LA PREMIÈRE MISSION
Ainsi pensent Mynster, Renan, Huusrath, Pfleiderer, etc. Mais ce sens est exclu par Act. XVI, 6 où le terme de contrée de (ralatie, Taharixà y@px, est employé pour désigner cette province en opposilion aux localités visitées dans le premier voyage (v. 4 et 5). Le terme même de «contrée de Galatie » ne convient pas au sens purement administratif qu’il faudrait dans ce cas donner ici au mot Galatie. Peut-on d’ailleurs admettre qu’écrivant à des églises dont Barnabas avait partagé avec lui la fondation, il se désignât lui-même tout court comme leur fondateur (Gal. IV, 15)? Car s’il parle de Barnabas (Il, 9), c’est sans aucun rapport avec la fondation de ces églises. Il n’en agit pas ainsi avec Silas et Timothée, ses collaborateurs ( et 2 Thess. [, 1 et 2 Cor. [, 10). Enfin la preuve la plus décisive me parait être la suivante : Paul rappelle aux Galates (IV, 15) que la raison qui décida de la fondation de leurs églises fut accidentelle, une maladie qui força l’'apôtre, contre son intention, à s'arrêter dans leur pays. Comment pourrait-il s'exprimer aimsi en parlant de la fondation des églises de Lycaonie et de Pisidie? Cette fondation était le but exprès du voyage des deux apôtres.
Une autre idée plus fausse encore à été avancée par Hausrath. 1 a prétendu que cette mission de Paul et de Barnabas n'avait eu primitivement en vue que les Juifs d’Asie-Mineure et que c'était sans plan prémédité qu’elle s'était adressée aux païens. Mais qu’on se rappelle ce qu’était la majeure partie de léglise d’où cette mission ellemême partait. Ces païens convertis d’Anlioche auraient ainsi méconnu leur propre expérience ! Avec quelle solennité exceptionnelle, d’ailleurs, cette œuvre n’avait-elle pas été inaugurée? Chacun sentait qu’on faisait en ce moment un pas décisif... et tout cela pour faire jusie ce qui se faisait depuis la Pentecôte! On ne saurait imaginer rien
de plus absurde. Là où Luc veut évidemment signaler un progrès dans l’œuvre divine, on veut trouver un recul!
Combien de temps dura cette mission? Des années peutêtre. Les deux missionnaires, en s'avançant toujours plus vers l’est, atteignirent les confins de la Cilicie, patrie de Paul. Là ils revinrent en arrière, et après avoir visité de nouveau et affermi les églises qu'ils venaient de fonder, ils descendirent à la mer où ils s'embarquérent pour Antoche. |
Ici 1ls reprirent leur travail d’évangélisation, qu’ils continuérent longtemps (Act. XIV, 28). On peut, sans se tromper gravement, attribuer à cette première mission et à l’œuvre qui suivit, à Antioche même, une durée de qua-
tre à cinq années. Nous sommes ainsi conduits à placer les
événements qui vont suivre dans les années 50 ou 91.
Conférences de Jérusalem.
La marche paisiblement ascendante de l’église d’Antioche fut tout à coup troublée par l'arrivée de quelques chrétiens de Jérusalem, qui voyaient avec indignation le mélange dans l'Église de croyants d’origine juive et de croyants Incirconcis. Les Actes nous parlent, VI, 7, «d’une grande quantité de sacrificateurs qui obéissaient à la foi, » et au ch. X de partisans de la circoncision qui étaient membres de l'Église. Ce furent eux qui, à la suite de la mission et du séjour de Pierre à Césarée chez le païen Corneille, provoquérent une enquête contre lui à Jérusalem. Au ch. XV ces mêmes hommes sont désignés comme «quelques-uns de ceux de la secte des pharisiens qui avaient cru.» Il est donc probable qu’appartenant aux classes plus élevées, plus instruites, plus riches de la sociélé Juive, tandis que la plupart des autres membres de
ONFÉRENCES DE JÉRUSALEM. 41921
l'Église et les apôtres eux-mêmes étaient de basse condition, ils éprouvaient pour ceux-ci un certain dédain, et nourrissaient la prétention de s'emparer de la direction de l'Église, pour remettre les choses dans la bonne voie d’où l’on s'était écarté. [l en vint un certain nombre d’entr’eux à Antioche « pour épier, comme dit saint Paul (Gal. IE, 4), la liberté que nous avons en Christ Jésus. » Il s'agissait naturellement de la non observation des rites mosaïques, et surtout de la circoncision : « Si vous ne vous faites pas circoncire, vous ne pouvez pas être sauvés » (Actes XV, 1). Accepter cette injonction, c'était, pour Paul et Barnabas, donner le coup de mort et à leur œuvre déjà accomplie et à celle qu'ils avaient à accomplir encore. Car il était impossible que tous les païens convertis dans le premier voyage, après avoir élé admis dans l'Église par le . baptême, se laissassent après coup nnposer la circoncision, et qu'à l'avenir la prédication du salut fût soumise à cette condition dans le monde paien. C’est là sans doute le danger que veut indiquer Paul quand il dit Gal. I, 2 : « De peur que je ne travaille [à Pavenir] et que je n’aie travaillé en vain [dans le passé]. » D'autre part ces gens se donnaient pour représentants de l’église de Jérusalem, ils ébranlaient les croyants d’origine paienne, troublaient la paix dont ils avaient Joui, et jetaient la discorde dans une église qui jusque là avait marché de bénédiction en bénédiction.
Il y avait là une question vitale pour la mission chez les païens. Jusqu’alors elle n'avait pas élé sérieusement soulevée. Une fois posée, elle devait être résolue par l'autorité compétente. Car elle menaçait d'amener entre Îles églises nouvellement fondées et l’église mère une scission qui eût été fatale à la vie des unes comme à celle de l’auire.
Paul hésitait. S'il y avait quelque chose de vrai dans la prétention de ces gens de représenter le sentiment de l’église mêre, c'était courir un grand risque que de lui soumettre la question. Une vision du Seigneur le tira d’incertitude : Ne crains rien; va à Jérusalem. Se soumettant à cette direction, l’église d’Antioche délégua à Jérusalem Paul et Barnabas avec quelques autres frères. Parmi eux se trouvait un croyant incirconcis, Tite, que Paul emmenait avec lui dans l'intention d’arriver, par la conduite que lon tiendrait envers lui, à la solution de la question de principe.
Le récit des conférences qui eurent lieu en ce moment critique nous a été conservé dans deux documents, le ch. XV des Actes et les dix premiers versets du Ilme de Pépitre aux Galates. Car 1l est reconnu aujourd’hui par presque tous les critiques que ces deux récits se rapportent à une seule et même visite et que l’on ne peut identifier le voyage rapporté dans Galates If, ni avec celui d’Act, XI, 30 et XII, 25, comme le voulait Calvin, ni avec celui d’Act. XVIIF, 29, comme le pensent Wieseler et Volkmar!.
