‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 19 sur 144 · ENT · texte numérisé non relu

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traire, que, loin de l'avoir disposé favorablement à l'égard des chrétiens, cette circonstance fut précisément ce qui l'irrita au suprême degré et poussa la haine dont il était animé, jusqu’au paroxysme de la fureur!. Jusqu’alors il avait haï Jésus comme un imposteur et un blasphémateur. La discussion avec Etienne lui dévoila quelque chose de pire encore. [l comprit que la doctrine nouvelle ne tendait à rien moins qu'à labolition de la loi, à la ruine du temple, à la disparition de la théocratie, en un mot à lPanéanuüssement de tout ce qu’il y avait eu jusqu'alors de cher et de sacré pour lui?. Les chrétiens lui apparurent dès ce moment comme dés traîtres à leur Dieu et à leur peuple, comme des malfaiteurs de la pire espêce, des « pécheurs à main levée », selon l'expression de la loi, des hommes voués par Moïse à une extermination sans miséricorde. Et ce fut sous cette impression, qui suivit le procès d’Etienne, qu'il se jeta, corps perdu, dans la voie de la persécution sanglante, et, après avoir ainsi sévi contre les chrétiens qui se trouvaient à Jérusalem, tourna ses regards vers ceux qui habitaient dans les environs, afin de les détruire comme ceux de la capitale. Peut-on découvrir là le moindre indice d’une hésitation sur le chemin à suivre? Afin d'atteindre le but qu’il se propose, il se rend même spontanément auprès du grand sacrificateur pour obtenir de lui des pleims-pouvoirs, afin d'aller réprimer l’hérésie à Damas, la capitale de la Syrie. S'il eùt été en proie au doute, il n’eût pu en agir ainsi et rechercher de son chef

1 Act. IX, 4 : « Saul encore tout haletant de fureur et de meurtre.»

2 ( Jésus de Nazareth détruira ce temple et changera les coutumes que Moïse nous à transmises. » Act. VI, 44.

3 Act. IX, 2 : C«S’approchant du grand sacrificateur, il lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que s’il trouvait des personnes, hommes ou femmes, appartenant à cette secte, il les amenât liées à Jérusalem. »

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un pareil rôle. Quand un homme se Lrouve dans la position morale que l'on suppose chez Saul, il s'arrête, se tient à l'écart, réfléchit, observe, prie. Or Saul était certaine- : ment un cœur sérieux et sincère. Sa conduite à ce momentlà suppose donc un homme plus convaincu que jamais. La vue d'Etienne mourant devait lavoir touché; elle ne l'avait pas ébranlé. 1 se l’expliquait par le fanatisme de cet homme abusé. :

SN L'usage que faisaient les chrétiens du tableau pro-

phéuque des souffrances du Messie (Es. LI), ne pouvait pas non plus produire une grande impression sur l’esprit du Jeune pharisien. Les rabbins possédaient alors, comme aujourd'hui, des moyens d'interpréter ce tableau qui les dispensaient de la nécessité de l'appliquer aux souffrances et à la mort du Messie. — On à cru pouvoir s'appuyer sur le mot de Jésus à Saul : CII est (ou 1l serail) dur pour toi de regimber contre Paiguillon. » On y a vu l'indice d’un combat intérieur qui aurait précédé et amené la vision de Jésus. Mais cette parole signifie simplement : «Tu as beau regimber ! Malheur à toi, si tu Cobstines !...» Le Seigneur compare Paul à un coursier indompté, pressé par laiguillon qu'enfonce dans ses flancs le cavalier qui le monte. « Tu rues; tu bondis; c’est en vain ! Rends-toi ou malheur à Loi! Résister serait la mort!» Paul à bien compris ainsi cette menace, comme le montre celle expression, dans la {re aux Cor., qui en est écho : € Malheur à moi si.je n’évangélise pas! Il faut (avéyun éxixerou) | Bon gré mal gré, cette tâche m'est imposée ! » (IX, 16. 17). à Sans doute une certaine prédisposilion à la foi existait chez Saul, le sentiment de l'insuffisance de sa justice

propre ; el c’élail peut-être celte expérience même qui le

poussait à persécuter, afin d'essayer de combler, au moyen

de cette œuvre méritoire, le vide qu’il ressentait (Jean XVI, 2). Mais si c'était là une préparation, elle était de nature purement négative. Ge qui résultait de cet état de souffrance morale, c'était uniquement la possibilité de la foi. Pour produire la foi elle-même, il fallait un facteur positif, un acte créateur. |

En général on ne saurait trouver dans les écrits de lapôtre un mot propre à faire supposer que sa foi nouvelle ait été en quelque manière le produit” d’impressions antérieures favorables à l'Evangile. Weizsæcker est d'accord avec nous sur ce point: € Cest un fait inébranlable, dt-1l, qu'aucune instruction chrétienne ne précèda cette conversion, que Saul persécutait la foi parce qu’il l’envisageait comme incompatible avec la loi et la tradition, et qu’il n'y eut chez lui à aucun degré inclination à la foi ou hésitation entre les deux partis à prendre !.» Mais que résulte-t-1l aux yeux de ce savant de ce fait franchement reconnu ? Résolu qu’il est à n’admettre aucune apparition objective el surnaturelle, 1l reste hors d’état de rien avan-

cer de clair, et termine par ces mots, analogues à ceux de.

Baur : « L'histoire se contente de démontrer le changement de sentiment; elle ne dépasse pas le domaine de expérience. » En d’autres termes, l’histoire enregistre le fait sans le comprendre, parce que, comme la résurrection de Jésus, il ne peut être compris qu’en admettant l'explication fournie par l’histoire elle-même et que cette explication, on est décidé a priori à ne pas Padmettre,

En effet la vraie cause, la seule possible, est celle dont rend témoignage avant tout la conscience de Paul luimême. « Ne suis-je pas apôtre? N'ai-je pas vü Jésus-Christ, notre Seigneur? » écrit-il aux Corinthiens (4e 6p. IX, 1). Evidemment 1} ne veut pas parler ici d’une simple vision.

1 Apost. Zeitalter, p. 72.

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