‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 117 sur 144 · SONT · texte numérisé non relu

SONT

L’AUTH ENTICITÉ. 079

k contexte, un sens moral et purement individuel; et ce terme qui seul rappellerait l'idée de lépitre de Pierre est étranger à celle-ci. Les rapports avec les deux autres écrits existent bien quant au fond, mais non quant à la forme. Et en tout cas, il faudrait prouver que, s’il y à eu imitation, ce procédé n’a pas eu lieu en sens inverse de celui qu'on admet.

La réelle, la sérieuse objection contre lPauthenticité de notre épitre, celle qui, je l'avoue, n’a pas été sans provoquer bien souvent chez moi des doutes, c’est celle que soulève le style de cet écrit; non pas les 78 hapax (par rapport aux autres épitres de Paul) ou les 34 (par rapport au resle du N. T.) que l’on allègue; -— nous renvoyons à ce sujet à ce qui a été dit p. 149 : 519 et suiv. On parle de verbosité, de lourdeur, d’enchevêtrement. Je crois que c’est forcer la note. On signale dans cet écrit une abondance d’épithèêtes, une richesse de compléments ou de synonymes, des séries de propositions incidentes, qui, nonobstant la grandeur et la variété des idées, contrastent avec la vigoureuse sobriété qui caractérise en général le style de Paul. Peut-on admettre que la pensée de l’apôtre ait jamais pu revêur une forme aussi oratoire ? Je ne le crois pas impossible. Le ton d’un hymne n’est pas celui d’un traité. Un chant de triomphe ne ressemble pas à un cri de guerre. Le génie de Paul était assez souple pour adapter sa mamère d'écrire à des genres de composition fort différents. Il rappelle aux Corinthiens (1re ép. XIV, 48) « qu'il parle en langue plus qu’eux tous. » Nous savons plus ou moins ce que signifiait ce terme de langue : un discours dans lequel l’exubérance du sentiment lPemportait sur l'exercice des facultés rationnelles. Paul réclame 3 pour cette raison de celui qui veut parler en langue dans l'assemblée, qu’il interprète le contenu de lextase à la-

quelle son âme vient de se livrer. Un pareil discours était, d’après le v. 6, tout différent d’un enseignement et même d'une prophétie. Son caractère dominant d’après le v. 18

était l’action de grâces, l’eyaoictix. Or c'est précisément

là aussi le caractère de notre épitre, surtout dans la première partie où se font le plus remarquer les traits particuliers qui ont été signalés; voir surtout les passages Î, 3-14; 15-11, 10; 19-22; HE, 15-21. Je ne dis point que ces morceaux aient été la traduction d’une langue; je constate seulement que l'esprit de l’apôtre était apte à les produire. Le désir qu'éprouvait Paul de faire sentir aux chrétiens d'Asie, jadis plongés dans le paganisme le plus grossier, la grandeur de l’œuvre de grâce accomplie en leur faveur conformément au plan éternel, et cela par son ministère, a bien pu faire déployer les ailes à sa parole et lui inspirer ces accents nouveaux.

Si nous éprouvons quelque difficulté à réaliser cette pensée, que l’on songe d'autre part aux difficultés bien plus grandes qu'il y aurait à admettre qu’une épitre qui aurait surgi 10, 30, 60 années après la mort de l’apôtre, une épitre qui aurait trahi sa composition factice par des phrases entières empruntées telles quelles à lépitre aux Colossiens, eüt été acceplée par toutes les églises, par celles d'Asie, en particulier celle d'Éphèse elle-même, sans l'ombre d’une contradiction! Que lon songe à limpudence inouïe de celui qui, des années après la mort de l’apôtre, aurait osé écrire cette phrase : QAfin que vous sachiez, vous aussi, ce qui me concerne et ce que Je fais, Tychique, mon frère bien-aimé, vous en informera. » Je demanderai encore comment il se ferait qu’en terminant sa composition un auteur si peu scrupuleux n’eût pas imité la salutation ordinaire de Paul et transcrit de l’épitre qu’il exploitait ces mots (Gol. IV, 18) : «La salutation, de ma pro-

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