LA TACHE
tatation scientifique de l’authenticité ou non-authenticité d’un écrit sacré ne décide pas encore la question de sa crédibilité et de sa valeur canonique ou normative. Îl pouvait bien en être ainsi dans le jugement de l’Église primitive; car à ses yeux apostolicité et infallibilité étaient une seule et même chose. Mais aujourd’hui, entre l'authenticité reconnue d’un écrit et sa valeur normative, il y a une question intermédiaire, celle de savoir si et jusqu’à quel point l’apostolicité est en même temps une garantie d’autorité. C’est là une question que la critique ne pourrait aborder sans se livrer à l’une de ces discussions dogmatiques, à l’intrusion desquelles on avait précisément voulu remédier. En réalité l’étude critique n’offre point les prémisses nécessaires pour trancher la question de canonicité, elle est plutôt une enquête destinée à préparer la solution de cette question. Par une sentence analogue à celle du jury, elle se prononce sur la question de fait : ce livre est-il, oui ou non, d’origine apostolique? Mais, quant à la question de droit, celle de savoir si la réponse affirmative ou négative donnée à la question de fait confère ou enlève au livre étudié le caractère d’autorilé aux yeux de F Église, c'est là un problème tout différent, dont la solution dépend de lPidée que l’on se fait, d’un côté de la nature et de la compétence de l’apostolat, étide l’autre e, de la compatbilité d’une autorité dogmatique quelconque avec la nature de la foi chrétienne. De pareils sujets sont évidemment étrangers au domaine de la critique.
J'envisage donc l’objet de l'étude critique du N. T., spécialement de la partie qui concerne Porigine des livres particuliers, comme une question de fait : Quelle est lorigine véritable de ces livres? Est-elle apostolique ou non apostolique? Après cela c’est à une autre science qu’il appartient de tirer de la réponse obtenue les conséquences
relatives à sa dignité canonique. On ne saurait naturellement établir une relation entre ce caractère historique du sujet traité, Lel que nous venons de le déterminer, et la méthode narrative qu’a adoptée Reuss.
La conception de la science critique qui vient d’être
esquissée, est celle d’après laquelle j'ai traité cette science
depuis quarante ans, et je n’ai jamais eu lieu d’en éprouver du regret. Il me paraît que mon sentiment sur ce point se rencontre avec celui de M. le professeur Bernhard Weiss, dans l’ouvrage hors ligne qu’il à récemment publié sur celte matière !. |
Division générale.
Trois sujets résument la matière à traiter dans l’Introduction au N. T.: 10 l’origine de chacun des écrits dont se compose le volume sacré; 20 l’histoire de la réunion de ces écrits en recueil canonique; 3° le mode de leur conservation, spécialement quant à leur texte, depuis l’autographe jusqu'à nos éditions actuelles On remarque que dans cette matière sont renfermés deux sortes d'éléments de nature toute différente : les uns qui ne se rapportent qu’à un seul écrit — ce sont ceux qui rentrent dans le premier de ces trois sujets, — les autres qui concernent tout l’ensemble du N. T.; ce sont ceux qui sont compris dans les deux autres. Cette différence manifeste a engagé un grand nombre d'auteurs {Machaëlis, Eichhorn, Hug, Bleek, Schleermacher, Guericke, Hilgenfeld, Holtzmann, Glaire) à diviser loute l’étude critique en deux parties : l’une
1 Lehrbuch der Eïinleitung in das N. T., 1886; 2e édition, 4889.