‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 123 sur 144 · LS · texte numérisé non relu

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récents de Lipsius et de Schnedermann. Le terme de: 2000 désigne, non une forme quelconque dont un être peut se revêtir, mais la forme organique dans laquelle l'essence, la vie intime de cet être se manifeste au dehors, en opposition à cyâwæ, qui désigne une tenue extérieure, une manière d’être résultant de circonstances plus ou moins accidentelles ! (voir mon Comment. sur Rom. XI,2). L’apôtre veut donc désigner par là un état divin répondant à la nature même de la personne qui le possède. Réduire, comme le fait l'école de Tubingue, le sens de cette expression à l’idée d’un corps éthéré, lumineux, dont Christ, l’homme céleste, aurait été revêtu, n’est pas possible non plus; c’est ce qu'a reconnu Holsten lui-même, qui ure précisément de cette expression une raison contre l’authenticité de notre épitre, puisque l’auteur accorde ici au Christ préexistant un état bien supérieur à celui d'homme céleste que lui attribue le vrai Paul d’après 1 Cor. XV, 45; ce savant pense à l’état d'un être céleste, par exemple d’un archange. Mais ce sens ne répond pas non plus à l'expression uo0®n 0eoÿ. Reste l'interprétation de Beyschlag, Sabatier, elc., qui entendent par ce terme « une vertu divine, » une divinité € en puissance, » Qune capacité de recevoir la plénitude de la vie divine, » Ç une forme vide qui doit être remplie, c’est-à-dire spirituellement réalisée » (expression de M. Sabatier), ou, comme disent d’autres, une idée divine, un principe renfermé en Dieu, etc., en un mot un quelque chose de divin. Mais comment attribuer un fyetchœ, juger, estimer, et un éxutov xevobv, se dépouiller soi-même, à un être dénué de personnalité, de réflexion, de liberté? Comment donner lactée d’un être impersonnel en exemple

1 La langue a parfaitement saisi ce contraste ; comp. les expressions amorphe, morphologie, métamorphose, avec les termes schème, schématisme.

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à des êtres pleins de personnalité et de vie? Comment une «forme vide » pourrait-elle être jugée digne de récompense pour s'être dépouillée, vidée d'elle-même (traduction littérale du mot grec)! Et quelle idée se faire de l'acte ambitieux auquel celte forme vide aurait renoncé, en s’abstenant de s'emparer d’un état divin plus réel et plus élevé que le sien! En vérité tout cela n’est qu'un amphigouri qui ne mérite pas même le nom de métaphysique et par lequel lapôtre aurait difficilement gagné un seul de ses lecteurs à une vie d’abnégation. Cependant il suppose, par son exhortation même, le fait sublime, qu'il leur donne en exemple, parfaitement connu d'eux et de l'Église en général. Comment serait-ce possible si ce passage avait le sens étrange, inoui que nous venons de rapporter? — Le sens que nous lui avons donné, ressort très distinctement d’un autre passage, 2 Cor. VITE, 9 : « Vous connaissez la gràce du Seigneur Jésus-Christ, qui, étant riche, s’est fait pauvre, afin que par sa pauvreté vous soyez rendus riches. » Îl s'accorde avec celui de plusieurs paroles de Jean, telles que celle-ci : « Père, rends-mot la loire que j'ai eue auprès de toi, avant que le monde füL. » L'affaiblissement arbitraire du sens de l'expression être en forme de Dieu, à conduit plusieurs interprètes {Holtzmann, Sabatier, ete.) à voir dans le être éqal à Dieu un état plus élevé que létat primitif désigné par la première expression, et qui à fini par être réellement donné au Christ (v. 9-11), en récompense du renoncement par lequel il s'était abstenu de s’en emparer lui-même. On à même trouvé dans le üôréo de üreouduse, v. 9, l’idée de la supériorité de cet état nouveau sur Pétat primitif. Mais comment se représenter la possibilité d’une prétention aussi ambitieuse que celle d’égaler le Père, chez un être qui participerait déjà lui-même en quelque manière à l’état

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divin ? Et comment concevoir qu'une récompense lui füt attribuée pour ne s’être pas livré à une pensée d’ambition aussi monstrueuse ? On comprend au contraire tout ce qu'il y à eu d’abnégation, de la part de celui qui partieipait à lPétat divin, à s’en être dépouillé pour paraître à nos yeux dans l’état d’abaissement et de dépendance vraiment humaine où Christ a vécu et dont 1! voulait faire le moyen de notre salut. D'ailleurs la première conception de l’acte du Christ dont parle Paul, ne le rendrait-elle pas 1mpropre à servir d'exemple aux lecteurs, tandis que la seconde en fait réellement le plus sublime modele de l’abnégation recommandée par l'apôtre? L’élévation souveraine de Christ (oéo, au-dessus de toute créature) est donnée en terminant, non comme motif d’abnégation, ce qui détruirait l’abnégalion elle-même, en en faisant un calcul d'intérêt

bien entendu, mais simplement comme une raison de ne

pas reculer plus que ne la fait Christ lui-même, devant le dépouillement le plus complet de tous nos avantages, si ce renoncement peut servir notre prochain.

