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fait par ignorance » (1 Tim. 1, 153); tandis que les Juifs, qu'il accuse dans notre passage en raison de l’opposition qu’ils mettent partout à la prédication de l'Évangile chez les païiens, employaient pour arriver à leurs fins les moyens les plus hypocrites et les plus perfides, comme celui de rer un grief politique de cette attente messianique qui étail l’objet de leur propre aspiration la plus ardente. Ils montralent ainsi leur méchanceté et leur mauvaise foi. Cette conduite révélait d’ailleurs leur manque d'intérêt pour lPamélioration du monde païen et la jalousie qu’ils éprouvaient contre quiconque y exerçait une influence à côté d’eux. Entre un persécuteur aveuglé, mais sincère, et des perséculeurs intéressés et déloyaux, comme ceux-là, il n'y à rien de commun. — Le châtiment d'Israël est simplement annoncé par Paul comme prochain, ainsi que Jésus l’avait prédit. L'expression employée, bien comprise, n en implique point l’accomplissement. — Si nous mettons quelques mois entre la fondation de l’église et notre lettre, nous pouvons comprendre comment la nouvelle surprenante de l’œuvre admirable accomplie à Thessalonique avait pu se répandre, non seulement dans le nord (Macédoine), mais jusque dans la partie méridionale de la Grèce {Achaïe). Paul lui-même fait entendre quels étaient les messagers qui avaient colporté si promptement cette orande nouvelle : (Eux-mêmes,» dit-1l, c’est-à-dire ces adversaires obstinés dont les synagogues ou les colonies répandues partout correspondent incessamment les unes avec les autres. — Comment les chrétiens de Thessalonique pouvalent-ils servir de modèles aux autres troupeaux déjà fondés en Grèce? Tout simplement parce que Paul et ses deux compagnons les citaient eux-mêmes comme des exemples. — Il n’y a dans la recommandation V, 27 aucune relation avec l’usage postérieur des églises de
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178 1re AUX THESSALONICIENS.
faire une lecture publique régulière des écrits apostoliques. Paul demande simplement aux Anciens de veiller à ce que, si quelques fidèles n’ont pas eu connaissance de sa lettre par la lecture premiére qui en a été faite dans l’assemblée, elle leur soit communiquée privément.
Quant aux objections ajoutées plus tard à celles de Baur, elles n’ont pas plus de force. L'absence du titre d’apôtre dans l'adresse est bien plutôt un signe d'authenticité. Paul a eu vis-à-vis de ses deux compagnons d'œuvre, la délicatesse de ne pas prendre un titre qui ne pouvait convenir qu'à lui seul. — Le rapport entre la phrase de Paul 1, 3 et celle qu’on cite de l’Apocalypse est d'autant moins suspect que nous trouvons ici la triade paulinienne bien connue des trois vertus cardinales. — S'il v a réellement une relation de dépendance entre le passage des Thessaloniciens et celui du IVe livre d’Esdras, limitation est du côté du second (p. 166)!. Il est aisé de se convaincre que, tandis que l’épître aux Thessaloniciens nous reporte aux temps les plus primitifs de l’Église et annonce encore le châtiment d'Israël comme à venir, le [Ve d’Esdras renferme une foule de locutions empruntées au christianisme et repose lout enlier sur le fait tragique de la seconde ruine de Jérusalem consommée.
N'y aurait-il pas difficulté à expliquer le fait d'une admission aussi unanime que celle de cette lettre dans les recueils sacrés des églises du second siècle, si elle avait été composée à une époque postérieure à la mort de Paul? Comment les Thessaloniciens, lorsqu'elle leur parvint, n’auraient-ils pas déclaré que jamais ils n'avaient connu ni reçu de l’apôtre un tel éerit? Et comment cette protestation n’aurailt-elle laissé aucune trace dans la tra-
‘ Comp. Dillmann, Æerzog's Encyclop. XIE, p. 310.
dition ecclésiastique ? De plus, quelle invraisemblance que la fabrication apocryphe d’un écrit laissant supposer l'apôtre convaincu de l’imminence de la Parousie, tandis que, comme le prouve la 2€ de Pierre (HE, 5 et suiv.), on cherchait plutôt, après le siècle apostolique, à expliquer pourquoi cet événement n’arrivait point ! Comment après la mort de saint Paul, le faussaire eût-il mis dans la bouche de Paul ce : &« Nous, les vivants, les restants? » d’où lon pouvait si aisément inférer qu’il espérait voir de ses yeux la Parousie? L’inquiétude éprouvée par les Thessaloniciens au sujet des quelques cas de mort qui avaient eu heu chez eux depuis le départ de Paul, est un sentiment qui caractérise clairement les tout premiers jours d’une église. Enfin les émotions intimes que trahit toute cette lettre, les effusions pleines de tendresse qui la caractérisent, ces réminiscences si vives d’un temps récent de bénédiction exceptionnelle, ces expressions d’une sollicrtude toute paternelle pour de jeunes églises exposées déjà à de si cruels traitements de la part de leurs compatriotes, ces recommandations si parfaitement appropriées à la s1tuation d’une église naissante placée au milieu d’une grande cité païenne commerçante et corrompue, ces encouragements à la constance dans la foi au milieu de la souffrance, ce sont là des accents inimitables qu'il est impossible d'attribuer à la plume d’un faussaire des temps postapostoliques.
Conclusion. à
La première épitre aux Thessaloniciens mérite à bien des égards une attention particulière.
