‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 40 sur 144 · ONU TL EM, OR RS DM AURA · texte numérisé non relu

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extérieures (T0 7o0sowrov, le visage), comme l'avantage d’avoir connu personnellement Jésus pendant son séjour sur la terre ou celui de s'appeler frère du Seigneur. — Non, dans le monde nouveau où vit Paul, ce sont là des choses passées (& quels ils ont été autrefois »). Néanmoins il constate que, quant à lui et à son enseignement personnel, les hommes qui font autorité dans l'Église n’ont ajouté quoi que ce soit à l’exposé qu’il leur avait fait da sa conception évangélique. On a objecté les conditions imposées, d'aprés Actes XV. aux églises des Gentils, sur la proposition de Jacques. Nous avons montré que cette objection

est sans fondement. Voir à p. 126 et 127. [1 semble même que, par la position accentuée du émoi, à mot (v. 6), Paul

veuille dire : Tandis qu'on réclamait des églises ce que chacun sait, de moi, el quant à ma prédication évangélique, on n’a rien réclamé du tout. Bien au contraire, continue-til, au lieu de trouver dans sa prédication quelque chose de défectueux, ils l’admirent en plein pour le monde des Gentils comme domaine divinement assigné à Paul, tout en maintenant le mode de prédication de Pierre pour le peuple juif, son domaine aussi divinement marqué (voir p. 128); et en témoignage de cette reconnaissance mutuelle, 1ls se serrérent solennellement la main comme des frères qui

travaillent à la même œuvre, mais dans deux champs dif-

férents et d’après deux méthodes de culture appropriées chacune à l’un de ces champs. 1! est clair que l’exemption de la circoncision et des observances mosaiques pour les paiens Ôtait à ces rites Loute valeur méritoire pour le salut et qu'ils étaient réduits virtuellement par là au rang de simples usages nationaux, maintenus uniquement par respeet pour leur institution divine. Il ne restait plus qu’à ürer de là la conséquence que Paul en tirait déjà et dés le commencement.

Il est remarquable que dans le récit de cette délibération Paul place Jacques avant Pierre et Jean. C’est évidemment comme chef du troupeau de Jérusalem, comme représentant attitré de Péglise mère, qu’il lui donne cette premiére place. Ainsi que l’observe Sieffert, s’il eût été mentionné comme apôtre, Il n’eüt pas été placé avant

Pierre. Nous trouvons encore ici une coïncidence remar-

quable entre le récit de Paul et celui des Actes. Dans ce dernier, en effet, c’est également Jacques qui joue le principal rôle dans l'assemblée de l’église et dont l'avis fait pencher la balance.

A mesure qué le partage de l'Eglise en deux domaines distincts venait d’être franchement reconnu, on sentit le besoin de sceller aussi le lien de profonde union spirituelle

- qui ne cesserait point d'exister entre les églises de la genülité et l’église mère, judéo-chrétienne, et il fut convenu

que Paul et Barnabas continueraient, comme ils l'avaient déjà fait (Act. XI, 30 et XIT, 25), à entretenir dans leurs églises le sentiment de la reconnaissance et de l'amour pour celle qui leur avait donné naissance. Ainsi s'explique l'engagement que prirent Paul et Barnabas au v. 10 et qui fut la clôture de cette importante négociation. Pfleiderer et d’autres présentent ces collectes faites chez les Gentils

comme une espéce de tribut par lequel les églises paiennes

se seraient mises dans un rapport de vassalité vis-à-vis des églises d’origine juive. Elles auraient accepté par là une position semblable à celle des prosélytes, demi-juifs, qui payaient un tribut régulier au temple. Nous pouvons dire avec certitude que jamais Paul n’eût accepté pour ses églises une position semblable. Il n’y à pas trace d'un pareil sentiment dans les passages dans lesquels il les invite à contribuer à la grande collecte finale (1 Cor. XVI, 1-2 et 2 Cor. VIII-IX), et ce qu'il dit sur ce sujet aux Romains (XV, 27)

de la reconnnaissance que doivent les paiens à ceux de qui leur sont venus les biens spirituels, n’a rien de commun avec un sentiment de basse vassalité. En citant l’exemple des prosélvtes, il ne faudrait pas oublier que, d’après le récit de Josèphe (Antig. XVI, 9, 1), les communautés Juives elles-mêmes en faisaient tout autant el envoyaient annuellement de fortes sommes à Jérusalem.

