C. La tendance religieuse de l’église
La solution de cette question est jusqu’à un certain point indépendante de la question précédente; car d’anciens païens pouvaient se livrer à une tendance judaïsante, comme le montre l'exemple des Galates, aussi bien que d'anciens Juifs s'ouvrir à l'intelligence de la liberté évangélique, comme c'était le cas d’Aquilas, de Priscille et de bien d’autres. Mais il me paraît que, même sans tenir compte du résultat auquel nous sommes arrivés relativement au mode de fondation et de composition de l'église de Rome, notre épiître ne nous permet pas d'attribuer à la majorité de ses membres une autre conception religieuse que celle de Paul lui-même.
Dans le passage 1, 8 Paul approuve et loue la for des Romains, déjà connue dans tout le monde et pour laquelle il rend grâces continuellement. Au v. 11, 1l leur dit que
s'il désire les voir, c’est pour pouvoir les affermir. On affermit ceux qui sont du même avis que vous et non ceux qu'on veut faire changer de manière de voir. Ce même terme d’affermir se retrouve à la fin de lépitre (XVI, 25): Q A celui qui peut vous affermir selon mon évangile et la prédication de Jésus-Christ.» — XV, 14-15, il leur déclare qu'il n’a rien voulu leur enseigner de nouveau, mais seulement leur rappeler ce qu'ils savent déjà, vu qu’ils sont remplis de loute connaissance et capables de se corriger mutuellement. Quel jugement devrions-nous porter sur la loyauté de l'apôtre si, tout en parlant ainsi, il eût cherché à transformer leur conception religieuse ? L'expression la plus forte se trouve VI, 17 où lapôtre remercie Dieu de ce que ses lecteurs ont adhéré de cœur au lype de doctrine qui leur a été enseigné. L'action de grâces de lapôtre prouve que ce type d'enseignement ne peut être que l’évangile de Paul lui-même nettement et positivement formulé (type de doctrine). /ollzmann n'échappe à la conséquence à lirer de telles paroles qu’en supposant que Paul n’était pas bien au fait de l’état des choses dans léglise de Rome. On voit bien, dit-il, par la manière dont Paul s'adresse à ses lecteurs, tantôt comme à d'anciens paiens (ch. XP), tantôt comme à des Juifs qui tiennent encore à leurs privilèges théocratiques (ch. HT et VIT), que Paul lui-même, si on l’eût interrogé sur la- statistique religieuse de l’église, n’eût pas été en élat de répondre {Eint. p. 261). Cette réponse ne fait que trahir l'embarras de celui qui la propose. Comment supposer que Papôtre se fût jeté dans une entreprise aussi grave que la composition d'une pareille lettre, sans avoir reçu de ses amis de Rome, d’Aquilas et Priscille en particulier, tous Îles renseignements nécessaires pour ne pas courir le risque de frapper en l'air ? D'ailleurs le ch. XIV, où il traite en