‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 91 sur 144 · V. 17-20. Suit une espèce de post-scriptum destiné à · texte numérisé non relu

V. 17-20. Suit une espèce de post-scriptum destiné à

mettre les lecteurs en garde contre certains perturbateurs, qui, en apprenant que l'Évangile a pris pied à Rome, ne manqueront pas de chercher à s’introduire aussi dans cette église et à y accomplir leur œuvre de dissolution. Les Romains, qui ne sont pas soupçonneux, pourraient se

Et

laisser tromper par leurs belles apparences et leurs doucereuses paroles. Mais qu'ils soient sur leurs gardes : tout en élant simple dans l'appréciation du mal, le croyant doit être circonspect dans celle du bien. S'ils suivent ce conseil, la tentative satanique de ces gens échouera bien vite. C’est ce que l’apôtre attend de la grâce du Seigneur Jésus-Christ agissant au milieu d'eux.

Il est clair que cet appendice à trait aux docteurs judaisants, qui ont suivi jusqu'alors pas à pas l’œuvre de Paul et qui ne manqueront pas d'arriver à Rome dès qu'ils apprendront qu'il y a là une prise pour leurs intrigues. Cet avertissement se rattache naturellement à ce que lPapôtre avait dit [, 8 et suiv. du bruit que fait dans tout le monde la nouvelle de la fondation de cette église.

6. V. 21-24. Dans un appendice, l’apôtre ajoute les salutations de quelques-uns des frères qui l'entourent; puis il laisse la parole à Tertius, son secrétaire, pour adresser lui-même sa salulation aux lecteurs. Le v. 24 est inauthentique.

1. V. 25-27. Paul ne pouvait terminer une pareille lettre par la salutation du frère Quartus. Il éprouve le besoin en finissant d'élever ses regards et ceux de l’église vers le Dieu qui seul peut accomplir efficacement la tâche qu'il s’est proposée, celle d’affermir ses lecteurs, ainsi qu’il aurait voulu le faire par sa présence (comp. 1, 11), en les forufiant dans la foi en son évangile. Cet évangile renferme le plan éternel de Dieu, tel qu'il a été révélé dans ces dermers temps aux apôtres et qu'il est actuellement publié dans tout le monde pour le salut des Gentils. C’est au Dieu dont la sagesse a conçu ce plan de toute éternité et l’a exécuté par Jésus-Christ que l’apôtre: recommande ses lecteurs. Cette doxologie finale répond aux deux premiers versets de l’épitre et clôt ainsi l’écrit d’une manière normale.

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La composition de l'épitre.

Quant aux circonstances extérieures de la composition, il est peu de points sur lesquels la critique soit aussi complétement d'accord. Le moment de la rédaction ressort en effet des faits suivants : Paul n'avait point encore été à Rome (1, 13}; il écrivait donc avant l'an 62, époque à laquelle il arriva pour la première fois dans cette capitale (Act. XXVII, 16 et suiv.). Nous savons qu'il avait passé deux ans entiers captif à Césarée avant cette arrivée; or, quand il écrivit notre épitre, il jouissait encore de la libre disposition de sa personne (XV, 25 et suiv.); il écrivait donc avant son arrestation à Jérusalem, avec laquelle commencérent ses deux captivités de Césarée et de Rome; ainsi avant la Pentecôte de lan 59 (Act. XX).

D'autre part, d'après la conclusion de la lettre (XV, 19- 21), Paul, arrivé maintenant à la fin de son travail apos: tolique en Orient, est sur le point de transporter son ministère en Occident. Cette circonstance nous place à la fin de son troisième voyage de mission, qui a rempli les années 99-)8, c’est-à-dire dans le cours des trois mois d'hiver (58-59) qu’il passa à Corinthe et en Achaïe d’après Mct'XNT Met:

Cet indice concorde avec le suivant. Dans les deux épiîtres aux Cor. (l'e XVI, 1-4; Ile VIIT et IX), Paul s'occupe de la grande collecte par laquelle il désire sceller son œuvre en Orient, et il fait dépendre du résultat obtenu la question de savoir s’il se rendra lui-même à Jérusalem pour l’offrir à l’église. D’après Rom. XV, 95 et suiv. la question est maintenant résolue : il est sur le point de partir

