‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 108 sur 144 · DU ÉPITRE AUX COLOSS IENS · texte numérisé non relu

DU ÉPITRE AUX COLOSS IENS

Éphésiens et interpolé celle aux Colossiens. D’après de Soden, l’'interpolateur de la lettre aux Colossiens est différent de l’auteur de celle aux Éphésiens. D’après Pfeiderer, les deux lettres ont été composées de toutes pièces par deux auteurs différents. D’après Baur, c’est le même auteur qui les a composées les deux.

Quant au troisième groupe d’objections, celles qui proviennent de la relation entre notre épitre et celle aux Éphésiens, nous en renvoyons l'examen à la suite de l'étude de cette dernière.

Nous ne faisons plus mention que de quelques objections spéciales. Baur a découvert dans les salutations de Marc, judéo-chrétien, et de Luc, paulinien, un indice de la tendance à la conciliation propre au second siècle. Weizsæcker trouve cette même tendance dans la distinction marquée qu'établit l’auteur entre les collaborateurs de Paul judéo-chréliens et pagano-chrétiens (IV, 10-12 et 12-14). Mais les salutations de Marc et de Luc sont séparées par plusieurs autres, et 1l ne peut venir à l'esprit d'aucun lecteur de Îles rapprocher pour v trouver l'intention que suppose Baur, sans parler de la grave erreur que l’on sait être l’idée fixe de ce savant, et qui est partagée aussi Jusqu'à un certain point par Weizsæcker. Gelui-e1 n’a pas compris que l’auteur, en faisant ressortir le petit nombre de ses collaborateurs parmi les judéo-chrétiens de Rome, avait le même but que dans ces mots : «Souvenez-vous de mes liens, » celui de réchauffer la sympathie des Colossiens et de stimuler leur intercession.— filgenfeld relève cette différence : que Paul accorde toujours la priorité aux Juifs (Juifs et paiens, Rom. X, 2; 1 Cor. X, 32; XII, 13; Gal. HI, 28), tandis que notre auteur fait le contraire {Grecs el Juifs, Col. F1, 12). Comme si le même auteur ne pou-

vait pas alterner entre ces deux formes : «Juif aussi bien que Grec » et « Grec aussi bien que Juif. » C’est tellement le cas que Paul lui-même continue immédiatement Col. HI, 11 en disant : circoncis el incirconcis. — Hilgenfeld {Eint. p. 669) pense qu’en attribuant à Paul le dogme de la préexistence divine du Christ l’auteur de l’épitre aux Colossiens a voulu remettre en honneur cet apôtre qu'on oubliait un peu dans les églises de Phrygie, éclipsé qu'il était par l'éclat grandissant de Jean. Mais le critique s’égare ici à la recherche de motifs absolument étrangers à la composition de nos livres sacrés. Il n’y à qu'un regard faussé qui puisse trouver dans ces écrits la recherche d’une autre gloire que celle de Dieu et de Christ.

L'hypothèse d'Ewald et de Renan, qui attribuent la rédaction de l’épître à Timothée, est généralement rejetée. Elle repose sur l'appréciation subjective de la construction un peu compliquée de. certaines phrases; mais combien n'est-il pas invraisemblable que Paul eût remis à son disciple, même après s’en être entendu avec lui, la tractation d’une matière aussi grave! Et comment s'expliquer la hardiesse avec laquelle Timothée aurait écrit ces mots : « Paul, apôtre de Jésus-Christ » (1, 1); «l'Évangile dont J'ai été fait, moi Paul, le serviteur » (1, 23), et tant d’autres paroles où, sans se nommer, l’auteur parle de sa position et de ses sentiments personnels ([, 29-11, 1 ; IV, 3. As DEA YS |

Les passages nombreux que nous venons de rappeler, font de la lettre entière un acte de faux si lapôtre Paul n’en est pas l’auteur. Et s’il en eût été ainsi, comment expliquer la réussite d'une fraude aussi hardie? Dans toute -lPantiquité chrétienne il ne s’est pas élevé une voix pour la démasquer. Marcion s’en serait fait le propagateur; et

pourtant l’on attribue à cette lettre l’intention d’unir les

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deux partis que tous les efforts de cet hérétique ne tendaient qu’à séparer plus profondément! Reuss n’est-il pas fondé à demander comment un écrit adressé, non au pubhc chrétien en général, mais à une église existante qui pouvait protester n'avoir jamais reçu rien de semblable du vivant de l’apôtre, n’a été l’objet du moindre démenti ? Selon l'hypothèse de Holtzmann, les archives de l’église de Colosses auraient bien possédé pendant un temps l’embryon de cette lettre. Mais un habile faussaire se serait approprié momentanément ce billet apostolique pour composer avec son aide l’épitre aux Éphésiens ; puis il l'aurait remis en place après l’avoir transformé et amplifié à sa façon d’après cette dernière. Et toute cette manipulation se serait opérée sans que personne s’en füt douté ! L'église aurait repris cette nouvelle lettre pour en faire lecture sans que personne eût remarqué la différence entre elle et le billet primitif ! Nul n'aurait dit: Voilà bien la condamnation d’un parti qui existe maintenant sous nos veux, mais qui n’a surgi chez nous que récemment, et dont l’apôtre ne peut avoir eu connaissance ! |