On s’est achoppé à ces mots : « Ce qu’aussi Je me suis efforcé de faire, » qui ne peuvent faire allusion ni à la collecte Act. X[, 30, fait dès longtemps passé au moment où Paul écrivait, n1 à celle de 1 Cor. XVI, dont il n’était pas encore question à ce moment. Ni le récit des Actes, mi les épitres ne nous donnent le moven de citer les faits auxquels l’apôtre fait 1e1 allusion. Mais c’est trop se presser que de tirer de là, comme le fait Steck, une preuve contre l'authenticité de notre lettre. Il est fort possible qu’à son retour de sa mission en Grèce, dans son rapide voyage à Jérusalem, Act. XVIII, 23, Paul ait tenu la promesse faite par lui aux apôtres.

Troisième fait : v. 11-21.

Non seulement Paul a reçu son évangile et son apostolat indépendamment des apôtres; non seulement les apôtres ont reconnu l’autorité de son enseignement comme aussi divine que celle du leur, et l’église apostolique à reconnu comme ses sœurs légitimes les églises fondées par Paul et composées de Gentils incirconcis. Mais 1! s’est passé un troisième fait plus significatif encore. Ce fait, on l'avait raconté, sans doute, mais en le dénalurant, et Paul va le remettre

dans son vrai jour. Un cas s’est présenté où il a dû faire

sentir à Pierre lui-même la supériorité de sa connaissance chrétienne et travailler à ramener cet apôtre au droit chemin (v. 11-21).

V. 41-48. C'était à Antioche, où Pierre s

était rendu pour

de

visiter cette jeune église si florissante. À quelle époque? En tout cas après la conférence de Jérusalem. Selon plusieurs, immédiatement après, et avant le départ de Paul pour sa seconde mission. Cette opinion me parait peu vraisemblable. L'église de Jérusalem avait formellement déléguëé deux de ses membres, Silas et Barsabas (Act. XV, 22), pour porter, avec Paul et Barnabas, sa réponse officielle à l’église d’Antioche. Pourquoi Pierre s’y serait-il rendu dans ce moment-là? Puis, qu'auraient eu à faire là

des envoyés de Jacques (IE, 11)? Jacques aurait-il délégué

une députation en son propre nom à côté de celle de l’église? Enfin, 1l n’est guére vraisemblable qu'après le conflit que va raconter l’apôtre, celui-ci eùt proposé immédiatement à Barnabas de recommencer ensemble une nouvelle mission (Act. XV, 56). Je pense donc qu’il vaut mieux placer celte visite de Pierre à Antioche et son conflit avec Paul après le second voyage de mission, durant le séjour mentionné brièvement par Lue Act. XVIIE, 23, en ces mots : et v ayant passé un certain temps. » Le souvenir des conférences de Jérusalem était déjà un peu effacé; à cette distance, le conflit se comprend plus aisément.

Se livrant à un joyeux abandon au milieu de cette jeune église et se souvenant peut-être des jours semblables qu’il avait passés chez Corneille, Pierre, en arrivant, crut pouvoir mettre de côté pour un temps les observances légales relatives à l’alimentation journalière, aux jours de Jeüne, aux fêtes juives et à tontes ces conditions de pureté corporelle, dont le compromis de Jérusalem avait dispensé les chrétiens païens, mais nullement les chrétiens d’origine juive. Or, voici qu’arrivèrent des délégués de Jacques, qui avaient sans doute pour mission de veiller à l'exécution du contrat bilatéral conclu à Jérusalem. Et remarquant aussitôt la déviation que se permettaient Pierre et, à son

exemple, les autres judéo-chrétiens sous l’empire d’un doux sentiment de fraternité chrétienne, ils les rappelérent à l’ordre. Strictement parlant, cette remontrance était fondée. Pierre céda; Barnabas lui-même aussi. Ils rompirent brusquement les relations journalières qu'ils avaient entretenues avec leurs frères incirconcis, reniant ainsi la conviction meilleure qui avait dicté leur première conduite. Par là ils mettaient les chrétiens d’origine païenne dans la nécessité où de marcher sans eux et de former ainsi un autre troupeau que celui du chef des apôtres, ou d'accepter le joug du mosaisme dont le contrat de Jérusalem les avait formellement affranchis.

Dans une assemblée de l’église et en face de tous, Paul releva sévèrement celte inconséquence, qui élail à ses yeux une lâcheté, et déploya toute la décision et la supériorité de sa connaissance chrétienne. Il est évident que l’exposé que Paul donne dans sa lettre du discours qu'il prononça, n’en est qu’un sommaire très concentré. Si nous ne possédions pas l’épitre aux Romains, je doute qu'il nous füt possible d'en pénétrer complétement le sens. Car, même avec ce commentaire, ce passage est encore l’objet de bien des interprétations différentes. L’apôtre traite manifestement ces deux sujets : Pierre el sa conduite (v. 14-18); Paul et sa conduite (v. 19-21).

