‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 31 sur 144 · AUX THESSALONICIENS · texte numérisé non relu

AUX THESSALONICIENS

culer dans un billet qui était donné comme venant de lui. Mais les termes de Paul, IL, 2, n’impliquent pas même né- $ cessairement celte supposition ; l'expression : «une lettre comme venant de nous, » peut désigner une lettre due à

quelque chrétien exalté et que l’on avait attribuée par er-

reur à Paul lui-même. C’est en tout cas par une imposture

où une erreur de ce genre qu'il faut expliquer la manière

toute particulière en laquelle Paul annonce le fait de sa

signature à la fin de la lettre. Il veut certainement donner

au lecteur un signe qui prévienne à l'avenir tout accident semblable. Il pouvait avoir écrit déjà un certain nombre

de lettres, aujourd’hui perdues, dans lesquelles 11 n'avait

pris aucune précaution pareille. Mais l’expérience venait.

de lui apprendre qu’il devait en user autrement à l’ave-

nir dans sa correspondance avec les églises. Qu'y a-t-1]

là d’invraisemblable? Il pouvait dès ce moment donner à

ce signe naturel d'affection une signification nouvelle (voir

Mangold dans lIntrod. de Bleek, K 14, note). Le fait que

l'instant où Paul prend la plume, indiqué dans 1 Cor. et

Col., ne l’est pas dans les autres épîtres, ne prouve abso-

lument rien. Îl peut avoir ajouté sa salutation et sa signa-

ture, sans l’indiquer expressément, soit lorsqu'il écrivait

à des églises qui connaissaient son écriture, soit quand

aucun soupçon de fraude n’était possible, parce que l’'en-

voyé qui portait la lettre, en garantissait l’origine. L’objec-

tion lirée de la possibilité d’imiter celte signature prouve

trop, car elle se heurte à un usage universel.

Ce qu’on à avancé de plus spécieux, c’est la relation de dépendance qui existerait entre notre lettre et l’Apocalypse. Mais cette objection méconnait le fait possible que nos deux écrits aient puisé à une source commune. L'idée d'un Anti-Messie, en qui se concentrera l’impiété et la perversité humaine comme en son dernier mot, se trouve

nettement exprimée dans la prophétie de Daniel que Paul pouvait lire aussi bien que l’auteur de PApocalypse, et dont il à pu par conséquent reproduire le contenu avant ce dermier. L'un des traits les plus saillants du tableau de Paul, celui du xaréyov, le relenant, qui manque dans Daniel, manque aussi dans l’Apocalypse. Il révèle une autre source, qui ne peut être qu'une révélation spéciale; car il ne se trouve pas non plus dans l'enseignement eschalologique de Jésus. Il en est de même de cette déclaration : « Le mystère travaille déjà, » qui indique une vue très arrêtée et propre à Paul. Remarquons aussi que dans l’Apocalypse, c’est l'Antichrist qui provoque et dirige l’œuvre diabolique, tandis que chez Paul lPapostasie précède l'apparition de l’homme de péché qui en est le point culminant. Enfin du fait que le personnage du faux prophète est ajouté à celui de la Bête, dans l’Apocalypse, il résulte que le second a un caractère tout différent de celui de l'homme de péché chez Paul. Nous traiterons plus loin la question de l’homme de péché. Pour le moment nous nous contentons d’avoir constaté l'originalité et l'indépendance de notre lettre par rapport à l’Apocalypse.

Une fraude doit avoir un but. On se demande quel serait dans cette circonstance celui du faussaire. Holtimann répond : QIl a voulu faire pénétrer leschatologie apocalyptique dans l'intuition des églises pauliniennes et réprimer certains effets de la préoccupation apocalyptique, qui devenaient déplaisants dans la pratique. » Mais ces deux buts n'ont rien qui caractérise une époque postérieure au temps de Paul. Bien au contraire, c'est au moment de

la fondation de l’Église qu’ils conviennent le mieux, à ce temps où la pensée du retour de Christ se présentait dans toute sa nouveauté à l'esprit des païens convertis et où 1ls s’y livraient avec tout l'empressement d'une première

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202 2e AUX THESSALONICIENS.

ferveur. C’est dans ces circonstances que cette surexcita- | tion s'explique le plus naturellement ainsi que l’enseigne- | ment destiné à la calmer. Au commencement du second siècle, il fallait expliquer pourquoi le Christ ne revenait pas, bien plutôt que réprimer lattente trop vive de sa venue; voir le [TTC chap. de la 2e de Pierre. Cette situation | parfaitement naturelle des deux épitres aux Thessaloniciens est la meilleure preuve de leur authenticité.

Ajoutons enfin que le procédé qu'il faudrait attribuer au faussaire qui aurait eu le courage d'écrire Il, 17, dépasse les bornes de ce qui est moralement possible. Quoi! L'auteur de cette apostille aurait raisonné ainsi : € Pour mieux réussir à déguiser ma fraude, je vais prêter à l’apôtre l'emploi d’une précaution destinée à écarter le danser d’une fraude. » Ceci est tout autre chose que la fraude pieuse, par laquelle on excuse le procédé des faussaires de . cetle époque; ce serait de la rouerie; et lesprit de toute la lettre ne permet pas cette supposition.

Néanmoins la question de lPauthenticité ne pourra être envisagée comme complétement résolue qu'après que nous aurons étudié le problème soulevé par le tableau de l’homme de péché, au eh. IE

L’adversaire ou l’homme de péché.

Grotius a supposé que l’apôtre voulait désigner par là Pempereur Caligula, le premier empereur qui, comme dit M. Renan, voulut être adoré de son vivant. L'année de sa mort il avait ordonné à son général Vitellius de faire dresser sa statue dans le temple de Jérusalem ; mais cet ordre

resta inexécuté. Il mourut en #1; c’est là ce qui a porté Grolius à assigner à notre épitre une date tout à fait prématurée.

Dœtlinger, Renan et Huusrath ont proposé une explication du même genre. [ls supposent qu’en lan 54, où mourut l’empereur Claude et où l’on s'attendait à l’avènement du jeune Néron, on voyait déjà poindre en la personne de ce prince le futur Antichrist. Le relenant, dont parle Paul, serait le vieux Claude, dont la vie, en se prolongeant outre mesure, empêchait l’avénement au trône de son jeune successeur. La lettre serait dans ce cas de l’an 54, ce quine convient pas mal à la chronologie générale de la vie de Paul. Aux yeux de Paul le monstre à venir serait donc Néron qui réalisera la folie sacrilège que Caligula avait projetée. L’objection décisive à faire à cette explication, c’est qu’à l’époque indiquée on avait du Jeune Néron les meilleures espérances et que personne ne pou- .vait se douter de la perversité qu'il déploierait quelques années plus tard, encore moins de la persécution sanglante qu’il ferait subir à l’Église en 64. D'ailleurs que serait à ce point de vue cette défection religieuse générale du sem de laquelle Paul voit surgir l’homme de péché?

Nous avons déjà mentionné une troisième explication, celle de Kern, adoptée par Buur, approuvée par P. Schmidt (dans la Protestanten-Bibel) et par Schmiedel (dans le Handcommentar zum Neuen Testament, 1890). Le tableau de l’homme de péché dans notre lettre ne ferait que reproduire celui de {a Bêle ou de lAntichrist dans l'Apocalypse de Jean. Or, d’après l'explication de PApocalypse admise par ces interprètes, la Bête ne peut être que Néron, à la mort duquel le peuple ne croyait pas et dont on attendait la réapparition dans les années qui précédèrent la ruine de Jérusalem (68-70). Ce qui prouve le fait de cette attente,

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