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sitions diverses. J'ai rappelé avec Thiersch (dans son Versuch zur Herstellung...)combien était soignée, approfondie, détaillée l'instruction évangélique que donnait l’apôtre dans les églises au moment de leur fondation. Il suffit, pour s’en convaincre, de penser à cette formule qui se retrouve si souvent dans ses lettres : & Ne savez-vous pus que...?» formule appliquée parfois à des matières très secondaires (1 Cor. VE, 3; 2 Thess. Il, 5-6), puis aux allusions que fait Paul aux enseignements et aux usages ecclésiastiques qu’il a transmis aux églises (T Cor. XI, 4; XV, À et suiv.). J'ai cité tout particulièrement ce cours d'instruction donné tous les soirs pendant deux ans à Éphèse dans la salle d’un rhéteur, et j'ai demandé si Paul, voyant une église aussi importante que celle de Rome s'élever sans qu'un fondement de ce genre eût été mis à sa base, n'avait pas dü éprouver le besoin de combler cette lacune et de poser après coup, sous l'édifice déjà existant, la substruclion solide d’un enseignement évangélique approfondi. Ce but est celui auquel l’apôtre nous fait penser lui-même, quand dans le préambule 1l commence sa lettre en disant à ses lecteurs qu'il désire travailler à «leur affermissement » (1, 11), et quand, dans le vœu qui la termine (XVI, 25), 1l s'exprime ainsi : © A celui qui peut vous affermar selon mon évangile et la prédication de Jésus-Christ. » Cette manière de voir me parait, d’une part, répondre au caractère objectif et absolument didactique de cet écrit, et, de l’autre, tenir compte de la nécessité d’un besom local propre à l’église de Rome, qui ait motivé la composition de cet exposé général. Ce sont bien là les deux conditions de la solution du problème.
Je me réjouis de me trouver sur ce point d'accord avec Klostermann, qui, dans son écrit Correcturen.., ete. (1881), envisage l’épitre aux Romains comme un dédommagement
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offert à l’église par l'apôtre des Gentils pour le fait qu'il ne lavait pas fondée lui-même et qu'il n’avait pu aller encore recueillir personnellement à Rome la moisson qu'il ambitionnait. Je trouve aussi dans le Commentaire de Beck, publié par Lindenmeyer (1884), une solution analogue. L’apôtre s'est proposé de donner aux Romains une compensation de l’enseignement évangélique qu'il n'avait pu jusqu'alors leur apporter personnellement, et il a ainsi satisfait le besoin qu'il éprouvait de se mettre en relation avec celle église placée dans la capitale du monde.
Depuis lors quelques idées nouvelles ont été énoncées : celle d'Otto d’après laquelle notre lettre serait destinée à apaiser un conflit qui s'était élevé à l’occasion d’un petit eroupe de judéo-chrétiens arrivés d'Orient qui ne s'étaient point fondus avec l’église pagano-chrétienne de Rome et qui s'étaient constitués sous la direction d’Aquilas en
église à part (XVI, 5); le but de Paul aurait été de mettre fin à cette séparation; puis de celle Bülimer qui pense que Paul à voulu défendre son enseignement de la justification par la foi contre la polémique de Jacques dans son épitre. Enfin Lipsius /Hand-Commentar zum N. T., 1891) estime que l’impression totale produite par cette lettre ne permet pas de douter qu'elle ne soit adressée à des judéo-chréuens. Îl pense donc avec Schürer qu'il doit avoir existé, en dehors même de l'influence de Paul, un judéo-christianisme exempt de Pétroitesse du parti judaïsant et répandu chez les croyants de la Diaspora déjà à demi hellénisée, et que c'était là l'esprit régnant dans l’église romaine. Or Paul ne voudrait pas que cette église fût accaparée par Pesprit légal, et en lui faisant comprendre sa conception chrétienne et l’œuvre de sa vie 1l cherche à s'assurer ses sympathies. |
Il me reste à ajouter quelques observalions critiques re-
fit) ÉPITRE AUX ROMAINS.
latives aux différents groupes d'opinions qui viennent d’être exposés.