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180 re AUX THESSALONICIENS. ;
Deux écrivains, Weiss et Sabatier, ont tiré de l’absence d'enseignement dogmatique proprement dit dans cet écrit de grosses conséquences; ils en ont conclu que la conception théologique de Paul, au moment où il a écrit cette lettre, n’était encore chez lui qu’à l’état débauche. « C’est en vain, dit Weiss (Einl. p. 174), que l’on se refuse à reconnaitre que nous avons ici une forme non encore dé- à veloppée de la doctrine de Paul... Il manque toute déclaration précise sur la personne de Christ, sur le but salutaire de sa mort, sur la nature de l'état final que doit amener sa Parousie. Pas un mot de l’impuissance de l’homme naturel à faire son salut et du siège du péché dans la chair, de la justification par la foi et de la communion de vie avec Christ par l’intermédiaire de son Esprit, de la position du chrétien par rapport à la loi et des vues profondes exposées plus tard par l’apôtre sur la re- 5 lation du christianisme avec le judaïsme et le paganisme. » a «Et pourtant, ajoute ce savant, ce n’est pas l’occasion qui "4 manquait, elle se trouvait dans la manière dont les Juifs | s’interposaient entre l’apôtre et ses nouveaux convertis. » Weiss conclut : € Gelui qui admet que tout le système de l’enseignement paulinien existait déjà dans l'esprit de la-
Te. LAR S
pôtre à ce moment-là, doit nécessairement envisager celte lettre comme inauthentique. »
Nous rencontrons chez M. Sabatier une appréciation semblable : « La grande antithèse paulinienne entre la loi et la foi n’existe point encore dans nos deux épitres. La doctrine de la justification s'y présente sous une forme très générale... Celle de la rédemption est rattachée sans doute à la mort de Jésus, mais d’une manière assez extérieure.;.; La résurrection et la mort de Christ sont placées à côté l’une de l’autre, inais ne sont point saisies dans leur liaison interne et logique, ni dans leur signification
rédemptrice et morale... Cest donc 1ei une première étape de la pensée de Paul... L'organisme de sa doctrine est encore à l’état élémentaire » (L’apôtre Paul, p. 89-99).
Si lon part de l’idée que dans chacune de ses lettres l’apôtre à dû exposer tous les éléments constitutifs de sa conception chrétienne, ces conclusions sont fondées. Mais si l’on reconnait que dans chaque cas particulier Paul, supposant présent à lesprit de ses lecteurs l’ensemble de l’enseignement qu’il leur avait donné en fondant l’église, a répondu uniquement aux besoins d'instruction ou de répréhension qu’il savait exister chez eux à lPégard de certains points spéciaux, on se gardera de lirer du contenu de notre épitre les conséquences que nous venons de bre; et cela d'autant plus que ces conséquences viennent se heurter à des faits Incontestables. Nous en citerons quatre : 10 Le conflit de Paul avec Pierre à Antioche qui doit avoir eu lieu en 52 ou 9%, soit immédiatement avant, soit très peu de temps après la mission en Grèce d’où date notre lettre, si elle est authentique. 20 Sa prédication en Galatie lors de la fondation de l’Église dans ce pays, en 52, immédiatement avant sa prédication à Thessalonique. 3° Sa prédication à Corinthe au moment même où il écrivait la Are aux Thess., en 55 et 54. 4° Les conférences qui venaient d’avoir lieu à Jérusalem (51 ou 52) avant son départ d’Antioche pour cette mission.
1° Avant son départ d’Antioche (Act. XV, 55-39) ou bien dans le séjour qui suivit son retour de Corinthe (Act. XVITF, 22. 23), Paul eut avec Pierre le conflit qu’il à raconté Gal. IT, et lui adressa en pleine assemblée le discours rapporté v. 14-21, où il expose tout ce qui a jamais été dit de plus profond sur le rapport entre la foi et la loi, sur la communion du croyant avec le Christ crucifié et ressuscité et sur la grâce du pardon due à la mort de
182 1re AUX THESSALONICIENS.
Christ. Il faudrait donc, d’après M. Sabatier, que ce füt dans l’année qui s’est écoulée depuis la composition de notre épître (en 53) jusqu’à ce conflit et à ce discours de Paul (en 54) que l’apôtre fût parvenu pour la première fois à cette connaissance plus pure et plus profonde de l'Évangile ! Où trouver le moindre indice d’une pareille transformation”? M. Sabatier suppose que ce progrès a été un résultat du conflit lui-même. Mais c’est au contraire la connaissance supérieure de Paul qui a décidé le conflit et qui à inspiré le discours. L'opinion de Weiss, qui place le conflit beaucoup plus tôt, avant le voyage de Grèce et notre épitre aux Thessaloniciens, est plus inadmissible encore.
