‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 122 sur 144 · LE CORPS DE L'ÉPITRE (1, 12-IV · texte numérisé non relu

LE CORPS DE L'ÉPITRE (1, 12-IV

L'apôtre passe familièrement dans cet écrit des nouvelles aux exhortations et de celles-ci aux premières. Il n’y a pas d’autre plan marqué.

Premier morceau : Nouvelles relatives à l’apôtre lui-même (1, 12-26).

Les Phihppiens, qui s’'intéressaient vivement à la personne de Paul, pouvaient craindre qu'un si long emprisonnement n’eùt complétement paralysé son travail apostolique. Paul leur apprend au contraire que cette captivité subie pour le nom de Christ est devenue notoire dans

toute la caserne prétorienne et plus loin encore. — Ce résultat était dù sans doute tout particulièrement à ce que les soldats, qui se relayaient auprès de lui, avaient parlé de ce prisoñnier si différent de ceux qu'ils gardaient d’ordinaire, et aux visiles que les entretiens de Paul avec eux lui attiraient. — De plus, il rapporte qu’un puissant mouvement missionnaire, s’est déclaré, à l’occasion de son arrivée, parmi les chrétiens de Rome. Tous, sans doute, ne travaillent pas dans le même esprit. Il v en à qui annoncent Christ dans un sentiment de mauvais vouloir pour l’œuvre et la personne de l’apôtre, — c’étaient naturellement des judaïsants, — mais d’autres le font en lui témoignant la sympathie la plus vive et en enseignant d'accord avee lui. Qu'importe ? dit Paul en parlant des premiers. En travaillant contre moi personnellement, 1ls contribuent pourtant à la propagation de la connaissance du Christ, et c’est ce dont Je me réjouis et me réjouirai toujours (v. 12-18). — On s’est achoppé à cette généreuse parole. On. y a vu une contradiction avec l’anathème prononcé par Paul dans les Galates sur ces mêmes Jjudaisants. Weiss résout cette objection en admettant qu’il ne s’agit point ici de prédicateurs du judéo-christianisme légal, mais des chefs de l’église de Rome, qui, blessés du rôle prépondérant que l’apôtre jouait depuis son arrivée, critiquaient sa personne et dénigraient son œuvre fEinl., K 26). Mais comment un homme, enfermé dans son appartement el empêché de paraître dans les assemblées, aurait-1l pu devenir pour d’autres un sujet de jalousie ? Et comment attribuer aux chefs de cette église des sentiments aussi bas ? Il est plus naturel de penser que le danger annoncé par l’apôtre Rom. XVI,17-20 s'était réalisé et que, pendant les quatre ans qui s'étaient écoulés depuis l'envoi de lépitre aux Romains, le judéo-christianisme hostile à Paul avait

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fait son entrée à Rome. Que si l’apôtre se réjouit d’une prédication qu'il avait condamnée si sévérement en Galatie et ailleurs, 1} faut se rappeler qu’elle avait une tout autre portée au milieu de la population romaine, totalement étrangére à l'Évangile, que lorsqu'elle venait bouleverser une église déjà fondée et détruire l’œuvre apostolique. Il y avait tout à perdre, rien à gagner, pour une église, comme celles de Galatie, à retomber sous le joug légal; mais 1} y avait tout à gagner, rien à perdre, pour une population paienne, comme celle de Rome, à entendre prêcher le nom du Christ, fût-1l enveloppé encore dans les langes mosaïques. Et c’est la gloire de l’apôtre Paul d’avoir possédé assez de grandeur d'âme et de largeur d'esprit pour faire cette différence, en dépit de la haine dont il se voyait l’objet de la part de ceux qui déployaient ce zèle si impur.

Cette propagation de l’Évangile, ajoute-t-il, tournera à sa délivrance, quoi qu’il arrive, soit par sa libération, soit par sa mort, grâce aux prières des Philippiens et à lassistance de PEsprit divin, qui continuera à le soutenir de sorte qu’il ne cesse pas de glorifier Christ (v. 19-20). Voici en effet quel est son sentiment à l'égard de sa situation : il est tiré des deux côtés; Christ est son tout; par conséquent la mort, qui le réunira à lui, sera pour lui un gain; mais, d'autre part, vivre, ce sera porter du fruit à sa gloire. Il s’en remet donc au choix de Dieu. Seulement 1l croit être assuré que ce sera plutôt cette seconde alternative qui se réalisera et qu’il lui sera encore donné de travailler à l’édification de ses lecteurs et à lPaccroissement de leur joie, ce qui lui procurera à lui-même un surcroît d'honneur au jour de Christ (v. 21-26).

re. ss TE DT UE En et ed

Second morceau: Exhortations à l'union et à la fidélité dans toute leur conduite (1,27 -IT, 48).