V. 14-18. Paul part de la conduite premiére de Pierre et des convictions qu’elle supposait, pour juger sa manière d'agir actuelle. Il a commencé par vivre à la manière des paiens, mettant de côté sans scrupule le code du Lévitique; et tout à coup 1l se renferme dans ces ordonnances, qu’il semblait avoir envisagées comme abrogées, et force ainsi moralement ses frères paiens à Judaïser comme lui, s'ils veulent continuer à vivre en communion avec lui (v. 14). Mais cette conduite, contradictoire en elle-même,

CONTENU DÉ L'ÉPITRE. 24y

est condamnée par les convictions chrétiennes de Pierre lui-même et des autres judéo-chrétiens (v. 15). Nous Juifs, lors même que nous ne nous sommes jamais livrés aux débordements des paiens, nous avons pourtant reconnu que notre obéissance légale était incapable de nous justifier devant Dieu, et dans cette conviction nous avons cherché par la foi notre justice dans le Christ Jésus, conformément à la déclaration de lÉcriture (Ps. CXLHI, 9) : € Nul homme ne sera justifié devant toi par les œuvres de la loi. » Supposez qu’en agissant de la sorte, nous ne soyons pas parvenus au but, et qu'après avoir ainsi recouru à Christ, 1l nous faille revenir encore aux œuvres de la loi pour n’être pas trouvés pécheurs, alors Christ nous aurait entraînés à un abandon coupable de la loi et fait commettre un nouveau péché à ajouter à nos péchés d'autrefois, dont nous espérions obtenir par lui le pardon! Car enfin, si, après avoir abattu une barrière et franchi la hinite qu’elle me posait, Je la relève derrière moi, je me déclare moi-même par là transgresseur, puisque je n’ai pu légitimement passer outre que dans la supposition que de droit la barrière n'existait plus.

Voilà l’inconséquence dans laquelle tombent Pierre et ceux qui le suivent. Ce n’est pas ainsi qu’agit Paul,.comme il le montre dans la seconde partie de son allocution.

V. 19-21. La loi, en le condamnant impitoyablement aussi longtemps qu’il recherchait la justice comme résultat de ses propres œuvres, la sans retour détaché d’ellemême; entre lui et elle est intervenue une rupture semblable à celle qu’opère la mort entre le monde .et nous; non que cette rupture ail été pour lui une rupture avec Dieu. C’est le contraire; elle est devenue pour lui le commencement et le moyen de la vraie union avec Dieu, d’une vie nouvelle consacrée à Dieu. En le condamnant, la loi

l’a poussé à recevoir comme sa justice Christ crucifié et condamné pour lui, Et par cette union, Paul est mort à lui-même; Christ a pris dans son cœur la place de son moi, comme 1l l’avait prise sur la croix; et ce que Paul vit encore ici-bas, c’est pour Dieu qu'il le vit, dans la foi a son Fils qui l’a aimé jusqu’à se donner lui-même pour lui. Ainsi, dit Paul, je ne porte pas atteinte, comme vous, a l’excellence de la grâce, en prétendant compléter le salut qu’elle m'apporte par des moyens empruntés à la loi; car s’il faut encore des moyens légaux pour me donner la justice, la mort de Christ n’a pas atteint son but. C’est en vain que le sang du Fils de Dieu à coulé, s’il n’a pas réussi à nous justifier. |

-L'apôtre ne raconte pas l'effet produit sur Pierre et sur l’assemblée par cette foudroyante argumentation; mais il ne l’exposerait pas ainsi victorieusement aux Galates, si elle n’avait pas atteint son but. Les écrivains de l’école de Tubingue prétendent que la conduite de Paul, en cette circonstance, envenima toute la situation et que l’église judéo-chrétienne, . Indignée de la rupture du compromis par Paul, s’envisagea dès ce moment comme déhée et organisa, avec Jacques à sa tête, celle contre-mission qui poursuivit dés lors l'œuvre de Paul d'église en église. Il est certain que les hérétiques judaïsants du second siècle ne pardonnèrent point à Paul cette scène humiliante pour lapôtre dont ils faisaient leur patron. On le voit dans les Homélies clémentines, où Paul est directement pris à partie pour ce motif (XVII, 18)!. Mais les faits prouvent que cette manière de voir à été exclusivement celle de l’hérésie Judéo-chrétienne. La ma-

