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L'illumination intérieure

L’appariion du Seigneur avait frappé dans l’âme de Saul un coup décisif. Il avait contemplé dans sa gloire de ressuscilé ce crucifié qu'il persécutait avec acharnement comme faux Messie, Cette soudaine révélation renfermait le principe d’une divine illumination. Cherchons à nous rendre compte de ce qui dut se passer dans le cœur de Saul durant les jours de recueillement et en quelque sorte d’anéantissement, physique et moral, qu'il passa sous lPempire de cette apparition. |

Avant tout, un jour nouveau éclaira pour lui la personne de Christ : « Lorsqu'il plut à Dieu, qui m'a appelé par sa grâce, de révéler en mor son Fils, » dit-il en parlant de ce moment (Gal. [, 16). L’impression qu'il reçut alors, il l’a exprimée ainsi 2 Cor. IV, 6 : « Le Dieu qui a

: Comp. plusieurs autres exemples chez Schleussner, ad. h. v.

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dit que la lumière luit du sein des ténèbres, a aussi fait resplendir dans nos cœurs la connaissance de la gloire de Dieu en la face de Jésus-Christ. » Dans le malfaiteur Jésus, il reconnut un juste, et dans ce juste ce qu’il avait luimême toujours déclaré être, un homme unt à Dieu par le lien le plus étroit, le Fils de Dieu. Et en même temps ce fut l’idée même du Messie qui prit à ses yeux un caractère nouveau, plus spirituel. Au @ Christ selon la chair » qui avait été jusqu'alors l’objet de son attente, se substitua le Christ céleste. Dans ces jours, se présentèrent sans doute à sa pensée bien des paroles de PAncien Testament qui impliquaient le caractère divin du Messie f.

En second lieu, la grandeur de ses péchés, dont le souvenir torturait sa conscience, le tenait dans la poussière devant Dieu. Il venait de comprendre que celui contre lequel 1l avait déchainé sa fureur dans toute cette dernière période de sa vie, c'était Dieu lui-même en la personne de son Fils et de son vrai peuple. C'était donc là le terme auquel avaient abouli toute sa Justice légale, acquise par tant d'efforts, et toute sa science rabbinique, fruit de si longs et ardents travaux : faire à Dieu une guerre ouverte! Sans doute 1l n'avait pas agi ainsi avec intention. Mais dans cette complète illusion dans laquelle il avait vécu, il reconnaissait d'autant plus la puissance décevante du péché qui faisait de lui son aveugle instrument au moment même où il pensait rendre service à Dieu. En face de ce résultat monstrueux, tout son passé s'élevait contre lui comme l'acte d'accusation le plus formidable.

Cependant une lueur de grâce venait tempérer lhorreur de cette situation. Le Seigneur lui-même l'avait cherché; il lavait appelé par son nom; il l’avait interrogé

1 Es. IX, 5; Zach. XII, 40; Mal. III, 4. Car l’exégèse de Paul n’était pas celle de nos interprètes rationalistes.

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avec compassion et non foudroyé. [1 lui avait même dit : € Va à Damas; là on te dira ce qu’il faut que tu fasses. » Il avait donc encore une œuvre à faire; le Seigneur ne le reJetait pas entièrement ; il lui ouvrait un avenir. Il y avait là comme un gage de pardon.

Mais comment concevoir une telle grâce? Y avait-il un sacrifice capable d’expier un péché tel que le sien? — Ce Messie, qu'il vient de contempler ressuscité, il a été le crucifié. Qu’a-t-il donc fait sur cette croix? Expié ses propres fautes? C’est ce que Saul avait pensé jusqu'ici ; aujourd’hui il comprend qu’il n’en est rien. En le ressuscitant Dieu lui-même la justifié avec éclat de tous les crimes dont 1l avait été accusé. Et les écailles tombent des yeux de son cœur : Ge Messie crucifié, victime innocente, il portait là le péché d'Israël, celui du monde, le mien propre! « L'Éternel, avait déjà dit Ésaïe, a fait venir sur lui liniquité de nous tous. » Voilà le secret de cette mort qui avait été pour lui, comme pour Israël, la pierre de scandale, le fait où 1l avait trouvé jusqu'alors la preuve de son Imposture. € Mon serviteur juste en Jjustifiera plusieurs, > avait encore dit le prophète. Voilà la justice à laquelle 11 n'avait jamais pu parvenir. Elle vient de lui; c’est le don divin qu'il nous a acquis par sa mort : une

Justification entièrement gratuile, — car qu'a fait Saul pour la mériter? — une justification destinée à tous;

car à qui pourrait-elle être refusée, si elle lur est accordée, à lui le plus coup:ble de tous?

