V. — IV, 6-21 : L’orgueil, principe des dissensions
En désignant nommément Apollos et lui, comme il la fait (HI, 4 et suiv.), Paul n’a voulu que donner des exemples. Ce qu'il a dit à leur égard s'applique en réalité à tous ceux qui enseignent dans l’Église. Nul n’a rien qui ne lui ait été donné; c’est donc une grave erreur que de s’enoouer de l’un et de dénigrer l’autre, et un vrai aveuglement que de s'élever l’un au-dessus de lPautre, comme si quelqu'un était lui-même la source de ce qu’il posséde.
Pour réprimer une si incroyable présomption, l’apôtre, comme on est en pareil cas contraint de le faire, emploie l'arme du sarcasme : O Corinthiens! vous voilà déjà parvenus au faite! Vous vivez en plein triomphe, vous portez la royale couronne! Nous n’en sommes pas encore là, nous autres apôtres, destinés, paraît-il, à régner les derniers! Nous sommes encore là, aux yeux du monde entier, comme des condamnés à mort traînés ignominieusement dans Île cirque, en spectacle aux anges et aux hommes. On nous traite de fous; vous êtes vantés comme des sages! A nous la faiblesse, à vous la force! À vous la gloire, à nous les opprobres, la faim, la soif, la nudité, les verges, la vie errante, le travail de nos propres mains, nous, la balayure du monde jusqu’à celte heure (v. 6-13)! Paul s'arrête. S'il les humilie, ce n’est pas pour le plaisir de le faire, c’est pour les reprendre comme un père reprend ses enfants
SN y. + AS LOT OUPS ET RL TN} ONE, Der ET AO te ap 774 LE ON RER EE A 4 RE A AT LA à A RL MU SRE à v e C.: ee ‘ PAIE LABS AU ‘ ! LAN SLI A CARE
e | \ ai N> re "a
312 dre ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
bien-aimés. Et en effet, ils ont beau avoir dix mille pédasogues, ils n’ont pourtant qu'un pére, celui qui les à engendrés à la vie nouvelle (v. 14-16). Puis il leur annonce la prochaine visite de Timothée qui les remettra sur le droit chemin, tel que Paul le trace à toutes les églises: et lui-même ne tardera pas à le suivre, si le Seigneur le veut. €Mais que trouverai-je chez vous? la puissance de la vie ou seulement l’enflure des paroles? »
Se représente-t-on bien l'effet que dut produire sur l’assemblée cette remontrance semblable à une fustigation, et de quel œil durent se regarder mutuellement les meneurs en entendant devant toute l’église la lecture de ces lignes qui les stigmatisaient! Nous croyons avoir déjà montré que, si dans les quatre premiers chapitres maintes observations se rapportent au parti d’Apollos, c’est une erreur grave de croire que Paul ait voulu inculper l’enseignement et la personne d’Apollos lui-même. Les passages
[T, 5-9; IV, 6 et XVE, 12 prouvent le contraire.
Deuxième sujet : La discipline (ch. V).
L’apôtre à reconquis sa position auprès de la communaulé tout entière. Il n’est point un simple chef de parti; il est l’envoyé du Christ auquel est due la fondation de l’église et auquel appartient la direction de l’œuvre commencée. Après avoir ainsi rétabli son autorité, 1l l’exerce, et d’abord au sujet de la discipline intérieure du troupeau.
