IV. — VI, 10-20. L'Église militante
La tâche de l'Église ici-bas ne s’accomplit pas sous la forme d’un simple progrès. Elle nécessite une lutte, lutte non seulement avec les penchants mauvais du cœur et avec l’inimitié du monde, mais avec l'adversaire invisible qui attise la violence de ces ennemis naturels. Pour ce combat surhumain, les fidèles doivent se revêtir de l’armure surnaturelle dont Dieu a pourvu l’Église. L'apôtre décrit le croyant comme un de €es soldats romains connus et redoutés, tels qu’il en a un à son côté au moment où il écrit : ceint de la vérité en Christ, cuirassé de la justice qu’il Lire de lui, chaussé, comme d’un brodequin, du zéle à répandre l'Évangile de paix, opposant le boucher de la foi en la Providence aux projectiles enflammés du malin, s’avançant intrépidement dans la vie couvert du casque de l’assurance du salut, attaquant l’adversaire par la Parole dont l'Esprit fait une épée acérée, appelant: par la prière la bénédiction sur la lutte soutenue par Parmée entière et particulièrement sur la personne de celui que Dieu a placé à sa tête et qui, captif, préside encore dans les chaînes au glorieux combat de la foi.
Elle se réduit ici à peu de chose, par la raison surtout que Tychique était chargé des communications personnelles de Paul aux lecteurs. — Le xat bwesic, vous aussi, a été expliqué plus haut; il provient de la destination de la lettre à une pluralité d’églises. — Le vœu final est adressé aux lecteurs avec tous ceux qui aiment sincèrement le Seigneur et forment avec eux la véritable Église. Ainsi se termine, comme dit Schaff, « l’épître à l'Église sur l’Église. » Elle sait maintenant pour toujours ce qu’elle est
dans la pensée de Dieu et ce qu’elle doit devenir et faire, dans la communion de son Chef, pour répondre à sa sublime destination.
Circonstances de la composition.
Si cette lettre est authentique, elle doit avoir été composée dans le même lieu et dans le même temps que la lettre aux Colossiens. Car elles ont été portées toutes deux par le même messager, Tychique, et la formule d’envoi est presque identiquement la même (Éph. VI, 21. 22; Col. IV, 7. 8). De plus les relations de style et de pensée entre les deux écrits sont telles que l’on ne peut les expliquer ou que par un procédé de copie, incompatible avec le génie de l’apôtre, ou que par une composition simultanée. D’après cela la date serait : Rome, vers la fin de 62 ou le commencement de 63. Voir p. 909-510.
Les théologiens de l’école d’Antioche plaçaient la composition de cette lettre avant l’arrivée de Paul à Éphése, qui eut lieu en 54. Quelques critiques actuels la placent dans la captivité de Césarée (vers 60); de Soden, qui y voit le contre-coup de la ruine de Jérusalem, dans Île temps entre 70 et 90; Æwald, qui lattribue à un disciple de Paul, vers 75. Hollzmann y voit la transition au gnosticisme à son premier stage et parle de la fin du Ier siècle; Baur et son école descendent jusqu’à la grande période du gnosticisme, vers 140. La place que Marcion accordait à notre épitre dans son Canon ne permel pas de descendre plus bas. Discuter ici ces dates serait antieiper sur la question de l’authenticité.
Les lecteurs, auxquels cette épître était destinée, étaient
des chrétiens d’origine païenne; cela résulte incontestablement de Ï, 43. où ils sont opposés par le pronom vous aux Juifs croyants parmi lesquels se range l’auteur (nous, v. 11. 12); de II, 2. 8 et 11-22, évidemment adressés à d'anciens paiens; de IT, 13 et de IV, 17-19 [« comme le font les autres Gentils).» La présence d’une minorité Juive n'est pas exclue par là; elle résulte du nous opposé à vous, 1, 11 et If, 3. Mais pas un mot ne fait supposer chez elle une attitude agressive qu'il fût nécessaire de réprimer.
De Soden à prétendu que notre lettre était adressée à la chrétienté pagano-chrétienne en général, et non à certaines églises pagano-chrétiennes déterminées. Mais Tychique ne peut avoir été envoyé qu’à un cercle d’églises particuhiéres (VI, 21); et ce ne peut être aux églises pagano-chréliennes en général que Paul, ou l’auteur anonyme qui parle par sa bouche, adresse des paroles qui supposent qu'ils ne se connaissent point personnellement, ainsi, 1, 15; IH, 2. 4, 1V,24. Chacun savait qu'il avait fondé lui-même la plupart de ces églises. — Qui sontces lecteurs? Seraient-ce les chrétiens d'Éphèse? Nous avons déjà montré que cette manière de voir, qui a prévalu dans l'Église, est inadmissible. Cela résulle du manque complet de tous souvenirs personnels et de toute salulation, ainsi que des passages cités qui exeluent expressément toute relation antérieure entre Pa- pôtre et ceux à qui Ü s'adresse.
