HT, 15-1V,10. L’infériorité de la loi
a] Le contrat légal est intervenu postérieurement à la promesse et ne saurait lannuler ni en affaiblir la valeur (v. 19-18).
Après la conclusion d’un traité, il n’est pas permis, même entre hommes, à l’une des parties d’abolir une clause du contrat ou d’en ajouter une nouvelle. Lorsque Dieu a fait les promesses à Abraham, et cela non seulement en sa faveur, mais encore en faveur de sa postérité (à l’égard de laquelle seule elle pourrait un Jour se réaliser), 1l Pa fait sans condition et sans réserver en aucune facon l'observation d’une loi. La loi n’a été donnée que quatre cent trente ans plus tard, après le long séjour du peuple en Égypte. Il est donc inadmissible que cette loi ait été donnée comme condition de l’accomplissement des promesses. C’est simplement un épisode intervenu dans un but particulier entre le don des promesses et leur accom-
plissement en Christ. Car Dieu ne peut être moins fidèle à sa parole qu'un honnête homme.
À Ja fin du v. 16, l’apôtre observe, en passant, que Dieu n’a pas fait les promesses (à Abraham et à ses postérités, » comme s'il s'agissait de plusieurs, mais : Çà Abraham et à sa postérité, c'est-à-dire Christ. » Presque tous les interprètes sont d'accord pour entendre cette remarque dans ce sens : que la promesse n’a pas été faite par Dieu en faveur d'une pluralité d'individus descendants d'Abraham, comme le peuple juif, mais en vue d’un seul individu, descendant du patriarche, lequel est Christ. Et, comme cette interprétation est évidemment incompatible avec le vrai sens du mot sa poslérité dans l’A. T., sens qui est certainement collectif et embrasse la race d'Abraham, en sénéral, LS en concluent que Paul argumente ici d’une façon toute rabbinique, selon les procédés de l’école dans laquelle il avait étudié les Écritures. Il en arriverait même sur cette voie, comme dit Lipsius, jusqu’à exclure positivement par son interprétation le sens réel que cette promesse avait dans la bouche de Dieu, à savoir l’annonce de la possession du pays de Canaan par tout le peuple d'Israël.
Ce jugement sur l’exégèse de Paul est-il fondé? Remarquons, avant tout, que quand Paul ajoute ces mots : Cnon à ses postérités, comme sil s'agissait de plusieurs, » le mot plusieurs ne peut pas grammalicalement se rapporter à une autre notion que celle de postérité, et qu'il est arbitraire de l'appliquer à une pluralité d'individus. Nous verrons que les mots suivants : «qui est Christ, » ne peuvent rien prouver à cet égard. Remarquons, en second lieu, que quand Paul dit : « À Abraham et à sa postérité, » 1l ne peut avoir ignoré le sens collectif qu’a ce terme; 1l le prend lui-même dans ce sens Rom. IV, 13 et 16 et surtout Rom. IX, 7-8, où toute son argumentation repose absolument sur
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le sens collectif du mot zéra, poslérilé. Il suftit de lire ce passage pour se convaincre que le sens de descendant individuel n’aborde pas même lesprit de Papôtre. Enfin, quant à l’enseignement rabbinique, je ne sache pas qu'il soit possible de citer un seul passage du Talmud où le mot zéra soit employé autrement que dans le sens collectif dans lequel il est pris dans tout PA. T.! Paul ne peut-il donc pas avoir voulu dire qu'aux yeux de l'Éternel, quand il faisait les promesses à Abraham et à sa postérité, il ne s’agissait pas d’une promesse faite en vue de plusieurs lignes de descendance, mais d’une seule, la ligne fidèle? Dieu ne pensait point à Isaac et à Ismaël, mais à Isaac seul; il ne pensait pas même à Isaac v compris la totalité de sa descendance, comme si celte promesse du salut (Paul identifie ici La promesse de Canaan avec celle du salut) concernait toute sa postérité, aussi bien la portion d'Israël purement charnelle et un jour incrédule envers le Messie, que la descendance patriarcale un jour croyante; Dieu ne pensait qu'à celle-ci uniquement. Le terme de la perspective divine, au moment où Dieu faisait les promesses, était le Christ et tout ce qui, par la foi, serait un avec lui; comp. v. 28 : « Vous êtes tous un, ec, en lui,» et vous êtes par là même «postérité (oréoux) d'Abraham.» En dehors de cette ligne, il n’y à donc pas de postérité d'Abraham, au sens de Dieu et de Paul, ni par conséquent d'Israël qui puisse se réclamer des promesses, comme le fait l’Israël actuel. Cette observation ne sapait-elle pas par la racine les prétentions judaiïques des adversaires de lapôtre en
1Ce sens s'applique même parfaitement à Cren. IV, 25, où Adam dit à l'occasion de la naissance de Seth : « Dieu m’a donné un autre zéra (« postérité ») » ; car il veut dire par là non : L'Éternel m'a donné comme fils un autre individu qu’Abel., mais : une nouvelle ligne de descendants que celle que j'avais perdue en Abel.