L’élévation du Christ fait homme à la dignité de Seigneur universel n’est donc nullement l’élévation du Christ préexistant à un étal supérieur à sa forme de Dieu primitive, — on ne saurait plus complétement fausser la pensée de Papôtre qu’en lui prêtant cette idée, — c’est la rétribution légitime accordée à celui qui, en apparaissant 1cibas, aurait pu le faire de manière à obtenir sans combat l’obéissance et l’adoration des hommes, mais qui, ne consultant que nos intérêts éternels, a préféré venir obéir, adorer lui-même avec nous, et enfin donner pour nous cette vie humaine qu'il n'avait prise que pour nous. Ce n’est pas l'être divin qui à été élevé en lui; c’est Pêtre humain, à l’état duquel il s'était réduit, qui a été élevé en sa personne à la dignité de souverain universel, en réali-

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sation de ce mot de Jésus lui-même : € Celui qui donnera sa vie, la retrouvera. » Quant à la subordination du Fils au Père, elle est pleinement réservée dans ces derniers mots : & à la gloire de Dieu le Pére, » comme ‘elle étailimpliquée dans les premiers : Cen forme de Dieu. »

2. V. 12-18. Exhortation générale à la fidélité. — A cette exhortation spéciale à l’union par l’abnégation, lapôtre ajoute lrois recommandations qui se rapportent à la fidélité chrétienne en général. La première en vue du salut des lecteurs eux-mêmes (v. 12. 13); la seconde en vue de Pinfluence salutaire qu'ils doivent exercer sur le monde (v. 14-16); la troisième en vue de la conduite qu'ils doivent tenir à l'égard de leur apôtre (v. 17-18).

a) Is doivent travailler incessamment à l’œuvre de leur sanctification, et cela dans un sentiment de crainte sérieuse, se souvenant que la force de Dieu seule peut accomplir en eux cette œuvre et que toute désobéissance à Dieu les séparerait de lui et les priverait de son secours (12198). |

b) Ils doivent bien se garder de murmurer au sujet des obligations et des sacrifices que leur impose leur position au milieu d’une société corrompue pour laquelle leur vie doit être une p'édication et un modele (v. 14-16).

c) Que s'ils apprennent que leur apôtre a succombé dans laccomplissement de cette même tâche qu'il a fidèlement remplie envers le monde paien, ils doivent, comme lui-même, savoir se réjouir de cette heureuse issue de sa

vie (v. 17-18).

Troisième morceau -: Nouvelles de Timothée et d'Épaphrodite (H, 19-30).

De l’exhoriation, Paul revientaux nouvelles; celles-ci concernent les deux d’entre ses compagnons d'œuvre qui in-

téressaient spécialement les Philippiens, Timothée, qui avait concouru avec lui à la fondation de leur église et qu’il se proposait de leur envoyer sous peu, et Épaphrodite, qui avait élé leur messager auprès de lui. En attendant que Paul vienne lui-même, Timothée travaillera à leur avancement avec un zèle que nul autre n’égale, un empressement dont 1ls ont été eux-mêmes les témoins. Dn jugement assez sévère énoncé par Paul sur ses aides actuels, v.29, il ne résulte aucun blâme pour Luc et Aristarque qui n'étaient plus auprès de lui (v. p. 509-510); c'est plutôt Démas et d’autres que Paul à en vue. Il enverra Timothée aussitôt qu'il aura vu la tournure que prendra son procès ; il espère pouvoir le suivre sans relard (v. 19- 24).

Mais, quant à Épaphrodite, il ne veut pas tarder plus longtemps à le leur renvoyer. Ce frère dévoué est tombé mortellement malade en accomplissant la mission dont l’église l'avait chargé, de sorte que l’apôtre a été dans une grande perplexité à son sujet; mais Dieu à eu piué et du malade et de Paul lui-même; et comme il sait que les Philippiens ont appris cette maladie, et qu’il a discerné chez le malade un vif désir de se retrouver au milieu d'eux, il se hâte de le leur renvoyer en le recommandant à leur accueil empressé ; car de tels hommes sont précieux, et celui-ci a mis sa vie en péril pour remplir leur commission auprès de Paul (v. 25-30).

Quatrième morceuu : Le progrès constant dans la vie chrétienne (HN, T-IV, 1).

Des nouvelles Paul revient librement aux exhortations. A ceux qui marchent mal, on dit : Arrêlez-vous, repentezvous, relournez-vous. À ceux qui marchent bien, on dit :

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Réjouissez-vous et avancez ! C’est ce que fait Paul à l’égard des Philippiens. Il leur recommande de progresser, et d’abord en entretenant en eux la joie qui est le stimulant de tout progrès (IT, 1-3); puis en rejetant, à l’exemple de Paul lui-même, toute autre justice que celle de la foi et toute autre sainteté que celle qui procède de la communion avec Christ et qui est susceptible d'un continuel progrès dont Paul sent pour lui-même lincessante nécessité (v. 4-14); après cela àl fait aux Philippiens lapplication de son exemple qu'il vient de leur rappeler (v 15-21).

