‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 101 sur 144 · L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE

éternelles, se trouvaient, à peu de distance l’une de l’autre, les trois villes de Colosses, de Laodicée et de Hiérapolis, rangées parmi les plus célébres de la Phrygie. De Laodicée, il ne reste aujourd’hui qu’un château en ruines; sur le sol de Hiérapolis, ville célèbre autrefois par ses sources thermales, on ne voit plus à cette heure que quelques ruines. À une lieue de celles de Colosses, moins considérables encore, se trouve un bourg qui porte le nom de Chonas. Ce nom, dérivé du mot yova, entonnoirs, était celui par lequel on désignait les trous souterrains où se perd par moments'le Lycus. Cette contrée volcanique est exposée à de violents tremblements de terre. L'histoire en mentionne un plus grave que les autres, qui eut lieu à peu prés à l’époque à laquelle nous sommes arrivés. Tacite le place en l’an 60-61, Eusèbe en 64, Orose en 68. Tacite ajoute que l’année même où Laodicée, la ville la plus violemment alteinte, avait été ainsi frappée, elle était déjà relevée de ses ruines, et cela uniquement par ses propres ressources, c'est-à-dire sans le secours de l'administration romaine.

Nous n'avons aucun rapport spécial sur la manière dont l'Évangile était parvenu dans cette contrée. Paul avait traversé deux fois l'intérieur de lAsie-Mineure, en passant par la Phrygie ; là première fois au commencement de son second voyage, avec Silas (Act. XVI, 6), après avoir visité les églises fondées dans le premier voyage et avant d'entrer en Galatie ; la seconde fois au commencement du troisième voyage (Act. XVII, 23). Mais la première fois il était resté bien à l’est de la Phrygie occidentale où était siluée Colosses, et la seconde il trouva dans le pays qu'il traversait des églises déjà fondées, ce qui ne peut s’appliquer à la contrée de Colosses. Notre épitre dit ellemême (Il, 1) que Paul ne connaissait point personnel-

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lement les chrétiens de cette contrée, et elle indique clairement le nom du fondateur de ces églises, Epaphras, qui élait sans doute un paien phrygien (Col. IV, 12), converti par Paul à Éphèse.

Le caractère des habitants de ces contrées semble avoir élé en rapport avec la nature voleanique du sol. C'était là que fleurissait le culte enthousiaste de Cybéle, la grande mère des dieux, qui avait son siège principal à Hiérapolis. Ce fut de ces contrées que surgit au second siècle la secte exaltée du montanisme. Encore au IVe siècle le concile de Laodicée dut interdire dans les églises phrygiennés le culte des anges, el dans le moyen-âge l’archange Michel était adoré à Chonas.

Au milieu de ce paganisme exalté et en même temps impur et cruel avait été implantée, deux siècles avant Jésus-Christ, comme le rapporte Josèphe, une colonie Juive de deux mille familles, que le roi de Syrie, Antiochus-le- Grand, avait fait transporter depuis la Mésopotamie en Lydie et en Phrygie. Cette population nouvelle, avec son caractère religieux si profondément marqué, n'avait pu manquer d’exercer une certaine influence sur l'esprit de ces contrées. Aucune de ces circonstances, comme nous le verrons, n’est indifférente pour lintelligence de l’éerit que nous allons étudier.

Contenu de l’épitre.

Cette lettre se divise, comme les autres, en trois parties : 1° un préambule, comprenant l'adresse, suivie d’une action de grâces pour l’œuvre que Dieu a accomplie à Colosses et de la mention des prières de l’apôtre, afin que

cette œuvre si bien commencée soit amenée à sa perfection {v. 1-14); 20 le corps de l'écrit dans lequel Paul traite le sujet qu'il a en vue sous les trois points de vue didactique, polémique et pratique (1, 15-IV, 6); 3° une conclusion, renfermant des nouvelles, des salutations et des commissions (IV, 7-18).

Paul s'intitule expressément apôtre ; car, n'ayant pas fondé lui-même l’église de Colosses, ce ne peut être qu’en sa qualité d’apôtre qu'il lui écrit comme ül va le faire. I} associe à son nom celui de Timothée, son collaborateur dans l’apostolat et peut-être son secrétaire en ce moment.

Le nom des lecteurs se trouve dans certains manuscrits sous la forme de Golossiens (Koïocoaeïic), dans d’autres sous celle de Colassiens (Kokacoxsc). La première forme est celle qui se trouve sur les monnaies. [1 est probable que la seconde était celle du langage populaire et qu'a par celte raison employée l’apôtre. Les lecteurs sont désignés comme saints el croyants, c'est-à-dire comme consacrés, et cela en verlu de leur foi au Christ. S'ils sont désignés comme individus plutôt que comme église, la raison pourrait en être sans doute le manque d'organisation; mais comp. cependant IV, 16 et 17. Il faut plutôt voir dans ce fait l’intention de l’apôtre de prendre à partie ses lecteurs individuellement, vu qu’un certain nombre d’entre eux s’étalent déjà laissé séduire par l’enseignement des faux docteurs. |

L'action de grâces (v. 3-8) porte sur la vie nouvelle de foi et d'amour qui s’est déployée chez eux et sur les biens célestes qu’ils possèdent déjà en espérance. Get état réjouissant est le résultat de la prédication fidèle d'Epa-

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phras, qui leur a apporté l’Évangile, cet Évangile qui fleurit dans le monde entier aussi bien que chez eux. Cest ce même Epaphras qui a fait connaître à Paul amour qu’éprouvent pour lui les Colossiens, amour tout spirituel puisqu'ils ne se sont jamais vus (Il, 1). À cette action de grâces s'ajoute une prière Imcessante en leur faveur, pour qu'ils progressent dans l'intelligence de la volonté divine et qu'il ne leur manque aucune bonne œuvre, aucune force d’en-haut et aucune joie spirituelle. Quelle reconnaissance ne doivent-ils pas au Dieu qui les à ainsi rendus aptes à jouir de l'héritage glorieux réservé aux saints, en les arvachant à la puissance des ténébres et les transportant dans le royaume de son Fils bien-aimé (v. 9-13)! L’apôtre termine en faisant ressortir au v. 14 lacte rédempteur par lequel Dieu a opéré en eux cette transformation merveilleuse ; il se fraie par là la transition à l'exposé de son sujet. |

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