Nous possédons des échantillons d’écrits fabriqués sous le nom de lPapôtre Paul, une épitre aux Corinthiens en arménien, et ses prétendues lettres à Sénèque. Ces écrits sont tellement au-dessous de ceux de lapôtre que leur origine bâtarde saute aux yeux. Quelle distance entre eux et notre épitre, dont l'originalité créatrice ne le cède en rien à celle des écrits les plus puissants de saint Paul !

Nous verrons plus tard en étudiant l’épitre à Philémon ce qui résulte de cette lettre en faveur de l'authenticité de notre épitre.

Conclusions.

Saint Paul parle, dans la re aux Corinthiens (Il, 6), d’une sagesse qu'il possédait par devers lui, mais dont il n'avait pu entretenir les Corinthiens, qu’il ne pourrait pas même leur communiquer encore, et qu’il n’expose que quand il se trouve au milieu des parfails, c’est-à-dire de chrétiens parvenus à la maturité de la vie spirituelle. Cette sagesse, elle est sans doute renfermée dans la croix (1, 28); mais non dans la croix en tant que présentée à la conscience de l'inconverti pour le briser ou à celle du croyant pour y opérer la mort au péché. C’est après que ce travail moral est accompli, que la croix devient pour l’âme la source d’une lumière qui éclaire le plan divin, illuminant le passé et l'avenir, initiant l’homme au « mystère de ce que Dieu a décrété avant les siècles pour notre gloire. » Ces mêmes expressions se retrouvent dans notre épitre : € le mystère caché dès les siècles »; «la richesse de gloire qui y est renfermée »; «afin de rendre l’homme parfait » (1, 26-28). La sagesse dont 1l parlait dans la 1re aux Cor. est donc bien celle qu’il expose dans notre lettre et dans celle aux Éphésiens. Si M. Sabatier avait compris cette relation, il aurait compris aussi l'erreur grave qu'il commettait en montrant dans ces deux épitres «la pensée infaligable de l'apôtre arrivant enfin à son terme »; «son enseignement prenant une forme plus spéculative »; le large point de vue de l’épitre aux Romains, qui était déjà une conquête sur les lettres précédentes, devenant le point de départ « d'un développement nouveau. » Ainsi s'est produit, selon lui, le « paulinisme des derniers lemps. » Toute cette

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construction s’évanouit devant la déclaration de l’apôtre que nous avons rappelée en commençant ce paragraphe. Si nous nous fions à lui, il possédait cette sagesse, qu’il expose ici, dès le moment où il avait reçu la révélation dont il parle À Cor. Il; et ce moment ne peut avoir été que celui de la révélation initiale qui l'avait fait apôtre de Jésus-Christ. Non, certes, qu'il eût saisi dés l’abord toutes les applications futures de la pensée divine, ni poursuivi toutes les ramifications du plan de Dieu dans l’histoire de l'Église; mais les grandes lignes du plan divin pour le salut de lhumanité étaient tracées distinctement dans son esprit; et, comme il le dit lui-même, c'est «avec celte portion de la lumière divine à lui dispensée » (xara Tv oixovouiav Tob Deod tv dofeîcav or, 1, 25) qu'il s’est mis au service de Christ, qu’il est « devenu son duéxovos » (1, 23).

On voit aisément ce qui, dans la fausse doctrine répandue à Colosses, a évoqué l’enseignement christologique qui fait le fond de l’épitre adressée à cette église. [l s'agissait de montrer deux choses : que Christ a de quoi suffire à tout — c’est ce qui résulte de l'habitation de Dieu en lui — et que tout ce qu’il a, il le communique à l'Église ; c'est ce qui résulte de son habitation en elle, due à la participaon du croyant à sa mort et à sa résurrection. Voilà l’épitre tout entière. Ces faits divins n’ont pas été découverts, encore moins inventés par Paul à l’occasion de cette controverse. II les a tirés du trésor de la révélation qu'il avait reçue el les a. exposés au moment où le besoin de l'Église en a réclamé la pleine connaissance. C’est sur celte voie, à lui complétement propre, que son enseignement s’est rencontré, comme au sommet de la pyramide, avec cette parole du Christ dans Jean : «En ce jour-là vous connaîtrez que Je suis dans le Père, et que vous êtes en moi et moi en vous » (Jean XIV, 20).

Malgré sa brièveté et son peu d'importance apparente, ce petit écrit est ordonné avec le même soin que les grandes épîtres de l’apôtre, taillé, s’il est permis de parler ainsi, sur le même patron. Il est lié par les liens les plus étroits à l’épître aux Colossiens.

Contenu de l'épitre.