1. IE, 1-8. La joie. — La locution + Xowmov, au resle, est celle que Paul emploie volontiers quand il rattache d’une manière un peu lâche, même au milieu de son éerit, un sujet nouveau à celui qu'il vient de traiter; comp. Éph. 40:79: Cor: XII 4471 Thess IN 4% 19 These 1e Cette forme un peu négligée a donné lieu à diverses hypothèses. Heinrichs et Paulus ont pensé qu'ici commençait une toute autre lettre adressée par lapôtre, soit à ses amis parlUculiers, soit aux fonctionnaires de l’église. Ewald a supposé que l’apôtre avait ajouté après coup au corps de la lettre den morceaux supplémentaires, l’un commençant avec HIT, 2, l’autre avec IV, 2. Hausrath a même fait des chapitres HE et IV une lettre différente qui aurait précédé celle qui est contenue dans les ch. F et EF.

Toutes ces hypothèses et d’autres semblables sont incom-

patibles avec le fait que Paul n’a point encore remercié les Philippiens de leur envoi d'argent, auquel il a déjà fait allusion (1, 9 et 11, et Il, 30). La lettre, dans son intention, ne pouvait donc*être terminée; elle continue par conséquent avec le ch. HT, mais peut-être après une interruption, et sans qu'il soit nécessaire de supposer avec Ewald que l’adjonction suivante a été motivée par quelque

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mauvais procédé des judaïsants de Rome, dont Paul venait de recevoir connaissance au moment même où 1! écrivit ce qui suit.

La joie dans le Seigneur, que recommande l’apôtre, c’est l’assurance de son amour, la certitude de sa présence et de son secours, l'espérance de sa gloire; de là provient

la hberté intérieure, qui est l'atmosphère des réels pro-

œrès. — La seconde partie du v, Î pourrait avoir trait à celle recommandation de la Joie chrétienne. Cependant l’asyndelon (absence de toute particule de liaison) entre le v. 2etle v. Î montre que la seconde partie de celui-ci porte directement sur l’idée du: verset suivant : QC Je ne me fatigue point -- et cela n’est nullement superflu — de vous répéler : Prenez garde..! » La joie chrétienne à des ennemis sur l’approche desquels 1l faut veiller avec soin, ceux qui sont mentionnés v. 2. — (juoiqu’en dise Weiss, il me parait certain que dans ces mots : «Je ne me lasse pas de vous écrire les mêmes choses, » Paul fait allusion à des lettres précédentes dans lesquelles 11 leur avait déjà donné le même avertissement. Pendant les dix à onze ans qui s'étaient écoulés depuis la fondation de léglise, Paul n'était pas resté sans relation avec les Philippiens auxquels il s'intéressait si vivement, et il avait dû leur écrire quelquefois, ne füt-ce qu'en réponse aux envois d'argent qu’ils lui avaient faits; car il ne pouvait manquer de les remercier, comme 1l le fait dans sa lettre actuelle (IV, 15. 16).

S'ils ne veulent pas être troublés dans leur marche en avant, ils doivent avoir les yeux ouverts sur des impudents, des ouvriers de mauvais aloïi, des gens prenant pour la circoncision réelle celle de la chair, qui n’est plus qu'une mulilation depuis que Christ à inauguré la vraie. Paul veut-il parler de Juifs proprement dits ou de judéo-chré-

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tiens ? Cela est difficile à dire. Peut-être ces deux genres de personnes n'étaient-elles pas strictement distinctes. Quoi qu'il en soit, ces gens menacent l’église, mais du dehors; ce sont des ennemis dont il faut surveiller l’approche.

2. V.4-14. L'exemple de Paul. — En fait de justice judaïique Paul ne serait en arrière vis-à-vis de personne. Lui, circoncis au Jour marqué par la loi, hébreu dès ses ancêtres, malgré sa naissance en pays grec, zélé pour la loi, comme tout pharisien, et même jusqu’à la haine persécutrice contre l'Église, sans reproche à l'égard de l'observation extérieure de la loi, telle qu’elle était exigible d’un Juif sincère, que lui manquait-il, au point de vue hébreu, pour avoir pleine confiance en sa justice propre ? Cependant il a reconnu l'insuffisance de tous ces trésors péniblement acquis et 1l à jeté tout cela à la mer quand lui est apparue en Christ la vraie Justice; en ce moment même il jette loin de lui, comme ordure, tout ce que les hommes appellent biens, en les comparant au bien suprême de la connaissance de Christ, son Seigneur. Car en lui il a trouvé non seulement la vraie justice, mais en même temps une sainteté nouvelle par l'expérience de lefficace de sa résurrection et de la communion de sa mort, qu'il cherche à s’assimiler toujours mieux afin de s'assurer sa part dans la résurrection des justes, quand Christ à sa venue tirera les siens de la mort (v. 21; 1 Cor. XV, 93). Certes, il n'est point encore parfait ; il a encore bien des progrès à faire jusqu’à ce qu'il ail saisi complètement celui qui Pa saisi le premier. Aussi tout son passé disparaît pour lui en face de celte unique tâche qui lui reste et au bout de laquelle il voit la couronne destinée à ceiui qui remporte Île prix de la course.

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