M. Macpherson ne reconnaît pas le sens des textes desquels nous tirons cette conclusion. Le œzovcaç, ayant entendu (E, 15), doit, selon lui, s'expliquer comme le trot, entendant, Philém v. 5. Ce mot signifierait simplement que, depuis qu’il a quitté Éphèse, Paul à reçu de bonnes nouvelles de la constance de leur foi et de leur charité. Mais æoÿov est un présent, etle passé dxoüoas a bien plutôt son parallèle dans Col. F, 4 qui s'applique à des fidé-
les que Paul n'avait jamais vus et ne laisse pas de doute sur le sens du passage des Éphésiens. Le : si du moins vous avez appris, I, 2, n’embarrasse pas davantage M. Macpherson; 1l n'implique pas la moindre incertitude, mais signifie : comme vous ne pouvez manquer de le savoir, vous au milieu desquels j'ai vécu. Le : st du moins vous avez entendu Christ..…., IV, 21, s’'appliquerait à lenseignement antérieur des fidèles par le Saint-Esprit. Le lec-
teur Jugera si c’est bien là une «saine et sobre exégèse, ».
comme l’affirme l’auteur. Quant à l’absence de salutations et de réminiscences personnelles, elle s'explique, selon lui, par le ton de « dignité soutenue » qui règne dans lépître et par la hâte résultant du départ imminent du messager. Ges réponses sont sans valeur.
Pour nous, la conclusion que nous lirons de lous ces indices est, comme nous l'avons dit, que non seulement la lettre n’a pas été adressée aux Éphésiens aussi bien qu’à d’autres, mais qu’elle ne leur à pas été adressée du tout.
Devons-nous, à l'exemple de Marcon, et en raison du passage Col. Il, 1, où les Laodicéens sont associés élroitement aux Colossiens et rangés expressément parmi les chrétiens non connus de Paul, envisager notre épitre comme ayant été adressée spécialement à cette église, ainsi que le pensent WMangold et d’autres? En tout cas, nous ne saurions admettre qu'elle ait élé adressée aux Laodicéens uniquement. Car si l’auteur la leur eût destinée spécialement, il ne leur aurait pas envoyé, ainsi qu’à un membre éminent de cette église, des salutations par l'intermédiaire des chrétiens de Colosses (Col. IV, 15). Et si l’on admet avec Marcion que notre épitre devait parvenir aux Laodicéens, il faut reconnaître aussi qu’elle devait avoir en même temps une destination plus générale qui ne comportait pas de sabutation ‘particulière. Et nous nous
trouvons ainsi de nouveau en face de l’hypothèse d’une circulaire adressée à des églises dont Laodicée faisait partie et qui n’était autre que notre épilre aux Éphésiens. De Soden croit réfuter cette idée d’une lettre circulaire : Pourquoi ne pas renfermer simplement Colosses dans le circulus, et lui adresser en outre une lettre propre ? Et pourquoi ne pas donner aux Laodicéens dans la lettre à eux destinée la même direction qui est donnée aux Colossiens à l’égard de la leur propre (Col. IV, 16)? Mas le danger dont était menacée Colosses pouvait s'étendre à Laodicée, qui n’était éloignée de Colosses que de quelques lieues; il pouvait done être utile à cette église de prendre aussi connaissance de la lettre spéciale. Et, d'autre part, la destination générale de l’épitre que devait recevoir Laodicée, ne permettait pas d’y insérer une direction semblable à celle de Col. IV, 16. Nous ignorons la raison pour laquelle Paul n'avait pas jugé bon de faire faire une copie spéciale de la lettre circulaire en faveur des Colossiens. Simplement sans doute parce que cela ne lui avait pas paru nécessaire. — Mais, demande-t-on encore, qui devait remplir le blanc dans les exemplaires de la lettre générale ? Vraisemblablement Tychique, en les remettant à chaque groupe des églises de l’intérieur auxquelles ces exemplaires étaient destinés. Schnedermann objecte qu’un mode si compliqué sent trop les façons d'agir modernes.
Mais Paul ne craignait pas de se frayer de nouvelles
voies, et l’on peut voir par 2 Cor. I, 1, par Gal. [, 2 et par Apoc. [-IIF, que des écrits apostoliques furent souvent adressés à un certain nombre d’églises, sans que nous sachions si l’on se contentait d’un seul exemplaire à faire circuler ou si l’on en faisait copier un certain nombre.
1 A lire l’exposé ironique que donne M. Macpherson, p. 62 et 63, de ma manière de voir, que j'ai présentée dans une série d'articles sur Îles
Quel but s’est proposé lapôtre en joignant à l’épitre aux Colossiens une lettre plus générale destinée à des églises qu'il ne connaissait pas personnellement ? Autant celui de l’épitre aux Colossiens est évident, autant celui de lépitre aux Éphésiens paraît difficile à définir.
