‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 109 sur 144 · LE CORPS DE LA LETTRE · texte numérisé non relu

LE CORPS DE LA LETTRE

Après avoir ainsi préparé la demande qu'il a à lu adresser, Paul aborde ce sujet délicat avec beaucoup de précautions. C’est un siège en toute forme. Il se garde d’énoncer immédiatement l’objet de sa demande. Il rappelle d’abord à Philémon quel est celui qui la lui adresse (v. 8-9); puis il lui parle de celui pour qui il adresse (v. 10-16). Et ce n’est qu'après avoir ainsi fait les approches qu'il donne l'assaut en prononçant le grand mot sos hafo, recois-let (v. 17-21).

V. 8-9. C’est Paul qui prie. Il pourrait au besoin commander; il aime mieux demander comme un service personnel ce pardon qu’il pourrait exiger comme un devoir chrétien. Comment Philémon refuserait-il cette grâce à Paul, celui qui passe sa vie au service des Gentils, à Paul usé par l’âge, à Paul qui endure en ce moment toutes les incommodités de la captivité? St Paul avait au moment de sa conversion 30 à 39 ans, si cet événement a eu lieu vers l’an 37, et si, au moment où il écrivait, on était en l’an 62 ou 63, il devait avoir près de 60 ans.

V. 10-16. À ces motifs tirés de la personne qui demande, Paul joint ceux qu’il trouve dans la personne de celui pour qui 1l intercède. C’est pour son fils spirituel, qu'il a enfanté dans sa prison, celui qui jusqu'ici sans doute n’a guère mérité son nom d’Onésime /l’ulile), mais qui désormais en est tellement digne que Paul l'aurait volontiers gardé auprès de lui pour qu'il le servit dans l’œuvre de l'Évangile et qu’il fit pour lui tout ce que Philémon ferait lui-même sil était présent; mais il n’a voulu devoir celte assistance précieuse qu’à la bonne volonté de Philé-

1 Ce mot est inauthentique au v. 12.

it, Sal

mon lui-même. (est pour celui enfin qui, après avoir été momentanément perdu pour Philémon comme esclave, est recouvré maintenant par lui comme un frère et un frère pour l'éternité; frère aimé de Paul, combien plus de celui

qui l’avait aimé déjà précédemment comme son maître !

V. 17-91. Enfin l'énoncé de la demande, ainsi préparée : Recois-le; recois-le comme tu me recevrais moi-même. Cependant Paul pressent quelque chose qui pourrait s’opposer dans le cœur de Philémon à un tel accueil : Onésime ne s’est pas seulement enfui de sa maison, 11 lui à causé quelque grave dommage dont nous ignorons la nature et qui, en bonne justice, doit être réparé. Eh bien! oui, il le sera; et cela par Paul lui-même. Voici ma déclaration, écrite de ma propre main : je te le paierai. Cette offre est-elle sérieuse ? Oui et non; non, car l’apôtre sait bien que jamais Philémon ne l’accepterait ; mais, oui, en ce qu’elle est destinée à faire naître chez Philémon la réflexion suivante que Paul ne craint pas de lui suggérer lui-même : Comment celui à qui je dois tout, mon salut, pourrait-il me devoir quelque chose? Ce dernier obstacle enlevé, l’apôtre reproduit sa prière, v. 20, avec un oui qui écarte jusqu'à la possibilité d’un refus et en insinuant (v. 21) qu’il attend de Philémon quelque chose de mieux encore. Quoi donc? Il est à espérer que Philémon aura compris l’apôtre mieux que beaucoup de ses interprètes ; par ex. Meyer et Wäesinger, qui supposent que Paul attend pour son protégé un bienfait quelconque en sus du bon accueil réclamé, ou de Soden qui entend : «Tu feras pour lui au-delà de tout ce que je pense, » mais sans qu’il ait dans l'esprit rien de précis ! Tout cela pour ne pas se mettre en contradiction avec le sens impossible que l’on donne à la parole 1 Cor. VIT, 21 : « Préfère l’esclavage à la liberté qui l’est offerte ! » Weiss pense que

peut-être l’'apôtre insinue à Philémon l’idée de laffranchissement d'Onésime. Reuss dit nettement /Ep. paul., K, p. 241) : « Tu feras plus que je ne demande : tu lui donnede la liberté. » Comment douter en effet que ce ne soit

delà de ce que je te dis. » Au-delà d’un accueil pareil à

à le sens de ces mots : « Sachant que tu feras même au-

celui que l’on ferait à Paul lui-même, qu’y a-t-il autre chose que le don de la liberté ? Cette idée n’était-elle préparée par le ÿrèo dodo du v. 16? Et comment Onésime eût-1l pu se mettre au service de Paul dans l’œuvre de l’'évangélisation sans avoir été émancipé?