20 Immédiatement avant de fonder l’église de Thessalonique, Paul avait fondé les églises de Galatie (Act. XVI, 6), et que prêchait-1l 1à? À en croire M. Sabatier, son bagage évangélique était forl mince à cette époque : « Récits de la vie et de la mort dé Jésus; preuves de sa résurrection; la propre conversion de Paul apportée en témoignage ; le développement de certaines preuves scripturaires, » c'était là tout. Avec les paiens Paul ajoutait sans doute : « l’unité du vrai Dieu, la fraternité entre les hommes et ce qui dans leurs usages et leurs traditions pouvait faciliter leur adhésion à l'Évangile » (Encycl. des Sc. rel., art. Paul). Voilà donc tout ce qu’aurait prêché lapôtre en Galatie et à Thessalonique. Mais que dit là-dessus l’épitre de Paul lui-même? Quand il parle aux Galates de « lévanoîle qu'il a prêché chez eux» (Gal. 1, 11), n'était-ce réellement que cela? Ses adversaires, qu’il combat si vivement, niaient-ils un seul des points énumérés par M. Sabatier, la mort et la résurrection de Jésus, l’unité de Dieu, la fraternité humaine? Et quand il prononce (I, 6-9) l’anathème sur ceux qui substituent un autre évangile à celui qu’il leur a annoncé, ne serait-ce que pour maintenir
un évangile réduit de la sorte? Celui qu'il défend dans toute son épitre ressemble-t-il en rien au pauvre résidu que l'on concède”? Que l’on compare seulement Gal. IV, 2!
9 Au moment même où Paul écrivait la 1re aux Thessaloniciens, que prêchait-il à Corinthe? « En arrivant chez vous, je n'ai pas-jJugé devoir savoir autre chose que Jésus- Christ, et lui crueifié! » (4 Cor. If, 2). « Car Christ m’a envoyé non pour baptiser, mais pour évangéliser, non en sagesse de discours, afin que la croix du Christ ne soit point annulée; car elle est folie aux Grecs, scandale aux Juifs, mais pour nous, les sauvés, puissance de Dieu, sacesse de Dieu... » ([, 17-24).
Au v. 50 du même chapitre, il résume sa prédication du Christ en ces mots : Christ fait pour nous de la part de Dieu sagesse, justice, sanclification et rédemption. » Ces trois derniers termes sont le programme de ce que saint Paul à écrit de plus complet sur le salut, Rom. I-VIIT. Voilà le témoignage de Paul lui-même sur sa foi el sur sa prédication à Corinthe, au moment où il écrivait la 1re aux Thess. Qu’on le compare avec les affirmations de MM. Weiss et Sabatier.
4° Enfin, comment ces deux savants peuvent-ils méconnailre tout ce que comportaient les discussions qui venaient d’avoir lieu dans les conférences de Jérusalem, an- ‘térieures à ce second voyage de mission? Paul y avait fait triompher alors le principe de l’admission des paiens par la seule foi, sans œuvres de loi; 1l yavait fait reconnaitre par l’église mére les deux faits divins de la gratuité et de l’universalité absolues du salut; et son silence dans notre épitre sur l'impuissance de l’homme à faire lui-même son salut et sur la justification par la foi viendrait de ce qu'il ne possédait pas encore ces vérités ! Holsten a dit un mot fort juste : « On ne se fait pas apôtre quand on n'a rien
184 dre AUX THESSALONICIENS.
à dire! » Ce qui, traduit en langage chrétien, signifie : Un apostolat extraordinaire implique un message divin extraordinaire. Ge que Paul a appelé son évangile, la bonne nouvelle du salut gratuit et universel, voilà la dot dont Dieu a accompagné sa vocation à l’apostolat. M. Sabatier reconnail (L’apôtre Paul, p. 53) que « dès le commencement le Christ qui est entré dans l’âme de Paul a été le Christ mort et ressuscité, que toute la vie chrétienne de Paul a dépendu dès lors de ces deux faits, que le pharisien a par là été tué chez lui et que toutes choses ont été faites nouvelles »; seulement il faitune réserve quant à la fhéologe de l’apôtre. Celle-ei ne s’est formée que lentement, «sous la puissante pression de la dialectique. » Bien lentement en effet, et sous une pression très médiocre, puisque cette théologie n'existait pas encore dans son esprit seize ans aprés sa Conversion, au moment où il écrivait sa première épître ! Quoi! «cet esprit entier, tout d’une pièce, dont le premier besoin était la logique, qui voyait toutes les conséquences dans leur principe et retrouvait chaque principe dans chacune de ses diverses conséquences », ce Paul, tel que le décrit M. Sabatier lui-même, aurait possédé dès l'an 37 dans sa vie intérieure toutes les prémisses de sa conception chrétienne, et en l’an 53 la fleur ne serait pas encore sortie du bouton! M. Sabatier sent la difficulté et cherche à y échapper par des lournures vagues telles que celles-ci : « la forme très générale » sous laquelle se présente dans notre épitre la doctrine de la jusufication, « la maniere exlérieure dont la rédemption est rattachée à la mort de Jésus », le manque de liaison interne entre la mort et la résurrection de Christ, qui sont simplement placées à côté l’une de l’autre (p. 90). De telles expressions ne font que trahir l’embarras de celui qui y à recours. Elles rappellent la réponse de Baur qui, lorsqu'on lui montrait la divinité
: ee F CONCLUSION. 185
du Christ clairement enseignée dans l’Apocalypse, répliquait que les attributs divins n'étaient appliqués à Jésus dans le livre que « d’une manière extérieure. »
M. Sabatier croit trouver une confirmation de sa mamére de voir dans les premières prédications missionnaires de Paul qui nous sont rapportées dans le récit des Actes. Mais des prédications adressées pour la première fois à des auditeurs encore païens peuvent-elles donner la mesure de la connaissance chrélienne du missionnaire qui annonce l'Évangile? Prendrions-nous dans les allocutions adressées par un de nos missionnaires aux Barotsis du Zambèze la mesure de sa théologie?