Deux sujets étroitement liés étaient à l’ordre du Jour : la reconnaissance des croyants paiens comme vrais membres de l’Église, sans condition de circoncision ni assujet-
1 Celui-ci (dans Paulus von Damascus bis sum (Galaterbrief, 1887) pense que le récit primitif remanié dans nos Actes était conforme à celui de Paul dans Gal. Il. Le concile de Jérusalem n'avait eu lieu qu'après la mission en Grèce ; on en retrouve la trace effacée Act. XVIIT, 22. Le voyage à Jérusalem dans le but de remettre la collecte (XI, 30) devrait se placer en réalité en 54, après le concile de Jérusalem qui aurait eu lieu en 53. Le séjour de Pierre à Antioche, dont parle Gal. Il, aurait eu pour but les remerciements que cet apôtre allait porter à l’église. Du conflit avec Paul serait résultée une rupture sans remède entre les deux apôtres. C’est ainsi qu’on fait l’histoire, d’après des livres que l’on recompose soi-même au moyen de ceux que nous possédons.
tissement aux prescriptions légales, et la reconnaissance de l’apostolat et du mode de prédication de Paul. Les églises fondées chez les Gentils étaient-elles de vraies églises, aussi bien que celles fondées en Israël, et Paul, leur fondateur, était-1l apôtre aussi bien que les Douze? La première de ces deux questions concernait essentiellement l’église judéo-chrétienne qui devait décider si elle voulait reconnaître, comme églises sœurs, les églises de la gentilité; la seconde était évidemment du ressort spécial des apôtres. Comme la première seule appartenait au récit du développement de l’Église primitive retracé dans les Actes, 1l n'y a rien d'étonnant à ce que cet écrit ait raconté les conférences de Jérusalem spécialement à ce point de vue. Mais, dans les Galates, Paul retraçait le fait en vue des attaques de ses adversaires contre la réalité de son apostolat et la légitimité de son mode de prédication. C'est là la raison très simple pour laquelle il a insisté surtout sur les conférences privées dans lesquelles avait été traitée et décidée la seconde question. Il est donc faux de prétendre avec l’école de Tubingue que les deux récits sont inconciliables. Du reste il ne faut pas dire que Paul ne parle que d’une conférence privée entre lui et les apôtres. [l commence bien par là, et nous venons d’en dire la raison; comp. IH, 2 : «Je leur exposai l’évangile que Je prêche chez les Gentils, ef cela privément'.» Mais, en continuant, une parenthèse le fait tout à coup tomber dans la conférence publique ; c’est au v. 3. En effet il s’interrompt brusquement par ces mots : € Mais pas même Tite, qui était avec moi, lui Grec, ne fut contraint d’être circoncis. » Il vient d'exprimer la crainte que tout son
111 m'est impossible de prendre le Ôé avec xaz” td{av autrement que
comme explicatif; comp. Rom. II, 22 ; IX, 30. Paul commence et finit par la conférence privée qui lui tenait surtout à cœur.
travail présent et à venir ne fût compromis. Mais non, aJoute-t-1l vivement; car Tite ne fut pas même obligé, lui Grec en pleine Jérusalem, pour pouvoir prendre part aux assemblées de l’église, de se faire circoncire ! Comment cela se passa-t-il? L'apôtre l'explique dans les v. 4 et 5. Ce fut lui qui s’y opposa formellement, non qu'il attachât à la circoncision en elle-même une valeur quelconque en bien ou en mal. « La circoncision n’est rien, » dit-il lui-même Gal. VI, 15. Mais exigée, comme elle létait en ce moment, par le parti extrême dont nous avons parlé, elle eût été envisagée et exploitée comme un précédent contraire à l'admission libre des païens. C’est dans ce sens qu'il faut prendre, je pense, ces mots : « Et cela! (la non eirconcision de Tite), à cause des faux frères qui étaient intervenus. » Paul aurait pu consentir à céder soit à l’Église, soit aux apôtres, pour gain de paix. Mais en face de ces adversaires qui exigeatent, il ne put céder même un instant de peur d’ébranler à toujours la vérité de l’Évangile au détriment non pas seulement des Galates?, mais des païens en général. Ges versets 3-5 supposent certainement une délibération et une décision relative à la position de Tite, et par conséquent de tout le monde paien. El cette délibération ne peut avoir eu lieu, comme l’a bien reconnu Weëss, qu’au sein d’une assemblée générale, telle que celle qui est racontée Act. XV. Car c'était à l’église
1 Le ÿé me paraît avoir le même sens explicatif qu'au v. 2. On peut aussi commencer ici une nouvelle phrase : « Mais à cause des faux frères. » Il y aurait dans ce cas au v.5 un changement de construction ; le sens diffère peu pour le fond.
2 Comme le pense à tort Pfleiderer, qui trouve dans ce pronom vous la preuve que les églises de Galatie étaient déjà fondées au moment des conférences de Jérusalem et que par conséquent elles n'étaient autres que les églises de Lycaonie ct de Pisidie datant de la première mission.
seule qu’il appartenait de décider à quelles conditions elle voulait reconnaître comme sœurs les églises fondées dans la gentilité. On sait par le livre des Actes que celte quesion fut décidée, par l’ascendant de Pierre et Jacques, en faveur de la liberté des païens. Pierre insista sur ce que le chemin du salut par laccomplissement de la loi était inaccessible à l’homme et que Dieu en avait ouvert-un autre, la grâce du Seigneur Jésus! ; Jacques rappela les prophéties qui annonçaient le salut de tous ceux d’entre les Genüls qui consentiraient à invoquer le nom du Seigneur. Cette attitude conciliante que les Actes attribuent aux apôtres, ressort aussi du récit de Paul. On peut hésiter sans doute sur la question de savoir si les apôtres aussi demandérent à Paul la circoncision de Tite. Ici Hilgenfeld, répondant affirmativement, dit : CTite ne fut pas contraint; donc quelqu'un voulait le contraindre. Et ce quelqu'un ne pouvait être que les apôtres, puisque Paul distingue ceux qui demandaient de ceux à cause desquels il ne céda pas. » Le raisonnement est spécieux, mais il se retourne contre celui qui l’emploie. Car si Paul ne céda pas aux apôtres & cause des fuux frères, cela prouve que les uns demandaient dans un tout autre sens que les autres. Aux apôtres, Paul aurait pu céder; car 1ls demandaient par égard pour l'église qu’on désirait ménager. Mais aux faux frères qui exigealent, jamais! Les apôtres différaient donc du tout au tout des faux frères, d’après le récit même de Paul.
1 Baur a prétendu que l’auteur des Actes fait ici parler Pierre à la façon de Paul. Mais dans l’épitre aux Galates Paul, parlant à Pierre face à face, lui attribue cette même conception, IF, 16 : « Sachant que l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi, nous avons cru en Christ Jésus pour être justifiés par la foi..….., vu que par les œuvres de la loi nulle chair ne sera justifiée.» Comp. Ps. CXLIIL, 2 où le psalmiste exprimait déjà la même expérience, bien des siècles avant la venue de J.-Christ.