à la tête de la députation qui se rendra en Palestine. Ce que nous pouvons constater sur le lieu de la composition coïncide avec cette date. La porteuse de la lettre est membre de l’église de Cenchrées, l’un des ports de Covinthe (XVI, 1). Gaius, l'hôte de Paul en ce moment (XVI, 23), est sans doute le personnage de ce nom qu'il avait baptisé lui-même au commencement de son travail à Corinthe (1 Cor. 1, 14). La salutation de Timothée et de Sopater ou Sosipater (XVI, 21) s'accorde avec ce qui est dit Act. XX, 4 de la présence de ces deux hommes à Corinthe, comme députés des églises, au moment du départ de Paul pour Jérusalem. D’après ces indices, le lieu de la composition ne peut avoir été que Corinthe, ou, ce qui revient au même, Cenchrées, port de Gorinthe. La date de l’épitre aux Romains doit donc se formuler ainsi : Corinthe, de décembre 58 à février 39.

Autant est complet l’accord sur les circonstances extérieures de la composition, autant est grande la diversité des vues relativement à la situation morale qui à présidé à ce travail. La difficulté qui occasionne cette diversité provient de ce fait, en quelque sorte unique, qu'un long exposé didactique, ayant la forme d’une dissertation ou d’un traité, se trouve ici enfermé entre un préambule et une conclusion de nature épistolaire. Qui dit lettre, dit occasion spéciale, tandis qu’une dissertation répond plutôt à un besoin général d'instruction. Et c'est là le point au sujet duquel se divise la critique : Faut-il, en vertu de la forme épistolaire de certaines parties, attribuer à tout l’écrit un but occasionnel, déterminé par certaines circonstances temporaires et locales, comme c’est le cas pour les autres épitres ? Ou bien faut-il, en vertu de la forme de traité donnée au corps de la lettre, faire abstraction de tout but spécial et voir dans cet écrit un exposé objectif

de l'Évangile, tel que Paul eût pu l’adresser également à ‘toute autre église ?

La solution de cette question dépend en grande partie de l’idée que lon se fait de l’état de l’église de Rome au moment de la composition de l’épitre. Or cet état était évidemment en rapport étroit avec la manière dont cette église était composée, par conséquent aussi avec le mode de sa fondation. La manière dont on conçoit ces derniers faits doit donc déterminer jusqu’à un certain point le but que l’on attribue à l’épitre elle-même.

A. Fondation de l’église de Rome.

Il y a trois manières d'expliquer lavénement du chrisüanisme dans la capitale de l'empire.

1. La tradition catholique fait remonter cet événement à l’arrivée de l’apôtre Pierre à Rome qui aurait eu lieu (d’après Jér., De Vir: [1 et le Chron. d’Eus.) sous le règne de Claude, en l’an 42 ou, si l’on rattache cette arrivée au départ de Pierre de Jérusalem mentionné Act. XIE, 17, en lan 44 (Thiersch, Ewald). Cette tradition ne saurait S’appuyer sur la parole suivante d’Jrénée (I, 1, 1) : « Lorsque Pierre et Paul fondaient l’église à Rome »; car elle ne renferme aucune date. En associant Paul et Pierre, cetle expression ferait même penser à une époque beaucoup plus récente (62-64). Il est probable qu’il faut chercher l'origine première de cette tradition dans le récit de Justin (Apol. I, ch. 26), d’après lequel Pierre aurait poursuivi jusqu'à Rome le magicien Simon, au temps de l’em-

‘1 «Pierre... se rend à Rome pour y vaincre Simon le magicien et il y occupe, pendant vingt-cinq ans, la chaire sacerdotale jusqu'à la dernière année de Néron, par lequel il est crucifié la tête en bas et couronné du martyre. »

pereur Claude (41-54). C’est sans doute sur ce fondement qu'Eusèbe (Hist. Eccl. I, 141) et Jérôme ont établi leur témoignage.

Cette manière de voir est aujourd’hui rejetée par presque tous les savants, même catholiques {Hug, Feilmoser, Langen, etc.). Le passage Act. XII, 17 ne prouve absolument rien en sa faveur, et le récit de Justin lui-même repose sur une méprise, ce Père ayant pris une statue élevée dans une île du Tibre à une divinité sabine [Semont Sanco Deo Fidio) pour une statue dressée à Simon le magicien {Simon Sancto).

