‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 32 sur 144 · AUX THESSALONICIENS · texte numérisé non relu

AUX THESSALONICIENS

c’est l'apparition d’un faux Néron à celte époque, apparition qui mit en émoi l’Asie-Mineure et lAchaïe (Tacite, Hist. I, 8 et suiv.). Et voilà d’après Baur la clef de notre lettre. Cet écrit estessentiellement destiné à mettre en garde les chrétiens contre des craintes chimériques comme celle qui venait de remuer l'Orient. Le vrai Néron, l’Antichrist, n’est pas encore prêt à paraitre. Il y a encore là un Retenant, qui empêche sa manifestation. Ce xatéywv, c’est, selon Baur, Vespasien dont le bras puissant n'aurait pas laissé un faux Néron prendre le dessus. Selon Schmiedel, ce serait plutôt Galba qui, dans la seconde partie de lan 68, maintenait encore l’ordre dans l'empire. Quelle que soit la forme que l’on donne à cette interprétation, la lettre ne peut d’après elle avoir été écrite qu'après la mort de Paul. — Mais d’abord cette interprétation de l'Apocalypse, d’après laquelle on applique à César Néron le tableau de la Bête, est aujourd’hui fortement attaquée de plusieurs côtés et ne peut plus s'affirmer avec la certitude apodictique à laquelle elle prétendait, il y à quelques années. Puis, comme nous l'avons vu, l'aspect sous lequel est présenté le tyran est plutôt politique dans lApocalypse, religieux chez Paul. Là il apparaît comme héritier des quatre monarchies antérieures et 1l exerce un pouvoir despotique sur le monde entier. lei, c’est plutôt le chef d’une apostasie religieuse aspirant à sa propre apothéose. Enfin, le but que se propose l’auteur de la 2€ aux Thessaloniciens est tout différent

de celui que lui prête Baur. Celui-ci dit /Ap. Paulus, IH,

p. 357): Comme au moment de la composition de notre lettre le sxxeväñvar {se laisser troubler) n'existe plus dans le présent, puisque le faux Néron à été vaincu et démasqué, notre lettre veut, non pas montrer que Néron ne reviendra pas,— car l’auteur croit lui-même à son retour, — mais engager les chrétiens à ne pas se laisser troubler de

nouveau par de pareils bruits concernant de faux Nérons. Mais 1l suffit de lire le passage If, 2 pour voir que le trouble que veut prévenir Paul ne se rapporte point à l'attente ni du faux, ni du vrai Néron, mais à celle de la Parousie du Christ. Il ne mentionne point l'apparition de l’Antichrist pour discuter sur le moment plus où moins rapproché de sa venue, car celui qui arrête maintenant sa manifestation, peut être Ôté d’un moment à l’autre; il n’en parle que par rapport à celle du Christ que son apparition doit précéder. Si ce morceau avait eu pour but de tranquilliser les chrétiens à l'égard de lPapparition de quelque nouveau faux Néron ou du vrai Néron lui-même, Paul agirait à contre-fin en déclarant que «le mystère d’iniquité agit déjà. » -— Schmiedel shnplifie Pexplication compliquée de Baur. Le sæxevbñva (Il, 2) se rapporte bien chez lui à l’avénement du Christ, que l’auteur pense devoir être précédé par le retour de Néron ressuscité. Ce que Paul dit du Retenant, se rapporte au fait que Calpurnius, le lieutenant de Gaiba, venait justement de vaincre le premier faux Néron. Cette explication repose sur deux suppositions également précaires, la première que l’homme de péché est chez Paul une imitation de la Bête de l’Apocalypse, la seconde que la Bête est un Néron revenu à la vie.