Trois parties, comme d'ordinaire : le préambule, renfermant l’adresse et l’action de grâces, v. 1-7; la tractalion du sujet; c’est une requête de Paul, avec l’indication de ses motifs, v. 8-21; la conclusion, renfermant commissions et salutations, v. 22-95.

1 Commentaires.

L.-G. Schmid, 1766. — Storr, 1781.— Hagenbach, 1829. — Mor. Rothe, 1840. — Demme, 1844. — Koch, 1846. — Wiesinger [avec Philip. et Pastor.), 4850. — Ellicott (avec Éph. et Col.), 3e éd., 1865. — Bleek {avec Col. et Éph.), 4865. — Lightfoot, 1875 ; 7° éd., 1884. — Oltramare {avec Col. et Éph.), 41892.

Travaux spéciaux.

Storr, Dissert. exegetica, 1802. — Wieseler, De epistolä Laodicenû, 1844. — Holtzmann, Zeitschr. f. wissensch. Theol., 1873.

Cette lettre n’est adressée ni à une église n1 à un individu, mais à une famille et au cercle de croyants qui se groupe autour d'elle. C’est qu’en effet la demande adressée par l’apôtre intéresse tous ceux qui se rattachent à cette maison. — Le chef de la famille, Philémon, est un citoyen de Colosses, d’après Col. IV, 9 («lun d’entre vous »). Wieseler et d’autres voient dans Philémon un Laodicéen, mais sans la moindre raison valable ‘. Théodorel rapporte que de son temps on montrait encore à Colosses la maison de Philémon. Celui-ci doit avoir Joui d’une grande aisance. Îl a des esclaves; 1l possède une maison où 1l recoit des amis (v. 22). Sa munificence est connue (v. 9-7). L’épithète de ouvepyôs, que lui donne Paul, fait ressortir son activité chrétienne dans le milieu où 1l vivait. Paul n'ayant jamais été à Colosses, il est probable que Philémon et sa famille l'avaient connu dans un voyage à Éphèse. En tout cas, c'était à lui qu’il devait sa conversion, d’après le sens naturel du v. 19. — Appre ne peut être que la femme de Philémon ; Paul s'adresse aussi à elle, parce qu'il s’agit d’une affaire domestique. -— Archippe est vraisemblablement leur fils. On voit par Col. IV, 17 qu’il avait un office dans l’église; il remplaçait probablement Épaphras pendant son absence. Il est nommé suotoatitns de Paul, comme prenant part à la lutte contre les faux docteurs qui menaçaient le troupeau. — Par les mots : « L'assemblée qui se réunit en ta maison, »

1 Les raisons alléguées sont que la recommandation à faire à Archippe, Col. IV, 17, suit immédiatement celle de faire venir la lettre qui doit être parvenue à Laodicée, et que cette recommandation n'aurait pu être confiée à l’église même dont Archippe aurait été le pasteur.

lapôtre désigne la portion des chrétiens de Colosses (xara distributif) qui se joignait au culte de famille de Philémon; ils avaient sans doute connu Onésime, et Paul tenait à le réhabiliter auprès d’eux tous.

L'action de grâces (v. 4-7) porte sur la charité de Philémon, dont les preuves parviennent constamment aux oreilles de Paul (4xovwv), et sur la confiance qu’il a non seulement en Jésus, mais aussi envers les saints, {ous les saints, quels qu’ils soient, en vertu de l’œuvre de grâce que Jésus accomplit chez eux. Il y a une disposition chez les meilleurs chrétiens, après cerlaines expériences pémibles dans l’exercice de la bienfaisance, à se défier de ceux qui se nomment frères, particulièrement quand 1l s’agit de nouveaux convertis. Peut-être est-ce là ce que Paul redoute de la part de Philémon à l'égard d'Onésime. En attendant il loue chez lui la disposition contraire; car il sait que noblesse oblige, et 1l complète son action de grâces en exprimant le vœu que Fläctivité bienfaisante de sa foi devienne de plus en plus féconde à l’honneur de Jésus- Christ, à mesure qu’il discerne toujours mieux l’excellence de tout ce que Dieu met de bien dans le cœur des fidèles". En parlant ainsi, Paul encourage Philémon à la confiance en la réalité du changement opéré dans son esclave. Le v. 7 parait faire allusion à une circonstance particulière dans laquelle sa générosité avait éclaté. Serait-ce peut-être à l’occasion du tremblement de terre qui avait frappé cette contrée ?

1 Ainsi disparaissent, j'espère. les difficultés qui ont inspiré des doutes à Æoltëmann sur l'authenticité du passage v. 4-6, ainsi que les traces prétendues d'imitation qu'il va trouvées par rapport à Éph. I, 45 et suiv. Comment ne pas voir la différence entre le azxobsas et le axoïwvy et l'application toute différente de la notion de ist? Quel rapport enfin y a-t-il entre le vœu Éph. 1, 47 et celui de Philém. v. 6, qui est en relation si directe avec le cas dont il s’agit ?

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