‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 99 sur 110 · partie d’un récit complet · texte numérisé non relu

partie d’un récit complet

Est-ce de son chef que Luc ne parle que d’un démoniaque à Gadara et d’un aveugle à Jéricho, tandis que Matthieu parle chaque fois de deux, et qu'il place la guérison de l’aveugle à l'entrée, tandis que Matthieu la place à la sortie de la ville (Euc XVIIE, 35 ; Mt. XX, 29. 30)? L'histoire de Zachée, que Luc rapporte seul, immédiatement après, el qui se rattache à cette visite à Jéricho, ne prouve-t-elle pas, une fois de plus, qu’il use d’une autre source que Matthieu ? |

Ce ne sont pas les quelques coïncidences d'expressions ou même de phrases qui peuvent compenser de telles différences dans l’exposé des faits. Quant aux récits de la naissance et de l’enfance, Luc a évidemment suivi une autre tradition que celle de Matthieu ; s'il eût connu

1 Jülicher se prononce dans le même sens et conclut au non emploi de Matthieu par Luc. « Les coïncidences entre les deux évan-

gélistes, dit-il, en dehors de ce qu’ils ont emprunté à une source .

commune, ne consistent qu'en détails sans importance auxquels ils pouvaient arriver indépendamment l’un de l’autre ; les tournures caractéristiques de Matthieu ne se retrouvent pas dans Luc.» (Einl., 3e-Le éd., p. 289).

celle-ci, il eût cherché à la mettre en relation avec la sienne. On ne comprend pas qu’en face de la divergence totale des deux récits, Simons puisse citer comme preuve de dépendance littéraire l’analogie entre Mt. 1, 21? et Luc I, 31 ; c’est là vraiment couler le moucheron et avaler le chameau. — Il en est de même des récits de la résurrection. Ce sont deux traditions différentes, dit Simons. Mais, si Luc a connu la narration de Matthieu, il n’a pu, en rédigeant la sienne comme il la fait, qu'avoir l'intention de nier la première ; autrement, un mot suffisait pour les raccorder !.

Des divergences plus grandes encore et d’une portée plus grave existent entre les paroles de Jésus telles qu'elles sont rapportées dans les deux écrits. Et d’abord certaines modifications du texte. Mt. XII, 28 fait dire à Jésus : € Si Je chasse les démons par l’Esprit de Dieu, » Luc (XF, 20) : « par le doigt de Dieu. » Jésus dit aux disciples chez Mt. (VITE, 26) : « Pourquoi êtes-vous lâches, gens de peu de foi? » chez Luc (VII, 25) : « Où est votre foi? » Chez celui-ci (VITE, 8) la semence produit « du fruit au centuple;» chez Mt. (XIII, 8) elle produit, « un grain cent, un autre soixante, un autre trente. » Jésus dit dans Luc (XI, 40) : « Insensés, celui qui a fait le dehors n’a-t-1l pas fait aussi le dedans? » Dans Mt. (XXIIE, 26) : « Pharisien

1Comp. B. Weiss (Einl., 3e éd., p. 518): «Les récits de l’enfance <omme ceux de la résurrection dans les deux évangiles s’excluent mutuellement. Connaissant Mt. Il, il était impossible d’écrire Luce Il. 39; connaissant par le Ier évangile les apparitions en Galilée, on ne pouvait les exclure par Luc XXIV, 49.» Beyschlag dit de même : «Si Luc avait conûu Mt. IE, il n’eût pu faire retourner après 40 jours la sainte famille à Nazareth. Ou bien il faudrait que l’un eût envisagé l'autre comme un écrivain indigne de confiance, et alors, il ne s’en fût certainement pas servi dans d’autres parties, comme on l’admet. » {Leben Jesu, Le éd., I, p. 81).

aveugle, purifie premièrement le dedans de la coupe, afin

que le dehors soit pur ! » Le sens est le même, j'en conviens. Mais, précisément pour cette raison, ces modifications feraient, s’il y avait copie, l'effet d’un caprice quelque peu profane. Or les cas de ce genre sont sans nombre.

