuve irréfutable d’une dépendance littéraire.

20 La différence étonnante de style qui distingue les deux écrits. Marc est naïf jusqu’à la gaucherie, lourd, prolixe, souvent hébraïsant ; Matthieu a une langue ferme,

concise, d’une vigueur lapidaire, et purement grecque. Ces

caractères se maintiennent d’un bout à l’autre des deux écrits. Si le second a été calqué sur le premier, il fau-

drait que son auteur se fût proposé expressément de

recouvrir d’un meilleur vêtement l'histoire maladroitement habillée par Marc. Mais le maladroit, ce serait luimême, qui aurait gâté son modèle en en faisant disparaî-

tre les meilleures beautés. Que l’on compare dans les deux

évangiles des récits comme ceux du paralytique de Capernaüm, du démoniaque de Gadara, de l'enfant lunatique ou du jeune homme riche, et que l’on dise si un homme doué de quelque tact aurait pu enlever ainsi sciemment tout le lustre des récits de Mare, pour les présenter sous la forme d’un extrait dépourvu de vie et de couleur locale, tel que nous le trouvons chez Matthieu !

B. Matthieu a-t-1l été composé au moyen de Luc ?

Cette opinion compte peu d’adhérents /Büsching, Vogel, Wille, Schneckenburger, Volkmar et quelques autres). Rien là d'étonnant. Quand on examine les raisons alléguées, par exemple, par Schneckenburger !, on voit sur quelle faible base elle repose. Matthieu doit avoir utilisé Luc ; maintes fois, en effet, il cherche à le corriger : il transforme (XIE, 9) en liaison chronologique la liaison purement logique établie par Luc (VE, 6) entre deux scènes

L Beiträge sur Eïinl. ins N. T.. 1832, p. 16 et suiv.

SYSTÈME DE LA DÉPENDANCE MUTUELLE. 745 sabbatiques : il place (XXII, 23), par pure conjecture, au même jour deux faits que Luc (XX, 27) place simplement à la suite l’un de Pautre ; il motive (XIV, 13) la retraite de Jésus au désert avec les disciples par la nouvelle de la mort du précurseur, tandis que cette retraite se rattache chez Luc (IX, 10) au retour des disciples, ete. — Mais rien ne prouve sérieusement que ce soit le récit de Luc qui ait occasionné ces particularités de celui de Matthieu. Volkmar fonde son système de la succession des évangiles sur l’idée qu'il se fait des phases théologiques de la littérature synoptique. Mais comme cette hypothèse ! est restée la propriété de son auteur, nous n’avons pas à nous occuper des conséquences qu'il en tire.

L'indépendance de Matthieu par rapport à Luc? ressort déjà avec évidence de ses récits de l’enfance, dont il ne prend pas la moindre peine pour établir accord avec ceux du IS évangile#. Les deux généalogies ne concordent, à partir de David, que dans deux noms. L'écrivain qui raconte dans Matthieu (VIIE, 5 et suiv.) la guérison du serviteur du centenier, ne peut avoir eu sous les yeux le récit de Luc (VIE, 2 et suiv.), à moins qu’il n’ait envisagé ce dernier comme ün tableau de fantaisie. Il en est de même des récits du paralytique de Capernaûm et du démoniaque de Gadara. Matthieu pourrait-il parler comme il le fait de l’impénitence des deux malfaiteurs crucifiés avec Jésus (XX VIE, 44), s’il connaissait le récit de la conversion de l’un d’eux (Luc XXILF, 39 et suiv.)? Comprendrait-on de sa part

! Voir p. 692.

2 En voir la démonstration concluante chez Wernle, Synopt. Frage, p. 40 et suiv.

3 Wernle, p. 43: « Dans les récits de l’enfance, Luc et Matthicu , divergent tellement que l’arbitraire seul peut admettre qu’ils se soient employés mutuellement. »

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7Ab RELATION ENTRE LES SYNOPTIQUES.

