‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 107 sur 144 · A CAMES OUR · texte numérisé non relu

A CAMES OUR

596 ÉPITRE AUX COLOSSIENS.

Les termes de yvocux, de rñsoux, etc., ne sont nullement l'indice d'un temps postérieur. Ils ont dans notre épitre le sens ordinaire et naturel qu'ils ont dans les autres lettres de Paul, tandis que dans la terminologie gnostique, d’où on prétend que le faussaire les à trés, ils avaient pris un sens en quelque sorte technique. Ainsi le ! mot Trhñowux, plénitude, désignait chez Basilide, Valentin, elc., la totalité des émanations célestes dans lesquelles | l'Être absolu se réalise d’une manière concrète. Rien de pareil dans notre épitre. Quand il est dit que «tout le mdiowux de la divinité habite en Christ » (IF, 9), cela ne signifie pas le moins du monde que Christ joue à lui seul vis-à-vis de Dieu le rôle que jouait chez les gnostiques la série des émanations divines, en d’autres termes que c’est en Christ que le Dieu infini, mais abstrait, devient un être réel, concret {Baur); car, selon l’auteur des Colossiens, Dieu est lui-même un être concret, la réalité suprême; c'est le Père, plein d'amour, qui nous a transportés dans le royaume de son Fils (1, 48); c’est lui qui, dans la plénitude de sa libre volonté, a décrété (e5d6xnce) de faire habiter en ce Fils la totalité de l'univers (F1, 18.19). L'auteur a voulu dire que toute la richesse de vie inhérente à l'être divin habite dans le Christ, de même que toute la richesse de vie qui est en Christ remplit l’Église, son organe, ainsi qu’il est dit Éph. 1, 23, avec une légère modification du sens du mot TAñoewoua (désignant 1ei l'agent dépositaire de la plénitude au lieu de la plénitude elle-même). Pas plus l'Église ne peut être appelée la plénitude concrète dans laquelle un Christ purement abstrait se réalise, pas plus le Christ n’est présenté par l’auteur comme l'existence concrète dans laquelle l'être abstrait devient réel.

Le rapprochement établi par Baur et son école au sujet du mot rhñgouax est donc fictif. Hilgenfeld lui-même a

reconnu qu’il faut renoncer à indiquer, dans l’époque qui a suivi le temps des apôtres, une secte qui réponde à l’idée que nous devons nous faire des docteurs de Colosses ; Weizsæcker déclare la même chose. Et quand on viendrait à découvrir une telle secte, cela ne prouverail rien encore, puisqu'il faudrait montrer de plus que l’origine de cette tendance ne remonte pas au temps de lapôtre. Reuss dit avec raison (Gesch. $ 72) : &« La circonstance que le gnoslicisme, qui a si richement fleuri dans la génération subséquente, ne peut être dérivé d’aucun endroit et d'aucun nom déterminés, est la preuve qu'il n’est pas la création d’un individu, d’une province, n1 d'un moment spécial, mais qu'il est le fruit d’une évolution lente et nécessaire de l'esprit du temps. » Ür qui pourrait mesurer par dizaines ou vingtaines d'années un développement de cette nature ? M. Renan n'est-il pas complétement dans le vrai quand il déclare € qu’au lieu de rejeter l'authenticité des passages du N. T. où l’on a trouvé des traces de gnosticisme, 1l faut quelquefois raisonner à l'inverse et chercher dans ces passages l’origine des idées gnostiques qui prévalurent au Ile s. »? C’est évidemment le cas quant à Valentin et à son

. école par rapport au IVe évangile.

Plusieurs ont prétendu que les faux docteurs de Golosses appartenaient aux anciens ÆÉsséniens qui ont passé en masse au christianisme à la suite de la ruine de Jérusalem ; cette opinion serait incompatible avec l'authenticité de l’épitre. Mais il serait difficile de prouver qu'avant cette grande catastrophe des faits isolés de ce genre n’eussent pas pu se produire; voir sur ce point lintrod. du Cormnment. de Xlôpper. Holizmann dit lui-même (p. 291): « Des éléments esséniens dans les communautés chrétiennes ne sont en tout cas que des apparitions sporadiques. » C’est accorder ce que nous disons ici.