Baur pense qu’en exposant à l’Église une notion supérieure de la personne de Christ et en faisant ainsi de lui le centre d'unité dans lequel s’harmonisent toutes les oppositions, l’auteur a voulu l’élever à la conscience de son unité et travailler à la solution du contraste entre les chrétiens du judaïsme et ceux de la gentilité. Même idée dans l’école de Baur, avec différentes nuances. D’après |: Hilgenfeld, l'auteur lutte en faveur du droit des païens à occuper dans l’Église une position égale à celle des chrétiens juifs. Il cherche par là à réhabiliter le paulinisme dans cette église d'Asie où le judéo-christianisme, introduit par Jean, l'avait supplanté. Pfleiderer croit que l’intention de l’auteur a été de réprimer la licence des paiens convertis et l’antinomisme qui les poussait à rompre avec les judéo-chrétiens. De Soden ne trouve dans la lettre aucune trace d'intention polémique; l’auteur engage simplement tous les chrétiens païens, à la suite de la ruine de Jérusalem, à serrer leurs rangs. Weiss a une idée très particulière. Il y avait en Asie-Mineure, comme le prouve la 1'e épître de Pierre, composée selon lui avant la nôtre, un grand nombre d’églises qui devaient leur origine, non à Paul, mais à des chrétiens venus de Jérusalem et représentant le christianisme apostolique. C’est à l’union de ces églises avec celles qu’il avait fondées lui-même depuis son arrivée en Asie qu’a voulu travailler Paul dans cette
épitres de Paul dans l£xpositor en 1885 et 1888, articles réunis dans louvrage Studies on the Epistles, Londres, chez Hodder et Stoughton, 1889.
épitre. Aux veux de Hollzmann et de Reuss, l’idée centrale de la lettre est celle d’un plan divin dominant le développement de l'univers moral el ayant pour but la réunion de toute l'humanité, jadis séparée en judaïsme et paganisme. M. Sabatier attribue à notre épitre un but spéculatif : « Jusque-là l'Évangile avait été conçu comme moyen de salut; l’apôtre l’élève maintenant à la hauteur d’un principe universel. » «Îl tente dans cet écrit un essai de métaphysique chrétienne. » Il montre la rédemption comme «la pensée éternelle de Dieu, embrassant non seulement tous les âges, mais encore l'univers entier.» Sans entrer dans l’examen de détail de chacun de ces points de vue, je me contenterai d'y opposer celui qui me paraît ressortir de l’épitre elle-même lue sans préoccupation. L’auteur veut engager les églises, en majeure partie pagano-chrétiennes, qui relèvent de sa mission en Asie, à élever leur conduite morale à toute la hauteur de saintelé que réclame la dignité de membres du corps de Christ, qui leur appartient à légal des membres de l’ancien peuple élu. Si l’on se met à ce point de vue, on comprend toute la première partie qui n’est que la voie pour arriver à la seconde, vrai but de la lettre. L'épitre est concentrée tout entière dans le versel IV, 1 : «Je vous exhorte : donc à vous conduire d’une manière digne de l'appel que vous avez reçu, » parole à laquelle vise toute la première partie et dont procède toute la seconde. L'unité de l’Église rentre sans doute comme trait essentiel dans- le tableau que fait l’apôtre de ce saint organisme du corps de Christ. Mais cette idée ne saurait expliquer le modèle complet de la vie chrétienne que Paul trace dans la seconde partie, m1 la description de la lutte et des armes du chrétien qui termine la lettre et dans laquelle il n’est pas fait la moindre allusion à Flunion entre les membres de
l'Église. La grandeur de la grâce accordée aux chrétiens paiens et la hauteur de la sainteté à laquelle cette grâce les appelle, voilà l’épitre dite aux Éphésiens, dans laquelle l’appel à l'union ne Joue qu’un rôle secondaire, et la tentative de constituer une métaphysique chrétienne aucun rôle quelconque. Si lapôtre étale aux yeux de ses lecteurs «la sagesse d’avant les siècles» (1 Cor. If, 7), il ne songe pas à les charmer spéculativement; 1l veut les conquérir tout entiers à Dieu par l’intelligence des plans de son immense et éternel amour.
L’authenticité.
Il est étrange que cette épitre, la plus attaquée de toutes celles de Paul, soit précisément celle qui possède les plus fortes garanties dans la tradition ecclésiastique.