Après celte interruplion (v. 3-9), l'apôtre reprend v. 6 le récit, commencé au v. 2, de sa conférence avec ceux qui faisaient autorité, où Joxodvres !. Comme ce terme reprend celui du v. 2, ainsi celui de roocavarulévar, imposer en ou- Lre, reprend celui de aveléunv, j’exposari (v. 2). Gette relation d'expressions ne permet pas de douter du sens du premier de ces termes : «Ils ne m’imposèrent rien en sus » de ce que Je leur avais exposé. Ils n’ajoutérent aucune condition nouvelle au salut par la foi, tel que je le prèche parmi les Gentils. Mais, disent Baur et son école, cette affirmation de Paul est en contradiction avec le réeit des Actes, qui mentionne au contraire trois conditions (rès positives que mirent les apôtres et l’église mère à la recon-
naissance des églises d’entre les Gentils : Pabstention des
viandes sacrifiées aux idoles, celle du sang et des bêtes
non saignées, mais simplement étouffées, enfin l’absten-
tion de l’impureté. Mais la contradiction signalée n'existe pas; car la prédication de Paul ne reçut aucune modification de ces trois réserves. Elles n'étaient nullement réclamées comme conditions de salut. A cet égard la lettre apostolique s’était nettement prononcée dès les premiers mots. Il n’était question d'imposer aux églises ni la circoncision ni les rites mosaïques en général. L'expression : € En vous gardant de ces choses vous ferez bien (vous prospérerez), » montre bien de quoi il s’agit; c’est d’une mesure d'utilité, non d’une nécessité pour le salut. On pourrait objecter que Paul aurait dû s'opposer à ces exigences. Deux raisons devaient l’en empêcher : leur opportunité évidente
1 Le v. 9 montre qu’il n'y a dans cette expression aucune ironie à l'égard de ceux qu’elle désigne; elle rappelle que c’étaient les hommes envisagés comme compétents pour prendre une décision, les hommes dont les adversaires mêmes de Paul en Galatie reconnaissaient l’aulorité.
dans les circonstances données, et le fait qu'il ne pouvait disposer de ces églises sans Barnabas qui les avait fondées avec lui. Paul a toujours observé avec le plus grand soin les égards dus à ses collaborateurs.
On a pris Phabitude de rapprocher les abstinences dont parle la lettre apostolique de ces commandements appelés noachiques, que l’on imposait aux étrangers qui demandaient à séjourner au milieu du peuple d'Israël, et on a conclu de là à la position tout à fait inférieure qui aurait été faite aux chrétiens d’origine païenne. Mais nous venons de montrer que ces abstinences n’'affectaient en rien leur position spirituelle et n'avaient en vue que la bonne harmonie entre les deux parties de l’Église et le succès de la mission auprés des Juifs. De plus, Schürer a démontré que les sept commandements dits noachiques n'étaient que les devoirs de la morale naturelle, dont on devait demander l’observation à un étranger avant de lui accorder l'établissement en Israël !. S'il en est ainsi, 1l n°y a pas de rapport entre ces commandements et les absti-
nences demandées aux chrétiens paiens. Nous pouvons
être parfaitement assurés que si ces concessions avaient dù porter quelque atteinte à la dignité de ses églises, Paul ne les eût point acceptées ?.
Il fut donc convenu qu'il y aurait, non pas deux évan-
1 Greschichte des jüdischen Volkes, Il, p. 568 et 569.
2 L'impureté, dont il est parlé dans la lettre des apôtres, ne peut désigner autre chose que ce que le mot roovela signifie toujours, une relation illégitime et en dehors du mariage. Si ce vice est spécialement mentionné à côté de deux actes qui à nos yeux n’ont pas proprement un caractère immoral, c’est que chez les païens il était envisagé tout autrement que chez les Juifs. Il semblait que ce fût une chose toute naturelle et moralement indifférente. Ce vice se mélait même aux actes du culte. Voilà pourquoi, quoi qu’en dise Baur, 1l est rangé ici sur la même ligne que les deux autres actes abominables aux yeux des Juifs.
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giles, mais deux formes de prédication du seul et unique Évangile ; l’une pratiquée par Pierre et les Douze, conformément aux besoins de la mission israélite; la seconde, celle de Paul, conforme aux besoins de la mission chez les païens; ainsi, deux apostolats, également divins dans leur origine! et proclamant, malgré la nuance exigée par les diversités de l’histoire, le salut par la foi en Christ, sans conditions légales. Comprend-on qu’un critique sérieux ail pu caractériser celte scène en la résumant comme suit : On se dit donc adieu en ces termes : toi, va de ton côté et prêche comme lu l’entends; nous, nous irons du nôtre et prêcherons comme nous l’entendons. Ge serait en acceptant le fait de ces deux évangiles incon-
cihables, que l’on se serait séparé, et voilà ce que signi-.
fierait cette main de communion qu'on s’est tendue et serrée en se quittant. € La xowovix, dit Baur, fut bien plutôt une séparation. »
Paul put quitter Jérusalem avec Joie. Il avait obtenu tout ce qu'il pouvait raisonnablement désirer à ce moment-là ; l’église mère avait reconnu les églises fondées chez les Gentils comme des églises sœurs jouissant avec elle du même salut, et les apôtres avaient accordé leur sanction à son enseignement évangélique, quoiqu'il ne l’eüt point
1 L'école de Baur a en général adouci l’idée de l'opposition entre Paul et les apôtres ; Holsten dans son Ævangelium des Petrus und Paulus est celui qui a maintenu avec le plus de force l'opposition entre la doctrine des apôtres : Salut par foi et par œuvres, et celle de Paul : Salut par la foi seule. Mais peu à peu la vérité se fait jour. On comprend que deux évangiles reconnus comme provenant d’un seul et même Dieu (comp. Gal. If, 8 61: rexloteuuar et 6 éveoynous... ivioynsev) ne pouvaient renfermer deux enseignements contradictoires. Il ne faut pas oublier que le mot edayyékov est ici employé par Paul, comme dans la plupart des cas {1 Thess. L, 5 ; Rom. XV, 19, etc.), pour dési-
gner non le contenu, mais l'acte de la prédication, acte uni chez les
apôtres à l’observation légale, chez Paul dégagé d’elle.
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reçu par leur intermédiaire, et sanctionné aux yeux de l’Église son apostolat, en reconnaissant son origine divine et son autorité égale à celle que possédait le leur propre. Qu’avec cela ils maintinssent, pour les chrétiens juifs et dans leur propre vie, les formes légales, Paul pouvait accepter cette différence avec le sentiment qu’elle était voulue d’en-haut aussi longtemps que durait la mission auprès du peuple élu. Quant à lui, 1l avait compris dès le jour de sa conversion que la croix renfermait en puissance à la fois laccomplissement et l’abrogation de la loi.
Depuis les conférences de Jérusalem jusqu'aux premières épitres (51-53).
Bientôt après son retour à Antioche, Paul se sentit pressé de revoir les jeunes églises d’Asie-Mineure, qu'il avait laissées livrées à elles-mêmes depuis quelques années. Il proposa à Barnabas de les visiter avec lui. On connait le dissentiment qui éclata entr’eux à cette occasion, au sujet de Marc, cousin de Barnabas, que celui-e1 voulait prendre
de nouveau avec eux. Paul s’y refusa; l’œuvre de Dieu
était trop grave à ses yeux pour risquer de la compromettre une seconde fois, en cédant à une complaisance personnelle. Un prophète de Jérusalem, nommé Silas, qui avait été désigné pour porter la lettre apostolique aux églises de Cilicie et de Syrie, consentit à se joindre à lui, et, tandis que Barnabas et Marc partaient par mer pour visiter les églises fondées en Chypre, Paul avec Silas, traversant la Syrie et la Cilicie et fortifiant les églises, arriva
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nu sur le théâtre de sa précédente mission, en Pisidie et en Lycaonie. Il trouva là les églises accrues et florissantes, et 11 put dissiper toutes les inquiétudes qui s'étaient
J sans doute élevées au milieu d’elles au sujet des ordonnan- E: ces mosaiques, en leur transmettant toutes les décisions à prises à Jérusalem (Act. XVI, 4). On s’est étonné de voir si Paul, dont l'indépendance apostolique venait d’être soleno : nellement reconnue, faire par là acte de soumission à lé-
gard de l’église de Jérusalem. Mais on doit se rappeler qu'il à ne possédait point encore un domaine qui lui fût propre. Ces églises étaient le fruit d’un travail auquel Barnabas avait pris part avec lui. Îl ne pouvait donc les traiter ex- À clusivement comme siennes. Il en sera autrement plus is tard, et nous ne devrons pas nous élonner si nous le: voyons, vis-à-vis de ses propres églises, travailler à justifier lui-même par les principes évangéliques les restrictions apportées à la liberté chrétienne, qu’il avait d’abord réclamées au nom des apôtres. Comp. 1 Cor. VII et Rom. XIV.
