V. 15-19. La prééminence absolue de Christ
1. Quel est celui auquel nous devons notre rédemption par le pardon des péchés (v. 14)? Ce n’est pas seulement un homme comme nous, ou même une créature céleste; c’est l’être unique qui, par rapport à Dieu, est l’image, la
révélation parfaite de son invisible essence, et qui, par rapport à la création, est, comme engendré (non créé) de Dieu, le devancier et le prototype de tout ce qui existe, et même l'agent par lequel tout a été créé, les êtres célestes aussi bien que terrestres, les visibles comme les invisibles; tous subsistent en lui et pour lui {v. 15-17). — Sur l’énumération des divers degrés de la hiérarchie des êtres célestes (trônes, souverainelés, commandements, puissances), remarquons que, tandis que dans les Colossiens lénumération descend, elle monte dans les Éphésiens (1, 21). Ces deux marches, descendante et ascendante, sont conformes au contexte de l’une et de lautre épitre, puisque dans l’une il s’agit de la création par le Christ de qui tout procède, et dans l’autre de l'ascension du Christ ressuscité el glorifié qui monte de la terre en s’élevant successivement au-dessus de tous les ordres de créatures.
2. Christ n’est pas seulement le premier dans l'ordre de la création naturelle ; Dieu a voulu qu'il le füt encore dans l’ordre de la création spirituelle. Il est devenu aussi le premier-né d’entre les morts par sa résurrection, conformément à ce que Dieu avait résolu, qu'il serait le premier en tout, toutes choses devant trouver en lui leur Chef, leur centre, comme elles ont en lui leur principe (v. 18 et 19).
JL — V. 20-29. La grandeur de l’œuvre du Christ.
1: Cé décret de la concentration de toutes choses en Christ se réalisera au moyen de l'œuvre de réconciliation accomplie par lui sur la croix, œuvre qui, après avoir réuni toute l'humanité juive et paienne en un seul corps,
1 Le terme x3y 10 rAfowua, toute la plénitude, v.19, à la suite de l’énumération précédente et sans complément propre à le déterminer, ne peut désigner que la totalité des créatures célestes et terrestres, qui peuplent l'univers ; comp. Ps. XXIV, 4 : à yñ at to rArpouax aÿrñs. Tout autre est l'expression +0 rArswua rs Oedrnros. II, 9.
496 ÉPITRE AUX COLOSSIENS.
s’étendra aux anges eux-mêmes. Dès la croix, le mouvement de dispersion produit dans lPunivers par le péché fait place au mouvement de retour et de concentration qui en Christ ramène tout à Dieu.
Le sens du v. 20 serait-il, comme l’a pensé Origène, que les anges déchus eux-mêmes participeront un jour au pardon acquis par la croix? Cette idée serait entièrement étrangère à ce que nous connaissons des conceptions de l’apôtre. Mais 1l faut remarquer qu'il n’emploie point ici l'expression dont 1l se sert quand il veut désigner la réconciliation des hommes avec Dieu (Éauro xarahicoeu, 2 Cor. V, 18 et 19). IL dit : eus éœurdv xarakdocew, réconcilier par rapport à lui. Peut-être la pensée de lapôtre est-elle celle-ci : Acteurs dans la proclamation de la loi, les anges devaient éprouver un sentiment de surprise en voyant la multitude des transgressions qui semblaient passer inaperçues et impunies durant les temps écoulés, l'époque de la tolérance (Rom. I, 25; Héb. IX, 15). Le sang de la croix a coulé, et cette saisissante réparation, offerte enfin pour tous les péchés passés, demeurés si longtemps sans châtiment, en satisfaisant la justice de Dieu, a satisfait aussi le sentiment qu’éprouvaient les anges, promulgateurs de la loi, et les a réconciliés non avec Dieu, mais par rapport à lui et à sa manière d'agir. Cette expression revient au fond à celle d'Ephés. [, 10 : réunir toutes choses sous un seul Chef, le Christ.
2. La réalisation de ce vaste plan a déjà commencé : la conversion des Colossiens eux-mêmes, et de tant d’autres païens, en est la preuve. C’est là précisément la mission en vue de laquelle Paul a été spécialement appelé et en vertu de laquelle il sent peser sur lui la tâche d'amener chaque païen à posséder le Christ, tâche si belle qu'il est heureux de pouvoir compléter les souffrances qu'a endu-
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rées le Christ pour le salut du monde, par celles qu’il endure lui-même pour la prédication de ce salut et pour la formation complète du corps de Christ. C’est en vertu de celte tâche qu’il adresse maintenant celte lettre à des frères qu'il ne connaît point personnellement.
Dans les premiers mots de ce dernier morceau, v. 93, etye émiuévere, «si du moins vous persévérez, » il y avait déjà une allusion à un ébranlement possible de la foi chez les Colossiens. Ce que Paul avait ajouté relativement à son apostolat devait servir à affermir leur confiance en l’enseignement que leur avait donné Epaphras et en celui qu'il leur donne en ce moment même. C’est ainsi qu’il passe à la seconde partie du corps de la lettre, où il les met en garde contre les faux docteurs.