‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 95 sur 144 · NAN OR · texte numérisé non relu

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notre épitre se conciliait difficilement avec le caractère d’une polémique. Aussi Dretzsch et Wieseler affirmèrentils de nouveau le but simplement didactique de l’épitre. Reuss lui-même, dans les Épitres pauliniennes (La Bible), s'affranchit complètement du point de vue de Baur et présenta l’épitre aux Romains comme un écrit exempt de toute polémique et destiné bien moins à une église spéciale qu'à un public idéal, eest-à-dire, au fond, à PÉglise entière. Si Paul la adressé à l’église de Rome, ce n’est point en raison d’un besoin particulier de cette église, mais uniquement dans le désir de faire de celle-ci « le foyer de lumière de l'Occident. » — Déjà auparavant M. Renan avait exprimé une idée analogue. € Paul, disaitil, profita d’un petit intervalle de repos pour écrire sous forme d’épitre une sorte de résumé de sa doctrine théologique. [l l’adressa à l’église de Rome, composée d’Ébionites et de Judéo-chrétiens et aussi de prosélytes et de païens convertis. » Et, comme un tel exposé intéressait toute la chrétienté, 1l l’envoya en même temps à la plupart des églises qu'il avait fondées.-— Cette idée parait avoir séduit M. Farrar qui la combine avec celle de Reuss, en faisant adresser au public idéal dont parlait celui-ci, cette multiplicité d'exemplaires qu’a imaginée Renan.

Hofmann, désespérant de trouver le motif de notre écrit dans la situation de l’église romaine, et en quête pourtant d’une occasion spéciale, propre à en motiver la composition, a pensé que l’apôtre a voulu faire comprendre à celte église centrale du monde païen sur quel pied il se trouvait vis-à-vis d’elle et lui montrer que, s’il ne Pavait pas encore visitée, ce n’élait point qu'il eùt honte de lEvangile de Christ. Car ce message est trop grand, trop glorieux, pour que lui, Paul, puisse jamais craindre de Île prêcher devant qui que ce soit.

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Cest aussi par une considération personnelle, mais différente, qu'Oltramare explique notre épître. Paul n’a pas voulu tomber chez les Romains comme à l’improviste » et sans s'être annoncé. Désireux de prendre l’église de Rome pour son point d'appui dans Pévangélisation de l'Occident, il à pensé que le meilleur moyen de se procurer un bon accueil auprès d’elle était de lui adresser ce grand manifeste évangélique, qui pourrait servir en même temps auprès de plusieurs de prédication d'appel.

Weiss, dans la 6me édition du Commentaire de Mever, a cru devoir recourir aussi à un besoin personnel ressenti par Papôtre. Avec Mever, il pense qu’à la suite de la orande lutte que Paul venait de soutenir, il s’est proposé de mettre par écrit son évangile, tel qu'il s’en rendait compte au sortir de celte crise, tel par conséquent qu'il leût prêché à Rome, s’il eût pu s'y rendre en ce moment. Ce n’est nullement un besoin polémique ou apologétique existant dans celte église, qui lui: à fait rédiger lPépitre; il a tenu à recueillir et à formuler pour lui-même et pour l'Église le gain spirituel qu’il avait retiré de cetle lutte, el il a adressé son écrit à l'église dont 1! prévoyait qu’elle deviendrait le centre des églises de la gentilité, comme Jérusalem lPavait été de celles du Judaïsme. C’est dans ce but qu'il expose aux chrétiens de Rome son évangile, en leur démontrant spécialement lPaccord de cette doctrine du salut gratuit avec la révélation de l'Ancien Testament et avec les prérogatives d'Israël,

Dans son Introduction au Nouveau Testament, Weiss fait ressortir aussi les craintes que Paul éprouvait au sujet de lissue de son voyage en Palestine, craintes qui ont pu lui faire envisager cette lettre comme son testament confié à l’église de Rome en vue de toute la chrétienté.

Dans l’école même de Baur, l'intention agressive attri-

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buée à notre épitre par ce savant a continué à trouver des contradicteurs. Pfleiderer renonce entièrement à lPidée d’une majorité judéo-chrétienne à Rome. Peut-être, par l'effet de expulsion des Juifs, les judéo-chrétliens ne formaient-1is plus qu’un faible reste, réduit, vis-à-vis du pa- Sano-christianisme de plus en pius dominant, à la défensive. D'un côté, Paul expose contre eux l’évangile du salut par grâce ; mais il fait sentir aussi aux croyants paiens la nécessité de rer dans leur vie morale les sérieuses conséquences du principe chrétien. Et c’est ainsi qu’en combattant de droite et de gauche il travaille à élever l’église à une hauteur où l'union des partis puisse se réaliser. La première partie (I-VII est surtout destinée à lever les scrüpules des judéo-chrétiens contre lévangile du salut vratuit, et la seconde (XII-XIV), à lutter contre la légèreté morale des croyants d’origine paienne. Ainsi Paul ne perd pas de vue un seul instant le contraste qui lui a mis Îla plume à la main (Urchristenth., p. 122 et suiv.). |

L'opinion de Holsten se rapproche de la précédente. Seulement ce savant pense que Paul sacrifie parfois la vérité évangélique au besoin pratique de réconcilier les partis en lutte. Reprenant le mot de Volkmar qui appelle lépitre aux Romains « le fruit le plus mür de lesprit de Paul, » 1l se permet d'ajouter : &« mais non le plus pur.» Car Paul ne se maintient pas toujours à la hauteur de sa propre pensée; il lui arrive d’émousser, et cela consciemment, le tranchant de son propre enseignement, quand il Juge la chose nécessaire pour ménager la susceptibilité judéo-chrétienne de ses lecteurs.

C’est à la mème époque que j'ai exposé, dans la première édition de mon Commentaire (1879), l’idée qui me parait encore à cette heure la plus propre à résoudre d’une manière simple la difficulté qui a donné lieu à tant de suppo-

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