4. V. 1-5. L'occasion de cette intervention de Papôtre est un inceste qui souille l'église. Pas un de ces beaux parleurs, ni la communauté elle-même, ne se sont élevés contre un pareil scandale : ils n’ont songé ni à faire rentrer le coupable en lui-même, ni à dégager du moins la responsabilité de l'église ! Ils auraient dû se réunir, mener
CONTENU DE L’ÉPITRE. 913 deuil tous ensemble et agir de telle sorte que cette tache disparût du milieu d'eux! Paul, lui absent, à déjà agi. On pense souvent que les mots : «J'ai déjà décidé de livrer, » signifient : «J'ai décidé que, dans une assemblée convoquée dans ce but, vous et moi, spirituellement réunis, nous livrerions... » Mais si c’eût été là sa pensée, l’apôtre leût exprimée plus distinctement. Ces mots me paraissent plutôt signifier qu’il a déjà, lui, accompli cet acte. Îl n’a pas prononcé seul cette sentence, 1l est vrai; les prenant non tels qu'ils sont, mais tels qu’ils devraient être, 1l a prononcé en leur nom, comme église, en même temps qu’au sien propre, comme apôlre, la condamnation du coupable à la peine la plus sévère. IL Pa fait, non dans un sentiment de haine et pour la perte de cet homme, mais, au contraire, dans un sentiment d'amour el afin que, par sa destruction corporelle, son esprit soit arraché à la perdition au jour où le Seigneur reviendra, Satan est envisagé ici comme l'instrument de Dieu pour infliger, ainsi que dans le cas de Job, la maladie et la mort. Paul agit comme une mêre qui, voyant son enfant se perdre et ne trouvant plus d’autre ressource, prierait Dieu de le frapper, même, s'il le faut, jusqu’à la mort, pourvu que son âme soit sauvée. On a souvent cru que la peine infligée 1c1 était uniquement celle de l'excommunication. Mais comment l’exclusion de la table sainte eût-elle pu amener la mort du coupable (c’est là ce que doit signifier l’expression : la chair qui périt, en opposition à l'esprit sauvé)? Et comment Paul aurait-il écrit au v. 2 : € Vous n’avez pas mené deuil, afin que cet homme fût retranché du milieu de vous,» au lieu de dire nettement : « Vous ne l'avez pas retranché?...» [| ne s’agit pas d’une mesure humaine, mais de l’action de Dieu qui aurait été provoquée par l’appel douloureux de l’église si celle-ci avait fait son devoir.
91% 1e ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
2. V. 6-8. Une église aussi indifférente envers le mal qui éclate dans son sein, n’a aucun mouûf d’être fière de son état. Cette lâche tolérance, qu'ils ne se reprochent point, révèle un manque général de pureté et de droiture. C'est là un mauvais levain que l’immolation du Christ devrait à jamais bannir de l’Église, de même qu’à l’occasion de l’immolation de l'agneau pascal disparait loute particule de levain des maisons israélites. Il est possible que Paul fasse ici allusion à la fête de Pâques, qui se célébrait à ce moment dans l'Église ; comp. XVI, à.
3. V. 9-13. Les Corinthiens avaient conclu de sa lettre précédente que Paul leur enjoignait de rompre toute relation avec les vicieux en général. Paul n’a pas songé à cela; car ce serait les forcer à sortir du monde; il a voulu parler «le la rupture avec les vicieux qui prétendent porter le titre de frères. Il faut protester contre cette union monstrueuse entre vice et foi chrétienne, en rompant toute relation intime avec de pareils professants. Nous ne sommes pas responsables des vicieux du dehors; mais nous sommes tenus de faire sentir à ceux du dedans qu'ils n'appartiennent pas véritablement à l'Église de Christ. — Il 'est clair qu'il ne peut s'agir 1e1 que de la rupture des relations personnelles, et non de lexcommunication ecclésiastique. Comment, d’ailleurs, appliquer cette dernière peine à des vices tels que la médisance ou la cupidité (v. 10-11)? L'appel suppliant et douloureux à lintervenion divine (v. 1-5) et la rupture des relations privées (v. 9-12) : voilà les deux moyens disciplinaires permanents qui, dans la nouvelle alliance, correspondent à la lapidation des malfaiteurs ordonnée dans l’ancienne {v. 13).
Le sujet de la discipline forme la transition aux questions de nature morale que lépitre à à traiter. Il yen a quatre : les procès, l'impureté, le mariage et lusage
des viandes sacrifiées. Les deux premiers sujets se rapportent à la dignité, les deux autres à la liberté chrétienne.
Troisième sujet : Les procès (VI, T-1D.
Il y a des chrétiens à Corinthe qui ne rougissent pas de faire juger les contestations qu'ils ont entre eux par les tribunaux païens. Eux, membres de l’Église qui doit un jour juger le monde, juger des anges, eux qui se croient si sages, ils ne trouvent pas parmi eux des arbitres capables de trancher sommairement de misérables questions de tien et de mien! C’est déjà une honte pour des chrétiens d’avoir des contestations sur de lels sujets; mieux vaudrait se laisser dépouiller. Et parmi eux il s’en trouve qui dépouillent les autres! Le royaume de Dieu sera fermé à tous ceux qui agissent de la sorte, quelle que soit leur profession de foi. Le baptême, qui a scellé leur foi et par lequel 1ls ont été consacrés et déclarés justes, doit avoir mis fin dans leur vie à de pareilles souillures.
Quatrième sujet : L’impurelé (VE, 12-20).