Paul et Silas avaient besoin d’un aide qui pût leur remplacer Mare. Ils le trouvèrent en la personne d'un jeune chrétien de Lystres, dont il avait converti dans son voyage précédent la mère et la grand’mèêre (2 Tim. [, 5). Ce Jeune homme, nommé Timothée, fils d’un père païen, mais d’une mêre Juive, avait été élevé par sa mère danse la connaissance de l'A. T. (2 Tim. I, 14. 15). Mais il n'avait point été circoncis. Le récit des Actes rapporte que Paul le fit circoncire. S'il est un fait an sujet duquel on ait accusé Luc d’avoir faussé l’histoire, c’est celui-là (voir Baur, dans son Apostel Paulus). Et cependant rien de plus injuste. Le cas de Tite (Gal. Il), qu’on oppose à celuilà, était absolument différent. D'abord Tite était fils de deux parents paiens; puis Paul a fait clairement entendre
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lui-même qu'il aurait pu céder au désir des chrétiens de Jérusalem, qui lui demandaient la circoncision de Tite, s’il n’y avait pas eu là de faux frères qui auraient abusé immédiatement de cette libre concession. Aucun abus semblable n'était à craindre à Lystres, et Luc a pris lui-même la peine de nous expliquer le motif qui détermina la manière d'agir de l’apôtre. Il dit expressément Act. XVI, 3 : « Il le fit circoncire à cause des Juifs qui se trouvaient en ce lieu-là. » Nous l’avons dit : la circoncision était pour Paul une chose indifférente, un rite dont il usait ou n’usait pas, selon les besoins du règne de Dieu (4 Cor. VIF, 19; Gal. VI, 451). Désireux d'ouvrir à l’évangélisation de Timothée la plus large porte possible auprès de ses demicompatriotes, il préféra le mettre en règle avec la loi qu'ils respectaient profondément. I n’y a rien là qui ne soit parfaitement d'accord avec les principes et la conduite constante de Paul (1 Cor. IX, 19-9292 ; X, 31-33).
Il y eut à cette occasion, écrit Paul lui-même, des voix prophétiques qui se firent entendre et annoncèrent tout ce que serait ce jeune homme pour l’œuvre du Seigneur. Il reçut une consécration à sa nouvelle tâche des mains de Paul et de celles des anciens de l’église, qui implorérent sur lui, comme autrefois les prophètes et docteurs d’Antioche sur Paul et sur Barnabas, la bénédiction divine pour son ministère d’évangéliste (1 Tim. 1, 18 ; IV, 14; 2 Tim. 1, 6Ÿ. Il est possible que 1 Tim. VI, 12 renferme une allusion aux paroles prononcées par Timothée lui-même en
1 «La circoncision n’est rien et l’incirconcision n’est rien. »
2 « Je te transmets cette injonction, à Timothée, selon les prophéties qui ont été faites précédemment sur toi...» «Ne néglige pas le don qui est en Loi, qui t’a été donné par prophétie avec imposition des mains du conseil des Anciens... » « C’est pour cela que je te fais souvenir de raviver le don de Dieu qui est en toi par l'imposition de mes mains. »
bats,
cette occasion solennelle!; comp. le v. suivant où Paul rappelle, sans doute à l’occasion de celle de Timothée, la belle profession faite par Jésus devant Pilate.
Du théâtre de sa première mission, Paul avait l’intention de continuer son voyage vers l’occident et peut-être d'atteindre Éphèse, ce grand entrepôt intellectuel, relioieux et commercial entre l’Asie-Mineure et la Grèce. Mais la volonté de Dieu était autre. C'était en ce moment l'heure de la Grèce qui avait sonné. Comme la petite troupe missionnaire prenait la route de l’ouest pour traverser la province d'Asie, dont Ephèse était la capitale, un obstacle intérieur les empêcha de prêcher. Ils se tourné-
rent alors vers le nord-ouest pour passer par la Phrygie et
la Galatie.
L’épitre aux Galates, écrite deux ou trois ans plus tard, nous apprend qu’en traversant ce dernier pays, Paul fut atteint d’une maladie grave (Gal. IV, 15-15), qui l'y retint un certain temps el occasionna ainsi le fondation de l'Église chez ce peuple encore à demi-barbare?. Puis, reprenant leur marche vers le nord-ouest, les voyageurs tentèrent d'entrer par la Mysie dans la Bithynie, où se trouvaient beaucoup de villes riches et populeuses; mais là encore l'arrêt intérieur se renouvela, de sorte qu'il ne leur resta plus, s'ils ne voulaient pas revenir sur leurs pas, qu’à continuer leur route droit vers la mer, en longeant la Mysie méridionale. C’est ainsi qu'ils furent conduits jusqu’à
Troas, où le mystère, qui avait plané Jusque là sur ce
voyage, s’expliqua enfin. Le Seigneur leur montra qu'il les appelait à passer la mer et à commencer une mission en
1 « Saisis la vie éternelle à laquelle tu as été appelé et dont tu as fait une belle profession devant de nombreux témoins. »
2 Voir sur la fondation de ces églises l'introduction à l’épitre aux Galates.
Europe. Car c'était de la Grèce qu’il s'agissait maintenant dans le plan de Dieu.
Ge fut également à Troas que l’auteur des morceaux € en nous » renfermés dans le livre des Actes, morceaux qui me paraissent être incontestablement sortis de la même plume que le reste du livre, se joignit à la société missionnaire. Évidemment cet auteur n’était point pour les VOYàgeurs un Inconnu. Il était déjà chrétien, lorsqu'ils le rencontrérent et se l’adjoignirent. C'était probablement un membre de l’église d’Antioche, ce Luc « médecin d’Antioche », comme disent les Pères, qui dès ce moment parle à la 1'e personne du pluriel quand il est présent aux scènes qu’il raconte (comp. Act. XVI, 11-18; XX, 4-XXI, 18: XXVII-XX VII). Qu'on se rappelle l’étrange leçon dont nous avons parlé, XI, 18 : @Et comme nous élions assemblés...» Le moi, implicitement renfermé dans le nous qui caractérise ces passages, ne peut être que le sujet anonyme qui parle de lui-même dans la première phrase de Pécrit : & J'ai composé, Ô Théophile, mon premier livies ty
Nous ne nous étendrons pas sur la fondation de l’église de Phihippes, telle qu’elle est racontée dans le livre des Actes (ch. XVI)?. Le récit de ce séjour a été vivement attaqué par la critique, surtout parce que l’on ne croit pas possible qu’un témoin oculaire ait pu raconter des faits aussi invraisemblables, aussi impossibles que ceux qui ont causé et accompagné la conversion du geôlier. Mais la critique me paraît agir ieï d’une manière peu conséquente. Elle envisage l’auteur du livre comme un historien assez scrupuleux pour reproduire littéralement le récit du témoin oculaire parlant dans les morceaux en nous », au
1 Voir à l'introduction du livre des Actes.
2 Voir à l’épitre aux Philippiens.
point de laisser subsister cette première personne du pluriel; et d'autre part elle le croit capable d'introduire dans le récit une foule d’inexactitudes et d’impossibilités de son propre crü. On ne saurait concilier deux genres de narration si contradictoires.