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Galatie? Il n’y a donc qu’une vraie race d'Abraham, prévue et adoptée à l’avance, celle qui trouve son salut en Christ, l’objet réel, unique, de toutes les promesses concernant le salut. — Après cette remarque, l’apôtre continue son
argumentation au v. 17 et la termine au v. 18:
Mais ici s'élève une objection naturelle : Si la loi est intervenue, comme une simple parenthèse, entre la promesse et son accomplissement, à quoi donc devait-elle servir? Cette objection amène l’apôtre à développer sous deux nouveaux aspects la relation de la loi avec la promesse du salut.
b) V. 19-90. La loi a eu pour but, non d'effectuer le salut, mais de donner aux péchés commis sous sa juridiction le caractère de violations positives, ce qui était essentiel pour que le salut, quand il viendrait, fût saisi comme il devait l'être. Elle «a été ajoutée » à la promesse comme simple moyen en vue d’un but supérieur. Et ce caractère subordonné de la loi a été clairement marqué par le mode de son institution. Au lieu d’être transmise directement par Dieu, comme l'avait été la promesse donnée à Abraham (Gen. XV et XVIT), elle l’a été par l'organe d’agents inférieurs, les anges, et par l'intermédiaire d’un homme, Moise. Saint Paul fait iei allusion aux phénomènes extraordinaires qui accompagnèrent à Sinaï la promulgation de la loi et qui, dans Deut. XXXIII, 2 (surtout sous la forme sous laquelle ce passage est rendu dans les LXX), sont attribués au ministère des anges : Dieu a transmis sa volonté par les anges'à Moïse et par Moïse au peuple. Quel contraste entre cette communication par le moyen de deux intermédiaires el la déclaration directe de la promesse par l'Éternel luimême à Abraham ! |
Dans cette suite d'idées, le v. 20, sur lequel il existe des centaines d'explications, ne peut, me paraît-il, avoir
qu’un but: montrer, par le contraste entre ces deux modes de communication, la supériorité imcomparable du salut promis à Abraham et réalisé en Christ sur la loi promulguée à Sinaï. Entre toutes les explications qui ont été données de ce verset, il me paraît qu’il n’y en a que deux qui surnagent aujourd'hui et entre lesquelles on doit choisir.
La première : Un médiateur suppose deux parties contractantes, qu'il met en rapport; dans le cas de la loi, l'Éternel et le peuple ; comp. Lév. XXVI, 46: «Ce sont les lois que l’Éternel établit entre lui et les enfants d'Israël, par Moise.» Il n’en a pas été ainsi dans le cas de la promesse, parce qu'il n’était pas ici question de contrat et que Dieu agissait seul, promettant comme 1l lui plaisait, sans avoir à tenir compte de la volonté d’un autre qui se serait engagé envers lui.
L'autre interprétation oppose l’unité de Dieu, non à la dualité de deux parties contractantes, mais à la pluralité des anges, chargés de promulguer la loi. Ceux-ci, étant plusieurs, n’ont pu communiquer la loi au peuple qu'en se faisant représenter auprès de lui par uu intermédiaire auquel ils ont transmis la loi et qui l’a à son tour transmise au peuple. Dans le cas de la promesse, au contraire, Dieu, n'étant pas une pluralité, a pu agir lui-même en personne et communiquer directement à Abraham ce qu'il avait à lui annoncer. Ce second sens parait plus clair. On objecte, sans doute, qu’un individu unique peut aussi se faire représenter par un intermédiaire, mais c’est là un cas exceptionnel, dont la première proposition du v. 20 ne tient pas compte; car, en général, c’est plutôt une corporation qu’un individu qui se pourvoit d'un représentant. Un individu traite lui-même ses affaires.