Il est aisé de comprendre, au contraire, que les deux évangélistes, écrivant indépendamment l’un de l’autre, formulent chacun les paroles de Jésus dans la forme sous laquelle il les a reçues ou sous laquelle elles se sont gravées dans sa mémoire.

Mais nous rencontrons des modifications plus graves que ces simples changements de termes. D’après Simons,

Luc aurait travaillé son sermon sur la montagne sur celui

de Matthieu. Il aurait donc réduit arbitrairement à quatre les sept béatitudes et ajouté de sa propre invention les

quatre malheur ! qui suivent. On comprendrait qu'il eût

retranché pour ses lecteurs paiens les antithèses de Mt. V et qu'il eût écrit : « A celui qui te prend le manteau, donne aussi l’habit » (VI, 29), ordre qui paraît plus logique que celui de Mt. : « Si l’on te prend l’habit, donne aussi le manteau » (V, 40). Mais comment introduit-il

dans son discours, VI, 39. 40, deux paroles placées par

Matthieu dans des contextes tout différents (XV, 14 et X, 24), et qui y ont une tout autre portée ? N’est-il pas évident qu’il puise à une autre source, où ces paroles étaient déjà réunies! ?

1 Remarquons que, si les exégèles ont ici reproché à Luc un défaut de continuité, c’est purement leur inintelligence qui en est cause. Le lien logique est au contraire excellent entre ces deux versets et le reste du passage : « Ne jugez pas, dit Jésus, comme les pharisiens. Aveugles qu’ils sont, ces orgueilleux maîtres entrainent leurs disciples dans la fosse où ils se précipitent eux-mêmes. Car les disciples ne sauraient valoir mieux que les maîtres qui les forment. » Habileté singulière que celle de Luc, allant cueillir de son chef ces deux paroles

= On peut expliquer, il est vrai, bien des transpositions de paroles en les envisageant comme des corrections que Luc apporterait au texte de Matthieu, sur la foi de quelque autre source à laquelle 1l accorderait plus d'autorité, du moins sous ce rapport. Cette explication pourrait s’appliquer même à des paroles faisant partie des Logia apostoliques, en admettant que Luc s'était rendu compte de l'intention didactique et nullement chronologique qui a présidé à la confection de ce recueil de discours. Ainsi de la transposition de l’oraison dominicale, de la parole sur la réconciliation (Mt. V, 23-26 ; Luc XII, 58. 59) et de celle sur la Providence (Mt. VI, 25-34; Luc XIT, 22-31). On pourrait expliquer de cette manière la transformation du sens de bien des paroles: ainsi du précepte de la réconciliation, appliqué par Mi. à la relation des hommes entre eux, par Luce à la réconciliation avec Dieu ; du tableau du démon reprenant possession .de son ancien domicile, que Mt. (XII, 43-45) applique au peuple juif, Luc (XI, 24-26) aux guérisons opérées par les exorcistes juifs ; de l’image des tombeaux blanchis et de la parole sur les monuments élevés aux anciens prophètes (Mt. XXII, 27-31 ; Luc XI, 44. 47-48), qui sont appliquées dans des sens si différents chez les deux évangélistes. Mais ce qui paraît absolument imexplicable, ce sont certaines omissions, que Luc ne peut avoir faites à dessein. On peut comprendre son silence sur bien des faits, des miracles ou des paroles qui se lisent dans Matthieu ; mais comment expliquer celle de ces mots, dont il eût pu faire l’épigraphe de son livre : « Venez à moi, vous tous qui êtes travaillés et chargés, et vous trouverez Île repos de

dans deux discours de Matthieu très éloignés l’un de l’autre, pour les insérer si adroitement dans le discours de ce même Matthieu qui lui sert ici de source !