Paul et ses deux compagnons partirent de Phihppes, y laissant l’auteur des morceaux «en nous » (car le nous cesse dès ce départ); celui-ci restait à la tête de cette Jeune église très vivante, la première de la Grèce ct de l’Europe. Paul et ses deux amis s’avancèrent vers loceident, traversant en deux journées de voyage, au nord de la presqu’ile Chalcidique, deux villes où ils ne s’arrêtèrent pas, probablement parce qu'il ne S'y trouvait pas de svnagogue. Îls arrivèrent ainsi dans la grande ville de Thessalonique, qui était la résidence du proconsul romain gouverneur de toute la province de Macédoine.
Sur les détails du séjour de Paul à Thessalonique et de la fondation de l’Église dans cette ville, voir Act. XVIT, 1-
9 et la {re aux Thessaloniciens. Le séjour qu’y fit l’apôtre ne parait pas, d’après les Actes, avoir duré beaucoup
plus de trois semaines. La synagogue était pour lui, ici comme partout, la porte providentiellement préparée pour pénétrer au sein de la population juive et païenne. Mais la
orande masse de la colonie Juive se montra, comme d'or-.
dinaire, violemment hostile à la prédication de l’Évangile ; et, usant de son influence sur les magistrats romains, elle contraignit les missionnaires à quitter promptement Thessalonique où ils laissèrent une église composée surtout de chrétiens paiens. Accompagné de Silas et Timothée, Paul se rendit à Bérée, où il obtint un meilleur accueil. Mais les Juifs de Thessalonique, ayant appris, travaillérent par des émissaires à soulever la populace de Bérée et finirent par forcer Paul à prendre la fuite. Laissant ses
deux compagnons en Macédoine pour soutenir les églises nouvellement fondées et exposées aux violences du fanatisme juif et à celles de leurs propres compatriotes (1 Thess. Il, 14), l’'apôtre, en compagnie de quelques Béréens dévoués, se rendit à la mer, et là s'embarqua pour Athènes, où devaient venir le rejomdre bientôt ses deux
compagnons.
Coup d'œil sur l’activité littéraire de saint Paul.
Treize lettres nous ont été transmises par lPantiquité chrétienne comme provenant de l’apôtre Paul. Le premier document dans lequel elles apparaissent toutes réunies est le Fragment de Muratori (vers 170). Les quatre grandes (Rom. ;, 1 et 2 Cor.; Gal.) y sont d’abord brièvement traitées chacune à part, évidemment à cause de leur importance particulière; puis l’auteur les réunit avec les autres (sauf les quatre adressées à des individus) en un seul tout qui, en tant que comprenant des lettres adressées à sept églises (le nombre sept, symbole de la totalité), est envisagé comme appartenant par là même à l’Église universelle. Cette étrange remarque prouve, mieux que toute autre chose, combien l’autorilé et lapostolicité de ces treize lettres étaient déjà généralemeñt reconnues.
Trente ans plus tôt, Marcion arrivait d’Asie-Mineure à Rome avec un recueil de lettres de Paul, où manquaient nos trois Pastorales (ainsi que l’épitre aux Hébreux). On a souvent présenté ce fait comme un premier pas dans le travail de formation du recueil des épîtres. C’est tout à fait à tort. Ce Canon de Marcion résultait au contraire
d’un travail de mutilation, par lequel il avait éliminé Îles épitres que son système l’empêchait d'admettre. Il pratiquail un procédé semblable à l'égard des épitres mêmes qu'il admettait, en les expurgeant de tout ce qui ne lui convenait pas, et même à l’égard des livres apostoliques en général, d’entre lesquels, outre les épitres de Paul, il n'acceptait que l’évangile de Luc.
IL est aisé de constater, par l'emploi que font Polycarpe, Ignace et Clément de Rome de plusieurs des lettres de Paul, que ces écrits se trouvaient déjà dans le premier tiers du second siècle entre les mains de ces Pères, ce qui veut dire dans les archives de leurs églises, en Asie-
Mineure, en Syrie et en Italie!. Comment n’aurait-ce
pas élé un besoin pour toutes les églises de la chrétienté de nourrir leur foi, leur espérance et leur amour de ce pain de vie qu'elles trouvaient dans les écrits par lesquels lapôtre avait travaillé à leur affermissement ? De là la communication qu’elles se firent très promptement les unes aux autres des lettres que chacune d'elles se trouvait posséder, communication qui part originairement des églises auxquelles l’apôtre avait adressé tel ou tel de ces écrits. La vivacité du besoin nous garantit la promplitude du procédé si simple par lequel il y fut satisfait. Ce que disait Polycarpe aux Philippiens en leur rappelant la lettre que Paul leur avait écrite : «En l'étudiant (vous courbant
1 Clément, à Rome (fin du Ier s.), paraît connaitre déjà quelques-unes des épitres de Paul, non seulement Rom., mais 4 Cor., Eph., Phil., 4 Tim., Tite (de plus Hébr. et 1 Pierre). Barnabas, dans le même temps : Rom., 4 Cor., Gal., Eph., Col., Tite {de plus Hébr..). Ignace (4er tiers duIles.): Rom.,Gal., Eph., Phil.,4 et 2 Thess., ép. pastor. Polycarpe [même temps) : Rom., Cor., Gal., Eph., 2 Thess., 4 Tim., 2 Tim. (de plus 4 Pierre); Hein fans Eh. (et Jacq.). — Certaines expres-
sions dans la Didaché rappellent quelques lettres de Paul (Rom., 4
Cor., Eph., 2 Thess.). non pourtant avec une entière certitude.
sur elle) vous pourrez vous édifier, » s’appliquait à toutes les églises et à tous les écrits apostoliques.
Ces treize documents ont certains caractères profondément marqués qui les distinguent de tous les autres produits littéraires. La forme dialectique prépondérante en est le cachet le plus saillant. Les plus riches exubérances du sentiment revêtent elles-mêmes ce caractère. Tandis que par nature Jean déclare et affirme, par nature Paul déduit et argumente. Chez tous deux se trouve l’intuitivité sémitique, mais chez le premier conservée dans sa fraicheur native, transformée déjà chez le second par le contact avec l’hellénisme; lun comme l’autre, écrivains d’une inimitable originalité.
La question importante, quant à Paul, est de savoir jusqu’à quel point ses études rabbiniques et son passé pharisaique, d’un côté, de l’autre, ses relations avec le peuple et lPesprit grecs ont exercé une influence sur le monde de pensées que nous présentent ses lettres.