‘ Pierre dit à Simon (que l’auteur confond intentionnellement avec Paul): « Si tu m’appelles condamnable (xarsyvwosuévoy, Gal. 1, 41), tu accuses par là Dieu qui m'a révélé le Christ, et tu dégrades celui qui m'a appelé bienheureux à cause de cette révélation. »

niére dont Paul s'exprime à l'égard de Pierre et de ses adhérents dans la 4re aux Corinthiens, ch. I-IV, en les opposant à «ceux de Christ, » ses vrais adversaires; le rang que, dans la même épitre, Paul attribue aux Douze en tête des ministères divinement institués dans l’Église (XIE, 28- 29), ainsi que la manière dont il parle d'eux, IV,9; XV,9-11, et l’accueil qu'il reçoit de Jacques lui-même à Jérusalem (Act. XXI et suiv.); les collectes qu’il continue à faire en faveur de l’église mère; la manière dont Jacques rappelle, Act. XXI, 25, les décisions prises dans les conférences de Jérusalem comme étant encore en pleine vigueur; enfin le fait même que Paul raconte cette lutte aux Galates en la donnant comme preuve contre ses adversaires, tandis qu’elle deviendrait la plus forte preuve en leur faveur, si elle eùt été le point de départ d’une rupture complète entre lui et les Douze, — toutes ces raisons écartent positivement cette tournure nouvelle que l’école de Baur cherche à donner au système de son fondateur; et nous croyons que M. Renan a cette fois raison quand 1] dit que Pierre en revint, dès ce moment, au mode de faire pacifique et bienveillant qu'il avait suivi auparavant (Saint Paul, p. 298). Autrement 1l eût été trop aisé d'opposer ce fait même à toutes les assertions de Paul.

La question de l'autorité apostolique de Paul est maintenant résolue, mais ce n’est encore là qu’une question de compétence, c’est-à-dire de forme. Il faut aller au fond de la doctrine prêchée par lui et en examiner la vérité intrinsèque. Or, quel sera le juge? L'Écriture est là; c’est elle qu'on invoque contre Paul : La loi, disent ses adversaires, est établie pour toujours, elle est stable comme Îles cieux eux-mêmes. De quel droit prétend-il abroger cette inslilution à laquelle s’est soumis Jésus lui-même et que maintiennent encore les apôtres? — Du droit de l'Écriture

elle-même, répond hardiment saint Paul, et c’est ce qu'il va exposer dans la seconde partie de sa lettre, ch. HF et IV.

Cb. I et IV. — La vérité intrinsèque de la justification par La for.

Il s’agit maintenant de la vérité intrinsèque de l’enseignement de Paul sur la jusufication par la foi. Est-il ou non conforme aux Écritures?

TL. IE, 4-5. Avant d'entreprendre la démonstration scripturaire, l’apôtre fraie la voie à son argumentation par un appel à l'expérience personnelle des Galates.

Il y a eu un moment où l’Esprit divin est descendu sur eux et a déployé en eux des puissances qui leur étaient inconnues jusqu'alors. Est-ce à laccomplissement des œuvres de la loi qu’ils ont dû cette transformation religieuse et morale, ou bien à la prédication du salut par grâce reçu avec foi? Qu'ils répondent eux-mêmes! Qu'ils disent par quel charme ils se sont laissé fasciner pour perdre de vue une pareille expérience et oublier les impressions qu'avait produites sur eux le tableau du cruecifiement de Jésus, de cette mort qui avait été comme réalisée de nouveau au milieu d’eux par la prédication de l’apôtre! Ont-ils perdu le sens pour tomber de ces magmficences de PEsprit dans les pauvretés de la chair?

2. V. 6-9. Ils doivent bien considérer que l'expérience qu'ils ont faite de la puissance régénératrice de la foi n’est pas un simple accident. Elle est conforme à l’enseignement de l’Écriture sur le mode de justification de celui que l'on doit envisager comme la personnification du salut, le prototype des pécheurs sauvés. Justice a été imputée à Abraham en vertu de sa foi, non en vertu de ses œuvres. Et ce divin mode de faire ne nous à pas été rapporté uniquement pour nous faire connaître ce qui s’est passé à lé-

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oard de ce patriarche, mais comme devant aussi s’appliquer à nous, ainsi que le prouve cette autre parole de l'Écriture qui déclare que c’est en Abraham, el par conséquent par le même mode que lui, que «toutes les nations seront bénies. »