Quand on veut apprécier justement le contenu de la re aux Thessaloniciens, 1l faut tenir compte de la différence totale entre la situation de cette épitre et celle des grandes épitres subséquentes. Au moment où Paul Pécrivait, le Judaïsme était totalement en dehors de Péglise de Thessalonique ; 1l ne cherchait encore en aucune façon à s’infiltrer dans l'Évangile. Il s'élevait contre lui en brutal persécuteur. À cet état de choses convient parfaitement l'absence dans celte épitre de toute digression sur la loi et sur son rapport au salut par la foi. Mais ce qui serait entiérement inconcevable, c’est qu’un faussaire eût plus tard ressaisi si délicatement cette situation passagère et n'eût pas cherché à imprimer à son œuvre le cachet des enseignements renfermés dans les épitres subséquentes ‘.
! A comparer, sur le vrai contenu dogmatique de la Are aux Thess.. Gess, Das apostolische Zeugniss, p. 31-55.
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Gontenu de l'épitre.
Cette épitre est adressée aux Thessaloniciens au nom des trois mêmes auteurs que la précédente. Le type, qui de plus en plus prévaudra dans les lettres subséquentes, y apparait déjà plus marqué que dans la première. L’ac-
tion de grâces, qui est renfermée dans le ch..}, se détache
plus nettement, non seulement de l’adresse qui précède, mais aussi du sujet traité. Gelui-c1 suit au ch. IT. A lenseignement donné sur ce sujet, se rattachent, dans Île ch. IT, les communications personnelles et les commissions. Ge cadre ne diffère plus de celui des épitres subséquentes qu’en ce que l’action de grâces et les communications spéciales ont encore 1c1 à peu près la même extension que l’enseignement proprement di.
LCA
Dans l’action de grâces, Paul fait ressorur d’abord les progrès constants en foi et en charité qui distinguent cette jeune église. Les expressions de l’apôtre, I, 3, renferment une geradation manifeste sur la louange correspondante dans la première lettre. Paul peut parler avec bonheur dans les églises de leur persévérance et de leurs progrès. Il est d'autant plus reconnaissant de cet état spirituel qui
! Pour la liste des Commentaires spéciaux, voir p. 155.
se maintient chez eux, que leur position extérieure ne s’est point améliorée, que leurs tribulations se sont plutôt accrues (v. 4). Toutefois il ressort de cette situation pénible elle-même un encouragement; elle est le gage du juste
Jugement que Dieu ne manquera pas d’exéculer, d’un côté,
en donnant aux opprimés l’accès dans son royaume, auquel leurs épreuves les auront préparés, et, de l’autre, en rendant aux oppresseurs le châtiment qu’ils ont mérité (v. 9- 10). Aussi Paul ne cesse-t-il de prier pour leur avancement qui est la condition de la glorification de Christ en eux et de la leur en lui (v. 11 et 12).
PRG TE
L’apôtre passe ici au sujet qui lui à évidemment mis la plume à la main : l’enseignement sur l'apparition de l’homme de péché, qui doit précéder l’avénement du Christ.
L'expression : «Or nous vous prions, frères » (v. À), montre qu'il arrive à l’objet essentiel de sa lettre. I leur avait annoncé, pour les consoler de la mort des leurs, qu’à l'apparition du Christ personne ne serait oublié, et que tous, morts et vivants, seraient réunis el glorifiés avec le Seigneur (lre ép. IV, 13 et suiv.). Puis 1} avait parlé de la soudainelé de cet événement (V, 1 et suiv.), non de sa proximité ; il avait au contraire rappelé qu'il s’écoulerait jusque-là une série indéterminée de femps el de moments. Malgré ces précautions, l'attente d’un si grand événement était si vive qu'il en résultait une sorte de perturbation chez plusieurs et que lPéglise ne se distinguait plus par cette saine activité pratique qui devait être son glorieux caractère en face du monde païen. Îl se produisait des discours prophétiques et des enseignements annonçant la proximité immédiate de la Parousie ; il avait même circulé une lettre attribuée à Paul où était annoncé le retour imminent du Seigneur (v. 2). Il est impossible d’appliquer
LIT ES UT SE" SORTE EE ” re
188 2me AUX THESSALONICGIENS.
ces mots à notre premiére épilre ; car celle-ci ne renfermait rien de semblable. D'ailleurs l’apôtre ne pourrait dire : € Comme élant de nous, » puisqu'elle était en effet de lui. Ou bien donc c’était une lettre que l’on avait fabriquée sous son nom, ou bien l’on avait pris par erreur un billet quelconque pour un écrit de Paul lui-même.
Non, l’avénement du Christ ne peut pas être aussi nnminent qu’on veut le leur faire accroire ; car il doit être précédé d’un fait qui ne saurait passer inaperçu, ce que Paul appelle l’apostasie ou la défection. Cette manière de s'exprimer : l'aposlasie (non une apostasie), montre qu'il parle d’un fait connu, attendu, prédit, soit par Paul luimême, soit par l'Ancien Testament. Il fait allusion dans ce dernier cas à la prophétie concernant la révolte finale provoquée par la pelile corne qui doit surgir du sein de la quatrième monarchie (Dan. VII, 8. 24. 25). Cet emblème figure l’homme en qui se concentrera l’apostasie el sorura tout le venin d’impiété qui fermente sourdement dans les profondeurs du cœur humain et du corps social. Cet ennemi de Dieu est appelé au v. 3 l’homme qui ne reconnait aucune loi (d’après la leçon Zvigwros +%c dvouixe) ou qui est comme lincarnation du péché (d’après la leçon 4vbo. rc auaotiac), et le fils de perdilion, au v. 4, € l’opposant qui s'élève au-dessus de tout ce qui se nomme Dieu, se donnant lui-même pour Dieu et prétendant s'asseoir comme tel dans le temple de Dieu.» Il dépasse en cela ce qui, au ch. XI, 57-39 de Daniel, était dit d’Antiochus Epiphane, la petite corne sortant de la froisième monarchie ; car celui-ci, d’après ce passage, tout en se moquant de tous les autres dieux, avait pourtant encore son Dieu qu'il honorait et adorait. Il s’agit donc plutôt ici, comme nous venons de le dire, de Pautre petite corne sortant de la qualrième monarchie et du milieu de ses dix cornes (ch.