Après cette remarque sur le caractère d’infériorité qu'imprime à lPinstitution légale le mode même de sa pro-
mulgation, l’apôtre revient à la question du v. 19 et développe l’idée qu'il n’a fait là qu’indiquer : le rôle de la loi par rapport au salut promis.
c) V. 21-29. Cette loi, donnée pour faire ressortir les transgressions, est-elle donc en contradiction avec les promesses el destinée à les annuler? Non, certes! Ce serait sans doute le cas st, comme l'affirment les faux docteurs venus en Galatie, la loi pouvait donner le salut, produire la vie en Dieu, c’est-à-dire procurer la justice qui est la condition de la vie. Car alors elle contredirait les promesses qui ont assuré l'héritage à l’homme comme un don divin entiérement gratuit. Mais la loi n’a rien fait de semblable. Son œuvre a été de déclarer, par le moyen de l'Écriture qui nous l’a transmise, tous les hommes pécheurs, et de les placer ainsi sous la condamnation, en vue du moment où, par la foi en Jésus, la promesse de la justice se réaliserait pour les crovants (v. 21-22). Aussi, bien loin de contredire les promesses, la loi a été le moyen d'en préparer l'accomplissement et de faire naiître la foi en enfermant la conscience dans le sentiment de ses fautes, en vue du moment où le chemin de la grâce lui serait ouvert. Elle ressemblait à cet esclave qui conduit par la main l’enfant au maitre qui doit l'initier à la science, Ce maitre, c’est Christ, qui seul donne la justice à ceux qui la cherchent en lui par la foi (v. 23-24). Cette époque étant maintenant venue, le rôle du pédagogue est terminé. Juifs et paiens croyants ont passé en commun à l’élat de fils. Car par leur foi, professée dans le baptème, ils sont un avec le Fils et un en lui les uns avec les autres, de sorte qu'ils forment celte unique postérité d'Abraham, en vuc de laquelle avaient été données les promesses, et qu’à eux appartient l'héritage éternel, figuré par la Canaan terrestre (v. 25-29).
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Voilà le jour merveilleux que l’apôtre jette sur l'histoire de son peuple depuis la vocation d'Abraham, à travers l’époque légale, jusqu’à l’avénement du Messie. Le rôle temporaire et secondaire de la loi ressort clairement de là, ainsi que la fin, actuellement voulue de Dieu, de cette institution. Le but une fois atteint, le moyen doit tomber ; comp. Rom. X, 4 : « Christ est la fin de la loi. »
d) AV, 1-10. L’apôtre aime à tllustrer les œuvres divines, qu'il explique à ses lecteurs, par des analogies empruntées aux relations humaines qui leur sont familières. Nous en avons eu un exemple I, 15. C’est le procédé qu’il emploie de nouveau dans le passage suivant. Israël, temporairement placé sous la loi jusqu’à l’avénement du Messie (I, 19-29), ressemblait à un enfant qui, tout en étant héritier de son riche père défunt, ne jouit, jusqu’à l’époque de son émancipation fisée par son pére, ni de la liberté de sa personne — car 1l est placé sous des gouverneurs — ni de la disposition de sa fortune — car l’admimistration en est confiée à des intendants (v. 1-5). De même Israël était à l’état d'enfant mineur jusqu’à la venue du Messie, et durant ce temps, 1l a été soumis aux éléments du monde. On entend quelquefois par là les rudiments de la connaissance religieuse, tels qu’ils avaient été enseignés à Israël dans les révélations mosaique et prophétique; ou bien aussi, on applique le mot de croryeix, éléments, selon le sens qu’il a quelquefois dans le grec profane, aux astres qui seraient envisagés 1c1 comme des êtres animés, en lant qu'habités par des êtres supérieurs dominant la vie humaine. Mais ni l’un ni l’autre de ces deux sens ne convient bien aux parallèles v. 9 et 10 et Col. Il, 20. Ces deux passages me paraissent conduire plutôt à rapporter celte expression aux éléments matériels, terrestres, grossiers qui entraient dans les formes du culte et de la vie religieuse
israélites, et dont l’apôtre cite, v. 10 et Col. IF, 20, des exemples : l’assujettissement aux jours, aux mois, aux saisons, aux années, ou bien à des prescriptions alimentaires et autres appartenant uniquement au domaine physique : «Ne mange pas; ne bois pas; ne touche pas. » On objecte contre ce sens le fait que les expressions de tuteurs el d’intendants, v. 2, supposent des maitres personnels. Mais il ne faut pas oublier ce que Paul vient de dire, que loutes ces ordonnances d’un caractère inférieur avalent été transmises par des êtres personnels, d’un rang secondaire, les anges, auxquels Dieu avait remis la tâche de les inculquer au peuple; puis il faut penser aussi à Moïse et Aaron et à leurs successeurs, les sacrificateurs, les : prophètes et les rois. Mais aujourd’hui, ce temps de minorité est passé; l'heure de l'émancipation, marquée par Dieu, a sonné; le Fils lui-même est venu, il a pris notre nature humaine, bien plus, il a été assujetti à la loi comme Israël, afin de laffranchir de cet assujettissement en payant son rachat (Il, 13), et à cet état d’esclavage il a substitué celui de l'adoption en vertu duquel le croyant, sous l’action de l'Esprit du Fils, peut s'adresser à Dieu, non plus avec un sentiment servile, mais en lui disant d’un cœur filial, comme le Fils lui-même : Abba, Pere! En échangeant la position servile pour celle de fils, il est entré en même temps dans celle d’héritier (v. 4-7); comp. Rom. VII, 45-17.