1° Je pense qu'il n’est pas besoin de critiquer longuement celles qui ont un caractère personnel. L'apôtre se proposerait-il de se justifier du soupçon de pusillanimité, de la crainte qu'on lui aurait attribuée de venir prêcher dans une ville comme Rome (Hofmuann)? Ou bien était-:1l pressé du besoin de se rendre compte plus complètement à lui-même du résultat de la lutte qu'il venait de soutenir avec les docteurs judaisants, tout en en faisant part à une église importante (Meyer, Weiss)? Ou voulait-il simplement contracter une relation spirituelle avec celte église et lui annoncer son arrivée, en lui exprimant ses salutations et ses vœux el en profilant de cette occasion pour lui adresser une prédication d'appel (Oltramare)? Dans cette dernière opinion, un billet affectueux eùt suffi et beaucoup mieux répondu au but qu’un enseignement détaillé. 11 en est de même dans la première manière de voir. Quant à la seconde, elle suppose une idée que Je crois avoir réfutée plus haut, celle que Paul n’était arrivé que récemment et par suite de sa lutte anti-judaique à la pleine conception de son évangile; de plus elle n’explique pas pourquoi c’est à Rome que cet exposé de l'Évangile a été adressé, plutôt que de l'être à l’une des églises que la dernière crise avait si profondément remuées. Îl sera loujours impossible de ne pas chercher dans les circonstances de Péglise ellemême le motif d’un pareil écrit.
On peut ranger encore dans ce groupe les explications des nombreux critiques qui pensent que Paul à voulu amener à lui l'église de Rome pour en faire son point d'appui dans l’œuvre qu’il aliait commencer en Occident. Pris à lui seul, ce but est insuffisant, d'abord parce qu'une lettre toute simple eût mieux répondu à cette intention
qu'un enseignement évangélique de toutes pièces, el ensuite parce que d’après XV, 24 Rome n’était plus pour l’apôtre, depuis la fondation de Péglise, qu'un point de passage (dierooeuduevoc). Notre épitre est une œuvre trop considérable pour être due à un tel dessein.
20 Ce but ne pourrait se soutenir qu’en relalion avec un
autre, celui que fait ressortir le second groupe, le but po-.
lémique où anti-judaique. L'apôtre, pour se préparer un bon accueil à Rome ou mème sans intention de ce genre, se proposerail de combattre par cet ensersnement certaines idées judéo-chrétiennes semblables aux prétentions théocratiques qu'il avait combaitues en Orient, soit que Péglise romaine originairement juive parlageat ces prétentions el qu'il s’agit pour Papôtre de conquérir celte position ennemie /{Baur) ou qu’elle fùt neutre encore et simplement apostolique {/Mangold, Beyschlag), soit que le moment füt venu de défendre cette église d’origine paienne contre une première agression judaisante { Werzsæcker), soit qu’une telle agression ne fût encore que future, mais facile à prévoir {Érasme, Philippi, 1"e éd.) soit enfin qu’il ne s’agit pour lapôtre que d'élever à toute la hauteur de son évangile spirituel celte égiise que l’enseignement de
Pierre avait laissée à un niveau inférieur de connaissance
chrétienne (Thiersch). Ce qui a donné lieu à ces diverses formes de Pexplication polémique, c’est le caractère antijudaique d’un si grand nombre de passages. Mais, et c’est là ce que l’on doit répondre aussi à Lipsius et à ce qu’il appelle «l’impression totale » produite par la lettre, la question est de savoir si dans ces passages Paul a voulu combattre le judéo-christianisme ou le judaïsme en lui-même, le salut par la foi en Christ jointe à l'observation légale ou simplement le salut par la loi. Or la seconde alternative me parail être la vraie. Cest la loi, prise en elle-même,