VID. Ce suprème impie dans Daniel n’adore aucune divinité, Q1l prononce des paroles contre le souverain et détruit ses saints » (v. 29).
Qu'est-ce que ce temple de Dieu, dans lequel ce personnage s’installera comme étant lui-même le seul être divin? On a pensé à Caligula (37-41) qui, environ une douzaine d'années avant le séjour de Paul à Thessalonique, avait tenté de faire dresser sa statue dans le temple de Jérusalem, mais en avait été empêché. Ce serait là l'exemple qui aurait flotté devant les veux de l’apôtre. Mais Caligula ne songeait pas à s'élever au-dessus des autres dieux, ni à établir son culte aux dépens du leur. I me parait plus vraisemblable que l’apôtre prend ici le terme de temple de Dieu au sens spirituel et qu’il entend par là le culte universellement rendu à la divinité sous toutes les formes du paganisme, du judaïsme et du christianisme lui-même. Cet homme prétendra concentrer sur sa personne toutes les adorations de l’humanité. Il se donnera pour le porteur personnel de la vie infinie qui pénêtre toutes choses, lincarnation du génie de l'univers (v.3 et 4). [l paraît bien ressortir de là que l’apostasie dont parle lPapôtre ne doit pas être spécialement juive ou chrétienne, mais qu'il s’agit de l'humanité tout entière, livrée à un esprit de vertige et rompant avec le Dieu des cieux pour ne plus reconnaitre que cet homme-dieu visible qui la fascine par ses prestiges, comp. Matth. XXIV, 24 et 36-39; Luc XVII, 8 !.
Les Thessaloniciens ont oublié ce qu’il leur a dit de celte défection générale et de l’apparition de l’homme en qui elle se concentrera, et qui sera la personnification dernière du mal, précédant l’apparition du Christ, mcarnation
1 « Il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes... » « Il en sera
comme aux jours de Noé...» « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre? »
190 2ue AUX THESSALONICIENS.
parfaite du bien. S'ils s’en fussent souvenus, ils n’eussent pu croire que le Christ fût déjà prêt à paraître (v. 5).
Il y a plus : ils devraient, d’après les instructions que Paul leur à données, connaitre ce qui arrête encore la manifestation de cet adversaire de Dieu; car la puissance mystérieuse qui pousse à cette explosion finale la méchancelé humaine, est déjà agissante; seulement il existe encore un pouvoir qui empêche la manifestation de celui qui doit la réaliser (v.6.7). Il est à remarquer que c’est ici un trait étranger à la prophétie de Daniel. Ce pouvoir, qui entrave la manifestation de l'homme de péché, paraît être, d’un
côté, un principe abstrait (de là la forme neutre +0 xatézov,
ce qui relient), de l’autre, un être concret, personnel (6 xatéyov, celui qui retient). Une fois que ce pouvoir sera Ôté, la puissance de l'adversaire éclatera dans toute sa violence; des miracles diaboliques appuieront ses prétentions et les rendront pour ainsi dire irrésistibles. Tout ce qui dans Phumanité ne se sera pas fermemennt attaché à l'Évangile, sera séduit et sur les pas du séducteur courra à sa perte (v. 8-12).
L’apôtre conclut ce tableau en bénissant Dieu de ce que ses lecteurs ont été mis, par la foi à l'Évangile et par le Saint-Esprit qui les a scellés pour la gloire (v. 43 et 14), à l'abri de cet entraînement sinistre. Il les engage à tenir ferme aux enseignements qu'ils ont reçus de lui, soit en paroles, soil par sa lettre (v. 15). La lettre dont il parle ici ne peut être que celle que nous possédons comme re aux Thessaloniciens. Enfin 1l termine par un vœu pour leur affermissement par le Seigneur Jésus-Christ et par Dieu qui nous a aimés.
HE. Ch. HE
Les communications occasionnelles renfermées au ch. [IT commencent par le mot: au reste, qui indique que
le sujet essentiel est traité. L’apôtre invite, d'abord, l’église à prier pour l’heureux succès de son ministêre et pour que Dieu le mette à l'abri de la haine des adversaires (v. 1-2). Peut-être, comme le pense Weiss, fait-il ici allusion à ceux qui l'avaient lrainé devant le tribunal de Gallion; comp. Act. XVIII, 12 et suiv. Puis il exprime sa confiance en eux, quant à leur docilité à suivre la voie qu'il leur a tracée (v. 3-5). Il prélude ainsi à la recommandation qu'il a à leur faire à l'égard de ceux d’entre eux qui, sous prétexte de l’imminence de la Parousie, abandonnaient leur travail ordinaire et se livraient à une oisiveté soi-disant pieuse, ne craignant pas de lomber à la charge de leurs frères. Il leur rappelle l'exemple qu'il leur a donné lui-même, en travaillant de ses propres mains pour gagner sa vie, afin de n’être à charge à personne. Les membres fidèles de l’église doivent s’efforcer de faire renirer ces égarés dans la bonne voie en rompant avec eux le lien de la fraternité chrétienne, aussi longtemps qu'ils persévérent dans celle vie déréglée, et en les marquant ainsi d’une flétrissure qui les fasse rougir; en même temps ils doivent constamment travailler à les ramener (v. 6-15). L’apôtre termine par un vœu (v. 16) et par une salutation qui dans ce cas revêt une forme exceptionnelle, v. 27 € La salutation de ma main, à moi Paul, ce qui est mon signe dans chacune de mes épiîtres; j'écris ainsi. »
La situation.
