‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 94 sur 144 · PARU · texte numérisé non relu

PARU

hésion; ce qui irrita les chrétiens d’origine juive et leur fit accentuer la nécessité de la circoncision et du mosaisme. Paul écrivit son épiître dans le but d’affermir les premiers. |

Peu après, Tholuck, dont le commentaire a fait époque, présenta notre épître comme un écrit destiné à démontrer la valeur de la doctrine chrétienne, en lant que seule capable de répondre aux besoins du cœur humain, que n’avaient pu satisfaire ni le paganisme, ni le judaïsme. C’est l'exposé du plan de Dieu pour le salut de l’homme. Ce point de vue se retrouve dès lors avec certaines nuances chez Reiche, Glôckler, Kôllner, chez de Weite, qui le détermine ainsi : proclamer l'Évangile, comme la religion universelle, dans la capitale du monde, et chez Olshausen, qui a magistralement exposé sous ce jour le contenu de Pépitre. Meyer pense aussi que Paul à voulu affermir les Romains, en leur exposant par écrit son évangile, comme il l’eût fait de bouche s’il eût pu le leur prêcher lui-même; même point de vue chez Frilzsche et Baumgarten-Crusrius.

A ce moment survint Baur, dont le travail (1836) produisit une révolution dans l'étude de cette question. Les chapitres IX-XI de notre épiître, qui étaient ordinairement envisagés comme une partie complémentaire, lui parurent renfermer la véritable pensée de l'écrit. Il y avait dans l’église de Rome une majorité judéo-chrétienne qui ne prétendait pas imposer le mosaisme aux paiens, comme cela avait été tenté en Galatie, ni dénigrer le caractère de Paul et nier son apostolat, comme on l'avait fait à Corinthe; elle était seulement inquiète de voir comment Paul ouvrait à deux battants la porte du salut aux paiens, avant que le peuple élu, auquel ce salut était destiné en premier lieu, en eût pris possession. Avant donc de partir pour Rome, cette ville dont l’église devait avoir une si grande

importance pour son ministère futur en Occident, Paul voulut extirper ce préjugé. I s'efforce de faire comprendre à cette église encore jusqu'à un certain point judaïsante, par le vaste tableau des voies de Dieu pour la réalisation du salut dans l'humanité, que la réjection actuelle des Juifs n'est qu’un moyen voulu de Dieu pour opérer plus facilement la conversion du monde paien, et que celle-ci, une fois accomplie, deviendra à son tour le moyen de la réhabilitation finale du peuple d'Israël. L’exposé de la justice de la foi, substituée à celle de la loi, dans les huit premiers chapitres, devait uniquement servir de base à cette conception de Phistoire du salut. Tout lintérêt de l’épitre se concentre ainsi dans les ch. IX-XI. --— On comprend aisément la grande sensation que produisit ce travail ingénieux. En rattachant ainsi de la manière la plus étroite celte épitre capitale à l’ensemble de Pœuvre missionnaire de lapôtre et en lui assignant un rôle historique si nettement caractérisé, cette conception gagna l’assentiment d’une foule de théologiens; elle parut avoir fait justice pour Jjamais de l’ancienne explication dogmatique. Elle devint, avec bien des modifications, il est vrai, celle de la plupart des disciples de Baur (Schwegler, Krehl, Lipsius, Schenkel, Hausrath, etc.).

En dehors de l’école, Xling exprima son adhésion à la pensée de Baur, tout en n’atiribuant cependant les préjuués Judaïques qu'il combattait qu’à une partie de l’église de Rome, car 1l envisageait la majorité de ses me nbres comme élant d’origine paienne. Reuss (dans son Histoire des écrits du Nouveau Testament) attribua, comme Baur, à la majorité de l’église, une origine et une tendance Judéochrétiennes, mais tout en se refusant à lui imputer les prétentions ébionites si étroites, auxquelles avait pensé Baur, et en renonçant à voir dans les ch. IX-XI la partie essen-

elle de lépitre. En opposant son évangile universaliste aux scrupules théocratiques judéo-chrétiens, Paul voulait simplement établir un lien spirituel entre cette église et lui, afin qu'en arrivant à Rome 11 püt s'appuyer sur elle dans l’œuvre qu'il allait commencer en Occident. |

Thiersch, partant du point de vue de la fondation de l’église par lPapôtre Pierre, pensa que le christianisme prèché par celui-ci laissait quelque chose à désirer au point de vue de la liberté évangélique. Paul se proposa donc d'achever ce que son collègue avait commencé, et d'élever l'église à toute la hauteur du vrai pomt de vue spiritualiste.