Le sujet de l’impureté n’avait point, comme on se le figure souvent, été traité au ch. V. Un acte d’impureté avait été accidentellement pour l’apôtre l’occasion de traiter de la discipline. Mais c’est maintenant seulement qu'il s'occupe directement de ce vice. On paraît l’avoir envisagé à Corinthe d’une manière tout à fait légère, à peu près comme une chose indifférente. On y appliquait lPadage souvent prononcé par Paul relativement aux aliments purs ou impurs : Toutes choses me sont permises. Paul combat ici cette pernicieuse confusion : il distingue entre Îles organes du corps servant à la nutrition, et qui n’appartien-
316 1e ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
nent qu à la partie passagère et terrestre du corps humain, et le corps proprement dit, organe essentiel de l'esprit et de la personnalité et qui est destiné à participer à la résurrection du Seigneur ; car le corps du fidèle lui appartient par suite de sa communion spirituelle avec lui. C’est ce corps que limpur profane en en faisant celui d’une prostituée (v. 12-17). — Les autres péchés atteignent les parties externes du corps; l'impureté atteint le corps lui-même dans sa nature intime et le prive de sa dignité de temple de l'Esprit divin (v. 18-20).
À ce sujet se lie naturellement celui du chapitre suivant.
Cinquième sujet : Le mariage (ch. VID.
Paul aborde ce sujet en disant : À l'égard des choses au sujet desquelles vous n'avez écrit. Plusieurs concluent de là qu'ici commence la seconde partie de la lettre, où Paul répond aux questions des Corinthiens ; comp. les expressions VII, 4 : « Au sujet des choses sacrifiées, » et XII, 4 : «Au sujet des dons spirituels, » formules qui semblent indiquer qu’il reprend successivement les sujets sur lesquels il avait été interrogé. Mais il traite aussi dans ce qui suit quelques sujets qui ne sont point introduits de la même manière (comp. XI, 2; 17 et XV, 1), d’où 1l faut conclure que c’est la nature même des sujets, et non une circonstance extérieure, comme celle que l'on suppose, qui détermine l’ordre dans lequel ils sont traités. On avait demandé à lapôtre si le célibat n’était pas préférable au mariage? Cette pensée pouvail provenir du déooût causé par laffreux désordre de mœurs qui régnait à Corinthe.
1. V. 1-9. La règle doit être l’état de mariage, en raison des dangers qu’entrainerait le célibat. Cependant, si
quelqu'un a, par exception, le don particulier de rester pur dans l’état de célibat, la direction qui précède ne s’applique pas à lui. L'opinion de Paul est donc qu'il est honorable et avantageux pour les non mariés (Jeunes gens ou veufs) el pour les veuves, de rester tels, comme il la fait lui-même, mais que le mariage est préférable à un état de constante lutte intérieure.
2. V. 10-16. Quant aux mariés, 1l ne peut être question de séparation, la parole du Seigneur est positive sur ce point; que si, malgré cela, elle avait lieu, une autre union contractée dans cet état de séparation serait un adultère (v. 10-11). On avait encore demandé à Paul ce que doivent faire un mari ou une femme croyants, qui se trouvent unis à une femme ou à un mari non croyants? Doivent-ils se séparer d'eux? Paul donne sa réponse non comme un commandement du Seigneur, puisque Jésus n’a Jamais rien enseigné à ce sujet, mais comme une solution tirée de sa sagesse apostolique. [l distingue deux cas : celui où la partie non croyante consent à demeurer avec la partie croyante, et celui où elle s’y refuse. Dans le premier, le conjoint chrétien doit continuer la vie commune. Car le conjoint non croyant reçoit par son consentement à rester uni au conjoint croyant un sceau de sainte consécration. Si on ne voulait pas l’admettre, 1l faudrait nier aussi que les enfants provenant d’un mariage chrétien soient arrachés par la relation filiale avec leurs parents à leur impureté naturelle, ce que l'Église ne saurait faire. Résulte-t-1l de là qu'au moment où parlait Paul les enfants de parents chrétiens eussent été baplisés? Assurément non; car la conclusion tirée à l’égard du conjoint non croyant, mais non baptisé, cesserait par là d’être valable. Mais on peut bien supposer que c’est de ce caractère de sainteté revendiqué par Paul pour les enfants des
918 1re ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
chrétiens qu'est provenu l’usage du baptême des enfants. — Dans le second cas, le conjoint chrétien ne doit pas s’obstiner à maintenir la vie commune au prix de la paix
domestique ; car la paix est aussi un devoir, et un devoir
qui ne doit pas être sacrifié à un espoir peut-être chimérique (v. 12-16).