528 ÉPITRE AUX COLOSSIENS

Hollzmann combat l'authenticité d’une portion considérable de notre épitre par la raison qu’on se trouve en présence de deux stages différents d’hérésie, dont l’un est certainement postérieur à l’autre. Le premier est le judéochristianisme légal et abstinent que Paul combat déjà Rom. XIV; il ne s'agissait pas là de la question de la personne du Christ. Le second est un judéo-christianisme plus compliqué, se présentant sous la forme toute nouvelle d’une théosophie transcendante et mystique, théorétiquement dualiste ; d’après elle l’homme terrestre à besoin des esprits célestes pour consommer son salut, et le Seigneur Jésus est envisagé comme un simple homme ou comme un ange. Le premier stage appartient sans doute au temps apostolique ; mais le second forme la transition de l’essénisme au gnosticisme et ne peut se concevoir avant le commencement du second siècle. Dans notre épître nous trouvons la polémique de l’apôtre relative à la première forme combinée avec celle de l’auteur subséquent relative à la seconde; elle ne peut par conséquent dater que d'un temps postérieur à Paul. — Cette argumentation repose, d’abord, sur une erreur quant à la doctrine de Paul sur la personne de Christ. Nous avons vu que la révélation de la divinité du Sauveur était renfermée dans l’illumination générale qui l'avait jeté aux pieds du Christ (Gal. [, 16). Depuis la 1re épître aux Thessaloniciens jusqu’à celle aux Romains, 1l n’en est pas une qui ne repose sur celte conviction‘. Quant au culte des anges enseigné par les hérétiques, il y a entre cette pratique et le judéo-christianisme légal une relation qu’il ne faut pas méconnaîlre. Les anges ayant été au point de vue juif les promulgateurs de la loi, c’est les honorer que de respecter celle-ci; c’est les outrager

14 Thess. I, 10; 2 Thess. I, 2. 42; Gal. IV. 4; 4 Cor. VIIE, 6; X, kr Cor. IV,:6; VIIL, 9: Rom. J, 4; VII, 87325 1X,5:

que de la transgresser; c’est donc se priver de leur assistance contre les mauvais esprits et attirer sur soi leur colère. Voici ce que dit Weber dans son remarquable ouvrage System der altsynagogulen palästinens. Theologre, p. 166 : & Dans Tanchuma il est dit : Quand un homme à accompli un commandement, on le confie à un ange; quand il en a accompli deux, on le confie à deux anges; quand il les a tous accomplis, on le confie à plusieurs anges. Car 1l est écrit : [l te confiera à ses anges. Et que sont ces anges? Ce sont ses protecteurs contre les massikin (mauvais esprits). Car tout le monde est plein d’esprits et de démons. » « Celui qui entre dans un lieu impur doit invoquer la protection des anges » /Berachoth)]. « Gelui qui viole un commandement tombe par là sous le pouvoir des démons » {Debarim rabba]. — Ces déclarations empruntées aux plus anciens enseignements rabbiniques montrent combien étaient intimément liés dans l'esprit des Juifs pieux les deux traits du respect de la loi et du culte des anges par qui elle leur avait été donnée; culte de dulie et non de latrie, auraient-ils répondu sans doute à celui qui leur aurait rappelé les exigences du monothéisme. Il n’y a donc pas de raison fondée qui empêche d'admettre que les deux degrés que Holtzmann déclare séparés par un demi-siècle d'intervalle ne se soient déjà trouvés réunis dans le temps apostolique.

La proposition d'élimination faite par de Soden ne se justifie pas mieux que celle de [Moltzmann. Elle est d’ailleurs si réduite qu’elle rentre à peine dans la question d'authenticité. Elle porte uniquement sur quelques paroles christologiques et angélologiques.

L’arbitraire sur lequel reposent ces diverses hypothèses ressort d’ailleurs du fait suivant : D’après Hollzmann, c’est un seul et même auteur qui a composé l'épitre aux

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