Ainsi au moment même où la condamnation le saisit, où la mort l'enveloppe, la vraie Justice, le but de tous ses désirs, se découvre à lui. La vraie vie lui apparaît dans le loinain, une vie non plus à la recherche, mais dans la possession de ce bien suprême, et par là même une vie dont le centre ne sera plus lui-même, mais celui en qui il à

enfin atteint le but de son existence, « le Fils de Dieu qui l’a aimé et qui s’est donné lui-même pour lui.»

. Et comment la loi, ce maitre sous lempire duquel il avait vécu, lui apparaît-elle dans cette situation nouvelle ? Elle l’a elle-même amené au point où il doit rompre avec elle pour toujours. fl renonce à ce guide, qui la conduit au fond de l’abîme, pour s'attacher exclusivement à celui qui vient de Pen retirer : son salut est tout entier désormais renfermé dans la croix. «Si la justice vient de la loi, a-t-il écrit plus tard, Ghrist est done mort en vain. » Or comme la mort du Christ ne peut avoir été vaine, la loi n’est done pas le moyen par lequel doit vemir la justice. La mort du Christ met ainsi fin au règne de la loif.

C'est ainsi que tout ce que Paul à appelé son évangile, élait implicitement renfermé dans cette expérience capitale de sa vie et s’en est dégagé dans ces Jours pour sa conscience. Résulte-t-11 de là que, comme on la prétendu, son évangile ne füt qu’une conception individuelle, et non un don de la révélation?? Assurément non; car si celle conceplion du salut est sortie de cette expérience, c'est qu’elle y était renfermée. Elle résultait nécessairement de l’acte par lequel Dieu lui avait ouvert les yeux et Pavait introduit lui-même dans le royaume de la lumière. C'est qu’en effet ce qui s’élaborait alors dans cette âme, ce n’était pas seulement son propre salut, c'était celui du monde paien. La série de pensées qui se déroulait dans Pesprit de Saul était la reproduction du plan rédempteur, que Dieu communiquait à celui qui devait le dévoiler complétement au monde. De l'expérience devait naître la vue

1 Voir chez Pfleiderer le beau passage sur ce sujet dans Pauli-

nismus, 2e éd. p. 6-7.

2 Sabatier, Revue chrétienne, janvier 1892.

distincte, de la vue le témoignage et de ce témoignage la foi des Gentils. ARS TE

L’évangile de Paul a deux garanties: l’apparition divine d’où 1l est sorti et l’œuvre divine à laquelle il a abouti.

L'illumination intérieure, qui relie ce commencement et

cette fin, ne peut être elle-même qu’une œuvre divine. Plusieurs passages des épitres de Paul! sont un écho fidéle de ses impressions durant ces trois Jours, et nous aident à nous représenter, comme nous venons de le faire, l’état dans lequel Saul se trouvait lorsqu’à la suite de ces Jours d’obscurité, de recueillement, de méditation intense et de prière ardente, Ananias s’approcha de lui de la part du Seigneur pour consommer l’œuvre ainsi préparée.