3. V. 17-24. A cette occasion, l’apôtre pose un principe général qui est à ses veux de la plus haute importance, car il le répète trois fois dans ce peu de lignes : c’est que chacun doit demeurer, une fois converti, dans la position dans laquelle l’appel divin l’a trouvé. Ainsi le circoncis et l’incirconcis ne doivent pas chercher à changer quoi que ce soit à leur état extérieur; car ce qui importe seul, c'est l’accomplissement des commandements divins. Ainsi l’esclave ne doit point se tourmenter de sa position, car par sa relation avec le Seigneur, il est libre; toutefois, si occasion de devenir libre se présente, il doit plutôt en user; car si, esclave, il est laffranchi de Christ, hibre, il est son esclave. Rien n'est donc changé dans la relation qui l’attache à lui!.
L’apôtre a traité Îles questions relatives à la formalion du lien conjugal pour les hommes non mariés et les veuves, puis celles qui se rapportent au marnhen du Hen conjugal déjà formé. Il restait un point dont 1l n'avait pas encore parlé; c’est ce qui concerne les Jeunes filles. Elles élaient dans une position particulière, puisque, d’après les coutumes de lPépoque, c'était le pére qui décidait de leur sort. Il aborde maintenant ce sujet. Mais il ne se permet de donner à cet égard qu’un simple avis personnel.
1]l est à mes yeux complètement inadmissible d'appliquer l’expression wses-en plutôt au fait de demeurer dans l'esclavage et non à l’occasion offerte d'acquérir la liberté. L’épitre à Philémon est d’ailleurs décisive à cet égard.
4. NV. 25-88. C’est un temps de lutte et d'angoisse que celui que l’Église a à traverser jusqu’au retour de Christ; c’est pourquoi la jeune chrétienne non mariée aura moins de tribulations, dans cet intervalle qu’il reste à franchir, que celle qui entre dans la vie de famille (v. 25-31). De plus, si elle est animée du désir de servir le Seigneur, non mariée elle n’aura pas à compter à chaque instant avec la volonté d’un mari et pourra se vouer avec une assiduité non partagée au service du Seigneur (v. 52-35). Voilà les deux raisons qui pourront décider un pêre, s'il est libre de sa volonté et n’est pas disposé à marier sa fille, à tenir bon dans cette résolution. En tout cas, si ce second parti vaut mieux que le premier, il n’v a pas péché dans l'autre.
9.V. 39-40. L'apôtre ajoute, comme appendice, un mot sur les veuves : Qu'elles se remarient, si elles le jugent bon, Péurvu que ce soit avec un chrétien; mais elles feront mieux de rester ce qu'elles sont, selon l'avis de lPapôtre
ne
qui à bien aussi part à l'Esprit de Dieu.
Ce chapitre remarquable a été bien souvent mal compris et mal présenté. Nous croyons en avoir rendu fidèlement le sens. I ne dit nulle part que le célibat soit plus saint que le mariage; il parle uniquement au point de vue de la facilité plus ou moins grande de réaliser la vie chrétienne. Tout est dominé par cette pensée exprimée aussi par Jésus lui-même (Matth. XIX, 12) : « L’un a son don d’une manière, l’autre d’une autre. » Paul voit sans doute la fin de l’économie actuelle plus rapprochée qu’elle ne devait l’être. Mais ce qu'il dit de la difficulté pour une femme mariée de réaliser la consécration complète au Seigneur dans les liens de la famille reste vrai en tout temps, dans le cours de l’économie d'attente où nous vivons en l'absence du Christ, On a reproché à l’apô-
320 1e ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
tre, à l’occasion du premier morceau, de n’avoir qu’une notion grossière du mariage. Cette critique est suffisamment réfutée par le passage XI, 3 et 7, où l'union conjugale est représentée comme l’image visible de celle de Christ et du fidèle, qui est elle-même l’image de la relaüon entre Dieu et Christ. Est-il possible d'élever plus baut la notion du lien conjugal? [Il ne faut pas oublier que, dans les neuf premiers versets, Paul traite la question, non de front, mais au point de vue spécial où elle lut avait sans doute été présentée dans la lettre des Corinthiens.
Sixième sujet : Le manger des viandes sacrifiées
(ch. VII-X).