Comme les trois mêmes noms se retrouvent en tête de
l'adresse de cette lettre, elle doit avoir été écrite à peu près dans la même situation que la précédente; nous avons
“+ Ti 5 Re. : LS
192 Jme AUX THESSALONICIENS.
vu en effet que ces trois hommes ne se sont plus retrouvés ensemble après leur commun séjour à Corinthe. Et comme la première lettre avait été écrite au commencement de ce séjour, immédiatement après l’arrivée de Timothée revenu de Thessalonique, nous pouvons admettre que cellecl aura été écrite quelques mois plus lard, à la suite de nouvelles plus récentes que Paul avait reçues et. qui indiquaient une position un peu modifiée. Si l’allusion qu’a vue Weiss dans la parole If, 2 est réelle, la lettre serait même des tout derniers temps du séjour de Paul à Corinthe.
Il y a, dans les différents traits du tableau, une gradation évidente, de la première à la seconde épitre. L’éloge donné à l’église pour ses progrès dans la vertu chrétienne est plus accentué. La persécution s’est aggravée, mais en même temps aussi s’est accrue l'énergie de leur persévérance et de leur foi. Ge qui les préoccupe maintenant, ce n’est plus le sort de ceux que Dieu retire avant la Parousie, — l'instruction donnée dans la première lettre les a tranquillisés sur ce point, — c’est l’imminence du retour du Seigneur. De là une aggravation marquée dans le dérégle-
ment de plusieurs dont nous n'avions vu dans la première
lettre que de légers symptômes ; il s’agit de l'abandon des travaux de la vie ordinaire. Aussi l’apôlre ne se borne-t-1l plus à de simples recommandalions, comme auparavant (dre ep. IV, 11:19) ;'il:prénd'dés mesures et'meteñ œus vre la discipline ecclésiastique.
En face d’une gradation aussi frappante, il est impossibie d'admettre l’idée de plusieurs critiques (Grotius, Ewald, Bunsen, Baur, Laurent, Renan, elc.) qui envisagent notre seconde lettre canonique comme ayant été écrite la première. Grotius avait, pour penser ainsi, la raison suivante : à ses yeux le tableau de Phomme de péché avait trait à l’empereur Caligula, mort en #1. I fallait, pour
justifier cette application, faire remonter notre lettre aussi haut que possible, même jusqu’avant l’arrivée de Paul à Thessalonique. Il imagina donc qu'il se trouvait déjà dans cette ville une communauté de judéo-chrétiens venus de Palestine, et que c'était à elle que la lettre était adressée. Cette supposition n’a pas l'ombre de vraisemblance. Ewald pense que notre seconde letire a été écrite pendant le séjour de Paul à Bérée, tôt après son départ de Thessalonique. Mais, s’il en était ainsi, tous les souvenirs si frais, tous les traits si touchants de sollicitude et de tendresse qui caractérisent la première lettre, devraient se trouver dans celle que nous appelons la seconde. De plus, le passage IT, 15 renferme certainement une allusion à notre première lettre. Ewald applique cette parole à une lettre antérieure que nous ne possédons plus; hypothèse superflue et invraisemblable. M. Renan pense que, quoique plus ancienne, notre lettre a été placée la seconde, parce qu'elle était plus courte. On pourrait Padmettre sans le rapport de gradation que nous avons constaté entre la premiére et la seconde, et sans l’allusion directe de [HE 15 à la première.
Nous datons cette lettre, dans la supposition de son authentcité, de Corinthe, vers la fin de lan 53.
L'authenticité.
Notre épitre est une de celles dont nous pouvons retrouver les traces jusque dans la plus haute antiquité. Il est impossible de méconnaître une allusion à 2 Thess. Il, 3 dans cette parole de Justin Martyr vers l'an 150, Dial. ch. 110 : « Lorsque l’homme d’apostasie, qui prononce
194 2e AUX THESSALONICIENS.
des choses orgueilleuses contre le Tout-Puissant, se sera
enhardi à faire sur la terre contre nous, les chrétiens, des.
choses iniques.. » Plus tôt encore, entre 110 et 196, elle est employée par Polycarpe (ch. I, 4). « Agissez avec modération, vous aussi, en ceci (l'exercice de la discipline) et ne trailez pas de tels hommes comme des ennemis, mais cherchez à les regagnér comme des membres malades et égarés. » C’est là incontestablement une réminiscence de 2 Thess. If, 15. IT y en a plusieurs autres, non moins évidentes. Un peu plus tôt, dans lépitre dite de PBarnabas (fin du premier siècle), nous lisons ce qui suit : « Lorsque son Fils à sa venue mettra fin au temps du méchant et jugera les impies. » Les termes 6 &vouoc, xarapyne, xowet sont empruntés à 2 Thess. II, 8. 12. — A la fin de la Dridaché des douze apôtres (dont nous ne nous permettons pas de fixer l’époque, mais qui est certainement l’un des produits les plus antiques de la littérature chrétienne) 1l est dit : &« L’iniquité augmentant, ils se haïront et se livreront les uns les autres, et alors celui qui égare le monde paraîtra comme un fils de Dieu et fera des signes et des prodiges; la terre sera livrée entre ses mains, et 1l fera des choses iniques, comme il ne s’en est pas fait depuis l'existence du monde. » Cette description reproduit exactement celle de l’homme de péché dans les Thessaloniciens.