Par l’imposition des mains au nom de ce Jésus qui lui

était apparu sur le chemin, 1} lui rendit la vue et appela sur lui le don de l’Esprit après lequel soupirait Saul, comme une terre desséchée après la rosée des cieux. Puis, par le baptême, il le marqua personnellement du sceau de la justification à laquelle il avait cru, et par ce double baptème d’eau et d'Esprit Saul fut joint tout à la fois au corps invisible du Christ et au corps visible des croyants. L’envoyé du Seigneur lui fit alors connaître l'avenir que Dieu lui avait dès longtemps destiné, la mission qu'il lui confiat. Les Juifs possédaient en la personne des Douze les messagers que Jésus avait spécialement préparés pour eux pendant son séjour sur la terre. Si Saul était appelé à Papostolat, ce ne pouvait être qu’en vue d’une tâche différente el toute nouvelle. Il devait en avoir déjà le pressentiment, car il à écrit plus tard : € Lorsqu'il plut à Dieu de révéler

! Comp. les passages suivants des lettres de Paul où il a exposé luimême ses expériences dans ces jours décisifs : Rom. VI, 1-5; Gal. I, 49-21 ; 2 Cor. V, 44-15 ; Phil. HE, 4-40 ; À Tim. [, 42-16 et Gal. 1, 12-16.

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en moi son Fils afin que je l'annonçasse parmi les Gentils. » Ananias lui déclara solennellement de la part du Seigneur que c'était là la tâche à laquelle il allait consacrer sa vie À

IT Les sept années de préparation.

Pendant plus de deux ans les apôtres avaient puisé dans les enseignements de Jésus et dans son commerce journalier un trésor de «choses anciennes et nouvelles » que, comme des scribes bien instruits, ils devaient distribuer au peuple, objet de leur mission. Après cela l’Esprit devait seulement rafraichir en eux les souvenirs effacés el compléter les lumières reçues. Saul étail dans une position toute différente. Ces riches souvenirs lui manquaient. Cependant il ne partait pas à vide. Il possédait le Christ vivant et glorifié qui venait de se manifester en lui. Il possédait en lui-même el connaissait par expérience le salut graluil et universel, sans condition de loi, sans acception de personne, œuvre de la mort du Christ et de son Esprit de vie. Cet Evangile qu'il avait à prêcher, il ne l'avait ni reçu de la part d’un homme, ni appris par l’enseignement d’au-. cun homme ; 1l le possédait © par la révélation de Jésus- Christ » (Gal. F, 12). C'était là sa part, son lot propre dans la orande répartition de grâce faite entre les agents primitifs de la prédication du salut (Eph. HT, 23), ce qu'il a appelé

€ son évangile» (rù eoxyyé6v mou) en le distinguant de la

prédication évangélique en général, qui lui était commune

l Weizsæcker reconnait pleinement que Paul comprit dés le premier moment cette destination spéciale de son apostolat : «A sa conversion se joignit immédiatement la conviction de sa destination à l’apostolat chez les Gentils » (Apost. Zeitalter, p. 75).

avec les autres apôtres (rù xnouyux ‘Incoù Xproroù, Rom. XVI, 25). Sans doute l’illumination par laquelle il fut mis en possession de ce fonds où puisa son apostolal, ne se produisit que graduellement pendant ces jours passés aux pieds du Seigneur. Mais quand il se leva pour agir, il était voyant, physiquement et spirituellement. Comme l’aveugle-né, 1} pouvait dire : » J'étais aveugle, mais maintenant Je vois. » Il était préparé pour commencer l’œuvre pour laquelle 1l avait été mis à part et à laquelle il allait se vouer avec toutes les ressources «de la ferveur sémitique, de la souplesse grecque et de l'énergie romaine » {Schaff).!

1Ce que nous disons ici n'exclut nullement les développements

qu'amena naturellement l’exercice de la mission dans la conception.