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dont Paul prouve qu’elle ne peut ni justifier (ch. HD), ni sanctifier (ch. VIT). C’est le paganisme et le judaïsme, et non, comme dans les Galates, la tentative de mélanger le christianisme et le judaïsme, que Paul oppose au chrisüanisme (ch. IH, ch. VI et XD). De là l’absence du ton polémique qui régnait dans lépitre aux Galates et la teneur calme et simplement didactique qui est le caractère général de celle aux Romains. Il n’y a dans toute la lettre qu’un seul passage qui ait trait directement au judéo-christianisme. Or ce passage est un post-scriptum, il est placé à la suite des salutations et comme en dehors de la lettre ; 1l parle de la lutte avee les judaïsants, non comme d’un fait actuel, mais comme d’une éventualité à prévoir, en vue de laquelle l’apôtre donne aux lecteurs des conseils el des avertissements (XVI, 17 et suiv.). Si ce passage appartient réellement à notre épître, comme J’espére le démontrer, il est décidément contraire à l’idée d’une dominalion où d’une agression actuelle du judéo-christianisme.— Je rappelle spécialement à l’égard de la conception de Baur, qu’elle suppose l’origine et la composition essentiellement juives de l’église, ce que ne permet pas lépiître (voir p. 440 et suiv.), et à l’égard de celle de Mangold, qu’elle suppose le sentiment de l’église dominé par l'esprit légal, ce qui est également contraire à toutes les expressions de l’épitre qui impliquent l'accord de léglise avec le propre point de vue de l’apôtre (1, 11; VE, 17; XV, 14. 15). Quant à ce prétendu judéo-christianisme affranchi de la loi, en dehors de l’action de Paul, c’est, comme le genre de judéo-christianisme imaginé par Baur, plutôt une supposition créée pour le besoin de la cause qu'un fait sérieusement constaté. Le parti hiérosolymitain qui se ratta- -chait aux Douze et que cite Lipsius, était tout différent. A légard de l'opinion de Weizsæcker Je rappelle que,
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comme le dit Pfleiderer (Urchrist. p. 122), « la lettre ne présente pas la moindre trace d’une agilation Judaique agressive ; » quelle différence avec l’épître aux Philippiens ! — à l'égard de celles d’Érasme et de Philippi, qu’une intention préventive ou, comme l’on dit, prophylactique ne ressort absolument que dans le court morceau qui suit les salutations et ne peut par conséquent renfermer la vrale pensée de la lettre; — enfin à l’égard de celle de Thiersch, que la fondation de l’église par Pierre est une hypothèse en l'air et que Paul n'aurait pas mis la main à un édifice fondé par un tel prédécesseur.
À ce groupe appartiennent encore les opinions de Th. Schott et d'Ewald. NH suffit, pour écarter la première et” jusufier le rejet universel dont elle a été l’objet, de ce mot de Beyschlag : Quels croyants que ces chrétiens-paiens de Rome, qui, jouissant eux-mêmes de toutes les grâces du salut, envisageralent ce salut comme ne devant être offert aux autres paiens de l’Occident qu'après qu'Israël aurait été converti tout entier ! Et quant à la seconde, le passage XIII, { et suiv. ne suppose point chez les lecteurs une disposition révolutionnaire en rapport spécial avec le judaisme, et ce passage occupe en tout cas une place trop secondaire pour expliquer le but de la lettre.
3° Le troisième groupe comprend les explications dites wréniques, depuis Augustin jusqu'à Hug, Delitzsch, Hilgenfeld, Pfleiderer, Holsten, ete. Mais comment faire rentrer dans un but d'union le tableau des abominations paiennes qui ouvre l’épitre? La réconciliation dont il s’agit dans cet écrit, n’est pas celle de l’homme avec l'homme, mais celle de homme avec Dieu. Le seul passage qui ait trait à l’union entre les croyants se trouve dans un morceau supplémentaire et absolument subsidiaire de la partie où est exposée la vie dans le salut (XIV, 1-XV, 13). Si c'était
là seulement que s’exprimait le but de Pécrit, que penser de tout l’ensemble de l’épître qui ne le laisse pas même soupçonner”? Que dire du préambule et de la conclusion qui ne font pas la momdre allusion à un besom de ce genre, existant dans l’église? Paul, dans son grand désir de rapprochement, aurait donc finement caché son jeu! L’accusation de dissimulation, à laquelle Holsten est conduit sur celte voie, suffirait pour écarter celte solution. L'auteur de la 2m€ aux Corinthiens, dissimuler! — Quant à l’opinion d'Olto, elle ne repose sur aucun fait constaté el paraît mcompalible avec ce que nous savons des relauons d’Aquilas avec l’apôtre.