Quel glorieux changement opéré par la venue du Christ! Et ce changement ne s’applique pas seulement. aux croyants israélites, mais aussi à ceux de la gentilité qui n’ont pas à passer par l’état de servitude légale imposé jadis à fsraël. La foi à l'Évangile a liré les Gala'es de leur ancienne ignorance du vrai Dieu et de l'esclavage de leurs fausses divinités; et maintenant qu’ils ont été élevés à la connais-
sance de Dieu, bien plus, qu’ils ont été eux-mêmes distingués, marqués par lui comme ses fils, jouissant de la communion personnelle avec lui, 1ls consentiraient à assujettir de nouveau leur vie religieuse à ces éléments terrestres et orossiers, à ces rites purement extérieurs, sans prix pour la vie spirituelle, au-dessus desquels leur conversion les a élevés! L’apôtre met ici les ordonnances cérémonielles juives sur la même ligne que les anciens rites paiens, non seulement en ce sens que les uns et les autres appartiennent à une forme de piété maintenant dépassée (Jean IV, 21-24), mais sans doute aussi à ce point de vue plus particulier que le culle juif et les cultes paiens procédaient dans une certaine mesure d'êtres inférieurs, des bons anges, quant à la loi juive (IH, 19), des démons, quant aux cultes païens (1 Cor. X, 20). — Le calendrier des fêtes juives parait, d’après le v. 10, avoir déjà été acceplé par les chrétiens galates : fêtes hebdomadaires (sabbats et jeünes); fêtes mensuelles (nouvelles lunes); fêtes annuelles (Pâques, Pentecôte, Tabernacles, Expiation); fêtes plus éloignées encore (année sabbatique). Qu'était-elle devenue, la vie de l'Esprit qui avait éclaté au sein de ce peuple? Allait-elle donc s’étemdre sous la cendre des observances? Comment expliquer un tel changement? C’est en face de cette douloureuse queslion, qui résulte de tout ce qui précède, que Paul se place après avoir terminé sa démonstration. Îl cherche la vraie cause de ce commencement de chute qu’il vient de constater chez eux. C’est le sujet du morceau suivant :
6. V. 11-20. Les Galates soupçonneraient-ils sa bonne foi quant à l’enseignement religieux qu’il leur a donné? Mais lui-même, tout Juif qu’il était, jouissant de tous les prétendus privilèges attachés à cette origine, il a pour eux rejeté toutes ces marques distinctives de sa nation et
adopté leur genre de vie paien, — el ce sont eux maintenant qui craignent d’avoir été égarés par lui et reprennent ce qu'il a quitté pour eux! Ou bien se figureraient-ils qu'il les trompe pour se venger de quelque offense qu’il a reçue d'eux? Mais ils ne lui ont témoigné, dès leur première rencontre et malgré la cruelle maladie qui aurait pu les éloigner de lui, que le plus tendre amour (v. 12-15). Serait-ce la franchise avec laquelle il leur a dit la vérité dans son dernier séjour qui à leurs yeux a fait de lui leur ennemi (v. 16)? Non! la vraie cause, la voici : Des intriguants se sont glissés entre eux et lui, des gens qui s’empressent
auprès d’eux dans une intention qui n’est pas droite, qui.