Tout en admettant le caractère pagano-chrétien de lPéolise de Rome, Théod. Schott admit l’idée que Paul avait écrit pour la gagner à l’œuvre qu'il allait commencer en Occident. On pouvait trouver étrange qu’il transportât son ministère dans ces contrées où il n'aurait plus à faire, comme en Asie et en Grèce, à des colonies juives, mais à un monde complétement paien. Cest pourquoi lapôtre s’efforçca de démontrer aux chrétiens de Rome l’universalité du salut chrétien et la légitimité de son futur travail en Occideni.

Suivant ÆEwuald, lapôtre, prévoyant la lutte à outrance que le judaïsme allait bientôt entreprendre contre empire, voulut travailler à rompre le lien trop étroit qui attachait encore à Rome l’Église et la Synagogne et qui menaçait d'entraîner la première dans « les folles entreprises » de la seconde. Le commencement du ch. XHT acquerrait ainsi une importance décisive. Tout ce qui précède n'aurait servi qu’à préparer cet avertissement.

Bleek à repris, dans son {ntroduction, l’idée d'un but de pacification entre les deux partis entre lesquels se partageail Péelise romaine.

Philippi avait d'abord, comme Érasme, attribué à notre épitre un but préventif; 11 s'agissait de prémunir l'église contre une invasion Judaïisante. Îl a adopté plus tard lidée d'un but didactique général. Paul expose aux Romains la conception la plus élevée du christianisme et leur montre, dans cette forme de la vie religieuse seule capable de jusüfier et de sanctifier l’homme, la religion propre à remplacer le judaisme et le paganisme (ch. I-VIH); d’où il résulle naturellement que l'Église est destinée à absorber et le monde païen et le monde juif (ch. IX-XD).

Mangold chercha à défendre le point de vue de Baur ; seulement il n'admit pas que l’église judéo-chrétienne de Rome eût Jamais pu avoir la prétention que lui prêtait ce savant, de réprouver la mission chez les païens aussi longtemps qu'israël tout entier n’était pas converti. Mais Paul avait appris que son œuvre chez les paiens excitait quelque inquiétude chez les chrétiens juifs de Rome, et avant de passer en Occident il désira calmer ces serupules. Dans les huit premiers chapitres 1l démontre done la pleine légitimité de son enseignement, pour conclure dans les ch. [X- XI à celle de sa mission. C'est aux conclusions de Mangold que se sont rattachés Ruschl, Subaltier et, jusqu'à un certain point, Riggenbach. |

À celle époque, la partie semblait absolument gagnée en faveur de la conception de Baur plus ou moins modifiée, de sorte qu’en 1876 Hollzmann parlait de cette victoire comme d’un fait définitivement acquis.

Cependant dans l’école même de Baur se trouvaient un certain nombre de savants qui en revinrent au but de la conciliation.

Volkimar pense que Paul voulut rédiger un traité de paix entre la majorité judéo-chrétienne et une minorité pagano-chrétienne faible de nombre, mais pleine d’'éner-

ie. Hilgenfeld admet que le parti judéo-chrétien dominait

non par le nombre, mais par la richesse et par la con-

science de ses prérogatives théocratiques, tandis que les chrétiens-paiens formaient la plebs de la communauté. Paul voulut travailler à réconcilier ces deux éléments en surmontant l’antipathie de l'aristocratie juive contre un évanoile affranchi de tout élément légal.

En 1879, au moment où Holtzmann venait de proclamer le triomphe définitif du point de vue de Baur, parut le travail de Weëzsæcker qui allait imprimer une direction

nouvelle à l'étude de cette question. Ce savant commence

par constater par l’épitre elle-même le caractère paganochrétien des lecteurs auxquels elle est adressée; mais il rapproche la situation religieuse de l’église de Rome de celle des églises de Galatie et de Corinthe que travaillait la faction judaïsante ; il en était ainsi, selon lui,.de l’église de Rome. Paul ne prétend point conquérir dans cette lettre une église qui aurait été jusqu'alors étrangère ou hostle à son évangile ; il veut seulement conserver une position acquise qu'on cherche à lui enlever. Pour cela il s'efforce de réfuter l'accusation d’immoralité que l’on élève contre sa doctrine et le reproche d’hostilité contre la loi et contre le judaïsme par lequel on le noireit lui-même. Dans les huit premiers chapitres il expose d’uno manière approfondie la justice de la foi et la sanctification chrétienne qui en découle, et dans les trois suivants 1l explique comment il est arrivé que ce salut gratuit ait été rejeté par le peuple élu et quel sera le terme finai de cette dispensation. — Ge travaii produisit un effet semblable à celui qu'avait produit celui de Baur, quarante ans auparavant, mais dans le sens opposé. Plusieurs savants, Harnuck, Grafe et d’autres, exprimérent leur assentiment.

Cependant l'exposé si objectif de l'Évangile que présenta

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