3. V. 10-19. Et en effet il suffit de considérer la nature de la loi elle-même pour comprendre que la loi ne saurait nous apporter que la malédiction Comment la bénédictionviendrait-elle par les œuvres de la loi, puisque le chemin des œuvres, au lieu de conduire à la justification, nous mène au contraire à la condamnation ? Pour nous déclarer justes, la loi attend de nous une obéissance complète et constante. Mais l’Écriture suppose si peu qu’une telle

obéissance soit possible à l’homme, qu’elle a déclaré par

la bouche du prophète Habacuc que «le juste vivra par la foi, » c’est-à-dire que c’est par la foi qu'il obtiendra Îa justice et, par la justice, la vie. Cette voie de justification, offerte par le prophète, exclut l’autre tracée par la loi en ces termes : accomplir ces choses et vivre par elles. Appliqué à l’homme pécheur, ce chemin n’ahoutit par conséquent qu’à la malédiction.

4. NV. 13-14. Et c’est ainsi que s'explique {a croix de Christ. Cette malédiction divine, prononcée par la loi sur ses violateurs, est celle dont Christ nous a délivrés en la subissant lui-même. Car dans ce supplice nous voyons se réaliser la parole du législateur : «Maudit est quiconque est pendu au bois. » Et s'il a ainsi souffert pour nous, Juifs, la malédiction prononcée par la loi sur ses transgresseurs, ce n’était pas seulement en vue des croyants israélites, c'était afin que pour vous aussi, croyants d’entre les païens, püt se réaliser la promesse faite à Abraham en notre faveur (v. 8-9) et que nous tous, Juifs et païens, reçussions ensemble l'Esprit promis par le moyen de la foi.

Cette argumentation conduirait facilement à penser qu'aux yeux de lapôtre le supplice et la malédiction de Jésus ne s'appliquent proprement qu'aux péchés commis en violation de la loi, par conséquent aux péchés des Juifs, et que l'utilité de ce sacrifice pour les paiens résulte uniquement de ce fait que les Juifs ne pouvaient obtenir le Saint-Esprit que par le pardon de leurs péchés et que les paiens ne pouvaient le recevoir sans les Juifs à qui il était avant tout promis. Le sacrifice de Jésus ne serait ainsi qu'indirectement la condition de la Pentecôte pour les croyants paiens. Mais un trop grand nombre de passages attestent que dans la pensée de Paul Jésus est mort non seulement pour les Juifs, mais aussi pour l’humanité tout entière. Îl est possible qu'il s’expliquät le genre de mort particulier de Jésus, la suspension à la croix, par la parole de la loi qu'il cite v. 13. Mais cela ne saurait S'appliquer à la mort de Jésus en elle-même ; car d’après Paul et tout le N. T. cette mort expiatoire était une condition absolue du pardon, non seulement pour les péchés commis sous et contre la loi, mais aussi pour le péché humain en général. Dans notre passage 1l sous-entend sans doute cette idée que, le péché sous sa forme la plus orave, la transgression d’une loi positive, le péché qui produit La colère (Rom. IV, 15) étant expié par la mort de la croix, le péché sous ses formes moins graves, celui des païens qui n’ont pas la loi, se trouve aussi expié par là-même. Mais il ne relève pas ce côté du fait, parce qu'il veut uniquement arriver à justifier le «seront bénis en Abraham » du v. 9 à l’égard des païens; c’est le terme auquel il aboutit v. 14. Les païens ne pouvaient recevoir l'Esprit sans et avant les Juifs; les Juifs ne pouvaient le recevoir sans que leur péché fût expié. Il l’a été par la malédiction de la loi subie par Jésus; de là la Pentecôte

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CONTENU DE L'ÉPITRE. 215 sur les croyants juifs et par suite aussi sur les croyants paiens.

Ainsi l'expérience des Galates, exemple d'Abraham, la nature de la loi elle-même, et la condamnation qu'a dû subir le Christ pour expier la malédiction que la loi prononce, voilà autant de faits qui témoignent contre la folle tentative d'obtenir la justice par les œuvres de la loi. L’apôtre achève cette démonstration par une comparaison entre la loi et la promesse, qui fait ressortir linfériorité de Ja première par rapport à la seconde (v. 15-IV, 10), et cela par les raisons suivantes : a) la date de l’une et de l’autre (v.15-18); b) la différence du mode de révélation employé dans les deux cas (19-20); c) la nature de leur rôle respectif dans l’œuvre du salut (21-29). Enfin d) cette relation entre la loi et le salut promis est illustrée par un exemple tiré des relations humaines (IV, 1-10).

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