cherchent à les séparer de leur apôtre, afin d'attirer sur eux-mêmes leur empressement et leurs soins. Ah! sans doute, soyez empressés; mais que ce soit pour le bien, et d’une manière persévérante, en mon absence aussi bien qu'en ma présence (v. 17-18). Quelle n’est pas son anoisse à leur sujet! Il les enfante de nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux d’une manière durable et inaltérable. Oh! qu'il voudrait être luimême au milieu d'eux! Il chercherait les accents les plus propres à les convaincre et à les toucher; car il ne sait plus que faire à leur égard (v. 19-20)! Dans cette perplexité, c’est comme si un rayon de lumière éclairait tout à coup son esprit ! [ls veulent la loi; la comprennentils? Voici ce que raconte la loi. Peut-être cette dernière considération réussira-t-elle là où toutes les autres ont échoué.
7. V. 21-31. L’allégorie d’Agar et de Sara. En racontant l’histoire des deux femmes et des deux fils d'Abraham, l'historien sacré a énoncé quelque chose de plus profond que ce qui paraît à la surface. Sous le personnage d’Agar, l’esclave étrangère, enfantant Ismaël en vertu de la loi
de la chair, il faut voir l’alliance de la loi donnée à Sinaï, en Arabie, sur un sol étranger à la Terre-Sainte!. Agar correspond ainsi à la Jérusalem actuelle, placée avec ses enfants sous le joug de la loi, tandis que, sous le persohnage de Sara, la femme libre et légitime, qui enfante Isaac en vertu de la promesse divine et par la puissance de l’'Esprit, nous discernons la Jérusalem d’en-haut, la communauté à laquelle préside le Messie lui-même, qui a pour fils des hommes libres, notre mère à tous juifs et païens, enfantant une postérité innombrable, plus nombreuse que celle du peuple ancien. Paul jette ici un regard sur ce monde paien où surgissent de toutes parts des églises de croyants qui surpasseront de beaucoup en nombre l’ancien peuple d'Israël, conformément à ce qu'Ésaïe promettait à Israël revenu de l’exil : que sa postérité surpasserait celle de lIsraël précédent (v. 21-27). Seulement, ajoute l’apôtre, 1l arrive de nouveau ce qui arriva autrefois : c’est que les fils de la chair prennent en haine les fils de l'Esprit, comme Ismaël prit en haine son frère Isaac, et c’est là ce qui explique les faits qui se passent à cette heure en Galatie et ailleurs. Fils de l'Esprit, les crovants sont exposés à l’hosulité des fils de la loi. Qu'ils ne s’en inquiètent pas! Bientôt ceux-ci seront jetés hors de la maison à laqueile ils n’appartiennent pas réellement. Que done ceux qui sont nés libres ne se dégradent pas au rang des enfants de l’esclave (v. 28-31)!
On a beaucoup parlé d'interprétation arbitraire et d’allégorie rabbinique à l’occasion de ce passage. Chez un écrivain ordinaire on lappellerait peut-être étincelant de verve et d'esprit. Mais, nous l’avons déjà vu, 1l faut distinouer entre une vraie et une fausse allégorie; celle-ci s’at-
1 J'admets avec Tischendorf la leçon du Sinaïticus (avec C F G) :
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tachant à des coïincidences extérieures et accidentelles, sans aller au fond des deux cas comparés; celle-là reposant sur une loi psychologique et morale qui unit les deux faits comparés. Nous avons trouvé (p. 142) dans l’usage allégorique que fait Philon de ce même récit un exemple de la première ; celui qu’en fait ici Paul offre un exemple de la seconde. On reconnait dans l’un le disciple des rabbins ; dans l’autre celui des prophètes et du Saint-Esprit. Après l’argumentation didactique serrée, Paul sentait bien qu'il fallait une démonstration plus populaire, parlant au cœur et à l'imagination et non pas à la raison seulement. C'est ce qu'il cherchait quand il disait : (Je voudrais changer ma voix, » el 1l l’a trouvé. Que le critique lui jette la pierre; il est à croire que les Galates n’en ont pas jugé ainsi.