vos âmes ... » (Mt. XI, 28 et suiv.)? Holtzmann pense que Luc les a omis parce que Jésus, en finissant, parle de son joug, ce qui rappelle trop la loi. Est-ce sérieux ? N'est-ce pas chez jui (XVI, 17) qu’on lit : « Il est plus aisé que le ciel et la terre passent que de ce qu’un seul trait de la loi tombe » ? La parole de Jésus : « Le Fils de l’homme est venu pour .. donner sa vie en rançon pour beaucoup » (Mt. XX, 98 ; comp. Mc. X, 45), manque dans Luc. Est-il un mot plus paulinien que celui-là ? Même invraisemblance pour l'omission de la parole Mt. XXIV, 14 : « Cet évangile du royaume sera prêché par toute la terre, en témoignage à tous les peuples .…, » qui se retrouve Me. XIII, 10. C’est l’universaliste Luc qui aurait passé sous silence de telles déclarations ! ! La scène du jugement (Mt. XXV, 31 et suiv.), enfin, dont le mot central : « En vérité, je vous dis que ce que vous aurez fait à l’un de ces plus petits ..…., » convient si bien au caractère de l'écrit de Luc, aurait-elle été omise par lui volontairement ? On a dit : 1l croyait trouver dans cette scène la justice des œuvres. Mais d’abord elle ne s’y trouve pas réellement, car les œuvres y supposent la fo? (« à l’un de ces plus petits d'entre mes frères »); et comp., dans Luc lui-même, VI, 35 ; XI, 41 ; XIE, 33 ; XIV, 12-14 ; XVI, 9, autant de paroles bien autrement compromettantes, semble-t-il, pour le paulinisme de lévangéliste.

Reste ce qu’on a appelé la grande lacune de Luc : Pomission de tout le groupe de récits Mt. XIV, 22-XVI, 19, qui

1 Il est remarquable que Simons, qui relève les moindres coïncidences de termes entre Luc et Matthieu, ne perde pas un mot sur de telles omissions. En revanche il explique celle des paraboles du trésor et de la perle par le fait qu’en bon paulinien Luc répugnait aux idées de « chercher » et de « trouver. » Mais comp. XII, 24!

se retrouve à peu près complet dans Mec. VI, 45-VIIT, 26 (avec, en plus, les guérisons du sourd-muet et de l’aveugle de Bethsaïda). Comment expliquer l’omission de ce groupe compacte chez Luc, s’il employait Matthieu, et surtout Matthieu et Marc ? On a répondu que la parole : « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » (Mt. XV, 24), ne lui convenait pas!. Mais ne pouvait-1l, avec la liberté qu’on lui suppose, retrancher le mot génant et conserver le récit, qui illustre le salut des païens par la seule vertu de la foi ? — Et les autres récits ? en particulier le discours sur les purifications (XV, 1-20), où Jésus a prononcé ce mot qui sape par la base le ritualisme légal : « Ce n’esi pas ce qui entre dans l’homme qui le souille ; c'est ce qui sort de sa bouche et de son cœur : voilà ce qui souille l’homme » (v. 18) ?. — D’autres ont dit que Luc avait passé sans s’en apercevoir de la première à la seconde multiplication des pains, entre lesquelles se trouve le groupe en question ?. Ce serait supposer qu’il usait parfois bien négligemment de ses sources, lui qui en retenait d’autre part jusqu'aux mots et aux particules. — Reuss et d’autres, qui font dépendre Luc uniquement de Marc, ont parlé d’un exemplaire 1ncomplet de ce dernier, sur lequel Luc aurait travaillé #. Cest un expédient dont chacun peut apprécier la valeur. Mais qu'en advient-il, si Luc emploie aussi Matthieu, comme le veut Simons ? Un accident semblable serait-il

3 Aïnsi Wernle, p. 5 : « La Cananéenne ne convenait pas à l’universalisme de Luc. »

2 Wernle se borne à dire : « Ce discours n’offrait pas d'intérêt pour les lecteurs de Luc. » I! nous semble au contraire qu’il en avait un très grand pour eux |

$ Ainsi encore O. Holtzmann (Leben Jesu, p. 18).

* Selon Soltau (Unsere Evangelien, p. 83) et d’autres, le morceau manquait primitivement dans Marc.

aussi arrivé à l’exemplaire de Matthieu ? Ce serait de La malchance !