Le premier et le plus important témoignage est celui d'Ignace d’Antioche (au commencement du Ie siècle) qui dit aux Éphésiens (ad Eph. XI, 3): « Vous êtes le lieu de passage de ceux qui sont enlevés à Dieu, les co-initiés de Paul, le sancüufié.. qui dans toute la lettre se souvient de vous en Christ.» Si ce sens est exact, l’expression grecque est incorrecte ; car le texte porte littéralement : dans chaque lettre, év mxcn émiorod. Si l’on s’en tient, d'autre part, à ce sens littéral, cette parole n’a pas de sens, puisque Paul ne mentionne pas les Éphésiens dans chacune de ses lettres. Il me paraît probable qu'il faut lire avec le rédacteur de la récension amplifiée : mavrore ëv roc denses adrod, « incessamment dans ses prières, » comme Éph. 1, 16; à moins qu’en adoptant la première traduction, on ne trouve là une allusion à [, 16, puis à
lp 4 n D, ARS D" DORE CT PR PR RES Te NL, FR RE CRE RSS ER D A 7 EN OA, a NE QUE nr ef ae à FA BEST ASS ne on CAN # US — Dr de AS LR LOT Er : “ k : D. LEËA <
I, 14, où Paul parle de ses prières pour les lecteurs, au commencement et au milieu de l’épitre. Quoi qu’il en soit, en appelant les Éphésiens les co-initiés (suupcra:) de Paul, Ignace fait bien probablement allusion à Eph. IE, 3, où l’apôtre parle du mystère qui lui a été révélé et qu’à son tour il révèle aux églises. Ces mots, joints à ceux-ci: « Vous êtes le lieu de passage de ceux qui vont au martyre» (dans lesquels Ignace fait allusion au passage de Paul et au sien propre), prouvent que déjà de son temps on envisageait l’église d’Éphèse comme celle à laquelle notre épitre avait été adressée. Il n’y a rien là, je crois, qui soit incompatible avec l'explication que j'ai donnée de cette tradition.— Dans la lettre à Polycarpe (V, 1), Ignace lui dit : « Recommande aux frères, au nom du Seigneur Jésus, d'aimer leurs compagnes, comme le Seigneur aime l'Église, » par où il rappelle sans doute Éph. V, 25-929.
Polycarpe, un peu plus tard, écrit aux Philippiens (E, 3) : «Sachant que vous êtes sauvés par grâce (ydourt ceswouévo), non par les œuvres (0x ? £oyov), mais par la volonté de Dieu en Jésus-Christ. » Ces mots rappellent incontestablement Éph. Il, 8-9. La manière dont le même Pére cite (ad Phil. XIE, 1) la parole du Ps. IV, 4 : & Mettez-vous en colère et ne péchez pas, » en la combinant, comme elle l'est Éph. IV, 26, avec cette recommandation : « Que le soleil ne se couche point sur votre colère, » ne permet pas de douter, comme le reconnaît de Soden, que ce ne soit 1e1 une réelle citation.
Nous avons vu que Warcion, vers l'an 140, plaçait dans son Canon notre épitre à son rang chronologique; 1l venail du Pont. En Orient aussi, la traduction syriaque et, en Occident, l’ancienne version latine et le Fragment de Muralori la reconnaissent également comme apostolique. L'école de Valentin en faisait grand usage, citant,
au dire d’Irénée (1, 8, 5), Éph. V, 13, comme parole de Paul. D'après les Philosophumena (NI, 34. 35) la prière Éph. II, 16-18 était citée par elle avec cette formule : « C’est ici ce qui est écrit dans l'Écriture » (rù yeyoapuévoy & ri youo%), el Éph. I, 5 : « Le mystère qui n’a pas été revélé aux générations précédentes, » avec celte formule : € L'apôtre dit. » Nous constatons enfin que notre épître a été employée, sans la moindre indication d’un doute sur son origine, par Jrénée, Clément et Tertullien, ainsi que par Origène et Eusèbe. Renan dit nettement : «Parmi les lettres qui portent le nom de Paul, l’épitre aux Éphésiens est peut-être celle qui a été le plus anciennement citée comme une composition de l’apôtre des Gentils. »
Érasme déjà avait exprimé son étonnement de la différence de style entre cette lettre et les précédentes. Des doutes positifs furent énoncés en premier lieu par Usters, dans son Entwickelung des paulinischen Lehrbegriffs, 1824. Disciple de Schleiermacher, 11 était en cela sous l’influence de ce maître. D’après les leçons de ce dernier, en effet, publiées après sa mort (Ent. ins N.T. 1845), de grands doutes résultaient pour lui de labsence, dans l'adresse, du nom de Timothée, pourtant présent alors auprès de Paul (Gol. 1, 1), de la prolixité du préambule, du manque de tenue et de la forme rhétorique dans le développement des idées, de l’absence de tout ce qui rappellerait les relations personnelles de l’apôtre avec l’église d'Éphèse, de l'ignorance de sa mission d’apôtre des Gentils, supposée chez les lecteurs ; enfin de cette reproduction dans une seconde lettre du contenu d’une lettre précédente. L'idée d'une circulaire ne le satisfaisait pas. Tout cela le conduisait à supposer que Tychique ou quelque autre avait rédigé cette lettre aux églises qu'il devait visiter et quelle fut signée par Paul, après avoir été relue par lui.
Ces motifs de doute furent plus énergiquement accentués par de Wetle (Eint., 1826, et dans son Commentaire, 1843). Notre épitre n’était guère qu’ Qune amplification verbeuse » de celle aux Colossiens, dénuée de toute consistancé par suite du retranchement de la polémique, qui était l’âme de celle qui avait servi de modèle. C’est un disciple bien doué de l’apôtre qui l’a composée, encore dans le temps apostolique et dans un but irénique.