Une partie de la viande des victimes offertes aux divinités paiennes était soit mangée dans un banquet de fête par la famille qui offrait le sacrifice, soit vendue au marché. Par l'effet de ces deux circonstances, un chrétien pouvait se trouver dans le cas d’en manger. Or, certains fidèles, soit juifs, soit paiens, sous l'empire de la croyance superstilieuse à une souillure contractée par l'aliment ainsi consacré, éprouvalent des scrupules à en user. D’autres, élevés au-dessus de cette crainte, non seulement en mangeaient librement, mais acceptatent même des invitations à ces repas célébrés dans les temples des faux dieux, s’envisageant comme assez forts pour résister à toutes les tentations de sensualité et d’impurelé au devant desquelles ils couraient ainsi. On verra par ce qui suit combien cette liberté poussée jusqu'à la dernière limite leur tenait à cœur.
C’est à ceux qui se nomment Les forts que Paul s'adresse. ll leur rappelle, en premier lieu, les égards dus à la conscience des faibles (ch. VITI-IX, 22), puis ce qu'ils se doi-
vent à eux-mêmes et au soin de leur propre salut (IX, 23- X, 22); il conclut par quelques règles simples et pratiques résultant de tout l’enseignement précédent (X, 23-33).
4. VII, 1-IX, 29 : le devoir de la charité envers les fréres plus faibles.
VIH, 1-13. La connaissance qui n'est pas au service de la charité n’est qu’enflure. Tous les chrétiens savent certainement qu'il n’y à qu'un Dieu et qu'un Seigneur, et que les autres que l’on appelle dieux et seigneurs ne sont rien (quoique derrière toute celte fantasmagorie mythologique 1l y ait cértainement une réalité). Mais cette connaissance monothéiste n’a pas encore pénétré Jusqu'au fond de toutes les consciences, de sorte qu'il y a encore des frères qui se croiraient souillés par le manger d’une viande sacrifiée sur l'autel d’une fausse divinité. Que les forts prennent donc garde d'engager par leur exemple ces faibles à faire ce qui est encore contraire à leur conscience. Quelle triste édification que le scandale qu'éprouve un de ces faibles à vous voir, vous forts, assis à un banquet sacré dans un temple d’idoles! L’entrainer par votre exemple à user, lui aussi, d’une liberté que sa conscience n’autorise point, c'est faire périr un être que Christ a voulu sauver en mourant pour lui, c’est pécher contre Christ lui-même. Quant à lapôtre, 1l aimerait mieux renoncer pour toute sa vie à manger de la viande que d’en manger une seule fois en se chargeant d’une si grande responsabibté.
IX, 1-22. Cette parole amène l’apôtre à présenter aux forts l'exemple de son propre ministère, pour leur montrer comment on doit savoir renoncer à ses droits au service de l'amour. Il serait libre de se faire entretenir par les églises qu’il fonde, puisqu'il a été appelé par le Seigneur à Papostolat. Les autres apôtres et les frères du Seigneur se
322 Are ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
font entretenir par les églises, eux et leurs familles, et ils en ont le droit. Paul le prouve par les analogies humaines, par la loi, par l’exemple des sacrificaleurs juifs, par un ordre posilif du Seigneur. Eh bien! toutes ces raisons de droit, il ne les a point fait valoir pour sa propre personne, et 1} préférerait mourir à ce qu’il en fût autrement à l'avenir. Car s’il prêche l'Évangile, ce n’est pas, comme les autres apôtres, de son plein gré; il y a été forcé, et s’il veut mettre quelque libre amour dans ce ministère, il n’y a pour lui qu'un moyen de le faire, c’est de renoncer à un privilège dont usent ceux qui se sont librement donnés à Christ, et de gagner lui-même de ses mains son entrelien, afin de rendre gratuit et par là même plus profitable pour l’Église son travail de prédicateur. Et cet esprit d’abnégation il Papplique à son ministère tout entier, adaptant dans les choses extérieures sa manière de faire à l’état de ceux qu'il désire gagner el sauver, Juifs, païens
ou faibles. |
Jusqu'ici lapôtre n’a rien demandé aux Corinthiens qu'au nom de la charité et des égards dus au salut de leurs frères. Dès maintenant, 1l passe à une considération plus sérieuse encore, l'intérêt de leur propre salut qui est plus profondément engagé qu'ils ne semblent le croire, dans cette question.