Parmi ceux qui ont sérré de plus près ce double problème dans ces derniers temps, Pfleiderer, dans son écrit déjà cité, Paulinismus, me paraît être arrivé aux résultats les plus précis. Il fait ressortir :
19 Le caractère rabbinique de l’exégèse de Paul, à la fois littérale et typologique. Sous ce rapport on cite surtout Galates IT, 16 (&v onéoux) et Rom. IV, 17 (ratio moAGv); 1 Cor. IX, 9 (le bœuf qui foule le blé) et Gal. IV, 21 (Agar et Sara); enfin Rom. X, 6 et suiv. (la justice de la foi parlant le langage de la loi) et 2 Cor. HT, 43 (Moïse voilant son visage). — Je crois que dans plusieurs de ces cas l'explication de Paul se justifie pleinement (ainsi pour AUTO CR AMI PTS et XX Gel suiv.) et que, dans d’autres cas, la typologie de l’apôtre différe entièrement des allégories rabbiniques, en ce que les deux faits com-
PR
rs
parés par Paul reposent toujours sur une loi morale commune qui jusüfie leur rapprochement (1 Cor. IX, 9; Gal. IV, 21), tandis que dans l’explication allégorique ordinaire les faits rapprochés le sont artificiellement et ne setouchent que par un trait accidentel. Mais je ne prétends point pour cela qu'un homme qui n'aurait pas passé par la gymnastique rabbinique eût toujours argumenté comme le fait Paul. Seulement il faut bien remarquer que ce n'était là pour lui qu'un procédé de démonstration, et non le moyen par lequel il était arrivé au fond même de ses idées!. Ce fond, il le possédait avant d'écrire, et il employait d'autant plus volontiers A. T. pour le défendre que c'était là l’autorité qu'invoquaient contre lui ses adversaires : € Vous qui voulez être sous la loi, n’entendez-vous pas la Loi? » Gal. [V, 21. C'était une sorte d’argument ad hominem.
2° La conception de l’expialion. Elle serait puisée dans le système de lPécole pharisaique, selon Pfleiderer qui en appelle ie1 à l'ouvrage de Weber, Das System der alltsynagogalen palästinensischen Theologie. D'après ce svstème, en effet, le péché est une dette que Dieu se fait payer et qui doit être acquittée pour qu’il pardonne. L'homme l’acquitte par la souffrance, par la pénitence, par les bonnes œuvres, par l'étude de la loi, etc. Pour certains grands crimes, il faut la mort et les peines de PAdès. Mais les pères et les justes éminents ont fait plus de bien que de mal, ce qui leur constitue un surplus de mérite, qui peut se reporter sur d’autres et être appliqué à leurs après-venants ou à leurs contemporains. Îl saute aux veux, dit Pfleiderer, que c’est là la base de la doctrine paulinienne de l’expiation. — Mais il y à ici une difié-
1M. Sabatier dit lui-même, p. 66 : « Non. ce n’est point de l'A. T. que l’apôtre tire, au moyen de sa méthode exégétique, le fond même de sa pensée. »
rence qui établit entre les deux conceptions une opposition radicale : c’est que dans l’évangile de Paul, c’est Dieu lui-même, le créancier, qui paie la dette et qui réconcilie ainsi le débiteur avec lui-même !. C’est précisément l’antipode du pharisaisme. D'ailleurs est-il permis d'oublier le tableau prophétique du Serviteur de Jéhova, Es. LIT, qui certes est bien antérieur au pharisaisme et qui de tout point concorde avec la conception de l’apôtre? Rien n’a dû répugner davantage à l’esprit de Paul converti que les idées orgueilleuses de mérite humain qui étaient la base de toute la conception pharisaique?. Et c'est de là qu'il aurait tiré le fond de son nouvel enseignement!
30 L'idée de la résurrection des corps. Voici l’exposé de l'opinion rabbinique telle que le donne Weber (p. 593). Que l’on juge! « Le corps futur est essentiellement de même qualité, pour la substance et l’organisation, que le corps actuel. Il ressuscité avec les mêmes vêtements avec lesquels on l’a déposé dans le sépulcre. » Dans le traité Sanhédrin, cette résurrection du corps tout habillé est prouvée par l’analogie du grain de blé qui ne sort pas de terre nu, mais enveloppé. De là les ordres précis des rabbins relatifs à leur toilette de mort. Ÿ a-t-il quelque chose de plus opposé que ce matérialisme grossier à la conception à la fois réaliste et spiritualiste, développée par Paul dans 1 Cor. XV, de la relation entre le corps actuel, physique et corruptible, et le corps fatur, spirituel et incorruplible? Notons ici une découverte tout à fait étrange
12 Cor. V, 18 : ta dE révta £x toù 0e0Ù tod xatahAdEavTOS ua.
2 On a eu le courage d’alléguer encore Col. I. 24, où Paul ferait de ses souffrances le complément de celles de Christ; comme si Paul n'enseignait pas au Ch. Il la perfection de la rédemption accomplie par Christ ! Les souffrances que subit Paul pour l'Église, ne servent pas à son rachat, mais à la réalisation de sa destination dans le temps.
de Pfleiderer. Entre la 1re et la 2e épître aux Corinthiens, il se serait produit chez Paul un subit changement d'idées, dans un sens très spirilualiste. Sous l'influence d’Apollos, Paul aurait admis l’idée hellénique de l'habitation de l’âme après la mort dans une demeure divine incorporelle (2 Cor. V, 1-4). Quoi! lapôtre aurait ainsi changé ses idées sous l'influence d’un nouveau venu, d’un converti d'hier, et aurait aussitôt initié ses églises à ces variations de sa croyance ! Mais, supposée exacte lPinterprétation de Pfleiderer, 1l ne s'agirait en tout cas que de Pétat qui suit immédiatement la mort. Car, quant à la résurrection, nous la retrouvons enseignée dans Philip. HT, 21 exactement de la même manière que dans À Cor. XV.
4° La préexistence du Messie. Paul aurait reporté sur Jésus
l’idée philonienne de l’homme céleste et spirituel, prototype de l’homme terrestre, et antérieur à lui. C'était en effet par cette conception que Philon cherchait à mettre d'accord ce qu’on appelle les deux récits de la création, Gen. I'et Gen. II. Et c’est par cetle interprétation philonienne que doit s'expliquer chez Paul la doctrine de la préexistence du Messie. Mais dans les passages où la préexistence de Christ est enseignée par Paul, 1l s’agit d’une tout autre préexistence que celle d’un homme céleste, c’est-à-dire d’une créature. Paul dit Philip. I, 6 : «Lui qui était en forme de Dieu,» c’est-à-dire qui vivait d’un mode d’être divin. Holsten lui-même a reconnu que cette expression dépasse les limites d’une simple humanité. D'ailleurs 1 Cor. VIIL, 6 Paul attribue à ce Christ préexistant la création de toutes choses (révra di «broi). Paul eût-il attribué la création de l’univers à une créature? 1 Cor. X,4, il le représente comme celui qui conduisait et éclairait, abreuvait el nourrissait Israël dans le désert : « Le rocher était Christ. » Dans Col. EI, 16 el suiv. la divinité du Messie
préexistant est plus évidente encore. Quant au seul passage où l'expression d'homme céleste soit appliquée au Christ (1 Cor. XV, 45 et 47 : & Le second Adam est du ciel »), le contexte ne permet pas de douter que Paul ne parle, non du Christ préexistant, mais de Jésus elorifié. D'abord, 1l le nomme «le second Adam»; s’il s'agissait de l’Adam préexistant, 1l devrait le désigner comme le premier. En second lieu, il déclare que par la résurrection nous revêtirons son image; or on sait que d’après Paul l’image que nous devons porter dans la gloire, est celle du Christ ressuscité et glorifié, et non celle du Christ préexistant ; comp. Phil. III, 21; Rom. VIIL, 17. 29. En général tout le chapitre 1 Cor. XV a une portée eschalogique. | 90 M. Sabatier (p. 30-31) envisage encore comme des emprunts faits par Paul au pharisaïisme «ses idées sur les anges et sur les démons. » Mais pourquoi dire : au pharisaisme, et non pas tout simplement à l'Ancien Testament? Jésus et Paul n’ont-1ils pas pu tirer ces idées de ce livre aussi bien que les docteurs pharisiens eux-mêmes ? M. Sabatier relève encore le point spécial de la promulgation de la loi par le ministère des anges (Gal. IT, 19), notion que l’on retrouve chez Étienne (Act. VII, 38. 53), dans l’épitre aux Hébr. (IE, 2) et chez Josèphe. Mais c’est pourtant toujours l’A. T. qui est la source première de cette idée, par le tableau des phénomènes extraordinaires qui ont accompagné la promulgation de la loi et par la parole Deut. XXXIII, 2. Si Paul a mentionné, comme 1l la fait, ce théologoumène rabbinique, c’est qu’il reposait à ses yeux sur une source plus élevée.