La vraie tradition de l’église romaine ressort de cette parole du commentaire d’un diacre de cette église, Hilaire (Ambrosiaster], qui, vers le milieu du IVe siècle, déclare que « dans son épiître l’apôtre loue la foi des Romains parce qu'ils étaient devenus croyants sans avoir vu un seul miracle ni l’un des apôtres. » La vérité de ce témoignage est confirmée par les faits suivants. Bien après les années 49 et 44, Pierre se trouve encore en Orient : à Jérusalem en 44 et en 51 (Act. XII et XV); à Antioche en 54 (Gal. IP). Paul lui-même, le grand pionnier de l'Évangile en pays païen, ne passe d’Asie en Europe qu’en l’an 52 et en vertu d’un ordre divin spécial (Act. XVI, 9 et 10). Ni dans les salutations qu’il adresse aux membres de l’église de Rome dans notre épitre, en 59, ni dans le récit de son arrivée dans cette ville en 62, ni dans ses lettres écrites de Rome (Col., Eph., Philipp.), de 62 à 64, il ne se trouve la moindre trace de la présence de Pierre dans cette ville. Enfin il serait difficile d'accorder le plan

1 «Aussitôt, au temps de l’empereur Claude, la bienfaisante Providence amena Pierre à Rome pour lutter contre cette peste. Il éclaira les Romains par la pure lumière de la doctrine divine et abattit en peu de temps Simon et son pouvoir. »

de Paul de se rendre à Rome (Act. XIX, 21) et surtout l'envoi d’un enseignement apostolique comme celui que renferme notre lettre, à une église fondée par un autre apôtre, avec le principe énoncé par Paul lui-même dans. celte épître de ne pas bâtir sur le fondement posé par un autre (XV, 20). Il n’est point impossible sans doute que Pierre ait séjourné quelque temps à Rome avant sa mort. Ce fait ressort de la parole d’Irénée citée plus haut ainsi que d’autres témoignages. Mais si ce séjour a eu leu, ül doit avoir été postérieur à l’épitre aux Phihppiens, la dernière composée par Paul dans $

romaine (63-64).

2. Du côté protestant on explique généralement l’arrivée du christianisme à Rome par les relations constantes qui existaient entre la Palestine et la nombreuse colonie juive établie dans cette capitale depuis la prise de Jérusalem par Pompée. A chaque fête, de nombreux Juifs arrivaient de Rome à Jérusalem et y apportaient les offrandes de la colonie romaine (Cicéron, pro Flacco, 281). Le réeit de la Pentecôte (Act. Il, 10) fait expressément mention de Juifs romains présents à la fête et témoins des phénomènes extraordinaires qui signalérent la descente du Saint-Esprit. Il est naturel de supposer que quelques-uns d’entre eux furent amenés à la foi et rapportèrent parmi leurs compatriotes la semence de l'Évangile. Le même fait a pu se renouveler à l’occasion des fêtes subséquentes et surtout lorsque l’éghise de Jérusalem devint l’objet de la persécuuon. On cite en preuve de ce mode de fondation le rapport de Suélone sur le décret d'expulsion que rendit Pempereur Claude contre les Juifs de Rome : Judæos impulsore Chresto assiduè tumultuantes Romä expulit (Claud., €.

a première captivilé

1 Cum aurum Judæorum nomine quotannis ex Italiäd et ex omnibus provinciis Hierosolymam exportari soleret…..

25). Ce nom de Chrestus, dit-on, ne peut désigner que le Christ, dont la religion tendait à se répandre dans la synagogue romaine et y occasionnait des dissensions violentes, dangereuses pour la paix publique. Ainsi pensent Wangold, Werss et beaucoup d’autres. Plusieurs, tels que Wäeseler et Meyer, croient plutôt que le mot Chrestus, étant un nom d’affranchi très usité, désigne ici quelque agitateur vulcaire dont l’histoire n’a pas conservé le souvenir. Je crois, quant à moi, plus naturel de supposer que Suétone avait entendu parler en général de l'attente messianique juive, ce ferment de révolution politique toujours aclif en Israël, et qu’il avait fait de ce personnage attendu un être réel auquel il appliquait le nom grec désignant le Messie. On ne voit pas en effet, si les dissensions synagogales avaient eu une cause purement religieuse, comment elles auraient pu provoquer des troubles au point d’inquiéter lautorité impériale et de provoquer une mesure comme l'expulsion des Juifs, au nombre de plusieurs milliers, qui occupaient le quartier transtévérin de la capitale. Le terme de {umultuari fait penser à une agitation d’un caractère politique plutôt qu’à des discussions religieuses. Les Juifs avaient eu beaucoup à souffrir sous Tibère, qui avait soumis leurs Jeunes gens au service militaire. Le sentiment de la population paienne leur devenait de plus en plus hostile, et il ne serait point étonnant que quelque explosion de mécontentement leur eût attiré la punition dont parle Suétone.