1.V.27-11,11: Le devoir de l’union. — Il n’y a pas un mot dans ce passage qui conduise à l’idée, adoptée par un grand nombre de critiques, défendue en particulier par Holsten, qu’il s’agit ici du bon accord entre les deux partis pagano- et judéo-chrétien. Le développement 11, 1-4 montre clairement que l'apôtre pense à des rivalités d’'amour-propre ou à des questions d'intérêt personnel, telles qu’elles se rencontrent dans toutes les communautés chréliennes, parce que le vieil homme y déploie encore sa puissance, mais nullement à des différences dogmatiques. Les versets 1, 28 et 29 rappellent absolument le passage 2 Thess. 1, 4-10 qui n’a certainement aucun rapport à des adversaires Judaïsants.

a) L'union est pour l’église la condition de la victoire. — Les adversaires, dont il est parlé v. 28, sont les ennemis naturels de l'Évangile, juifs ou paiens. Comme ils se coalisent souvent pour attaquer, les chrétiens doivent serrer leurs rangs pour lutter, s’estimant heureux d’avoir été appelés non seulement à croire en Christ, mais encore à souffrir pour lui, à l'exemple de leur apôtre (v. 27-30).

b) La condition de l’union.— Aucune nouvelle ne pourra consoler et réjouir leur apôire prisonnier et répondre à son désir intime, comme celle de leur amour mutuel et du bon accord régnant entre eux tous ; seulement il faut pour cela deux choses, l'humilité par laquelle on se met au-dessous des autres et l’abnégation par laquelle on fait de leurs intérêts les siens (If, 1-4).

c) L'exemple de Jésus-Christ. — I n’y a qu'un moyen pour le chrétien de remporter cette double victoire sur son moi égoïste et vain, c’est de substituer à ses senti-

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ments naturels lesprit d’abnégation dont Christ nous à donné le sublime exemple. Get exemple, Paul le retrace aux yeux des Philippiens de manière à les entrainer, comme par une impulsion irrésistible, à la même manière de sentir et d'agir. Lui qui Jouissait d’un état divin et qui eût pu par conséquent paraitre ici-bas dans une gloire semblable à celle de Dieu, 1l n’a pas jugé que ce füt une chose bonne à faire que de s'approprier spontanément un tel honneur; 1l s’est au contraire dépouillé de cet état divin en entrant dans l’état de serviteur, venant 1ci-bas tel qu'un simple homme et vivant en tout à la manière humaine ; et, comme tel, il s’est abaissé encore, poussant la dépendance volontaire jusqu’à mourir et à mourir même sur une croix. C'est pourquoi aussi, plus il s'était profondément abaissé, plus Dieu la souverainement élevé, lui donnant un titre supérieur à tout autre titre, afin qu’au nom de Jésus, là-haut parmi les glorifiés, 1e1 sur la terre, là-bas dans le.séjour des morts, tout genou fléchisse, et que toute langue lui rende hommage comme au Seigneur, à la gloire de Dieu le Pére (v. 5-11).

L'idée de ce dépouillement volontaire du Christ suivi de son élévation à la souveraineté universelle a été comprise de plusieurs manières. Luther et d’autres ont cherché à expliquer uniquement par le renoncement qu'a exercé Jésus sur lui-même durant sa vie terrestre, en se refusant l'usage des perfections divines qu’il possédait pourtant toujours par devers lui. Cette interprétation, soutenue encore par de Welle et quelques modernes, est à cette heure presque universellement rejetée. Elle ne peut rendre compte de l’expression © être en forme de Dieu, » et il est clair qu’au v. 7 seulement est décrite l'entrée de Jésus dans l’existence humaine. Il s’agit donc bien au v. 6 de Christ dans son état de préexistence ; voir les commentaires

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