de l’apôtre. Mais le clair-obscur dans lequel le laisse encore plongé M. Sabatier à l'égard des éléments essentiels de son évangile, que nous venons d'exposer, est absolument contraire au témoignage de Paul lui-même et à la nature des choses. M. Sabatier ne fait dater cel épanouissement complet, même sur les points essentiels, que de la grande lutte avec les judaïsants. Mais, comme le dit Æolsten luimême (Evang. des Paulus, p. X et XI), « quand on parle ainsi, on oublie que la lutte avec le judaïsme qui décida de son existence fut la crise intérieure qui précéda son ministère apostolique. Celui qui se présente au monde comme apôtre pour annoncer l’évangile d’une vie nouvelle, a le développement de sa propre conscience derrière lui. C’est parce qu’il croit que. comme apôtre, il demande et obtient créance.» Voir également le beau passage de Pfleiderer sur ce sujet, Paulinismus, 2e éd. p. 6-7. M. Sabatier croit trouver une preuve du changement qui s’est graduellement opéré dans la conception évangélique de Paul depuis sa conversion dans les passages Gal. FE, 41 et V, 14. Nous verrons qu’ils ne contiennent rien de semblable. Une citation plus malheureuse encore est celle de 4 Cor. XIE, 43 : « Quand j'étais enfant... quand je suis devenu homme...» Comme si Paul prenait ces deux termes au sens spirituel et voulait parler du progrès qui s’est opéré dans son intelligence de l'Évangile depuis le moment de sa conversion jusqu’à celui où il écrit! L’apôtre ne songe pas à cela : il compare la différence entre notre connaissance actuelle des choses divines et la connaissance parfaite que nous en aurons un jour à la différence entre les intuitions et les raisonnements de l’enfant (au sens propre du mot) et ceux de l’homme fait.

Les sept années (de l’an 37 à l’an 44) qui suivirent sa conversion, furent pour saint Paul un temps d’apprentissage et d’épreuve. Ce n’était pas seulement lui qui en avait besoin pour son affermissement; l’Église elle- inême, à ce moment-là, n'était pas mûre encore pour mettre la main à cette grande œuvre de la conversion du monde paien. Or c'était d’elle que le signal devait partir. Îl y avait 101 autre chose qu’une tâche individuelle.

Cette période comprend : 1° trois années de prédication de Paul à Damas et en Arabie ; 20 sa première visite à Jérusalem depuis sa conversion, et un assez long séjour à Tarse ; 3° le ministère d’un an exercé par lui dans l'église d’Antioche récemment fondée.

Premières prédications.

L’apôtre ne se traça point son propre chemin; 1} suivit celui que lui traçait le Seigneur. Il avait devant lui les Juifs de Damas qu’il avait voulu défendre contre l'Évangile; ce furent eux qui se présentérent à lui comme premiers objets de sa mission. Il n’est pas nécessaire de supposer chez lui une sorte d’éloignement à l'égard des apôtres, pour expliquer ce qui l’empêcha de retourner dans ces circonstances à Jérusalem. Il n’est demandé à personne, pas même à un apôtre, de se Jeter de gaîté de cœur à la gueule du loup. La suite montrera combien fut importante pour lapostolat de Paul là prudence dont il usa en cette circonstance. |

Ce ministère à Damas fut interrompu d’après Gal. 1, 17 par un voyage et un séjour en Arabie (probablement dans le Hauran, à l’est de Damas) dont ne parle pas le récit des Actes, soit que Luc l'ait ignoré, ou qu'il n’en connüt pas assez exactement les détails, ou enfin qu’il n’entrât pas

dans son plan de le mentionner: On pense fréquemment que ce temps passé en Arabie fut un temps de retraite et de communion solitaire avec le Seigneur, durant lequel Paul s’assimila d’une manière plus intime la révélation reçue, et qui fut pour lui l’équivalent de ce qu’avaient été pour les disciples les années qu’ils avaient passées avec le Seigneur. Je ne pense pas que la manière dont Paul parle dans les Galates de cette période de sa vie, soit favorable à celte manière de voir. Il veut prouver que le contenu de son évangile ne lui est venu d’aucun enseignement humain; cette preuve ne ressort de son séjour en Arabie qu’à la condition que déjà à ce moment-là il ait prêché son évangile tout comme il l’a prêché plus tard.