Notre épitre se trouvait dans le recueil de Marcion; elle est mentionnée avec les douze autres dans le Fragment de Muralori, elle avait sa place dans lftala et dans la Peschito; elle est déclarée unanimément reçue par Origène et par Eusèbe.
Holtzmann accorde ces faits, mais selon lui ces citations, même les plus anciennes, celles des Pères apostoliques, ne prouvent rien. Car à supposer que cette lettre
ait été composée vers l’an 70, quelques années après la mort de Paul, elle pouvait bien une trentaine d’années plus tard passer déjà pour être de lui. À un point de vue purement abstrait, cela serait possible en effet. Mais si nous nous mettons en face de la situation réelle, si nous tenons compte de la continuité de là tradition, et du fait que ceux qui désiraient obtenir la copie d’une lettre apostolique, s’adressaient naturellement à l’église qui devait l'avoir reçue, et si nous pesons bien la difficulté de persuader à celle-e1 qu’une lettre à elle adressée, qui lui arrivait longtemps après la mort de Paul et dont elle n'avait point entendu parler jusqu'alors, fût réellement de lui, on ne trouvera pas la réussite de la fraude si facile que la représente Holtzmann.
Schmidt fut le premier qui en 1804 énoncça des doutes, au point de vue interne, sur l’authenticité de cette lettre ; il les motivait par l’étrangeté de l’enseignement sur l'homme de péché, par certaines différences avec la 1e aux Thess., par la singularité de la précaution IF, 17, etc. De Weite, qui les avait accueillis d’abord, les écarta lui-même dans les éditions subséquentes, à la suite des observations de Guericke et de Reiche. Kern renouvela l'attaque avec de toutes nouvelles armes en 1839, dans la Tühinger Zeitschrift. Baur, dans son Apostel Paulus (1845) et plus tard dans une dissertation spéciale, reprit et renforça les arguments de Kern. Dès lors le rejet est devenu général dans son école, voir Hulgenfeld, Volkmar, Holsten, Lipsius, Hausrath, Pfleiderer, Bahnsen, Steck, Hollzmann, Werzsæcker, v. Soden. L'authenticité a été défendue par Reuss, Sabatier, Lipsius, Hofmann, Weiss et Renan. Ce dernier s'exprime ainsi les Apôtres, p. XLD) : «Les raisons par lesquelles on a voulu attaquer les deux épitres aux Thessaloniciens sont sans valeur. » Récemment Paul
Rte Et. 7 Er
196 de AUX THESSALONICIENS.
Schmidt à cherché une voie moyenne (dans la Protestanten-Bibel) ; 11 admet une courte épitre de Paul qui aurait été postérieurement amplifiée.
Les objections les plus sérieuses contre l’authenticité sont les suivantes :
Notre seconde lettre, sauf sur un point (l’homme de péché), est calquée sur la première quant à la marche générale; dans le détail elle ne fait que l’amplifier; voir Weizsœæcker.
Elle contredit la première et l’annule en quelque sorte; car, tandis que dans celle-ci la Parousie est présentée comme devant être incessamment attendue, la seconde épitre la présente comme un événement encore éloigné, qui doit être séparé du moment actuel par une crise exlraor- fe dinaire ; voir Hilgenfeld. Le.
L'auteur de cette épitre se montre dépendant des idées : apocalyptiques juives dans une mesure incompatible avec le spiritualisme de l’apôtre Paul. La 1re aux Cor. (ch. XV) \ nous fait connaître Paul sous un autre jour; voir Baur. |
La manière dont Paul parle du travail par lequel il à subvenu à son entretien diffère dans les deux lettres. Tandis que d’après la première il agit ainsi pour n'être pas à charge à l'Église, dans la seconde il énonce le motif presque trivial de donner un bon exemple aux fidèles; voir Weizsæcler.
Le fait d’une lettre apocryphe, mentionné IT, 2, est Invraisemblable à une époque si reculée. Le faussaire, qui à composé la nôtre, se trahit lui-même par ce petit détail; voir Baur et Hilgenfeld.
La forme tout exceptionnelle en laquelle est présentée la signature de Paul, HE, 17, confirme le soupçon qu'a fait.
naître [T, 2. Cette signature propriä manu, au lieu d’être présentée comme une marque d'affection, ainsi qu'elle l’é-
tait dans les vraies lettres de Paul, prend lapparence d'une mesure de précaution, et trahit ainsi elle-même le faussaire. Elle supposerait d’ailleurs qu’en écrivant la première de ses lettres (Baur place 2 Thess. avant 1 Thess.) l’apôtre savait déjà qu'il en écrirait beaucoup d’autres. Celui qui a écrit ainsi ne peut être qu'un faussaire qui avait devant lui une série de lettres de l’apôtre. Enfin cette précaution ne pouvait servir à rien, puisque chacun pouvait imiter lPécriture de lPapôtre; voir Baur.