2. IX, 25-X, 22. À l'inverse du morceau précédent, il commence ici par son exemple personnel : «Afin, dit-il, que je devienne moi-même participant des bienfaits de l'Évangile avec ceux à qui je le prêche. » Parmi tous ceux qui courent dans l'arène, un seul obtient le prix, et dans ce but quelles privations et fatigues ne s’impose:il pas! Ainsi dans la lutte de la vie chrétienne, un petit nombre seulement réussiront, ceux qui, comme je suis moi-même obligé de le faire incessamment, mâteront leur
corps et l’assujettiront aux exigences de la vocation céleste (v. 25-27).
Après avoir ainsi introduit le sévère avertissement qui doit suivre, l’apôtre le prépare encore par l'exemple des Îsraélites, qui n’ont pas su dominer leurs convoitises et qui se sont fait exclure de la Terre promise et condamner à une mort :gnominieuse dans le désert. Cependant ils avaient participé à de hauts privilèges, types de ceux dont sont rendus participants les membres de l’alliance nouvelle, à un baptème, à une sainte Gène ! Celui qui les conduisait du sein de la nuée était le Christ lui-même. Tout cela ne les à pourtant pas préservés des coups de la mort. Que les Corinthiens prennent garde à un tel exemple! Qu'ils n’aillent pas s’exposer de gaieté de cœur à des tentations d’une nature diabolique, qui dépasseraient la mesure de force qu'ils ont reçue jusqu'ici, et pour l’heureuse issue desquelles ils ne pourraient plus compter sur la délivrance divine (X, 1-13)!
L’apôtre s'approche ainsi graduellement du grand mot qu'il à à leur dire et qu’il sait bien être ce qu'il y aura pour eux de plus dur à accepter : l'interdiction de toute participation aux banquets offerts par des parents et des amis dans les temples paiens. Fuyez, dit-il, non lidolâtrie — cela allant de soi, — mais loin, bien loin (4x6) de l’idolàtrie, loin de tout ce qui y peut conduire. Ici, il fait appel à leur propre jugement : Le christianisme a sa cérémonie sacrée, la sainte Cène par laquelle chaque croyant s’unit à Christ et à ses frères en mangeant avec eux d’un seul et même pain, le Judaïsme a aussi ses repas de sacrifice par lesquels l’Israélite se lie à l'autel, c’est-à-dire au culte de Jéhova; le paganisme a également ses repas sacrés, par lesquels l’adorateur se place sous l'influence des divinités auxquelles ce culle est rendu, divinités qui ne sont
324 dre ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
point seulement ces êtres imaginaires auxquels Pidolâtrie a donné des noms, mais sous lesquelles se déguise une réalité diabolique, les puissances malfaisantes qui sont les vrais auteurs et objets de ces cultes impurs et cruels. Est-il admissible de la part d'hommes qui, en communiant, ont fait acte de s’unir à Christ et à son Église, de participer à des banquets donnés en l’honneur de pareilles divinités et de s’exposer à subir de semblables influences? Le Seigneur est un Dieu jaloux et il serait dancereux de braver ainsi son pouvoir!
3. V, 25-XI, 1, Après cette interdiction décisive, si longuement et si prudemment préparée, il ne reste plus à l’apôtre qu'à donner, comme il le fait d'ordinaire en terminant, quelques règles pratiques, résultant de la discussion précédente. Il ne revient pas sur le dernier point traité; à cet égard tout est fini. Le non, non! a été caté- “orique et sans réserve. Quant au simple manger des viandes sacrifiées, en soi, voici le résultat pratique de la discussion : liberté complète pour la conscience affranchie ; car rien n’est impur de ce que Dieu a créé. En cas d’invitation dans la maison d’un paien, même liberté, à moins cependant qu'un convive ne fasse une observation trahissant un scrupule; dans ce cas, abstention, car la règle suprème pour le chrétien, même dans le manger et dans le boire, est d'éviter tout scandale donné et de glorilier Dieu. C’est là l'exemple que Paul leur a donné, en suivant lui-même celui de Christ. |
Paul passe maintenant à une nouvelle classe de sujets, ceux qui se rapportent au culte dans les assemblées de l’église. Il y en a trois : la tenue des femmes (XI, 2-15), les profanations dans la célébration de la Cène (XI, 16-34), l'usage des dons du Saint-Esprit (ch. XIT-XIV).
LT en dE ae
Septième sujel : Le parler des femmes dans les assemblées (XI, 2-15).