4° Le sentiment qui est à la base des diverses explications que comprend le quatrième groupe, est certainement celui qui répond le mieux à l’impression première que produit l’épitre aux Romains, celle d’un exposé objectif et systématique du salut divin offert à l'humanité perdue, tel qu'il a été révélé à Pesprit de Paul. En face des deux grandes formes religieuses qui avaient précédé l'Évangile, le paganisme qui se Juge lui-même par ses débordements et le judaïsme qui présente au monde une révélation de Dieu, une Joi d’une sainteté sublime, des promesses pleines de grâce, une alliance divine solennellement contractée, mais qui reste impuissant à satisfaire les besoins qu'il à luimême éveillés et à donner le salut qu'il a promis, Papôtre place l'Évangile qui répond complètement aux besoins imprescriptibles de la conscience humaine, et montre dans la personne de Jésus le Sauveur universel et Pantitype d'Adam, auteur de la mort universelle. On comprend en particulier à ce point de vue l'opinion de Beck, partagée par M. Gretillal\, qui attribue pour idée dominante à notre
1 Revue de Théologie et de Philosophie, 1890, p. 317 et suis. :
épitre la notion de l’universalilé du salut. Néanmoins cette idée n’est que secondaire dans cet écril. Le salut absolu à naturellement dans la religion monothéiste le caractère de l’universalité. Mais il ne résulte pas de là que cette notion soit l’idée centrale, le thème de la lettre. Les ch. VI- VII n’en renferment pas la moindre trace, et l'apôtre eût été bien étonné d'entendre que ce passage si important n'était qu'un hors d'œuvre dans son épitre. Sans doute cest un heureux rapprochement que celui que fait de Wette quand 1l détermine ainsi le but de là lettre : proclamer lévangile du salut universel dans la capitale du monde. Mais un mot d'esprit ne suffit pas pour déterminer soil le thème, soit l'intention de la lettre.
Il faut nécessairement arriver à reconnaitre que, malgré le caractère pagano-chrélien et paulinien de Péglise, il y avait dans le mode de sa fondation un déficit que l’apôtre sentait le besoin de combler. Oltramare ohjecte que lapôtre, ayant l'intention de se rendre prochainement à Rome, pouvait accomplir cette tâche oralement. Mais, d’abord, il devait lui répugner de remettre à son arrivée cette église en quelque sorte sur le banc des catéchumènes. Puis lapôtre était-il bien sûr d'arriver à Rome? Ne se rendait-1l pas compte des dangers du voyage qu'il entreprenait en ce moment? Comp. XV, 31. Il pouvait donc désirer de ne pas laisser une tâche si importante exposée aux éventualités fâcheuses qu'il prévoyait. — Plusieurs critiques, Grafe en particulier, insistent fortement sur une autre objection : l’omission de certains sujets essentiels qui n'auraient pu manquer, si Paul avait eu l'intention de donner un exposé systématique de l'Évangile; ainsi surtout l’absence de la christologie et de l’eschatologie. Mais remarquons avant tout que ce n’est pas l'Évangile, mais son évangile que l’apôtre tient à exposer dans cette lettre.
Il y emploie deux fois cette expression (H, 16; XVI, 25} qui ne se retrouve qu'une fois ailleurs (2 Tim. I, 7). Or sur les deux sujets indiqués, son enseignement ne se distinguait en rien de celui de la chrétienté en général (ro xñovyuax Tacoù Xpi5Troù, XVI, 25); il n’avait donc pas de motuf de s’y arrêter spécialement, ainsi qu'il devait le faire touchant la question du salut, où ressortail le caractère propre de son enseignement. Puis n'oublions pas qu’il a réellement donné une place à ces deux sujets, lorsque l'exposé de sa conception du salut Fy a naturellement amené; ainsi, 3 et 4; NII -3:39. 34: 141X) 50 XN pour la christologie, et VI, 18-25: XII, 11-14, pour l’eschatologie. Dans l’une de ces deux séries de passages il fait de la divinité du Ghrist la clef de voûte de l’œuvre du salut, et, dans l’autre, de l'attente du Christ glorifié, le point d'appui du travail de la sancufication. Cela suffisait pour montrer la place qu'il assignait à ces deux faits dans l’ensemble de son évangile, sans qu’il éprouvât le besoin de les développer de front en ce moment comme tout ce qui regardait la justification et la sanctification en Christ.
