TE.
la manière la plus naturelle, et sans la moindre trace d'affectation.» — Si jamais 1l était possible de dire qu’un résultat est définitivement acquis dans le domaine de la critique scientifique, nous affirmerions que la cause de authenticité de lépitre aux Philippiens est théologiquement gagnée sans retour. |
Conclusions.
1. L’épître aux Philippiens est le seul moyen que nous possédions de combler la lacune que laisse dans notre esprit la brièveté des dernières lignes du livre des Actes, relatives au séjour de Paul à Rome. Les épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens ne nous disent rien à cet égard, Papôtre ayant laissé à Tychique le soin de donner aux lecteurs les détails sur ce qui le concernait personnellement. Dans l’épitre aux Philippiens, qui est proprement une lettre d'ami, Papôtre nous introduit en quelque sorte dans sa prison, mieux encore, dans son cœur. Îl nous fait connaître sa position et ses impressions intimes dans la capitale de l'empire.
Nous voyons la sensation produite dans l’église par son arrivée. Un nouvel élan missionnaire s'était emparé des chrétiens. Ce travail d’évangélisation s’opérait sans doute dans deux sentiments opposés, quant à la personne de Paul; mais des deux manières le nom de Christ n’en était pas moins proclamé à des oreilles qui n’en avaient jamais entendu parler. L'Évangile avait pénétré dans les casernes de la garde prétorienne et jusque dans le palais impérial. Ainsi cette captivité, qui semblait devoir donner le coup de mort à sa mission, en avait agrandi le cercle. De ce
622 | ÉPITRE AUX PHILIPPIENS.
poste d'observation, les églises dispersées dans le monde apparaissaient à lapôtre comme des flambeaux allumés dont la clarté allait bientôt dissiper les ténèbres du paganisme. Pour lui-même, malgré qu'il fût privé de la liberté et qu'il vit toujours la sentence de mort planer sur sa tête, il n'avait qu'un désir, c’est que, quoi qu'il lui arrivat, fût-ce le martyre, Jésus fût glorifié en lui et que les Philippiens se réjouissent avec lui de cette issue,
C'est là la note dominante dans son cœur et le ton dominant de sa lettre. Que s’il désire de vivre, — et il l’espère, — c’est pour l’Église à laquelle il pourra encore être utile. Sérénité malgré la possibilité du supplice, acceptation Joyeuse du plus grand dénuement en même temps que vive et sincère gralilude pour le soulagement qui lui est envoyé; sollicitude pleine de tendresse pour lPami malade qui en a été le porteur, et ardente reconnaissance pour sa guérison accordée non à quelque don miraculeux qu'il aurait déployé, mais à ses humbles et instantes priéres; sentiment profond de ce qui lui manque encore et des progrès qu'il lui reste à faire, tout en possédant la conscience distincte de sa fidélité et de la sainteté d’une vie qu’il ose donner à ses lecteurs pour modèle : ce sont là de frappants contrastes, mais qui, bien loin d'être un motif de doute, nous offrent au contraire un tableau inimitable et plein de vie que nous pouvons placer sans difficulté dans le cadre des deux derniers versets du livre des Actes.
2. Cette lettre nous intéresse aussi à un autre point de vue : elle nous offre le spectacle d’une église répondant à peu près complètement aux vœux de l’apôtre. Si elle ne brille pas, comme celle de Corinthe, par l'abondance des dons extraordinaires, elle est en échange riche des fruits de l’Esprit. Elle ressemble à celle de Philadelphie dans
l’Apocalypse. Elle n’a autre chose à faire, au gré de l’apôtre, qu’à se réjouir de plus en plus dans la possession du salut et à progresser dans l’abnégation, dont l’exemple du Christ lui offre le modèle, et par là dans l'union qui fait la force de l’Église dans sa lutte avec le monde. De plus, nous voyons complétement réalisé à Philippes le mode d'organisation très simple, dont les apôtres ont doté l'Église, et qui comprend deux charges, celle qui doit veiller au bien spirituel du troupeau et celle qui a mission d’en soulager les membres indigents et souffrants.
5. Relativement à l’eschatologie, M. Sabatier trouve dans cette épitre un grand progrès sur les précédentes : € L’apôtre a laissé tomber ce qu'il avait d’étroit, de national, de matériel, de grossièrement surnaturel, la conceplion juive. [1 a écarté les calculs ingénieux, les signes des temps, les visions fantastiques. Les espérances à courte échéance du messianisme vulgaire sont évanoutes.…..» (p. 231). — Mais l’apôtre espère, s’il meurt, être immédiatement auprès du Seigneur (1, 23). Que dit-il autre chose dans 2 Cor. V, 8 : « Nous préférons sortir de ce corps pour habiter avec le Seigneur.» Comp. aussi Rom. XIV, 8-9. — Pour l'attente prochaine du Christ, comp. IV, 5 : « Le Seigneur est proche; » pour l'espérance (judaique !) de la première résurrection, comp. HE, 11 : «Si en quelque manière je parviendrai à la résurrection d'entre les morts; » enfin pour la transmutation des fidèles à la Parousie, Il, 21 : « Lequel transformera le corps de notre humiliation pour le rendre conforme au corps de sa gloire,» comp. 1 Thess. [V,17 et 1 Cor. XV, 51- 92. — Ainsi, sur tous ces points, pas l’ombre d’une différence ! Que reste-t-il du progrès prétendu signalé par M. Sabatier?