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détail des scrupules ascétiques d’une faible minorité, prouve assez qu'il était parfaitement informé de l'état des choses.
Beyschlag, qui reconnait pleinement dans la personne des lecteurs d'anciens païens, mais qui pense, d'autre part, que l’épitre est destinée à vaincre des scrupules judéochrétiens, résout celte contradiction en faisant de la majorilé des membres de l’église des prosélytes paiens, gagnés depuis Jérusalem au christianisme apostolique primitif antérieur à la réaction anti-paulinienne. Assurément, si la fondation de l’église de Rome par l'intermédiaire de la synagogue était prouvée, cette solution serait admissible. Mais tout ce que nous venons de dire sur l'origine de l’église et sur sa conception religieuse d'après les paroles de Paul lui-même, nous empêche de nous arrêter à celte hypothèse, même avec la forme mitigée que ce savant attribue au Judéo-christianisme romain.
Il résulte de cette étude que l’église de Rome, fondée par des collaborateurs et des disciples de Paul et composée en grande majorité de chrétiens païens, adhérait dans son ensemble à la conception religieuse qui faisait le fond de l’enseignement de lapôtre.
Mais dans ce cas, et dans ce cas surtout, surgit comme un problème, la question de savoir quelle raison à eue l’apôtre de composer à l'adresse d’une telle église une lettre comme la nôtre. Gelte question est très controversée encore à celte heure.”
D. L'occasion et le but de l’épitre.
L’exposé du travail critique sur ce point est toule une histoire. On peut compter une soixantaine d'auteurs qui ont exprimé des opinions molivées sur celte question et dont les solutions différent toutes, au moins par quelque
nuance. Depuis l'explication la plus générale et la plus dogmatique du but de cet écrit, jusqu’à la conception la plus particulière, locale où personnelle, de sa compositon, 1l existe une série indéfinie d’intvilions qui a commencé à se produire dès les premiers temps de l'Église et qui s’est continuée jusqu’à nos jours. Avant de les classer et de les apprécier, il ne sera pas inutile d'indiquer rapidement la succession de leur apparition historique.
Dans la primitive église déjà deux opinions contraires se font jour. Dans léglise grecque (Origène, Chrysostome, Théodorel et plus tard à leur suite Jean Damascène, Œcuménius, Théophylacte), on admit la conception dogmatique de l’épitre : Conduire les hommes à Christ, tel a été le but de l’apôtre. Même intuition dans l'un des plus anciens documents de léglise latine, le Fragment de Muratorr : Paal a voulu inculquer à ses lecteurs cette vérité que «Christ est le principe des Écritures. » Mais dans le Commentaire d’Hilaire le but de Pépitre est ainsi expliqué : Les chrétiens de Rome «s'étaient laissé imposer les rites mosaïques, comme si en Christ ne se trouvait pas le salut complet; c’est pourquoi Paul voulut leur enseigner le mystère de la croix de Christ, qui ne leur avait pas encore été exposé. »
Un peu plus tard, nous rencontrons un autre point de vue chez Augustin. Paul a voulu opérer une œuvre de réconciliation entre les deux éléments juif et paien. Le morceau XIV-XV, 13 serait ainsi lexpression précise du but de la lettre. Cette opinion se retrouve au moyen-àâge chez Raban-Maur et Abélard.
Théophylacte explique la destination de l’épitre à l’église de Rome par cette observation, € que ce qui fait du bien à la tête, en fait par là même à tout le corps. » Cest lépoque de la hiérarchie romaine.
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Thomas d'Aquin admet le but purement dogmatique de notre épître. Nicolas de Lyra y retrouve avec Augustin la tendance à apaiser la discorde entre les convertis du judaïsme, qui s’envisagealent comme supérieurs à ceux d’entre les païens, et ces derniers, qui croyaient surpasser en science les premiers.
Érasme, le premier, pense que l’apôtre, en composant cet écrit, a voulu prévenir à Rome l'influence des émissaires judéo-chrétiens qui ne manqueraient pas de chercher à s'emparer de cette église, plus exposée que toute autre par suite de la nombreuse colonie juive établie à Rome. Ce serait donc dans le passage XVI, 17-20 qu'il faudrait voir la révélation de la pensée maîtresse de lépitre.
Les réformateurs et leurs successeurs se font en général de notre épitre une idée semblable à celle des anciens interprètes grecs. L’apôtre a voulu exposer les éléments de la connaissance chrétienne. Comme le dit Mélanchthon, il ne philosophe, ni sur les mystères de la Trinité, n1 sur le mode de lincarnation, ni sur la création active et passive;, mais il donne le sommaire de la doctrine chrétienne (doctrinæ christianæ compendium) ; et n’est-ce pas en effet de la loi, du péché et de la grâce que résulte la connaissance de Christ?
L'idée qui demeura régnante dans l’église protestante est que cette lettre était destinée à donner à cette importante église, d’origine Judéo-chrétienne, un exposé doctrinal complet de l'Évangile, tel que l’enseignait Paul.
Le catholique Hug reprit l’idée d’une conciliation à opérer entre les deux parties de l’église, tandis qu’'Æichhorn en revint à celle d’une polémique anti-judaïque : Beaucoup de prosélytes romains, ayant entendu prêcher l'Évangile par des disciples de Paul, y donnèrent leur ad-