L’apôtre commence par celui des trois sujets indiqués dans lequel la hberté chrétienne à encore la plus grande place. La femme en Grèce, comme dans tout l’Orient, ne remplissait aucune fonction publique. Sur la scène même, les rôles de femmes étaient joués par des hommes. Il parait qu'à Corinthe, par un esprit d’émancipation, naturel sans doute au caractère grec, mais favorisé par le principe chrétien de légalité des sexes dans le salut, elles s'étaient mises à prendre la parole dans les assemblées.
V. 2-7. L’apôtre ne s'y oppose pas, s’il ne s’agit que de la prière dans laquelle on parle à Dieu ou de lessor donné par une parole prophétique à une révélation et au mouvement subit de l'Esprit. I réclame seulement dans ce cas une tenue pleine de décence, la tête couverte du voile, propre à rappeler à la femme, dans ce moment où elle sort en quelque manière de la réserve naturelle qui lui est imposée, l’état de dépendance dont elle ne doit Jamais se départir. Il en appelle, pour justifier cette règle,
3 à de sublimes analogies, à la relation de l’homme avec Christ et de Christ avec Dieu, dans lesquelles nous voyons également un rapport d'égalité Joint à une relation de subordination. Si l’homme, image et gloire de Dieu, doit honorer Dieu, en dressant vers le ciel sa tête découverte, la femme, gloire de l’homme par lamour qu'elle lui voue, doit l’honorer en maintenant sur sa tête le signe de sa dépendance par rapport à lui
V. 8-12. L'origine de la femme est la preuve de cette position subordonnée : tirée de l’homme, elle a été créée pour lui; ce qui n'empêche pas, ajoute Paul, pour tempé-
326 1re ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
rer les conséquences de ce fait pris exclusivement, que cette subordination d’origine ne soit compensée par le fait que l’homme à son tour reçoit l'existence par lintermédiaire de Ja femme. Revenant au fait principal, 1l y découvre un principe moral qui ne doit pas être froissé, sous peine d’exclure de lassemblée des fidèles des témoins célestes el invisibles, les anges, qui s’y associent à leur culte et qu’en éloignerait celte violation du divin décorum.
V. 13-16. Par la constitution même de la femme, Dieu a donné l’indice de sa destination à une vie cachée. Tandis que la chevelure de l'homme ressemble à une couronne, ornant son front, là longue chevelure de la femme ressemble à un peplum naturel qui enveloppe toute sa personne, comme un symbole de pudeur et de destination à une vie
cachée. Mais Paul sait parfaitement qne ces raisons ne se-
ront pas comprises ou admises par lous et ne fermeront pas la bouche aux discuteurs. Il termine brusquement en en appelant à l'usage des églises qu’il a fondées et même de toutes les églises de la chrétienté.
Mais 1l se passait dans les assemblées de l’église de Corinthe des choses plus graves encore.
Huilième sujet : Les désordres dans la sainte Cène (XT,
La sainte Cène se célébrait à la fin des repas nommés agapes, qui terminaient les assemblées plénières de l'église. Les mets du banquet commun étaient fournis par les communjants eux-mêmes et, selon que la fraternité lexigeait, auraient dû être mangés en commun. Mais la légèreté grecque avait amené un abus révoltant. Quand le moment du repas était arrivé, chacun se hâtait de manger et de boire ce qu'il avait apporté, sans s'inquiéter des frères
auxquels leur indigence n'avait pas permis de se pourvoir aussi abondamment, de sorte qu'il ÿ avait manque d’un côté et parfois excès de l’autre. Cette conduite renfermait un outrage à l’église entière et un affront particulier à ses membres pauvres.
1. V. 17-22. L’apôtre rappelle aux Corinthiens que de tels banquets ne sont pas des repas alimentaires, mais des solennilés religieuses.
2. V. 23-95. I] le prouve en rappelant institution positive de la sainte Cène par le Seigneur, par où l’on voit qu'il s’agit, non d’un banquet de société, mais d’une cérémonie sacrée, qui doit être célébrée dans l'esprit dans lequel elle a été instituée. L’apôtre se réfère ici, si je ne me trompe, non à la tradition apostolique (il dit : J'ai reçu, non : Nous avons reçu), mais à une communication qu'il a reçue personnellement du Seigneur lui-même; et c’est là ce qui justifie les différences qui distinguent son récit de celui des deux premiers évangiles. La position apostolique de Paul réclamait son indépendance quant à la connaissance de ce fait capital de la vie du Christ.