Aprés ce voyage, dont nous ignorons la durée, Paul revint:

à Damas d’où il était parti, et l’on comprend sans peine que dans le récit de Luc ce second séjour soit immédiatement lié au premier et confondu avec lui (Act. IX, 23). Mais l'expression énergique de l’auteur 66 émAngodvro Âuéoo ixavai (lorsque des jours fort longs furent accomplis) répond bien à celte durée de trois ans dont parle Paul dans les Galates. Les Juifs,exaspérés contre lui, lui dressérent alors des embüches auxquelles il échappa en s’évadant par une fenêtre qui s’ouvrait sur la muraille. Cette fuite étrange n’est pas racontée seulement dans les Actes; elle est mentionnée par Paul lui-même 2 Cor. XI, 32. Le préfet, qui avait mis

la garde des portes de la ville au service de la nombreuse

et riche colonie juive de Damas, administrait cette ville au

nom du roi arabe Arétas ou Hareth (2 Cor. XI, 32). Cette

circonstance étonne, puisque la Syrie était dès longtemps devenue province romaine. Mais 1l est remarquable que la série des monnaies romaines damasquines se trouve précisément interrompue sous les règnes de Calgula et de

Claude, c’est-à-dire de lan 37 à Pan 94, ainsi à l’époque

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où doit s'être passé le fait qui nous occupe. Par une raison que nous ignorons Arétas, après la victoire qu'il avait remportée sur Hérode Antipas, son gendre, qui avait répudié sa fille, doit avoir obtenu momentanément la possession de Damas. Ce souverain, nommé Arétas Aenéas, a vécu jusqu’à l’an 40 de notre ère; ainsi précisément jusqu’à la troisième année qui suivit la conversion de Paul.

Premier relour à Jérusalem et séjour à Turse.

Tout en redoutant le moment où il se retrouverait à Jérusalem, en face des autorités juives, qu'il avait en quelque sorte trahies, et de tous ses anciens complices de fanatisme, Paul devait cependant éprouver un vif désir de se rapprocher des premiers disciples du Seigneur et de s’entretenir avec quelqu'un d’entr’eux. Ge fut Barnabas, lévite, de Pile de Chypre, qui l’introduisit auprès des apôtres. Peut-être l’avait-il connu autrefois ou avait-il rencontré Ananias. L'expression vague des Actes : les apôtres, est précisée par Paul Gal.[,18.19. Ce fut Pierre seul qu’il trouva à Jérusalem et par lequel il entra en contact avec l’apostolat primitif institué par le Seigneur. Il demeura quinze jours dans sa maison, et il vit en outre Jacques, le frère de Jésus, qui, comme chef du troupeau de Jérusalem, ne quittait pas la capitale. Mais les chrétiens en général se tenaient sur la réserve, craignant une trahison. On peut se représenter l'intérêt palpitant qu’eurent pour le cœur de Paul les récits qu’il recueillit pour la premiére fois de la bouche de ces deux hommes, particulièrement de celle de Pierre. Il avait pu apprendre déjà sur la vie terrestre du Seigneur bien des choses par Ananias.

{ Comp. Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes (2° éd. du Lehrbuch), t. 1, p. 618.

Mais ce fut alors qu’il prit connaissance de ces nombreux traits de la vie de Jésus et des quelques paroles de lui, qu'il mentionne dans ses écrits (1 Cor. VIH, 10; IX, 14; POLUESS NE 2 Op

Paul tenait à honneur d'annoncer Christ à ceux dans la compagnie desquels 11 lavait blasphémé Il entra donc en pourparlers avec les Juifs parlant grec qui habitaient à Jérusalem. Mais la discussion s’échauffant, sa vie fut bientot menacée (Act. IX, 29), et les apôtres jugèrent prudent de le faire partir de Jérusalem. Paul à raconté (Aet. XXH, 17-21) que le Seigneur, en réponse à sa prière, lui intima lui-même l’ordre de s'éloigner. Il hésitait sans doute à suivre le conseil que ses frères lui donnaient par égard

Jour sa propre sûreté, et ce ne fut qu’après avoir pré-:

senté au Seigneur ses objections, qu'il se rendit. Il se relira alors dans sa famille à Tarse (Act. IX, 30) où nous le retrouverons plus tard et d’où il accomplit, en attendant, un ministère dans les contrées circonvoisines, en Gilicie et en

Syrie (Gal. 1, 21). Mais pourquoi Paul ajoute-t-il (v. 22 et

23) qu’à cette époque il n'avait pas encore fait connaissance des églises de Judée qui cependant se réjouissaient et glorifiaient Dieu à son sujet? Wesss pense qu'il veut ache-

ver par là la démonstration de l'indépendance de son apos-.