Assurément des pêlerins revenant de Palestine avaient bien pu raconter ce qu'ils avaient vu et entendu à Jérusalem; mais celle circonstance n’entraînait pas encore la fondation d’une église. Pour que nous pussions attribuer une pareille origine à l’église chrétienne de Rome, il faudrait qu’au moment où nous la rencontrons pour la première fois dans l’histoire, elle se présentât à nous

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avec les caractères d’une communauté Judéo-chrétienne bien marqués. Or nous verrons qu'il n’en est rien. Il sera donc plus sage de recourir à un autre mode d’explication.

3. Avant l’an 40, l'Évangile avait été apporté à Antioche, capitale de la Syrie, non par un apôtre, mais simplement par des émigrés de Jérusalem, el 11 s'était, comme nous l’avons vu, répandu puissamment dans la population païenne de ces contrées (Act. XI, 20). Or les relations entre la Syrie et Rome étaient on ne peut plus actives. « Rome, dit M. Renan, était le rendez-vous de tous les cultes orientaux, le point de la Méditerranée avec lequel les Syriens avaient le plus de rapport. [ls y arrivaient par handes énormes et avec eux des troupes de Grecs et d’Asiates. » Comment, depuis lan 46, parmi ces foules arrivant sans cesse d'Orient dans la capitale, ne se serait-il pas trouvé des chrétiens doués de l'esprit d’évangélisation, qui auraient travaillé à répandre l'Évangile dans la capitale du monde? Et lorsque tôt après, vers l’an 45, commencérent les voyages missionnaires de Paul en Asie- Mineure et en Grèce, et que la doctrine du salut retentit dans toutes les villes principales de ces contrées, comment, avec la force d'expansion dont cette doctrine était douée, ne serait-elle pas parvenue au cœur de l'empire? Taate remarque que «toutes les choses honteuses ou odieuses ne manqualent pas de confluer à Rome, » et c’est justement à l'occasion du christianisme qu'il fait cette observation.

La fondation de l'église d’Antioche par de simples chrétiens émigrés de Jérusalem nous offre à la fois l’exemple le plus frappant d’un mode de fondation tel que celui que nous sommes disposés à admettre pour l’église de Rome (Act. XI, 19-21) et le moyen le plus naturel d’expliquer celle-ci. À la fin de l’épitre aux Romains nous trouvons

un catalogue de personnes que Paul salue comme de vieilles connaissances et dont il signale plusieurs comme ayant été ses collaborateurs dans l’œuvre de l’évangélisation, en particulier au v. 7 Andronique et Junias, ses parents ou compatrioles,-qui ont partagé une captivité avec lui, qui étaient arrivés à la foi avant lui et qu’il appelle « distingués entre les apôtres !. » Tous ces hommes et toutes ces femmes chrétiennes, Paul les signale par sa salulation au respect et à la reconnaissance de l’église; par quelle raison, Sinon parce que c'était à eux qu’elle devait son existence? Ainsi s'explique naturellement ce passage dans lequel un si grand nombre de critiques modernes voient un fragment étranger à notre lettre. Ces évangélistes spontanés, arrivés de différentes contrées de l'Orient, avaient travaillé chacun dans le quartier qu’il habitait et allumé les foyers multiples de foi et de vie chrétiennes que Paul signale dans ce morceau, où il en compte jusqu’à cinq.

En arrivant dans le voisinage de Rome, au printemps de lan 69, Paul rencontra à quelques lieues de la ville des frères qui, ayant appris son approche, étaient venus au-devant de lui pour fêler son arrivée. À cette vue, est-1l dit, il rendit grâces et prit courage (Act. XXVIIE, 15). Qui étaient ces amis? N’étaient-ce pas précisément quelques-uns de ces anciens collaborateurs, tels qu'Aquilas et Priscille, qui l'avaient devancé à Rome, et qu’il avait nommément salués trois ans auparavant en écrivant l’épitre aux Romains ?