La vérité de l’enseignement de la justification par la foi a été victorieusement démontrée par une série de faits empruntés à celte ancienne révélation au nom de laquelle on la combattait. Mais une grande question restait. Lorsque la Justice de la foi aura été substituée à celle des œuvres, que deviendra la vie morale? Peut-on se représenter un accomplissement de la volonté de Dieu qui soit indépendant de la loi? Il est manifeste qu'un enseignement rehigieux qui ne garantit pas la moralité de ses adeptes, est par là même condamné. L’apôtre répond à cette troisième et derniére question dans la troisième partie de sa lettre.
Ch. V-VI, 10. — Les fruits de la justification par la for.
Il faut se garder d'envisager, avec plusieurs interprètes, cette troisième partie comme un simple recueil de recommandations morales, sans lien spécial avec le sujet traité. L’exposé pratique suivant porte les traces de la
même polémique qui a dicté les deux parties précédentes et qui inspire la lettre entière (comp. surtout v. 18 et 23). C’est un élément essentiel de la tractation du sujet. L’accusation d’immoralité, pour peu qu'elle fût fondée, ferait tomber tout l’enseignement qui a précédé.
Voici les trois idées que développe l'apôtre dans ce qui suit : 1° Vous êtes nés libres : tenez-vous donc fermes dans cette liberté, quoi qu’on puisse vous dire et qui que ce soit qui vous le dise (1-12). 20 Mais ne confondez pas cette liberté avec la licence de la chair; elle consiste dans la dépendance où nous sommes de l'Esprit de Christ, victorieux de la chair (13-25). 32 Paul indique quelques traits particuliers de cette victoire de l'Esprit sur la chair, que réclamait plus spécialement l’état de l’église dans la crise par laquelle elle passait en ce moment (v. 26-VI, 10).
4. V. 1-19. — Libres, comme fils de la femme libre, ils doivent tenir bon dans cet état de liberté et ne pas se figurer que, pour posséder le salut et se préserver du pé-
ché, 1ls aient besoin de se replacer sous la loi. Ier l’a-
pôtre se préparait sans doute à développer immédiatement l'idée de la sanctification qu'opère dans le croyant, affranchi de la loi, la puissance de l’Esprit (v. 13 et suiv.). Mais; à la pensée du joug sous lequel les Galates voudraient se replacer, il s’interrompt tout à coup : Comprennentils bien tout ce qu’il leur a déjà dit précédemment des conséquences d’une telle manière d’agir ? C’est Paul, leur apôtre, qui le leur déclare encore une fois solennellement : ils annuleraient par là l’œuvre de Christ en leur faveur et ils se rendraient débiteurs de la loi entière. Oui, accepter la circoncision, c’est s’enrôler au service de la, loi et par conséquent renoncer à tout autre salut que celui qui résulte de leur propre obéissance à la loi; c’est être sorti du domaine de la grâce (v. 1-4). Le vrai croyant espère bien
plutôt une Justification obtenue par la foi et dont Dieu le couronnera un jour; il comprend par conséquent l’absolue indifférence, pour le salut, de l’état de circoncision ou d’incirconcision corporelle. La foi opérant par le moyen de lamour qu’elle produit, voilà tout ce qu’il faut en Christ (v. 5 et 6). |
Les Galates l'avaient si bien compris jadis ls couratent joyeusement dans cette bonne voie. Qui donc les a tout à coup arrêtés ? Ce n’est certainement pas la voix de Celui qui les avait appelés. Il y a là une suggestion de quelque individu qui, semblable au levain, a fait fermenter toute la pâte. Paul est convaincu qu'ils le comprendront euxmêmes et que le perturbateur, quel qu’il soit, subira son châtiment. [l ne dit pas quel est cet homme. En tout cas
il est absurde de supposer, avec Jérôme, que ce füt Pierre, ou, avec Holsten, que ce füt Jacques. Nous ne savons pas même s'il venait de Jérusalem. — Les premiers mots du v. 11 établissent entre Paul et ce perturbateur une opposilion personnelle si marquée que l’on est conduit à la supposition que ce verset renferme une allusion à une accusation élevée contre lui par cet homme-là. « Quand il convient à Paul, disait-il, de joindre la pratique de la circoncision à la prédication de l'Évangile, il n'hésite pas lui-même à le faire.» Paul avait déjà fait allusion à une accusation de ce genre, |, 10. La circoncision de Timothée pouvait v avoir donné lieu, comme aussi Île fait que, quand 1l s'agissait desJuifs ou même aussi des judéochrétiens, il ne combattait nullement l’usage de ce rite. Mais c'était une indigne calomnie de lPaccuser pour cela de versatilité et de complaisance humaine. S'il avait agi comme on le lui reprochait, et consenti à associer la circoncision à la prédication évangélique, on ne voit pas pourquoi les Juifs le persécuteraient encore comme ils Île