La raison la plus grave est celle que Kern et Baur ont tirée du tableau de l’homme de péché. La clef de cette prophétie se trouve, selon eux, dans lApocalypse de Jean, écrite vers 68. Cette dépendance nous force à placer la composition de notre épitre vers Pan 70 au plus tôt, plusieurs années après la mort de Paul. En effet l’homme de péché décrit dans la 2e aux Thess. ne peut être que le personnage désigné dans Apocalypse sous le nom de la Bête (lAntuchrist); et ce personnage ne peut être que Néron, dont on attendait la réapparition après sa mort réelle ou prétendue et qui, après que Vespasien et Titus seraient tombés, devait remonter sur le trône, et Jouer le rôle de
persécuteur de l’Église. C’est là l'attente que l’auteur à
voulu faire pénétrer dans l’Église, en se servant pour cela du nom de Paul.
Nous croyons pouvoir laisser de côté les objections qui ont trait aux différences du style, à sa prolixité, à l'emploi prétendu du mot Kigios pour désigner Dieu, et à d’autres particularités, dont l'appréciation dépend des impressions personnelles du critique (voir surtout Paul Schmidt), et nous nous bornons à examiner les objections que nous venons d'exposer. Et d’abord une remarque générale. Lorsque la critique trouve une certaine analogie entre deux écrits de Paul, elle s’en prévaut pour ne voir dans l’un qu’une imi-
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198 9e AUX THESSALONICIENS.
tation de l’autre par un faussaire, et dès qu’elle rencontre une différence, elle y voit une contradiction; d’où il suivrait qu’en définitive le vrai Paul n’aurait pu écrire qu’une seule épitre, puisque, s’il en avait écrit une seconde, elle ne pourrait ou que répéter la première ou qu’en différer ; ce qui, dans les deux cas, la rendrait suspecte. Quant aux épitres aux Thessaloniciens, le fait est qu'il y a une certaine analogie entre la marche de nos deux lettres. Mais comment cette ressemblance rendrait-elle douteuse l’authenticité de la seconde, puisqu'elles ont été écrites à si peu de distance l’une de l’autre et dans des circonstances à peu près semblables? Et d'autre part, la différence entre elles est si bien marquée qu'on signale même une contradiction entre l’une et l’autre et que l’on va jusqu’à prétendre que la seconde à été écrite pour remédier à leffet fàcheux produit par la première {Hilgenfeld). En réalité, elles ne se contredisent pas, mais elles se complétent. Dans la première Paul n'avait point dit que la Parouste fût 2mminente, mais seulement qu'elle arriverait à limproviste pour le monde plongé dans la sécurité, tandis que les chrétiens y sont constamment préparés par la vie dans la luinière qui a commencé pour eux. Dans la seconde, Paul, voyant l'attente du jour du Seigneur s’exalter dans Péglise Jusqu'à apporter une perturbation dans le genre de vie d’une partie de ses membres, donne un signe propre à calmer cette impatience malsane. Si les fidèles ne doivent pas cesser de veiller par la raison que l’on ignore le moment, d'autre part 1l ne faut pas fixer ce moment de manière à cesser d'agir. Quelle contradiction y at-il là? Le même prédicateur ne pourrait-il pas traiter sans inconséquence deux dimanches de suite ces deux sujets? Les idées eschatologiques exposées par Paul se retrouvent (en partie) dans le livre de Daniel, et surtout dans les dis-
ARS LC Fe Aa di ei
cours de Jésus Matth. XXIV; Luc XVII et XXI; Mare XI Et 1l est rimpossible de voir en quoi elles seraient contraires au spiritualisme de Paul. Son spiritualisme n’a jamais dégénéré en vague idéalisme; 1 Cor. XV et Rom XI! prouvent au contraire qu'il comportait une attente très concrète
du terme auquel marche l’économie actuelle.
L'apôtre n’a-t-1l pas pu présenter le travail manuel auquel il se livrait, sous deux aspects un peu différents, correspondant à deux buts qu’il se proposait simultanément, d’un côté celut d'éviter d’être à. charge à ceux auxquels | il prêchait l'Évangile, et de l’autre, celui de leur donner vi l'exemple d’une conduite réglée, laborieuse, pleine de di- | enité, capable de contribuer à l’honneur de l'Évangile aux yeux des paiens qui les entouraient? Nous ne voyons pas ce qu'il peut v avoir de trivial dans ce dernier but. Paul exprime d’une manière pleine de noblesse et toute sem- - blable dans son allocution d’adieu aux presbytres d’Éphèse (Act. XX, 34 et 59) : « Vous savez vous-mêmes que ces mains (ÿ aurait-il rien de trivial dans le geste qui accompagna.ce mot?) ont fourni aux besoins et de moi et de ceux qui travaillent avec moi; je vous ai montré que c’est ainsi qu’en travaillant, nous devons subvenir aux faibles et nous souvenir de la parole du Seigneur Jésus qu’il est plus doux de donner que de recevoir. » Si l’on y regarde bien, Paul combine également dans ce passage les deux buts indiqués dans les Thessaloniciens. Dans le passage 1 Cor. IX, 15-18, Paul présente cette même manière d'agir sous un Jour encore un peu différent. Et cependant Werzsæcker ne combat ni l'authenticité de 1 Thess., ni celle de
? Cor.
[n’y aurait rien d’impossible à ce qu’à cette époque déjà quelque fanatique, croyant se souvenir de certaines déclarations de Papôtre, les eùt mises par écrit et fait cir-