L'attaque la plus sérieuse est provenue, ici comme dans tant d’autres cas, de Baur et de son école (Schwegler, Kôstlin, Hilgenfeld, Hausrath, ete.). Ge savant crut reconnaître dans notre épitre les traces d’influences gnostiques et même montanisies, d’où il résulte qu’elle est due, aussi bien que celle aux Colossiens, à un auteur vivant vers le milleu du second siècle; le but de Pécrit, but étranger à lapôtre Paul, mais semblable à celui de lPévangile de Jean, à élé de réunir en une grande unité les éléments divers de l'Église de ce temps. L'auteur a jugé utile de développer dans un second écrit le contenu plus général (non polémique) du premier, €sans doute parce qu'il croyait que ce qui était dit deux fois de la même mamiére dans deux lettres ferait plus d'impression que si cela n’était dit que dans une seule. »
Ewald se rattacha à la critique de de Wette ; Renan également, mais tout en subissant l’influence de celle de Baur. Paul a-t-1l pu passer son temps à contrefaire lui-même un de ses ouvrages, à faire une lettre banale avec une lettre topique et particulière ? Il y a d’ailleurs dans l’épitre aux Éphésiens des mots étrangers à la langue ordinaire de Paul; la phrase est diffuse, molle, chargée de mots inutiles, enchevêtrée d’incidentes parasites. Lesidées aussi différent en bien des points. Le gnosticisme est dans celte épitre tout à fait manifeste. L'Église est conçue comme
un organisme vivant, ce qui reporte la pensée aux années 79 ou 80, — ici l’auteur se sépare de Baur ; — la théorie du mariage est différente de celle de Paul. Peutêtre l’apôtre avait-11 chargé Tychique ou Timothée de composer la circulaire, en la calquant sur lépitre aux Colossiens, tout en écartant ce qui avail un caractère topique. |
Le rejet de l'authenticité a trouvé dés lors toujours plus de partisans : en Angleterre Davidson ; en Hollande Scholen, Hœkstra, Blom et d’autres; en Allemagne Hônig, Hailzig, Hollèmann, qui fait de la partie authentique de l’épitre aux Colossiens le noyau amplifié par l’auteur de celle aux Éphésiens (au moyen de celle aux Hébreux et de l’Apocalypse), Ritschl, Pfleiderer, qui attribue cet écrit à un judéo-chrétien différent de l’auteur des Colossiens et déjà plus rapproché du montanisme, Weizæcker, qui découvre déjà le faussaire dans la manière dont il fait parler Paul de lui-même (Éph. HI, 1 et suiv.), mais qui trouve néanmoins dans cette lettre des parties plemes de vie, de vifs éclairs de pensée el parfois une langage qui rappelle le vrai Paul, Mangold, Schmiedel, enfin de Soden, le défenseur de l’épitre aux Colossiens contre Holtzmann, et Alôpper, qui du camp des défenseurs a passé maintenant à celui des attaquants. I est particulièrement intéressant de connaitre les motifs qui ont déterminé la conviction de ces deux savants. Ce sont, pour de Soden, les différences de style, la manière nouvelle de comprendre l'Église et de parler des douze apôtres, une conception différente de la rédemption, l'habitation spirituelle de Christ dans l’Éolise substituée à l’attente de la Parousie, ete. L'auteur serait un Juif de la Diaspora, vivant peut-être à Rome, d’après lemploi qu'il fait de 1 Pierre et de Pépitre aux Hébreux, ou en Asie-Mineure, d’après l'adresse à Éphèse
FL WA 48 gulges 1 w) 2 D VONT Rte | NE VEN PARU Qi A SES EN TS di IE RRQ 2 SRE Mt PT LEE. PET TU R REC ASE 2 + L'Aad LP AT PEL» ts # HAS ; DAT: Se Fe En pe A QU D ss We % LEE Ne EN RL: fi É 0 * - | NENFE-E ARE Le +6: #t 7 LL es PARC IT LATE Ce Te = RES D K à
et l'emploi qu’il fait de lépitre aux Colossiens, de l'évanaile de Luc et de lApocalypse.
Pour Klôpper, les différences de style ne seraient pas un motif décisif. Mais le vrai Paul ne peut avoir parlé des apôtres comme ayant été associés avec lui à la révélation du mystère de la vocation des païens (HE, 3-9; comp. IF, 20-29). La rédemption est dans cette épitre due à Christ, non plus à Dieu; la réconciliation a lieu entre Juifs et paiens, non plus entre Dieu et les hommes (IE, 11-19). Chez Paul la Parousie forme la clôture prochaine du présent siècle, tandis que dans celte épitre le développement de l’Église a encore de nombreux siècles en perspective (aioves émepyouevor, Il, 7). Quelques autres différences sionalées me paraissent artificielles et sans portée.
Nous avons à examiner maintenant la valeur de toutes ces objections.