Hilgenfeld à bien compris le côté spirituel qui domine dans la notion de homme de péché (Thess.), et 1l a rapporté l’apostasie, dont il est le chef, à l'explosion du gnosticisme qui a commencé sous le règne de Trajan, dans les premières années du second siècle. C’est aux gnostiques que s'applique lexpression : Qse faire adorer comme Dieu, » car ils enseignaient que les hommes spirituels possédaient en eux un élément divin. Mais comme il y avait des milliers de gnostiques et que Paul parle d’un individu particulier, l’auteur de cette hypothèse cherche à la combiner

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avec la précédente en admettant que Néron ressuscité sera lui-même le chef de cette apostasie panthéistique et en voyant le Relenant dans l'empereur Trajan, qui dans la pensée du faussaire empêchait encore l'apparition de cet Antichrist. Cette combinaison de deux éléments aussi hétérogenes que Néron el les gnostiques, est un chef-d'œuvre qui n’a pas trouvé d’admirateur. Quel faussaire aurait Jamais attribué à Paul l’idée d’un Néron sortant de la tombe déguisé en gnostique? Et qu'a de commun avec ce qui est dit de l’homme de péché, qui s’assied comme Dieu dans le temple de Dieu en se faisant Dieu, l’idée gnostique d’une participation des hommes spirituels à la nature divine ? Il faudrait à ce taux-là taxer aussi d’apostasie Paul luimême; comp. Act. XVI, 28 et 29.

PBahnsen a cherché à dégager l'explication de Hilgenfeld de l’élément dont 11 Pa si étrangement compliquée; 1l à donné le congé à la personne du Nero redivivus. L'homme de péché n’est que la personnification des hérétiques des premiers temps du second siècle, de ceux, par exemple, qui sont décrits dans nos épitres Pastorales; et le Retenant désigne le corps épiscopal constitué à cette époque (le neulre xatéyov) et spécialement l’évêque de l’église à laquelle écrivait l'auteur (le masculin xaréywv). Mais le trait essentiel du tableau de Paul, la figure du personnage désigné comme l'adversaire ou l’homme de péché, s’évanouit dans celte explication, et l’idée de son apothéose perd toute valeur.

Abandonnant toutes ces explications occasionnelles et trop particulières, plusieurs, tels que Auberlen, Riggenbach, elc., pensent en général à une grande défection au sein de l’Église elle-même, défection à la tête de laquelle se placera un chrétien infidèle qui concentrera en lui toute la puissance d’impiété qui réside au fond du cœur humain.

Hofmann a été jusqu’à désigner cet homme : ce sera Antiochus Epiphane, cet Anti-Messie de l’ancienne alliance (voir Daniel, ch. VITE et XI), qui ressuscitera pour jouer le rôle d’Antichrist dans la nouvelle. Le pouvoir ou le personnage décrit comme le Relenant, serait soit Paul luimême, soit le collège des apôtres (si on voit 101 l'idée d’une crise prochaine), soit les dons extraordinaires du Saint- Esprit (d’après des interprètes anciens, cités par Chrysostome), soit l’Église fidèle disparaissant pour un temps par suite de la persécution, selon Apoc. XIE, 6 / Westrick), soit les fidèles enlevés au ciel avant les jours de lAntichrist (les Irvingiens), soit la puissance conservatrice de l'esprit de piété dans l’Église, qui seul donne accès à l’action du Saint-Esprit (Riggenbach). Nous ne mentionnons ici que pour mémoire ceux qui voient l’homme de péché dans Mahomet, ou dans le pape, ou dans les Réformateurs. Ce mode d'interprétation (sous la forme où il est présenté par Auberlen et Riggenbach) se rapproche certainement de la vérité. Il me semble que ce qu’on peut lui reprocher, c’est de détacher beaucoup trop cette révélation de tout ce que Paul lui-même avait pu enseigner oralement à Thessalonique. Comp. v. 5 et 6.