tolat, en rappelant qu’il a passé immédiatement de Jérusalem en Syrie sans avoir pu voir en Judée aucun des autres apôtres. Mais cette intention n’explique pas tous les détails que renferment ces versets. Je pense plutôt que Paul donne cours au sentiment douloureux que lui cause la différence entre ces premiers temps où tout était encore paix et harmonie entre lui et les églises apostoliques, et le moment de lutte intense où il éerit la lettre aux Galates. I ny avait pas encore, en Judée moins que partout ailleurs, des églises dont la tenue libérale à l'égard de la loi

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pût éxciter le mécontentement d’une partie des judéochrétiens. Lui-même n’accentuait point le principe de labrogalion de la loi, comme il dut le faire, en faveur des paiens, après la fondation de la grande église d’Antioche et lorsqu'il eut à lutter contre les efforts des judaïsants pour la mettre sous la loi. [l appliquait sans discussion aux individus païens qu'il convertissait, le principe de la liberté, comme Pierre avait été amené à le faire chez Corneille. Mais il n’en résultait encore aucune hostilité. Ce ne fut que quand ce fait eut pris à Antioche des proportions considérables et qu’une seconde forme d'Église chrétienne parut s'élever en opposition à la première, que la guerre éclata.

C’est sans doute durant le séjour à Tarse qui suivit, que furent convertis plusieurs des membres de sa famille ou de ses compatriotes, mentionnés Rom. XVI, 3-15. Il résulle de la date de quatorze ans indiquée 2 Cor. XII, 1 que ce fut alors aussi que lui fut accordé ce ravissement jusqu’au troisième ciel dont 1l garda si longtemps le secret, et où lui furent révélées des choses ineffables, concernant, selon Thiersch, le mystère de l’union de Christ et de l’Église. Si la seconde aux Corinthiens à été écrite en l’an 98, ce serait à peu près à l'époque où nous sommes arrivés que ce fait aurait eu lieu. C’était comme l'initiation à son ministère actif qui allait enfin commencer.

Séjour à Antioche el nouveau voyage à Jérusalem.

Au milieu de cette activité personnelle et toute privée, Paul fut surpris par l’arrivée d’un homme qui parait avoir été appelé à jouer dans le cours de sa carrière un rôle important. Une fondation d’une merveilleuse beauté venait d’éclater à Antioche, la capitale de la Syrie, située à

11% La VIE DE PAUL.

peu de distance de Tarse. Des convertis de Phénicie, de Chypre et de Cyrène, du nombre des chrétiens que la persécution avait fait fuir de Judée, étaient arrivés dans cette ville et, franchissant la barrière respectée jusqu'alors, avaient annoncé le salut non seulement aux Juifs, mais

aussi aux Grecs, c’est-à-dire aux païens d’origine !. La bonne

nouvelle fut reçue par ceux-ci avec enthousiasme. Une nombreuse population païenne se convertit et une église florissante se forma, évidemment sans qu’il fût question de circoncision et d’observances mosaïques. Barnabas, envoyé de Jérusalem pour étudier ce mouvement, fut ravi en contemplant l'œuvre du Seigneur et, se rappelant la présence de Paul à Tarse, si près de ce nouveau centre de vie chrétienne, comprit ce que cet ouvrier pourrait être pour cette œuvre, et, étant venu dy chercher, il lintroduisit dans ce nouveau champ d'activité. De la collaboration de Paul et de l'église d’Antioche est procédée, comme un fruit magnifique, l’évangélisation du monde paien. : Dans tout ce récit de la fondation de l’église d’Antioche (Act. XI, 19-26) règne un accent particulier qui semble trahir la présence de l’auteur du récit et sa participation personnelle à cet événement. Et l’on est d'autant plus frappé de trouver dans le Ms. D, après la mention de Parrivée de plusieurs prophètes de Jérusalem, ces mots (v. 28) : Et 1l y eut une grande allégresse, et, comme nous étions assemblés, l’un d'eux, nommé Agabus, dit, annonçant par l'Esprit une grande famine... » Gette première

1 La leçon de À D rcoç tobs "EAnvas (Act. XI, 20) est la seule possible en raison de l’opposition à l'expression : aux Juifs seulement (v. 49). Si l’on veut à tout prix conserver, comme Westcott et Hort, la leçon de B et du T. R. cos robs EXAnnotas (N : svay yelotac |), il ne reste qu’à donner ici à ce terme d’hellénistes un sens qu'il n’a point dans les Actes (VE, 1; IX, 29), celui de Grecs.

personne du pluriel ferait penser aux (morceaux en nous » dans la seconde partie des Actes.