font. Ils lui passeraient sans peine tout l'Évangile de la croix, s’il consentait à v joindre l’obligation de la circoncision; car, dans ce cas, sa prédication tournerait en définitive à l’honneur et à l’extension du judaïsme. — Paul est tellement révolté par cette inculpation qu’il va jusqu’à s’écrier que ceux qui le calomnient de la sorte devraient bien pousser leur amour de la circoncision jusqu’à se mutiler euxmêmes (v. 12). Ce dernier cri d’indignation s'explique si l’on pense à l’infamie de la manœuvre dont saint Paul se voyait l’objet et qui avait déjà à-demi ruiné son œuvre en Galatie, et si l’on se rappelle qu’il fait allusion à un usage pratiqué dans ces contrées par les prêtres de Cybèle. — Quant au mot encore (& si je prêche encore la circoncision »), d’où plusieurs critiques modernes {Reuss, Sabatier, Hausrath, etc.) ont inféré que l’apôtre avait, pendant un certain temps, encore après sa conversion, prêché la circoncision en même temps que le salut par grâce, ce sens donné à ce mot est en contradiction directe avec la manière dont Paul parle [, 6-9 de l'opposition absolue entre l’évangile des Judaisants et celui qui lui a été révélé à luimême au moment de sa conversion. Ce sens est également inconcillable avec la crise violente amenée dans l’église d’Antioche (Act. XV) par la prétention des judaiïsants d'y introduire la circoncision. Car, pour produire un tel scandale, 1l fallait que cette exigence fût entièrement nouvelle. Comment donc Paul, qui était à la tête de cette église, aurait-il pratiqué jusqu'alors ce rite ? (Voir Sieffert et Lipsius ad Gal. v. 11). Le sens des deux encore du v. 11 est donc celui-ci : &Si de mon passé juif j'avais conservé la circoncision, comme élément de ma prédication, pourquoi dans ce cas la persécution me poursuivraitelle (Lipsius), ou pourquoi me poursuivrait-elle jusqu’à aujourd'hui ? »
2. V. 13-25. — Au v. 13, l’apôtre renoue le fil interrompu dés la fin du v. 1 : Tenez-vous fermes dans la liberté qui vous a été acquise ; mais, ajoute-t-il maintenant, en ayant soin de ne pas en user pour accorder à la chair la faculté de satisfaire ses penchants. La liberté à l'égard de la loi est en même temps un assujettissement volontaire, celui de l'amour. En vous laissant guider par lamour, vous accomplirez spontanément la loi — car on ne fait pas de mal à ceux qu’on aime — et vous ne vous nuirez pas mutuellement, jusqu’à mettre en péril l'église ellemême par vos querelles et vos méchantes disputes (v. 13- 15). — L'Esprit nouveau qui vous inspire cet amour, est un maire qui ne permet pas à la chair d'accomplir ses volontés. Sans doute la chair lutte contre lui par ses mauvais désirs. Mais l'Esprit de son côté lutte contre la chair par ses saintes impulsions et ses saintes exigences, et le but de celte lutte est que vous appreniez à contenir votre volonté propre. Demeurez sous cette dépendance de lEsprit, et nous n’aurez pas besoin de la loi pour réprimer la chair (v. 16-18). — Il y à en effet entre la vie que produit la chair et celle qu’engendre l'Esprit incompatibilité absolue. L’apôtre le prouve par l’énumération, d’un côté, des œuvres dues à l’impulsion de la chair, et, de l’autre, des dispositions dont l’ensemble constitue ce qu'il appelle Le fruit de l'Esprit. À l'égard des premières, 1l fait
observer que celui qui s’y livre, quel qu’il soit, croyant
ou non, n'aura pas de part à l’héritage céleste. À l’égard du fruit de l'Esprit, il rappelle, avec un léger trait d’ironie, que ce n’est pas contre ces dispositions-là que le veto de la loi a été prononcé. La loi est donc bien superflue pour le croyant, puisque les œuvres de la chair sont détruites non par elle, mais par l'Esprit, et que le fruit de l'Esprit reste par sa nature même en dehors de ses interdictions
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