En général il est psychologiquement invraisemblable que, dans le changement radical qu’a subi l’apôtre, il ait conservé quelques lambeaux isolés de son ancienne con-
cepluon pharisaique. Jamais ne s’est mieux réalisée que dans la conversion de Saul, la parabole du vieux vêtement et du vêtement neuf. Il n’y a pas eu rapiéçage ; 1l y a eu substitution, du tout au tout. « Toutes choses ont été faites nouvelles. »
Ou bien serait-ce du côté opposé, vers le judaïsme helénisé d'Alexandrie, qu'il faut se tourner pour découvrir quelque source de la théologie de Paul? On a cherché dans Philon. On prétend y avoir trouvé des locutions qui se rapportent à celles des épitres ; Philon a même développé l’allégorie d’Agar et de Sara d’une manière analogue à Paul. Puis on cite l'idée paulinienne de l'impuissance de l’homme à faire le bien, qui est opposée au pharisaïsme, mais qui se trouve dans Philon. Comme si, à défaut même de son expérience personnelle si bien décrite dans Rom. VII, Paul n'avait pas sous les yeux, aussi bien que Philon lui-même, le Ps. LI et tous les passages de VA. T. qu'il cite Rom. II, 9-20! Avait-il donc besoin des yeux de Philon pour lire et comprendre tout cela? Quant à l’allégorie d’Agar et de Sara, voici l’explication de Philon : Abraham, c’est l’âme humaine, progressant vers la connaissance divine; Sara, sa premiére femme, la princesse, représente la sagesse divine: Agar, la seconde femme, l’étrangère, représente la sagesse du siècle, celle de l’école. Pour que le mariage avecla première porte du fruit, il faut que l’âme ait auparavant passé par l'union avec la sagesse mondaine. De plus Ismaël, c’est la sophistique qui doit être bannie pour laisser la place à Isaac, la vraie sagesse | Quelle différence avec le parallélisme établi par Paul entre linimitié d’Ismaël contre Isaac et l’inimitié des serviteurs de la chair contre ceux de l'esprit! Il y à ici à la base du parallélisme une loi morale profonde, tandis que tout est arbitraire dans les rapprochements imaginés par Philon.
FPE
Pfleiderer reconnait qu'il est peu vraisemblable que Paul ait connu les écrits de Philon. Mais il croit d'autant plus sûrement trouver dans le livre alexandrin de la Sapience l'origine de certaines idées de Paul.
1° L'incapacité où est l’homme naturel de comprendre les choses divines, telle qu’elle est enseignée par Paul 1 Cor. Il, 6-16, se trouve dans Sap. IX, 13-17 : «Quel est l’homme qui connaîtrait La volonté...? Ce corps périssable pêse sur l'âme qui a sondé les choses célestes? Et qui aurait sondé ta volonté si tu n'avais envoyé ton Saint-Esprit d’en haut?» Et c’est de là que Paul doit avoir tiré son idée de l’homme psychique, incapable de comprendre les choses qui sont de l’ordre spirituel! Mais Paul, dans le passage cité. n’attribue point au corps la cause de cette incapacité. Puis il ne parle pas de la volonté de Dieu en général; 1l parle spécialement des grands faits du salut révélés aux apôtres par lPEsprit de Dieu et que les croyants eux-mêmes ne peuvent comprendre que quand leur nature est devenue spirituelle. Ïl s'agit de deux domaines absolument différents.
20 L'origine du paganisme. Voici comment en rend
compte l’auteur de la Sapience, ch. XIIT et XIV. Après une
longue amplification des passages dans lesquels Ésaïe avait persiflé l’idolâtrie (ch. XL, XLIV, XLVT), l’auteur explique comme quoi un père avant perdu son enfant d’une mort prématurée, afin de l’honorer comme un dieu, en fit faire une image en l’honneur de laquelle il institua, pour les gens de sa maison, un culte privé avec des sacrifices. Cette coutume en se consolidant avec le temps prit le carac-
tère d’une loi. Les souverains commencérent aussi à ordon-
ner qu’on rendit un culte à des images taillées. Ceux de leurs sujets qui habitaient loin d’eux et né pouvaient leur rendre hommage en face, se firent faire d'eux des images visibles, afin de les honorer. Les artistes aussi, voulant
plaire aux princes, les représentèrent en exagérant en beau leur ressemblance... Ainsi naquit le paganisme, de lamour paternel, de la flatterie et de l’amour du gain. Et ce sont ces inepties que. l’on ose comparer à l'analyse psychologique pleine de profondeur de l’origine du paganisme Rom. I, 18-23! Et l’on croit avoir mis hors de doute la dépendance des épitres de Paul à l’égard du livre de la Sapience ! Il y a des cas où la critique n’est guère exigeante.
39 La doctrine de la prédestination. D’après M. Sabatier, Paul l’a héritée du pharisaisme (p. 31)!. Mais on a cru pouvoir la faire dériver en ligne plus directe encore du livre de la Sapience. En effet, voici ce qu’on y hit (ch. XV, 6-10) : « Le potier, se fatiguant à pétrir la terre molle,
forme toutes sortes de choses pour notre service, et de la
même argile 1l fabrique des vases qui servent à un usage pur et pareillement d’autres pour un usage tout différent, et c’est l’ouvrier lui-même qui décide de l'emploi à faire d’un chacun. » — Mais l’auteur ne songe pas un instant à comparer cette action du potier à celle de Dieu ; 1l stigmatise simplement la cupidité et la mauvaise foi de l'artiste qui fabrique de telles images d'argile et les vend pour être adorées. Non, ce ne sont n1 lhellénisme ni le pharisaisme qui ont conduit Paul à sa notion de la prédestination. Elle résultait directement du théisme puissant de l’A. T. Seulement chez Paul, comme dans l'A. T. luimême, la certitude théologique de la direction divine est constamment tempérée et limitée par la reconnaissance de la liberté et de la responsabilité humaines.
Nous ne trouvons donc dans les écrits de Paul aucune raison sérieuse de nous défier de la conscience intime qu’il portait en lui et qu’ilexprime souvent, de communiquer aux
1Il cite ce rapport de Josèphe : « Les pharisiens pensent que tout ce qui arrive a été arrêté à l'avance par le destin. »
églises ce qu'il a reçu du Seigneur. Il peut l'avoir reçu par l’intermédiaire des apôtres et de la tradition apostolique! ou par révélation directe et personnelle? ou par le moyen de la connaissance chrétienne; j'entends par là l'intelligence s'appliquant aux problèmes d’une situation donnée et en cherchant la solution dans les principes évangéliques, dans l'expérience propre, dans les exemples que présentent les Écritures, toujours sous la direction de Esprit divin $. Quoi qu’il en soit, Paul déclare qu’il n’enseigne pas de son chef et qu’il n’est que l’organe de celui qui lui a confié sa mission. C’est là ce qu’il veut dire quand en tête de quelques-unes de ses lettres 1l s'intitule « apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu. » Il met son écrit sous la garantie de sa charge, comme celle-ci sous la garantie de Celui qui la lui a confiée.