Pendant toute une année les deux serviteurs de Christ travaillèrent au sein de cette église qui grandissait tou- Jours. Comme elle se recrutait surtout de Grecs non soumis aux usages mosaïques et qui se distinguaient ainsi d'une manière extérieurement saillante des Juifs avec lesquels les croyants avaient été jusqu'alors confondus, on comprend que ce fut à Antioche que se produisit le nom de chréliens, yproriavoi, par lequel on commença dès ce moment à désigner les membres de l’Église (Act. XI, 26); c’est le nom que nous retrouvons plus tard chez Tacite (Ann. XV, 4% : quos vulqus christianos appellat); comp. Suétone, Néron, 16.

Gette nouvelle apparition aturait de plus en plus lattention de l'église de Jérusalem, et l’on vit arriver à Antioche plusieurs prophètes de l'Église primitive; parmi eux se trouvait cet Agabus qui prédit une grande famine, en vue de laquelle on organisa immédiatement une collecte parmi les croyants. mie

D’après le récit des Actes, ce premier séjour de longue durée, que fit Paul à Antioche, aboutit à un voyage à Jérusalem dont le but était de porter aux églises de Judée le produit de la collecte faite en leur faveur en vue de la famine annoncée par Agabus (comp. XI, 28-30). Le départ de Saul et Barnabas, son compagnon dans ce voyage, est mentionné, XI, 30, immédiatement avant le récit de la mort tragique du roi Hérode Agrippa, le dernier souverain du peuple israélite (Act. XIT). Leur retour à Antioche est rapporté dans le dernier v. de ce chap. (XIF, 25). I paraît résulter de là que le voyage eut lieu au moment même de cette mort. Comme celle-ci doit, d’après Josèphe, être placée en l’an 44, cette date doit être aussi celle du voyage.

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Elle s'accorde bien avec celle de la prophétie d’Agabus. Car d’après Josèphe (Antig. XX, 9, 6) la famine atteignit la Palestine et la Syrie en l’an 44. La prophétie d’Agabus doit donc avoir été prononcée peu de temps avant.

Mais tout ce que nous disons de cette visite de Paul à Jérusalem porterait à faux si, comme le prétendent la plupart des critiques modernes, le récit de Paul dans les Galates (ch. 1) excluait toute possibilité d’un pareil voyage. On tire cette conclusion du fait que, dans le second chapi-

tre de cette épitre, Paul parle d’un voyage qu'il fit à Jé-

rusalem beaucoup plus tard (voir les quatorze ans, I, 1), comme du second. Celui dont nous parlons aurait donc été omis, ce qui serait impossible, sil était réel. Car Paul, voulant prouver qu’il n'avait pas été instruit par les apôtres, S’exposait à être taxé de mensonge, s'il avait omis une seule circonstance dans laquelle il aurait pu les rencontrer !. Ce raisonnement spécieux repose néanmoins sur une idée absolument fausse : c’est que Paul continue au ch. 11 la démonstration du ch. 1. Ce n’est nullement le

1 Sabatier, l’Apôtre Paul, p. XX : «Il faut considérer comme apocryphe le voyage mentionné Act. X£. 30, qui est positivement exclu par la déclaration de Paul lui-même (Gal. [, 22).» C'est ainsi qu’en raison d’une simple apparence le récit des Actes est tourné en roman. Nous venons cependant d'en constater deux fois l'exactitude. M. Sabatier insiste sur le mot za (I, 4) qu’il prend dans le sens de pour la seconde fois, to dsütepoy, tandis qu'il signifie de nouveau, une autre fois, que ce soit la seconde ou la troisième. Il allègue encore le àxt devant le régime quatorze ans, qui lui parait impliquer que

Paul n’a pasremis les pieds à Jérusalem pendant tout ce temps. Cette:

conclusion est absolument. erronée. Qu'il ouvre un bon dictionnaire, il y verra que dx ypüvoy est employé pour dire : après un temps: à OMyou ypovou, après un peu de temps (Xén. Cyrop.); Ôt évrauroÿ,

après un an [Xén.); à étéwy elxoo:, après vingt ans (Hérod.); à.