En considérant sérieusement de telles omissions, on arrive à la conviction que le Matthieu canonique n’a point été connu de Luc, ni employé par lui!. Pas même de mémoire, car c’est dans cette supposition que se réfugient à cette heure ceux qui enseignent la dépendance des synoptiques entre eux (Reuss, Réville, Weiss, Simons, Holtzmann, etc.). Il y a là une singulière inconséquence. Le même homme doit, d’un côté, à la suite d’une lecture répétée, avoir retenu presque à la lettre des passages entiers et reproduit jusqu'aux expressions et aux formes de langage les plus minutieuses, et, de l’autre, avoir commis des manques de mémoire aussi étonnants et aussi nombreux que ceux que nous venons de ePAeE Est-ce admissible ?

Un dernier trait doit être signalé. Ce sont les araméismes nombreux, qui frappent d'autant plus chez Luc que les morceaux où on les rencontre alternent avec. d’autres où règne le grec le plus pur, mais pour reprendre toujours de nouveau et accompagner la narration depuis les récits de lenfance jusqu’à ceux de la résurrection ?. On constate également que, dans les passages parallèles, Mat-

: C’est le résultat de l’étude très approfondie que Wernle a consacrée aux rapports de Matthieu et de Luc {Synopt. Frage, p. 40-80). Il conclut ainsi (p. 80): «La comparaison de Luc et Matth., quant au contenu, à l’arrangement et au texte, prouve que Matth. ne peut avoir été au nombre des sources de Luc. Luc n’a pas connu une partie des récits de Matth., n’a suivi nulle part son ordre des faits, n’a été influencé par son texte ni dans les récits provenant de Marc, ni dans les discours. Il a pris les discours qu'il a en commun avec Matth., non dans celui-ci, mais comme lui dans un recueil de discours aujourd’hui - perdu. » — Voir aussi Reuss, Gesch, der heil. Schr. N.T.,S$ 189, 2.

2 Voir la liste que nous avons donnée des principaux araméismes de Luc, p. 572-576.

SYSTÈME DE LA DÉPENDANCE MUTUELLE. 771 thieu en est exempt!. Que conclure de là pour le rappori entre les deux écrits? Que Luc, usant de Matthieu et écrivant pour des Grecs, a introduit ces archaïsmes dans le texte de son devancier ? Rien de plus invraisemblable. N’est-il pas plus simple d'admettre qu'il use, dans tout le cours de son récit, — et non pas seulement dans les récits de lenfance, — de sources qui lui sont propres et dont une partie avait une origine judéo-chrétienne, mais nullement de l'écrit de Matthieu? ?

On .a peine à concevoir comment Simons peut, sur le fondement de simples ressemblances de fond ou de style entre Matthieu et Luc, formuler le résultat que nous savons, sans avoir essayé de résoudre aucune des difficultés si graves et si nombreuses qui s’y opposent. Au reste, nous n'avons encore touché qu’une des faces de son tra-

1 Le verset qui forme la clôture du sermon sur la montagne en offre un exemple frappant. On lit Mt. VIE, 28 : « Quand il eut achevé ces discours » (07e étéhsoev tobs Adyous routous), et Luc VIE, 4 : « Lorsqu'il eut achevé de prononcer toutes ses paroles aux oreilles du peuple » (éreÔn érAnpwoev révta TA fuiata adTod els Taç axoùs TOÙ Axoù), Cette dernière forme est un pur hébraïsme. Comp., entre plusieurs passages, 4 Sam. XI, & (LXX) : xat AxhoDat tobs ÀAoyous ele TA ta ToÙ Àaoù

.(leozné haam). La substitution d'äxoäs à tx montre que Luc n’a pas

tiré ses termes des LXX, mais qu'il a rendu librement la forme de l’hébreu. Quant à la comparaison des deux textes évangéliques, elle exclut absolument l’idée que Luc ait tiré cette conclusion, et par conséquent le discours tout entier, de Matthieu. Comp. également le double roocébero réubdoa de Luc (XX, 11. 12). là où Matthieu {comme Marc) s'exprime en excellent grec.