Remarquons d’abord que toutes celles qu’on a tirées du manque de salutations, ainsi que des paroles qui prouvent que les lecteurs n’étaient pas encore connus de l’auteur, tombent d’elles-mêmes dès que la lettre est envisagée comme une encyclique adressée aux églises phrysiennes, situées à l'intérieur de lPAsie-Mineure. Nous constatons ensuite que, quant aux prétendus rapports soit d'opposition, soit d’affinité, avec le gnosticisme et avec le montanisme, les derniers critiques n’en tiennent plus aucun compte. Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit à l'égard du gnosticisme en étudiant l’épitre aux Colossiens. Quant au montanisme, il ne peut en être question, quand 1l s’agit d’un écrit qui ne mentionne pas même la Parousie, qui parle fort peu de l'Esprit (rveôux), employant de préférence la formule dans le Seigneur (ëv Kuoiw), et qui voit dans les prophètes non les révélateurs de faits à venir, mais les interprètes de l’œuvre ac-
912 EPITRE AUX ÉPHESIENS.
complie présentement dans le monde par l'Évangile. — La notion de l’Église comme unité organique embrassant toutes les églises locales, n’est nullement étrangère à l’esprit de Paul. 11 dit Gal. 1, 183 qu’il a persécuté « l’Église de Dieu. » 1 Cor. X,32, il oppose aux Juifs et aux Grecs « l'Église de Dieu. » Selon À Cor. XII, 28, «Dieu a établi dans l'Église en premier lieu les apôtres. » Que si cette notion d'unité est particulièrement relevée dans notre épitre, comme elle l’est aussi, quoique à un moindre degré, dans celle aux Colossiens, cela lient à la nature des sujets traités dans ces deux écrits, sujets dont ce grand fait est un élément important. L'on ne peut qu’admirer la perspicacité de M. Renan qui sait dire en quelle année, ou à peu près, celte idée a surgi dans la pensée chrétienne et qui croit pouvoir dater par ce moyen, à quatre ou cinq années près, la composition de notre épiître. Relativement aux apôtres, le vrai Paul ne les traite pas autrement qu'ils ne le sont dans notre épître, quand 1 Cor. XIE, 28. 29 il leur assigne la première place (& en premier lieu les apôtres, en second lieu les prophètes... ») dans l’énumération des dons et charges établis par Dieu dans l'Église ; quand 1 Cor. XV, 9. 41 il met leur témoignage sur la même ligne que le sien propre dans l’œuvre de la fondation de l’Église; quand il associe étroitement leur sort au sien, À Cor. IV, 9; quand Rom. XVI, 95 il fait rentrer son évangile dans le lémoignage général rendu à Christ, par qui, si ce n’est par eux? El n’a-t-1l pas toute raison de parler ainsi, en pensant à la vision de Pierre à Joppe (Act. X, 10 et suiv.) et en se souvenant du rôle de ces Douze, élus spécialement pour fonder l’Église (Luc VI, 13 et suiv.; Marc HE, 13 et suiv.) et qui ont entendu et reproduit publiquement des paroles telles que celles-er1 : « Le champ, c’est le monde; » «En vérité, je vous dis qu'il en
w > \ Kerr r x 3 #4 :
r-L =" ft CLONE A ET 25 4 FRS Re Cr NN Se te LE TETE Le UE PCT PRET ee Te or ERA E ET je | k .
Fur
viendra d'Orient et d'Occident qui seront assis à table dans le royaume des cieux, avec les patriarches, tandis que les enfants du royaume seront jetés dehors. » Il faut hien remarquer en effet que ce n’est pas le fait de la vocation des païens en lui-même qui a été l’objet de la révélation particulière accordée à Paul, mais la simplicité de la condition d’entrée exigée d’eux, la foi seule.
Quant à lPépithète de saints donnée aux apôtres et prophêtes (IL, 5), elle est appelée ici par la notion de révélation qui domine tout le passage. Les prophètes de Pancienne alliance sont appelés saints, Luc F, 70 (« selon que Dieu à parlé par la bouche de ses saints prophètes »), en raison du contact immédiat avec le Dieu saint que supposait chez eux l’agte révélateur; c’est par la même raison que Rom. I, 2 leurs écrits sont mentionnés avec cette même épithête («ce qu'il a promis par ses prophètes dans de saints écrits »). De même encore ! Cor. XV, 1; 2 Cor. VIT, 4; IX, 1, Paul parle de la collecte faite pour les saints, par où il entend les jJudéo-chrétiens de Palestine, non qu'il les envisage comme moralement meilleurs que les croyants d’entre les paiens, mais parce qu'ils appartiennent à un peuple spécialement rapproché de Dieu par la révélalion qu’il a reçue de lui. L'homme à qui Dieu se communique pour qu’il puisse communiquer le message divin à ses frères, reçoit le titre de saint, non parce qu'il est plus pur qu'eux, mais parce que Dieu la jugé digne de lui servir d’organe. Il n’est donc pas besoin de recourir, comme le fait Reuss, à la supposition d'une interpolation pour expliquer celte épithète donnée ici aux organes de la nouvelle révélation.