Assurément, Je ne le conteste point, lapôtre a voulu par cette lettre préparer son arrivée à Rome; par elle il a travaillé à munir puissamment cette église contre lacression prévue du judéo-christianisme ; par elle aussi il à pu contribuer à l’union des éléments opposés qui se trouvalent dans l’église et en particulier renverser les préjugés judaïques d’une partie de ses membres et les pensées d’orgueil qui germaient dans lesprit du parti opposé. Tout cela, ce sont bien des effets voulus de la lettre. Mais la vraie circonstance qui y a donné lieu, a été le manque d’un enseignement solide posé à la base de lédifice, et le vrai but que Paul s’est proposé, a été, comme il
l’a indiqué lui-même, celui d'affermir cet édifice imporlant, que pouvait faire crouler la première secousse f.
L'authenticité.
Après l'insuccès Lotal de la tentative d’Ævanson (1799), qui n'avait d’autres raisons à alléguer contre la composition de cette épitre par saint Paul que les nombreuses salutations adressées à une église qu'il ne connaissait pas el le silence du livre des Actes sur une œuvre si importante, un seul essai avait été fait de combattre lauthenticité, celui de Bruno Bauer, en 1852, qui n'avait pas eu en Allemagne un meilleur succès. Cependant les idées de ce dernier ont trouvé récemment en Hollande un sol disposé à les recevoir. M. Loman, professeur à Amsterdam, a repris cette polémique en 1882 dans ses Quæstiones Pauline, et ce travail est actuellement continué par M. Steck, professeur à Berne. Nous avons déjà parlé de cette tentative à l’occasion des épitres aux Galates et aux Corinthiens. L’épitre aux Romains serait, selon Steck, le premier mamifeste sorti de ce petit cénacle de philosophes chrétiens orecs établi à Rome au commencement du second siècle. Leur opposition au christianisme palestinien qui menaçait de s’infiltrer dans l’église romaine à celte époque, s’est prononcée, d'abord, sous la forme calme et mesurée de l’épitre aux Romains, puis a éclaté ensuite d’une manière plus vive dans les épiîtres aux Corinthiens, et enfin a atteint
1 Sur l’opinion tout à fait particulière de Boehmer, je n’ajouterai que ces deux mots : elle supposerait que Jacques avait bien mal compris Paul. En réalité Jacques If, 44-26 et Rom. IF se touchent de (très près.
le plus haut degré de violence dans celle aux Galates. L’inauthenticité de la première ressort avant tout de lincertitude où la science est encore après lant de discussions sur le caractère religieux des lecteurs et sur le vrai but de Pépitre. Cette imcerutude provient de la lettre ellemême. Le préambule [, 1-16 suppose des lecteurs d’origine paienne. La première parue, 1, 16-VIIT, 39, n'a de sens que si elle est adressée à une église dominée par des scrupules judéo-chréliens. La seconde partie, ch. IX-XE, est adressée de nouveau à des croyants païens. Il en est de même de la troisième, ch. XII-XIV. On voit que ce ne sont là que des pièces rapportées, des fragments d'origine différente, et non les parties d’un même tout. Les ch XV el XVI sont des suppléments ajoutés plus tard et dont.on peut aisément démontrer l’additon graduelle.
A ces objections voici ce que nous avons à répondre :
D'après les témoignages externes, lépitre aux Romains est, Sans aucun doute, employée déjà par Clément Romain, vers l’an 95. Comp. le ch. 35, 5 (énumération des vices paiens) avec Rom. 1, 29; ch. 38, 2 (les égards réciproques des forts et des faibles) avee Rom. XIV, 1; ch. 46, 7 (nous sommes membres les uns des autres, äXknov uékr) avec Rom. XIE, 5.
Nous trouvons également notre épitre employée, sinon proprement citée, dans Jgnace et Polycarpe, puis dans Justin et dans la Lettre des églises de Vienne et de Lyon. Le canon des églises syriaque et latine, ainsi que le Fragment de Muralori, lui assignent sa place parmi les livres de la nouvelle alliance. /rénée, Tertullien, Clément d’Alexandrie, puis Origène et Eusèbe, la traitent comme un écrit apostolique universellement admis.