Un fait, s’il est vraiment historique, suffit à prouver que l'Évangile est entré à Rome par la voie que nous indiquons et nullement par l'intermédiaire de la synagogue. Le ch. XX VIII des Actes rapporte que, lorsque Paul fut arrivé à

1 L'autre explication de ces mots : «bien connus des apôtres, » me paraît tout simplement absurde,

Rome, étant retenu captif dans son appartement, il appela auprès de lui les chefs de la synagogue romaine, et que ceux-ci, ignorant encore la nature de son enseignement, le prièrent de leur en donner connaissance, et fixérent avec lui un jour où il leur exposerait ce sujet, ce qui eut lieu peu après durant une journée entière. Le résultat de celte conférence fut que les uns crurent et que les autres refusèrent à la prédication de Paul leur assentiment. C

fait ne prouve-t-1l pas que ces chefs de la synagogue romaine, tout en étant instruits de l’existence de la secte chrétienne, ignoraient jusqu’à ce moment la vraie nature du christianisme et désiraient être mis au fait de cette nouvelle doctrine? Cette ignorance serait inexplicable si l'Évangile était arrivé à Rome par la voie de la synagogue et que les Juifs eussent déjà précédemment subi un décret d'expulsion à la suite de disputes provoquées par la prédication chrétienne. On a dit sans doute que cette 1gnorance des notables de la juiverie romaine était simulée et avait pour but d’amener Paul à se démasquer. Mais comment ces Juifs auraient-ils, dans ce cas, passé une journée entière à discuter avec lui ? et comment une partie d’entre eux l’auraient-ils quitté croyants? Ou bien on a supposé aussi que l’expulsion des Juifs par Claude avait amené une scission si profonde entre les Juifs et la communauté chrétienne que ceux-là ne savaient à peu près plus rien de celle-ci. Mais cinq ou six ans auraient-ils suffi pour faire oublier aux chefs de la synagogue ce qu'était le christianisme, s'il eût été chez eux l’objet de violentes discussions? Reuss a essayé d'appliquer l’expression Act. XXVIII, 22 : « Ce que tu penses, » à la doctrine de Paul en particuher, en opposition à l’enseignement chrétien en général. Mais il eût fallu dans ce cas & cb oooveic, et non simplement à opoveic. Puis ces Juifs auraient-ils déjà été au fait d’une

différence entre la prédication de Paul et l’enseignement chrétien en général?

Si l’épitre elle-même non seulement ne renferme rien de contraire à notre explication de la fondation de l’église, mais tend au contraire à la confirmer, nous pourrons l’envisager comme prouvée. Le fait même du silence complet de l’histoire à l'égard de cette fondation si importante, parle en faveur d’un mode d’origine tel que celui que nous indiquons, que n'avait signalé aucune circonstance marquante et auquel n’avait coopéré l'intervention d'aucun personnage connu.

B. Composition de l'église romaine primitive.

Il résulte avec évidence de l’épitre de Clément Romain que vers la fin du [er siècle l’église de Rome était principalement composée de nationaux romains, d'anciens paiens. En était-1l de même un demi-siècle auparavant, au temps de sa fondation? Bien des circonstances pouvaient avoir modifié, dans cet intervalle, le caractère dominant de la communauté. Nous n'avons d’autres moyens de nous éclairer sur cette question, que le récit des Actes et le contenu de notre épiître. Le chapitre XX VIII des Actes, nous venons de le voir, ne permet pas d'admettre, à lorigine de l’église, une propagation considérable du christianisme chez les Juifs de Rome. Notre lettre confirme cette conclusion. L'adresse tout entière, avec ses nombreuses circonloculions, peut se résumer ainsi : cest en vertu de ma qualité d’apôtre des Gentils que Je me sens autorisé à vous écrire, comme je le fais en ce moment, à vous croyants de Rome d’entre les Gentils. Lors même que ce n’est pas moi qui vous ai amenés à la foi, vous n’en ressortez pas moins au domaine que Dieu m’a confié. »