Il reste une dernière interprétation qui rattache étroitement la prophétie de lPapôtre à la situation historique d’où elle est émanée, mais en conservant en même temps à l'intuition qu'elle renferme, toute son ampleur. Cest l'interprétation la plus ancienne de notre passage. Elle se trouve déjà dans Tertullien. Mise en relief de nouveau par Schneckenburger, elle a été adoptée par Reuss, Weiss, Sa-

batier et d’autres encore. D’après elle, l’homme de péché

qui prétend s'identifier avec Dieu, n’est point un païen. C’est un Juif, c’est ce Messie israélite, rêve éternel du cœur charnel de l’homme, que le peuple d'Israël en par-

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üculier porte dans son sein, comme son suprême idéal, depuis qu’il a dévié du vrai esprit messianique des Écritures. De même que le vrai Israël selon Dieu était. seul capable d’enfanter le Christ de Dieu, de même PIsraël selon la chair est seul capable d’enfanter le Messie terrestre, le nouveau Salomon, l’Anu-Messie. Le nom même de beudoyousros, employé par Jésus Matth. XXIV, 24, dit que nous avons affaire à la nation et à une personnalité juives. Paul voyait déjà ce mystère d’iniquité, le pendant du mystère de piété réalisé aussi en un Juif, se préparer de son temps, Il discernait la sourde fermentation qui poussait le peuple juif à cette extrême évolution; seulement il ignorait le temps que durerait cette gestation fatale, aussi bien qu'il ignorait l’intervalle qui devait séparer le temps apostolique de la réapparition du Christ. Il savait uniquementces deux choses : la nécessité morale de cette manifestation derniére du mal, et l'existence, au moment où 1} écrivait, d’un pouvoir capable de réprimer immédiatement toute velléité de ce genre. Une fois la chose ainsi comprise, il n’est pas difficile de savoir ce qu’il entendait par ce pouvoir répressif. C’était le pouvoir romain avec ses léions toujours prêtes à écraser la révolte (xxréyov, l’empire, xzréyov, l'empereur). Cette application se trouve dans Chrysostome, Augustin, Jérôme. Lorsque au commencement du second siècle Barcochéba leva l’étendard messianique, il ne tarda pas à faire lexpérience de la réalité de ce pouvoir. L'empire fut le gardien de lindépendance du monde des Gentils contre le despotisme israélite et l’aspiration opiniâtre de ce peuple à la domination universelle. Et si les nombreux Anti-Messies qui se sont élevés jusqu’à ce Jour en Israël, ont échoué, c’est qu'ils se sont heurtés au pouvoir social qui a succédé à l'empire romain et qui s’est maintenu jusqu’à cette heure, [1 faut

que ce pouvoir social, dont Paul lui-même avait bien des fois expérimenté l’action protectrice, et qui a maintenu ici-bas le règne de l’ordre et de la justice, fasse place, et alors apparaitra enfin sans obstacle l’homme de péché qui mettra sa volonté au-dessus de toute loi humaine et divine, l’xvouos par excellence, qu'Israël et Israël seul porte en ses flancs.

(ress oppose à cette idée d’un Antuchrist juif la prophétie de saint Paul, Rom. X[, d’après laquelle Israël doit se convertir tout entier dans les derniers temps. Weëss, qui comprend comme nous l’homme de péché, reconnait chez l’apôtre une contradiction, et pense qu'à mesure que Paul voyait le judaïsme perdre de la puissance malfaisante qu’il exerçait au commencement de son ministère, et l'œuvre de Christ dans le monde païen s’accroître malgré son opposition, il avait cessé de voir en lui la puissance antichrétienne ; et c’est ainsi qu'il aurait ressaisi plus tard lPespérance apostolique primitive de la conversion finale d'Israël. Nous ne croyons pas qu’il soit besoin d’une solution qui mette les enseignements prophéliques de Paul à la merci de toutes les circonstances personnelles par où 1l pouvait passer. Bien des indices prouvent qu’à linverse de ce qui est arrivé autrefois, il se trouvera, à la fin des temps, en Israël, à côté de la masse qui se convertira à l'Évangile et recevra Jésus comme son Messie, un courant contraire, hostile à l'Évangile, qui entraînera non seulement la portion impie et matérialiste du peuple — qui peut douter qu'elle n'existe? -— mais encore la grande masse de la chrétienté paienne dégénérée. C’est donc d'Israël, qui est toujours en tête, dans le bien comme dans le mal, que partira le signal de la crise finale antichrétienne. Alors, tandis que la masse du peuple se tournera vers l'Évangile, du milieu de l'anarchie qui accompagnera sur la terre lavénement du

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