Tetarostwy Et@y, après trois cents ans. Le sens de à dans ces locutions est qu’on sort de l’espace de temps indiqué, après l'avoir traversé,

cas. [avait voulu prouver qu’il avait prêché son évangile longtemps (éroës ans) avant d’avoir rencontré un seul apôtre. Ce but était atteint en constatant qu'il n’était venu pour la première fois à Jérusalem que trois ans après sa conversion et après avoir déjà évangélisé en Arabie. Qu’importait pour cette démonstration ce qui s'était passé après son premier séjour à Jérusalem? C'était là le Lerminus ad quem de sa démonstration. Après cela il n'avait plus aucun intérêt à mentionner un à un tous ses voyages. Dès le ch. IF, 1l passe donc à un autre point de sa polémique. On lui reprochait de n'être pas légal des Douze et de prêcher une doctrine qu’ils n’approuvaient pas, d’où résultait la non légitimité des églises fondées par lui. I démontre au ch. Il que, dans un nouveau séjour qu'il fit à Jérusalem, les apôtres reconnurent solennellement et son apostolat et sa prédication, le premier comme égal au leur, la seconde comme appropriée à sa mission, tout comme la leur l'était à leur cercle d'activité.

Revenus à Antioche, Saul et Barnabas, qui avaient ramené avec eux un Jeune homme cousin de ce dernier, Jean, surnommé Marc (Col. IV, 10), reprirent leur activité dans cette église où s’épanouissait une grande richesse de dons soit de prophétie, soit d'enseignement. C’est du sein de cette floraison spirituelle que surgit l’idée de la première mission proprement dite en monde païen. L'église d’Antioche s’était fondée spontanément, sans qu’il y eût eu envoi dans ce but. L'heure était venue où l'Église comme telle allait prendre en mains cette grande œuvre et en faire la sienne. Paul avait sans doute attendu impatiemment ce moment, etil est probable qu’il ne fut pas sans influence sur celte démarche décisive.

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Premier voyage de mission et conférences de Jérusalem.

C'était, sans doute, en l'an 45 (voir plus haut). Après avoir reçu l'imposition des mains en vue de cette tâche absolument nouvelle que l’église leur transmettait comme sienne par cet acte symbolique, Barnabas et Saul, accom-

pagnés de Mare, s’embarquèrent pour l’île de Chypre, pa-

trie de Barnabas, où 1ls pouvaient espérer de trouver plus qu'ailleurs des portes ouvertes. [l serait inutile de raconter en détail cette mission (Act. XIE, 4-12). Remarquons seulement que c'est à ce moment que le récit des Actes commence à désigner lapôtre par son nom latin de Paulus, mieux approprié à son ministère chez les paiens, et que

sa supériorité commence à se dessiner, à tel point que la

petite troupe missionnaire est appelée tout simplement, d’après une locution grecque connue, où mept Haïov, Paul et ceux qui l’accompagnent.

De Chypre les missionnaires passèrent en Asie-Mineure. Là leur jeune compagnon les abandonna. Quoique privés de cet aide, ils remplirent leur mission d’évangélistes dans les provinces méridionales de l’Asie-Mineure, la Pisidie, la Lycaonie, etc., où 1ls fondérent plusieurs églises (Act. ch. XII, 14 et suiv. et XIV). Comme, peu de temps auparavant, une partie considérable de ces contrées avait été incorporée à la province romaine de Galatie, on a supposé que c'étaient ces églises, fondées dans le premier voyage, qui étaient les vraies églises de Galatie, celles auxquelles fut adressée plus tard l’épitre dite aux Galates,

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