> Simons suppose que la conclusion contraire tient à l’idée moderne de la valeur canonique des évangiles, idée que l’on croit devoir imputer à Luc par rapport à Matthieu. Mais non : cette notion n’a joué aucun rôle dans la discussion à laquelle nous venons de nous livrer. Nous avons pu faire appel à l'honnêteté de Luc, qui, s’il est un historien sérieux, ne saurait avoir arbitrairement altéré ses sources ; nous n'avons nullement invoqué l'inspiration réelle ou prétendue qu'il aurait reconnue à Matthieu.

vail, la relation directe qu’il croit pouvoir démontrer entre

Luc et Matthieu ; nous aurons à y revenir pour l’ ensemble du point de vue sur\la littérature évangélique.

B. Luc a-t-il élé composé sous l'influence de Marc ?

C’est l’opinion de Grotius, Bengel, Hug, Wilke, Hilgenfeld, Reuss, BRutschl, Klostermann, Hofmann, Weiss, Wendt, Simons, Holizmann, Julicher, Zahn, Barth, Wernle, Sollau, etc., en un mot de la grande mayorité des critiques actuels.

Les raisons alléguées en faveur de cette hypothèse sont plus plausibles peut-être que celles avancées en faveur de

toutes les hypothèses précédentes. 11 y a une singulière

analogie entre le récit des premiers jours à Capernaüm chez Luc (IV, 31-44) et le récit correspondant de Mare, qui a tous les caractères de la plus parfaite originalité ({, 21-45). La suite des faits du ministère galiléen chez Luc est beaucoup plus conforme à l’ordre de Marc qu’à celui de Matthieu. Ce ministère se termine chez tous deux par le même récit, celui du disciple qui chasse les démons sans accompagner Jésus (Luc IX, 49. 50 ; Me. IX, 38-41). Aprés une interruption formée par le grand récit de voyage (Luc IX, 91-XVII, 14), le récit de Luc rejoint celui de Marc en Pérée (X, 15), et tous deux marchent parallèlement jusqu’à la fin. Cependant cette conformité générale ne doit pas nous faire illusion; elle peut être due à d’autres causes qu’une dépendance littéraire. Les divergences dans l’ordre des faits sont en effet nombreuses. Ainsi, Luc place la visite à Nazareth dans les premiers jours du ministère galiléen, avant que Jésus eût fixé sa résidence habituelle à Capernaüum (1V, 16-31). Ce n'est nullement, comme volontiers on l’affirme, une espèce de programme jeté là par l’auteur dans une intention systématique et en

dépit de toute chronologie. Après avoir promis de raconter « par ordre » ([, 3), pourrait-il dès les premiers pas démentir son programme ? Il range certainement cette visite, que Mare omet, parmi les incidents du premier pélerinmage en Galilée dont il parle sommairement dans les versets qui précèdent (IV, 14. 15). — La vocation des quatre premiers disciples précède chez Marc Pétablissement à Capernaüm (1, 16-21); elle est placée chez Luc après le récit de la première excursion qui suivit cel établissement (IV, 44-V, 1). — La visite des parents de Jésus, que Luc place après la journée des parahboles et avant l’excursion à Gadara (VIIT, 19-21), suit chez Marc (IT, 21. 31-55) l'élection des Douze et précède la journée des paraboles.

Quant à la grande omission de Luc (Me. VI, 45-VIIE, 26), nous en avons déjà parlé à propos de Matthieu !.

Dans l’histoire de la Passion et de la Résurrection, la suite des faits est à peu près la même, mais les détails des récits différent complètement. Luc va jusqu’à omettre la grande séance de nuit du sanhédrin racontée par Marc et Matthieu. La conversion d’un des brigands, racontée par Luc, XXIII, 40-45, contredit ces mots de Marc: « Et ceux qui étaient crucifiés avec lui l’outrageaient aussi » (XV, 32). Trois des paroles de Jésus sur la croix, mentionnées par Luc, sont étrangères à Marc, tandis que la seule cilée par celui-ci : «€ Mon Dieu, mon Dieu..., » ne se trouve pas chez Luc. Ces quelques traits suffisent à prouver que Luc ne tire pas de Mare son récit de la Passion. Une foule d’autres pourraient être cités.

Si Luc avait sous les veux l'écrit de Marc, on ne comprendrait pas qu'il eût omis des paroles comme celle-ci :

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