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308 tre ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
aux rhéteurs et aux philosophes grecs qui débitaient chacun, avec toute l’éloquence dont ils étaient capables, leur propre système, afin de se créer un cercle d’adeptes. Mais tout cela tombe en face de la vraie conception de l’Évanaile. Comme il s'agit d’un salut et non d’un système, que peuvent être les prédicateurs, par exemple Apollos et lui, dans de telles conditions? Ils ne sont plus que des instruments par le moyen de qui l’on croit, mais nullement des êtres en qui l’on croit. Car l’objet de la foi ne peut plus être que l’auteur même du salut. En conséquence, il est absurde de les opposer l’un à l’autre comme des chefs d'école. Leurs dons, leur fonction, l’œuvre accomplie par eux peuvent différer; mais le but de leur travail est un, et ce n’est pas à l’homme, mais à Dieu seul qu'il appartient d’en taxer la valeur. Car c’est du bien de Dieu qu'il s'agit, de son champ à cultiver, de sa demeure à construire (9-9).
2. V. 10-20. De là résulte la grave responsabililé de ceux qui remplissent la tâche de prédicateur; c’est ce que montre maintenant l’apôtre. Le morceau suivant est destiné à faire réfléchir les hommes qui dirigeaient en ce moment l’église de Corinthe. La fonction assignée à Paul a été celle de poser à Corinthe le fondement de l’édifice, et 1l croit l’avoir remplie conformément à la volonté de Dieu. Après cela a commencé la tâche de ceux qui sont appelés à édifier la maison sur le fondement posé et bien posé. Cette tâche est plus délicate et plus difficile que celle de fonder. Celle-ci, en effet, consiste à poser dans les cœurs le fondement posé une fois pour toutes par Dieu lui-même, tandis que l'édification de la demeure divine exige un choix, plein de tact et de circonspection, des matériaux à faire entrer dans un tel édifice. Il est plus difficile de diriger le développement de la vie spirituelle que de la faire naitre.
On peut travailler de manière à toucher, charmer, intéresser les croyants, el avec tout cela ne pas alimenter sainement leur vie intérieure et ne pas resserrer réellement leur communion avec Christ. Un jour viendra où l'œuvre accomplie par chacun d'eux dans tous les cœurs qui les auront écoutés, sera soumise à l'épreuve du feu, au jJugement de l'Esprit divin. Quelle joie pour celui qui verra ce qu'il à édifié tenir bon, son travail accepté et payé. Mais quelle désolation pour celui qui verra le fruit de son travail s’en aller en fumée ! Périra-t-1l lui-même avec son œuvre ? Non, puisqu'il à travaillé sur le fondement; mais pour son cœur quelle tortare (v. 10-15)!
Bien pire encore sera le sort de ceux qui non seulement ont mal édifié, mais qui auront porté atteinte à ce qui était déjà construit! Ruiner la maison de Dieu, c’est préparer sa propre ruine, el c'est ce que l’on fait lorsque l’on s’abuse soi-même en prêchant sa propre sagesse, au lieu de se faire l’organe de celle de Dieu (v. 16-20). — Paul pense 1e1 à ces nombreux ouvriers qu'il nous montrera à l’œuvre dans l'exercice de leurs dons spirituels, dans les ch. XII-XIV. Au ch. IV, 15, 1l parle des dix mille maîtres des Corinthiens, qu’il oppose à leur unique père spirituel. Ceux qui ne faisaient que toucher, intéresser, charmer (v. 10-15) étaient peut-être les sectateurs d’Apollos. Ceux qui portaient attemte à l’éditice et qui détruisaient au heu de bâur (v. 16-20), étaient tous les fauteurs de divisions et probablement plus spécialement le parti de «ceux de Chrisi. »
À cet exposé didactique sur la nature du ministère se rattache un morceau d'application (v. 21-IV, 5) concernant la position de l'Église par rapport au ministère en général, et par rapport à celui de Paul en particulier.
310 ire ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
EV.— HI, 21-IV, 5: La position de l'Église par rapport à ses prédicateurs.
V. 21-93. Vous semblez vous faire un honneur de vous ranger sous le drapeau de tel ou tel docteur ou apôtre. Honte à vous! Ce n’est pas vous qui êtes à eux; c'est eux qui sont à vous; chacun avec ses dons particuliers vous appartient, ainsi que loutes choses, par le fait que vous appartenez à Cbrist, qui appartient à Dieu, le Maître de tout.
[I ne faudrait pas voir dans les mots : «Et vous êtes à Christ, » une approbation de la formule : «Et moi, je suis à Christ, » prise comme mot d'ordre d’un parti. Au contraire, en appliquant ces mots à l’église entière, Paul condamne l'usage exclusif qu'un parti se permet de faire de cette dénomination, non moins qu’en disant : « Paul, Apollos, Céphas sont à vous, » il condamne nettement les trois autres mots d'ordre.
Les versets suivants, [V, 1-5, renferment l'application particulière de cette vérité à la personne de Paul. H sait qu'on le juge à Corinthe; il prie qu’on s’en abstienne. Même si ses dons étaient inférieurs à ceux de tel autre, peu importerait; tout ce que l’on peut demander à un administrateur, c’est la fidélité dans l'emploi de ce qu'il a reçu. Or, sur ce point, Paul s'inquiète peu de quelque tribunal humain que ce soit, à la barre duquel il pourrait être traduit. C’est du Seigneur qu'il attend sa sentence car c’est lui seul dont le regard pénètre jusqu’au fond, jusqu’à ce fond dernier que sa propre conscience ne peut complètement sonder. Qu'ils veuillent done suspendre leur jugement Jusqu'au moment où le juge seul infaillible distribuera lui-même à chacun l’éloge définitivement valable!
De la vraie nature de l'Évangile, Paul a déduit la vraie nature du ministère chrétien, et il a fait occasionnelle-
ment de ces vérités certaines applications particulières en rapport avec les jugements dont son propre ministère était l’objet à Corinthe. Il dévoile maintenant la cause cachée de cette fausse manière de comprendre l'Évangile et le ministère, le péché qui a été le principe du déplorable état de désunion dans lequel se trouve cette église : c’est un ridicule orgueil (v. 6-21).