On a cherché à échapper à ce sens des six premiers versets en donnant au mot EOvn, les (Gentils, le sens de nulions en général, comprenant paiens et Juifs /Baur), ou en expliquant les mots : « entre lesquels vous êtes, » dans ce sens : parmi lesquels vous habilez; comme si Paul voulait rappeler à cette église Judéo-chrétienne le ministère d’évangélisation qu’elle avait à exercer à l’égard de la population paienne au mHieu de laquelle elle vivait. Ce ne sont là que des expédients destinés à sauver l'hypothèse d’une majorité judéo-chrétienne dans l’église de Rome. Que l’on relise les passages Il, 14; IX, 30, etc., et l’on verra comment Paul, bien loin de renfermer les Juifs dans Île terme de bvn, nalions, se sert au contraire de ce terme pour opposer ces deux fractions religieuses de lhumanité ancienne. Weszsæcker montre parfaitement (p. 422) que dans le passage 1, 6 il est impossible de substituer l’idée d'habitation à celle d’origine, puisque cette parole est destinée à montrer le droit qu'a lapôtre de leur écrire, et nullement la tâche que les chrétiens de Rome peuvent avoir à remplir auprès de la population païenne. Dans les v. 15 et 14 Paul dit qu’il désire évangéliser et recueillir quelques fruits parmi eux comme chez le reste des Genhils. Puis il divise les élvn en Grecs et Barbares, ce qui prouve bien, ainsi que le remarque Pfleiderer, qu'il ne comprend point les Juifs dans ce terme. Il ne pensait certainement pas aux Juifs, dit Néander; car, les Juifs étant partout les mêmes, il n’y avait aucune raison de supposer que ceux de la capitale intimidassent Paul plus que tous les autres Juifs du monde. — XV, 14-16, 1l excuse la hardiesse qu'il à prise d'adresser aux lecteurs un tel enseignement, par sa mission d’apôtre des Gentils. Quel sens aurait cette excuse, sil ne les envisageait euxmêmes comme Gentils? On a supposé que Paul s’excusait

dans ce passage d’avoir écrit, lui apôtre des païens, à des Juifs d’origine. Mais comment expliquer dans ce cas les mots : à cause de la grâce qui m'a été faite (d’être apôtre des paiens)? Il devrait plutôt dire : malgré cette grâce qui m'a été faite et cette mission que j'ai reçue. Au chapitre XI, v. 13, l’apôtre s’adresse à l’ensemble de l’église en ces termes : «Je vous déclare, à vous les Genhis »; et v. 28-51 il oppose ses lecteurs, dont il parle en disant bueis, vous, aux Juifs qu’il désigne par æbrot, eux. Si la majorité des lecteurs était d’origine juive, Paul, pour prouver (XI, ?) que le rejet du peuple juif n’était que paruel, ne devrait-1il pas citer le cas de ses lecteurs croyants aussi bien que le sien propre { Weizsæcker) ?

Mangold est celui qui a le plus sérieusement et habilement travaillé à écarter la conséquence de ces passages, et à en découvrir d’autres qui prouvent la thèse contraire. Mais il n’a point réussi, et de plus en plus prévaut lopinion opposée à la sienne. Il s'appuie sur Romains IV, 1 où Paul appelle Abraham : «notre ancêtre. » Mais 1l faudrait dans ce cas conclure aussi du terme nos pères, 1 Cor. X; 1, que la majorité de l’église de Corinthe était judéo-chrétienne. Il allègue Rom. VIE, 1 où l’apôtre dit : «Je parle à des gens connaissant la loi. » Mais cette affirmation serait oiseuse adressée à d’anciens Juifs ; elle n’a de force qu’autant qu’on la suppose adressée à des personnes qui ne connaissaient pas tout naturellement la loi. — Le passage que Mangold allègue avec le plus de vraisemblance est VIF, 3-6, où Paul dit de lui et de ses lecteurs qu'ils ont été € affranchis de la loi » par la mort du Christ. Ces expressions ne supposent-elles pas des lecteurs qui ont vécu sous le joug de la lot ? Il le paraît au premier coup d'œil. Mais cette apparence se dissipe quand on réfléchit que, si la conscience juive n’eût pas été affranchie de la

loi par la mort du Christ, les païens aussi eussent dûù être assujettis à ce joug. L’affranchissement de la loi par la croix est un fait d’une valeur universelle et détermine la consütution du règne de Dieu pour l’humanité tout enère. Les passages Gal. IV, 4-9 et Col. If, 14, qui, sans aucun doute, s'appliquent à d'anciens paiens enseignent, dans le même sens que le nôtre, leur affranchissement du joug légal.

Mais, dit-on, la lettre aux Romains est destinée d’un bout à l’autre à résoudre les scrupules que la conscience juive pouvait opposer à lPévangile de Paul, à la doctrine du salut gratuit et universel; cetle apologie suppose des lecteurs judéo-chrétiens. Nous étudierons ce point en recherchant plus tard l’intention qui à présidé à Ja compositron de cette lettre.

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