l’omission de l'histoire de Zachée (un péager comme lui) et celle d’un si grand nombre d’enseignements (paraboles du mauvais riche, de l'enfant prodigue, du bon Samaritain, du péager et du pharisien surtout) ? — la transposition de tant de paroles : l’oraison dominicale, dont l’occasion est si nettement indiquée par Luc (XI, 1), placée dans le sermon sur la montagne ; l’enseignement sur la Providence, provoqué, d’après Luc, par un incident caractéristique (XIT, 15), joint par lui à ce même discours (VI, 25); le discours sur les pharisiens, que Luc rattache à un répas en Galilée (Xi, 37), transporté à Jérusalem dans le parvis du temple (XXII, 1-36), etc. ?! — la transformation de textes comme ceux de l’oraison dominicale, de l'institution de la Cène, des imprécations de Pierre lors de son reniement, et de tant de paroles de Jésus (par ex. paraboles des vignerons, des talents, du grand souper)?. C’est le cas d'appliquer les paroles de Beyschlag : «J'avoue que,

1 « Matthieu, dit très bien O. Holtzmann (Leben Jesu, p. 241), ne peut avoir tiré de Luc les discours qu’il a en commun avec lui; il n’eût pas, en ce cas, conservé une seulement des trois paraboles qu'il trouvait réunies Luc XV, » «S’il est inconcevable, dit-il encore, que Luc ait disloqué les discours de Matthieu de la façon dont nous les trouvons chez lui, il est tout aussi improbable que Matthieu ait formé lui-même ces discours, s’il avait sous les yeux le texte de ces paroles sous la forme de Luc. » — Wernle dit également : « Les différences dans l’arrangement des discours chez Matthieu et Luc dépassent les ressemblances. Le début (sermon sur la montagne) et la fin (discours sur la Parousie), de même les deux discours (Béelzébul, demande d’un signe) réunis en un seul morceau {Matthieu XII: Luc XI), leur sont communs; mais tout le reste diffère... Chacun des deux suit un principe déterminé pour le placement des discours dans la narration, et ces principes sont tout différents. » (Synopt. Frage, p. 44.)

2 Wernle montre fort bien l'indépendance réciproque des deux évangélistes. Dans les détails du texte, « Matthieu, dit-il (p. 51-52), ne suit Luc dans aucune des corrections qu’il apporte au texte de Marc. L'indépendance des deux textes est confirmée par la comparaison de la langue. »

ni pour la parabole du festin (Mt. XXII, 4-14; Luc XIV, 19-24), ni pour celle des talents (Mt. XXV, 14-30 ; Luc XIX, 12-27), dont Weiss rapporte les deux récensions à une forme fondamentale unique, je ne puis me faire une idée d’un pareil mode de rédaction évangélique. Je ne puis croire que des chrétiens simples et fidèles, comme nos évangélistes, aient fait subir aux paroles du Sauveur, qu'ils avaient sous les yeux [selon Beyschlag, dans la source apostolique des Logia|, de pareilles transformations!. » Ce jugement s'applique à plus forte raison au cas de Matthieu modifiant si complètement le texte de Luc qui lui servirait de base ?.

Matthieu serait-il autorisé à ces changements par une autre source qu’il avait'aussi sous les yeux ? Mais le même phénomène se reproduit d’un bout à l’autre de son écrit, et c’est le compliquer inutilement que d’admettre qu’à côté de cétte «autre source, » il se soit servi aussi de notre Luc, auquel il serait si constamment infidèle. | . Reste la question du sermon sur la montagne. Personne ne prétendra que la forme de Matthieu ait été empruntée à celle de Luc. On la fera donc dériver encore de « Pautre source.» N’est-il pas plus simple de reconnaitre l’indépendance complète de Matthieu par rapport à Luc ?

Ce résultat est confirmé par le style de chacun des deux écrits, qui a un caractère d'originalité bien marqué, dif-

1 Studien und Kritiken, 1881, p. 580. Beyschlag dit encore non moins sensément (p.582): « D’après ce procédé critique, deux versions d'une parole de Jésus, pour ne pas être accusées de dépendre l’une de l’autre, devraient n’avoir rien de commun, Mais seraient-elles encore, en ce cas, les versions d’une même parole ? »

2 C'est avec toute raison que Beyschlag a pu dire que « l’un des résultats les plus certains de la critique, c’est que Matthieu et Luc ne se sont pas connus l’un l’autre.» (Studien und Kritiken, 1898,

fère de celui de l’autre par des termes de prédilection qui lui sont propres et ne saurait être en aucune partie un style d'emprunt.

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