‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 72 sur 144 · LEUR · texte numérisé non relu

LEUR

communauté ne s'était point encore relevé à l’état de droi-

1 Der Viercapitelbrief, 1870.

LE GRAN US AE) RUN CO NE TR En PA PE Ar ed un

FrUe

338 2me ÉPITRE AUX CORINTHIENS.

ture devant Dieu et de progrès normal que lapôtre ambitionnait pour elle. Il caractérise lui-même l’obéissance qu'il avait si difficilement obtenue sur un point particulier comme une obéissance partielle et inachevée (X, 6).

On s’est ordinairement représenté l’état des choses à la suite de la mission de Tite comme une bataille gagnée après laquelle lapôtre n'aurait plus eu qu’à poursuivre et à dissiper lennemi. À ce point de vue, la troisième partie, ch. X-XIIT, ne paraissait plus que comme un supplément, et le ton extraordinairement sévère, presque amer même, de ces chapitres devenait incompréhensible. Paul lui-même parait n'avoir envisagé l'effet salutaire obtenu par Tite que comme un premier avantage, un succès de bon augure, mais qui était bien loin d’avoir réalisé le retour spirituel de l’église à l’état normal. Or, c'était ce complet retour qu'il voulait, et c’est à obtenir ce résultat qu'est consacrée la troisième partie qui, bien loin d’être un hors d'œuvre, est, au contraire, la portion essentielle de la lettre, celle dans laquelle lapôtre jette le plein jour définitif sur la relation entre lui et l’église. Personne n’a mieux compris cette situation que Weizsæcker ; 1 s'exprime ainsi {Apost. Zeilall., p. 318) : « Tout ce que dit l’apôtre dans la première partie révèle une situation encore indécise et ne s'explique complètement que par les lumières que jette la seconde partie principale, ch. X-XIIT, sur les hommes qui s’appelaient ceux de Christ et sur ‘influence exercée par eux sur l’église »

Il me paraît que, si l’on se place à ce point de vue, tel qu'il résulte de la comparaison entre les deux principales parties de l’épitre, on comprendra la nécessité de la seconde et l’on ne mutilera pas, comme le font les critiques cités, celte œuvre admirable. L’apôtre ne s'adresse ni aux perturbateurs auxquels ce serait faire trop d’honneur que de

" Ve se .

leur parler directement, ni seulement, comme on le pense souvent, à la minorité qui s’est laissé séduire par eux, mais à l’église elle-même qui a subi tout entière, dans une certaine mesure, le souffle délétère qui s’est abattu sur Corinthe. C’est à l’église qu’il dit : « Quand votre obéissance sera consommée » (X, 6). « Je vous ai unis à Christ comme une vierge pure » (XI, 2). « Encore cette fois, vous ai-je dépouillés par quelqu'un de ceux que je vous ai envoyés ? » (XI, 17), etc., etc. Et c’est bien à tort que, dans le désir de défendre l'unité de lPépitre, plusieurs ont nié ce fail el pensé que cette dernière partie ne s’adressait qu’à la fraction rebelle.

Paul jusufie d'abord le ton d'autorité menaçante qu'il prend vis-à-vis de l’église en lui annonçant sa prochaine venue (ch. X); il montre ensuite que son apostolat a été complet, n’a rien laissé à désirer, quoi qu’en disent ceux qui s'efforcent de le dénigrer (XI-XII, 18); il trace enfin le programme de sa conduite dans son prochain séjour à Corinthe (XII, 19-XHIH, 10).

Il est impossible de comprendre comment tout ce morceau aurait pu être la lettre perdue que Paul envoya par Tite entre nos deux épitres canoniques, car cette lettre devait avant tout accrédiler et recommander Tite et ensuite insister sur la faute commise contre Paul et sur la réparation due par l’église. Or, il n’est pas question dans les quatre chapitres suivants de ces deux sujets, et ces chapitres ne sauraient même se comprendre qu’autant qu’ils ont été composés à un moment où ces faits parliculiers appartenatent déjà au passé.

Page 1