À mesure que l’apôtre s’est livré au travail de la correspondance avec les églises, pour continuer leur éducation spirituelle, un certain type s’est imposé à son esprit: il commence par l'adresse et par un vœu, qu’il fait suivre immédiatement de la mention de ses actions de grâces pour l’œuvre accomplie par Dieu chez les lecteurs et de ses prières pour l’affermissement de cette œuvre. De là il passe tout naturellement au sujet qu'il a à traiter afin de travailler lui-même en ce moment au progrès spirituel de l’église; cette tractation forme le corps de la lettre. Enfin il Lermine par une série de communications d’un caractère personnel.
Un préambule (comprenant adresse et action de grà-
14 Cor. XV, 3-7; XI, 23 (?); VIE, 40 ; comp. Rom. XV, 3. 8; Gal. HErL'etc. ;
2 Gal. I, 42-46 ; 4 Cor. IL, 6-12; Rom. XVI, 95; Eph. IT, 2-6; 1 Cor. XV, 51 ; 1 Thess. IV, 15; Rom. XI, 25, etc.
34 Cor. XIV, 37: VIL, 12-40: X, 15.
ces), le corps de lu lettre el une conclusion, voilà le cadre habituel, non encore neltement marqué dans les premières lettres (Thess.), mais fermement arrêlé dans les suivantes. Et cependant rien chez Paul n'est absolument stéréotypé. À chaque fois il est aisé d'observer les remarquables variations que la situation ou le sentiment de Papôtre apporte dans la réalisation de ce type. Voir par exemple la suppression de l’action de grâces dans les Gal. (E, 6); le développement considérable de l'adresse dans les Rom. (1,1-7)et celui de l’action de grâces dans les Éph. (1, 3-14) et les Col. (1, 3-18); comparez aussi le contenu différent de l’action de grâces quand il s'adresse aux Corinthiens ({re ép. 1, 4-9) ou aux Thessaloniciens (1re ép. 1, 2-3).
Paul parait avoir ordinairement dicté ses lettres, ainsi qu’on le faisait souvent dans lPantiquité. Ce qui le prouve, c’est que les cas contraires sont expressément indiqués (Gal. VI, 11 et Philém. v. 19). Une fois le secrétaire est nommément désigné (Rom. XVI, 22). Assez souvent, lapôtre indique le moment précis où 1l prend la plume pour ajouter de sa propre main le mot final; comp. 2 Thess. IE, 17; 1 Cor. XVI, 21; Col. IV, 18. Le premier de ces passages montre la raison particulière qu'il avait pour en agir de la sorte. C'était le désir de prévenir toute erreur à l’égard de la provenance de ses lettres. Weiss pense, avec raison, me parail-1l, que là même où l’apôtre n'indique pas expressément que c’est lui qui prend la plume, il le fait néanmoins avant de finir. Les églises, surtout celles qui connaissaient son écriture, n'avaient pas besoin d’être averties à chaque fois, que c'était lui qui commençait à écrire; c’est probablement le cas 9 Cor. XIH, 18: Éph. VI, 23. 94; Phil. IV, 23; 1 Tim. VI, 20-29: 2 Tim. IV 522
Il n’y a pas lieu de penser que, quand dans ladresse
Paul indique un nom à côté du sien, il veuille, comme on l’a cru souvent, désigner par là le secrétaire écrivant en ce moment sous sa dictée; comp. À et 2 Thess. : « Paul, Silvain et Timothée »; 4 Cor. [, 1 : «Paul et Sosthènes » : born LA Phile RTE Col Et: € Paul et Timothée »; Gal. [, 1 : « Paul et tous les frères qui sont avec lui. » Il veut bien plutôt honorer par là, comme ayant en quelque mesure coopéré à sa lettre, le ou les personnages qu'il nomme à côté de lui. Ce qu’il affirme à l’église comme apôtre, eux le ratifient comme frères. Mais cette fonction plus relevée n'empêche point, d'autre part, que lun ou l’autre d'entr'eux n'ait pu en même temps, à l’occasion, lui servir d’amanuensis. Nous constaterons aussi à cet égard la variété des procédés de l’apôtre et leur rapport délicat avec les situations données.
Comme le disait Michaëlis, la langue de Paul est celle d’un Juif dont la langue naturelle n’était point le grec classique, et d'autre part, cette langue n’est pas non plus le simple grec plébéien du temps. Ce grec étrange provient surtout de la version des LXX. Mais il a reçu une empreinte toute nouvelle par la puissance et lPélévation des idées chrétiennes au service desquelles il a été placé. Il se retrouve le même au fond de tous les écrits de Paul, manipulé en quelque sorte par l'esprit nouveau de l'Évangile et par le génie créateur de lPapôtre, et déployant, sous la puissance de ce double facteur, les ressources infinies naturellement inhérentes à la langue des Hellènes.
Chacun sait comment saint Paul a usé de cel instrument. Chacun connaît cette manière d'écrire tant de fois caractérisée, tantôt saccadée et brisée, tantôt soutenue, éloquente même jusqu’au pathétique ; ici émue et passionnée, là froidement dialectique ; parfois enjouée jusqu’au jeu de mots, quelquefois ironique Jusqu'au sarcasme ;
toujours et sous toutes ces formes l'expression vraie, adéquate de cette riche et puissante personnalité. Nous n’entrerons pas ici dans l'étude des particularités syntactiques et grammaticales du style de Paul (voir sur ce sujet l’exposé complet de Weiss: Lehrb. d. Eint. K 16, 7).
Le nombre des hapax-legomena dans chacun des écrits de Paul (j'entends : hapax, par rapport à tous les autres livres du N. T.) m'a paru être celui-ci : 96 dans les Rom.; 91 dans la 1re aux Cor.; 92 dans la seconde; 33 dans les Gal.; 38 dans les Eph.; 34 dans les Col.; 36 dans les Phil.; 48 dans la re aux Thess.; 7 dans la 2me: 73 dans la Are à Tim.; 44 dans la 9m€ ; 31 dans Tite; 4 dans Philém.; en tout 597 hapax, formant plus de la dixième partie des 4698 mots qui constituent le vocabulaire du N. T.
Deux écrivains, Pollen et Bertholdt, ont pensé que Paul avait écrit ses lettres en araméen, tandis que plusieurs théologiens catholiques, Harduin, Bellarmain, etc., ont cru, du moins pour lépitre aux Romains, à un original latin. Un manuscrit de la traduction syriaque exprime déjà à l’égard de cette letire la même opinion. C’est une erreur évidente. Un style comme celui des lettres de Paul ne saurait être celui d’une traduction. Paul, comme helléniste, avait le grec pour langue naturelle, et les chrétiens de Rome possédaient, aussi bien que tous les habitants cultivés de cette ville, le grec comme langue littéraire. Ces opinions sont absolument abandonnées à cette heure.
Le recueil de nos treize lettres ne renferme-t-1l que des lettres vraiment composées par l’apôtre et renferme-t-1l toutes celles qu’il a écrites? L'histoire de la critique nous a montré le doute commençant par s'attaquer à une ou deux lettres (1 Tim., 2 Thess.), puis s’étendant à quelques autres (les deux autres Pastorales et les Eph.), atteignant
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