Et d’abord, v. 22, une bien douce prière qui est ajou- Lée immédiatement comme une sorte de récompense promise pour le bon accueil fait à Onésime. Le : ef en même lemps, indique clairement cette relation : « Tout en préparant le logement de l’un, prépare aussi celui de l’autre.» Celte parole s'accorde avec les passages de lPépitre aux Philippiens où Paul exprime l’espérance de leur être bientôt rendu (1, 25; I, 24), et cela, comme dans notre passage, par l'effet des prières de lPéglise.

Suivent, v. 25 et 24, les salutations des compagnons de Paul; ce sont les mêmes noms que dans lépitre aux Colossiens, sauf celui de Jésus Justus qui probablement n’était pas connu de Philémon. Epaphras est naturellement en tête, comme ami personnel de Philémon et de sa famille; 1l est appelé compagnon de captivité de l’apôtre, sans doute parce qu'il partageait l'appartement privé que Paul avait loué. C'était aussi le cas d’Aristarque (Col. IV, 24). Dans cette lettre privée, Papôtre omet naturellement les qualifications accordées dans la lettre publique à tous ses collaborateurs.

Circonstances de la composition.

Indépendamment même de toutes les coincidences que nous constatons entre notre lettre et l’épitre aux Colossiens, il résulte de son contenu qu’elle a été écrite durant une des deux captivités de Paul (v. 1 et 9): que cette captivité était celle de Rome — Paul jouit d’une liberté telle qu'il peut recevoir un étranger comme un esclave fugitif d’Asie- Mineure — et enfin que cette situation doit être cherchée plutôt dans la première parte de la captivité romaine car Aristarque et Luc, venus avec Paul à Rome, sont encore auprès de lui, tandis que plus tard ils sont absents (ép. aux Philipp.). Tous ces indices nous conduisent donc à la même date que celle de l’épître aux Colossiens : Rome, fin de l’an 62 ou commencement de l’an 63. Ce résultat s'accorde bien avec Col. IV, 7-9, où nous trouvons qu'Onésime est nommé avec Tychique comme porteur de la lettre à cette église. L'accord de toutes ces notices, énoncées sans la moindre trace d'intention spéciale, ne saurait provenir d’un agencement factice.

Dans l'antiquité, jamais aucun doute ne s’est fait jour au sujet de l’authenticité de ces lignes. Si les Pères aposloliques ne les citent pas, cela s'explique aisément par le manque de tout contenu didactique. Cette lettre se trouvait dans le recueil de Marcion, où elle occupait, d’après Épiphane, l’avant-dernière place, après les épitres aux Colossiens et aux Laodicéens (Éphésiens) et avant celle aux Philippiens, tandis que, d’après Tertullien, elle venait après celle-ci, comme la dernière. Marcion venait d’Asie-Mineure; il avait mis un soin particulier à l’arran-

ER RER RE DR D SE TS RER RS D OT SEE ER INR FOUR Ê Te Ne Lt Mar PAS VAR E FRE

sement de son recueil, dans lequel on retrouve presque complètement l’ordre chronologique que la critique actuelle assigne généralement aux épiîtres; enfin 1l n’y avait rien dans celte lettre qui pût le moins du monde favoriser l’enseignement de cet hérétique. Elle est également mentionnée dans le Fragment de Muratori, où elle est associée aux trois épiîtres Pastorales. L'auteur reconnait que ces quatre lettres n’appartiennent pas au nombre de celles que Paul a adressées aux sept églises auxquelles il a écrit (ainsi que Jean); ce sont, dit-il, de simples témoignages d'affection; néanmoins l’Église les a canonisées en vue des services qu’elles peuvent rendre à l’administration ecclésiastique.

A ces deux témoignages importants s'ajoutent ceux des anciennes versions, syrlaque et latine; ceux d’/rénée, de Tertullien (qui pense que la brièveté seule de cet éerit la préservé des falsifications de Marcion) et de Clément d’Alexandrie; enfin ceux d’Origène et d’Eusèbe.

Dans le préambule de son commentaire sur cette épitre, Jérôme mentionne l’opinion de gens qui ne la croyaient pas écrite par l’apôtre ou qui, si elle était de lui, estimaient qu'il ne l'avait pas écrite dans un moment où Christ parlait par lui, vu qu’elle ne contenait rien de propre à édifier; ils alléguaient en outre qu’elle était rejetée par la plupart des anciens, parce que c'était une lettre de recommandation et non d'enseignement. Jérôme répond à la première raison que l’on trouve dans toutes les lettres de Paul des choses qui se rapportent à cette vie terrestre, par ex. 2 Tim. IV, 13 (lordre de lui rapporter son manteau et ses livres), el à la seconde, que jamais cette lettre n'aurait été reçue par toutes les églises du monde, si elle n’était pas réellement de Paul.

Ce qui ressort de cette antique discussion, c’est que

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