Y a-t-il réellement de l’inconvenance dans la manière dont Paul parle, IE, 1 et suiv., de son apostolat et de son intelligence du mystère de Christ? Vis-à-vis de lecteurs
inconnus il doit revendiquer une autorité plus que sim-
plement humaine pour l’œuvre qu'il fait en leur faveur et
pour l’enseignement qu'il leur donne. N'est-ce pas de leur
salut qu'il s’agit? Quant à lui personnellement, on peut lire . la manière dont il se taxe.
La notion de la descente aux enfers (Éph. IV, 9), que l’on dit étrangère à Paul, est-elle réellement renfermée dans ce passage, et ne faut-1l pas voir dans les mots räs yñs un complément d’apposition : «les lieux inférieurs, qui sont la terre elle-même »? C’est une question. Quoi qu’il en soit, comment pourrait-on expliquer Rom. XIV, 9 sans faire intervenir l’idée de la descente de Christ dans le séjour des morts ? — Il est faux de prétendre que la notion du mariage diffère dans notre épitre de celle qu'énonçait Paul
dans la 4re aux copies Il suffit pour s’en convaincre de relire 1 Cor. XI, 3 et7
Il est faux également que er universalisme de notre épitre soit différent de celui de Paul, qu'il consiste uniquement dans l’incorporation des paiens au peuple juif qui reste le vrai, l'unique peuple de Dieu, que la rédemption enfin ne consiste, d’après notre auteur, que dans lPabolition du mur miloyen qui séparail Juifs et païens. La réconciliation des Juifs et des paiens est sans doute, conformément au contexte, le premier fait relevé If, 13-15; mais dés le v. 16 l’auteur s'élève au fait de nature supérieure dont dépend le premier. Si les Juifs et les paiens ont été réunis en une seule humanité nouvelle, ce n’est pas que les seconds aient été purement el simplement agrégés aux premiers. Comme le dit bien Oltramare, «la réconciliation n’a pas lieu sur le terrain juif.» En Christ, les uns et les autres ont été élevés par la réconciliation commune avec Dieu à un niveau supérieur (v. 16, r& Üe&), et c’est dans cette sphère commune du salut divin qu’ils se sont rencontrés
ONE ARE Or TOR At ee re * pr 4 *
et unis et qu’en commun ils ont accès au même Père, en en même Esprit (v. 18).
Si l’on voulait presser l'expression de conciloyens des saints au point d'en conclure qu'aux veux de l’auteur le christianisme n’est que le judaïsme perfectionné et que par conséquent les paiens deviennent réellement juifs en se faisant chrétiens, 1l faudrait à plus forte raison tirer cette conclusion du passage de Rom. XT où Paul représente les paiens convertis comme des branches d’olivier sauvage entées sur le tronc de l'olivier franc.
En donnant à l'expression œidves étesy uevor le sens de siècles fulurs sur cette terre, comme 1 l’idée de la Parousie était remplacée 1c1 par celle d’us lent développement de l’Église, il est clair que l’on arrive à une intuition toute différente de celle de lapôtre. Mais où est le droit de cette interprétation? De Soden dit lui-même: «€ Expression désignant le siècle messianique qu: commence avec la Parousie » ; comp. Marc X, 30 et Luc XVII, 30 (6 œibv Ô ÉOYOILEVOc).
Hollzmann dit qu'une épitre qui ne discute plus le droit des paiens, qui se contente de l’aflirmer et d’en célébrer le triomphe, dépasse par là même le temps de Paul qui à élé celui de Ja lutte. Mais qui nous dit que la victoire, une victoire relative, nait pu appartenir encore à l’époque de Paul? Les épitres aux Galates et aux Romains n'avaient pas été écrites en vain, le ton de la seconde est déjà tout autre que celui de la première. Dix ans de lutte énergique comme celle qu'a soutenue personnellement lapôtre pour cette orande cause de la vocation et de Paffranchissement des paiens, et surtout l'apparition sur le théâtre de l’histoire, en Asie, en Grèce, en [talie, d’églises innombrables au sein de la gentihté, n’observant plus la loi de Moïse, ces faits-là n'avaient certes pas manqué d’apporter la lumière
PE
dans les esprits. Mais ce qui est plus remarquable, c’est que celle vicloire est pour l’auteur de notre épitre l’objet d’une contemplation pleine d’étonnement. Il la célèbre comme un fait nouveau et tout récent. Ce qui était inconnu dans les âges précédents est enfin présentement révélé et réalisé. Ceci nous reporte précisément au temps où, vers la fin de sa carrière, l’apôtre, jetant un regard en arrière sur la grande œuvre de sa vie, V reconnaissait avec adoration l’accomplissement du plan éternel de Dieu 1. Arrivons aux objections les plus sérieuses. C’est d’abord la dépendance où notre épitre doit être de celle aux Co-
ammecnsunanns +
lossiens. Paul peut-il avoir contrefait son propre écrit, s’être copié lui-même? Les tables de parallèles dressées par de Wetle et Hollzimann ne laissent aucun doute sur la relation Httéraire qui existe entre les deux écrits. Cest dans lPexplication du fait qu’on diffère. Mayerhoff, avec quelques autres, admettant Pauthenticité de lPépitre aux Éphésiens, pense que l’auteur de celle aux Colossiens a voulu en faire un extrait. De Welle et d’autres croient au contraire que l’épitre aux Colossiens est l'original que l'auteur de celle aux Éphésiens a amplifié. Hollzmann, dans un écrit qui est un chef-d'œuvre d’exactitude, de patient labeur et de sagacité, a reconnu à la fois les caractères d'originalité et de dépendance des deux lettres et fondé là-dessus l'hypothèse que nous avons exposée. Toules ces opinions méconnaissent un fait capital dans cette question, c’est, malgré ces coïncidences partielles, l’originalité complète des deux écrits quant à leur idée centrale, quant à leur but et quant à leur marche. L'œil est frappé d'abord par les parties dans lesquelles les deux circonfé-