Ces faits seraient difficilement concevables si celte épître procédait d’un parti de sages grecs, formant une aristo-
cratie intellectuelle au sein de léglise de Rome et hostile au christianisme judaïsant reçu jusqu'alors. En général les faits prouvent que chez les pagano-chrétiens la pensée chrétienne était à cette époque bien déchue déjà de la hauteur de la conception évangélique qui s’exprime dans les grandes épitres de Paul. Clément, chrétien paien, l’un des chefs de l’église romaine, a beau citer notre épitre; on remarque déjà chez lui un affaissement dogmatique qui na cessé d'aller croissant jusqu’à la Réformation. L'époque était déjà passée où le puissant spiritualisme paulinien avait pu se produire. Î faut remonter pour cela
jusqu’à l’époque créatrice, celle de l’apostolat.
On parle de philosophes gréco-romains composant notre épitre! Mais, quoi de plus étranger à la pensée grecque que le contenu de ce livre! La première partie, celle de la justificagon, qui forme la base de cette conception chrélienne, où en trouve-t-on les racines? Dans Platon et Aristote? Non, dans la Genèse (l’histoire d'Abraham), dans les écrits d'Habacuc, d’Ésaïe et des psalmistes. Les idées de justification et de justification par la foi ne sont-elles pas absolument étrangères à la pensée grecque ? Le mot deooby n’a pas une fois, dans la littérature grecque, le sens qu'il a dans notre épitre et qui ne se lrouve avant Paul et Jésus-Christ que dans les LXX'!. La notion exprimée par ce terme a ses conditions dans le monothéisme de lPA.T., et nulle part ailleurs. Lüdemann, qui a essayé de distinguer dans notre épitre deux sotériologies, l’une Judaique,
représentée par la notion de la justification juridique, ch.
[-V, l’autre hellénique, dans le morceau sur la sanctificaton, VI-VIIT, reconnait par là même l’origine judaïque de la première. Et quant à la seconde, comment faire dérive:
1 Voir l’étude sur le mot àtaoùv dans mon Comment. sur l’ép. aux Romains. à LT, 20 (2e éd.).
la notion de la sanctification par le Saint-Esprit du stoicisme romain du second siècle ? Épictète et Mare-Aurèle croyaient à la force propre de l’homme et espéraient obtenir par elle la victoire sur le mal. L'idée du secours nécessaire de l'Esprit de Dieu, par lequel seul nous pouvons accomplir le bien, leur était étrangère. On peut en dire autant de celles de la résurrection des corps et de la rénovation de la nature, qui remplissent le ch. VII. Ce n’est ni à Athènes, n1 à Rome, c’est à Jérusalem, dans la révélation du Dieu vivant, que se trouve le berceau de l’épitre aux Romains.
Mais ce qui la met surtout à l'abri de tout soupçon de composition frauduleuse, c’est le sérieux profond qui y respire, l’esprit de droiture et de sainteté incomparable qui l’anime, et l'originalité puissante qnt s'y révèle à chaque ligne. ES
L'intégrité du texte.
L'hypothèse d’après laquelle l'épitre aux Romains ne serait qu’un assemblage de pièces rapportées (Steck, Vôller) est inconcihiable avec la marche ferme et le plan parfaitement ralionnel que nous croyons avoir démontré dans cet écrit. S'il y a une œuvre puissamment conçue et sorlie d'un jet, dans la littérature profane ou sacrée, c’est celle-cr.
Les 1200 variantes environ indiquées par Tischendorf dans sa 8me édilion restent sans influence sur l’enseignement chrétien. On peut à péine envisager comme une
‘Je doute que la troisième Eglogue de Virgile eût vu le jour si le poète n’eût eu sous les yeux la traduction des LXX d’Esaïe XI et d'autres passages des prophètes.
exception la variante VII, 11, la plus importante de toutes.
La vraie question, qui se soulève à ce sujet, est celle de lauthenticité et de lintégrité des ch. XV et XVE. Il paraît, par une déclaration d’Origène {ad Rom. XVI, 95, en trad. lat.), que Marcion omettait ces deux derniers chapitres!. Paprès Tertullien (Cont. Marc. V, 44) la parole XIV, 10 se trouvait èn clausuli de l'épitre. Ce Père, ainsi qu'/rénée, ne cite nulle part ces deux chapitres. Enfin il se trouve que les trois versets doxologiques XVI,