3. V. 26-34. Qu'est donc pour les fidèles la sainte Cène ? Non pas seulement un moment de Joyeuse conversation, mais la profession publique et solennelle de notre salut dû à la mort douloureuse du Christ. Malheur donc à qui célèbre cet acte dans un esprit léger! Il attire par là un Jugement sur lui-même. On peut le voir en ce moment mème à Corinthe où des maladies et des morts nombreuses sont le signe du mécontentement du Seigneur. Si les Corinthiens se jugeaient eux-mêmes, ils n'auraient pas besoin d’être jugés de la sorte. Puis, comme d’ordinaire, l’apôtre finit par une courte conclusion pratique : qu'ils s’attendent désormais réciproquement quand on en vient au moment du repas. Pour les autres points
REV R ET ER NME PL AU AU TR Sn TE PEER PRE TO TPE RE UP RE NIET tar Cr Bo : v or , ' ] CUT 20 he L Li . a * ur Ve >
928 1e ÉPITRE AUX CORINTHIENS.
à régler, l’apôtre s’en occupera dans son prochain sé- Jour.
Neuvième sujet : L'usage des dons spirituels (KH-XIV).
Restait la question la plus difficile et la plus délicate dans cette classe des sujets relatifs au culte, celle de l'usage des dons spirituels que la vie nouvelle faisait éclater dans l'Église. C’est ici l’une des parties les plus intéressantes de notre épitre; elle rend témoignage de la puissance du mouvement spirituel qui était procédé de la Pentecôte et qui maintenant étendait son action Jusques au sein du monde paien.
Les dons de l'Esprit étaient des forces surnaturelles communiquées au fidèle, non sans relation avec les aptutudes naturelles de ceux chez qui elles se manifestaient. À mesure que la vie nouvelle apparaissait chez ceux qui avaient cru, elle s'emparait de leur personne tout entière, et, imprimant un nouvel élan et une consécration supérieure à leurs talents divers, elle faisait de ceux-ci ce que l’apôtre appelle des dons spirituels. Mais l’abus n’était pas loin, car le péché contamine tout, même les dons divins. Le désir de se faire valoir, d’exciter la surprise et l’admiralion et de dominer peut aisément fausser l’exercice de ces dons. Et c’est là ce qui arrivait à Corinthe où ces mamifestations spirituelles s'étaient développées avec une richesse extraordinaire (1, 4-7). L'erreur principale des Corinthiens paraît avoir été de se figurer que, plus l’homme était ravi à lui-même et jeté dans un état d’inconscience extatique, en quelque sorte comme une sibylle, par laction de l'Esprit, plus cette action était sublime et rapprochait l’homme de Dieu. On comprend sans peine à quels abus devait conduire un tel mode d'appréciation. Com-
ment ramener ces esprits surexcités à une manière de voir plus saine et plus pratique? C'était la tâche qui, d’aprés les rapports faits à l’apôtre, s’imposait maintenant à lui; et il avait besoin pour la remplir de toute la mesure de sagesse et d’habileté qui lui avait été départie par le don apostolique dont 1l avait été revêtu lui-même pour le gouvernement de l'Éclise.
Il commence 1° par exposer au ch. XII les principes généraux qui dominent celle matière mystérieuse. Puis 2° au ch. XII, il montre ce qui vaut mieux que tous les dons et ce qui seul peut leur donner une valeur pour celui qui les possède et pour l'Église. Enfin, 30 an ch. XIV il fait voir la supériorité de la prophétie, où l’homme reste conscient delui-même, sur le dondes langues, où il est plongé dans l’extase, et règle par quelques prescriptions précises l'exercice de ces forces surnaturelles dans les assemblées.
T. Ch. XII. Principes cénéraux.
Les v. 1-5 sont un préambule destiné à délimiter le domaine dont Paul va s’occuper. C’est ce qu'il fait en l’opposant d’abord à l’état précédent de mutisme servile auquel les adorateurs étaient réduits dans le paganisme : ils étaient muets comme leurs idoles; aujourd'hut ils parlent. Puis il indique le caractère auquel on peul discerner dans les discours pneumaliques les manifestations antidivines — ce sont celles qui aboutissent à maudire Jésus — el reconnaitre celles qui procèdent réellement de l'Esprit de Dieu — ce sont celles qui se résument dans ce cri d’adoralion : Jésus Seigneur !
Le domaine ainsi délimité, Papôtre fixe les principes qui le dominent tout entier et qui sont propres à régler l’exercice de ces forces toutes nouvelles.