1 Voir les admirables réflexions de Salmon sur ce sujet, Zntrod., p. 428-431.
rences coïincident; mais à la longue il reconnait la distance qui sépare les deux écrits.
L'idée centrale de lépitre aux Colossiens est ce que la personne de Christ est pour l'Église ; celle de l’épître aux Éphésiens, ce que l’Église est et doit être pour Christ. Ce que Christ est pour l’Église dépend naturellement de ce qu'il est lui-même en vertu de la relation qu'il soutient avec Dieu; de là le morceau christologique qui est le point de départ de l'épitre aux Col. et que de Soden a la malheureuse idée de vouloir éliminer. — Ce que l’Église est pour Christ dépend aussi naturellement de ce qu'elle est dans la pensée et dans le dessein de Dieu; de là le morceau sur l’Église qui forme le point de départ de l’épitre aux Éphésiens et où elle est présentée comme l’Élue éternelle de Dieu destinée à devenir le corps, c’est-à-dire la demeure et l’organe du Christ. — Le but des deux lettres n’est pas moins différent que leur point de départ. La première tend à montrer à l’Église qu’elle ne doit chercher aucun moven de sanctification en dehors de Christ, vu qu’elle a tout pleinement en lui, la seconde veut lui faire sentir ce qu’elle doit être pour répondre à sa glorieuse destination d’organe parfait du Christ glorifié.— La marche suivie dans l’un et l’autre écrit répond à cette double différence de but et de point de départ. Dans l’un, l’auteur commence par exposer la plénitude du salut qui est renfermée dans la personne et l’œuvre de Christ, puis 1l écarte les méthodes qui prétendent emplover d’autres moyens. La voie suivie dans l’autre est d’exposer d’abord la grandeur incommensurable de la grâce faite aux païens, appelés à former en commun avec les Juifs le corps de Christ; puis de tracer le tableau de ce que doit être l’Église de la gentilité pour se montrer digne de cette glorieuse position.
l’on voit ainsi la différence des deux sphères dans lesquelles se meuvent ces deux épitres et des deux centres qui en dominent le mouvement : pour l’une le Christ; pour l’autre l’Église. Mais on comprend aussi par là qu’elles doivent coincider sur une partie de leur surface : lexposé de ce que Christ est pour l’Église touche de trop prés à l'exposé de ce que l'Église est pour Christ, pour qu’un auteur, traitant successivement ces deux sujets, püt sans pédanterie ne pas se répéter dans les parties homogènes. «Ce qui serait surprenant, dit M. Renan lui-même, c’est qu’il en fût autrement. » Paul a eu le bon esprit de ne pas craindre celte répétition. C’est pour navoir pu admettre ce procédé si simple et si naturel que Holtzmann s'est jeté dans l’inextricable complication et Parbitraire sans bornes qui ont frappé de nullité son immense travail.
Outre limitation de lépitre aux Colossiens, on objecte celle de la 1'e de Pierre, de l’épitre aux Hébreux et de Apocalypse. Mais pourquoi envisager comme preuves d'une dépendance littéraire des coïncidences qui peuvent provenir du fonds commun des idées chrétiennes et des relations personnelles qu'ont dû avoir entr’eux les auteurs de ces écrits ? Se représente-t-on celui d’un écrit aussi original et — dirai-je ? — aussi compacte que l’épître aux Éphésiens, le composant en copiant successivement ici une phrase, là un membre de phrase ou bien un mot de l’un, puis de l’autre des écrits susnommés ? La {re de Pierre est écrite tout entière dans le but de préparer l'Église à la persécution qui paraît imminente, et c’est de cet écrit que dépendrait l’épître aux Éphésiens qui n’aborde pas un instant l’idée de la souffrance en général, encore moins celle de la persécution! On cite le terme de mauvais jour (VI, 48); mais cette expression très vague a, d’après le
pts + its CR de AE oo ns V4 DES CS, D LA PR ETS TRS MERE OU) PT rs VMS JAMES PA PAT ME PS ; SRE d